{"id":2756,"date":"2007-03-01T00:00:00","date_gmt":"2007-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/photos-d-identite-se-reconstruire2756\/"},"modified":"2007-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-02-28T23:00:00","slug":"photos-d-identite-se-reconstruire2756","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2756","title":{"rendered":"Photos d&#8217;identit\u00e9. Se reconstruire et s&#8217;ins\u00e9rer"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Au d\u00e9part, l&#8217;id\u00e9e que la pratique photographique peut \u00eatre un moyen de reconstruire le rapport \u00e0 l&#8217;autre et \u00e0 soi-m\u00eame pour des prostitu\u00e9s. Ce \u00ab work in progress \u00bb est aussi une d\u00e9marche artistique et la transmission d&#8217;un savoir-faire. <\/p>\n<p>Depuis l&#8217;H\u00f4tel de Ville, rejoindre la place de la R\u00e9publique en passant par les petites rues du Marais&#8230; Parcours d&#8217;agr\u00e9able d\u00e9ambulation parisienne, qui devient quelques heures durant, ce deuxi\u00e8me vendredi de f\u00e9vrier, le terrain d&#8217;exercice de six photographes amateurs mais pas dilettantes. Pour sa premi\u00e8re s\u00e9ance de prise de vues, Manuela doit dans le m\u00eame temps apprivoiser la technique du reflex et les premiers \u00e9l\u00e9ments de langage photographique : choix du sujet, lumi\u00e8re, cadrage&#8230; :, avec l&#8217;aide et les conseils de Christelle et Diane, les deux animatrices de cet atelier photo \u00e0 ciel ouvert. Les autres participants, plus \u00e0 l&#8217;aise avec l&#8217;appareil, mitraillent d\u00e9j\u00e0 les alentours. J\u00e9r\u00f4me se concentre sur les vitrines, tandis que Marie-Ang\u00e8le s&#8217;attache \u00e0 fixer sur pellicule ce qui est vou\u00e9 \u00e0 changer ou dispara\u00eetre, mobilier urbain, autobus, devantures&#8230; Mis \u00e0 contribution, un couple d&#8217;amoureux prend la pose dans un lavomatic. Le but de la promenade, Patricia le r\u00e9sume joliment : \u00ab Chaque semaine j&#8217;essaie de trouver ma photo \u00e0 moi. Ma touche personnelle. \u00bb<\/p>\n<p>Patricia, Marie-Ang\u00e8le, J\u00e9r\u00f4me, Manuela, Dany et Jessenia pourront d\u00e9couvrir et commenter les images de leur reportage lors du prochain rendez-vous de l&#8217;atelier. Chaque semaine, les participants se retrouvent au local du projet Equal \u00ab Se reconstruire et s&#8217;ins\u00e9rer \u00bb. Financ\u00e9 par le Fonds social europ\u00e9en, ce programme donne lieu, \u00e0 Paris, \u00e0 diverses activit\u00e9s (peinture, relaxation&#8230;) men\u00e9es par l&#8217;Amicale du Nid et l&#8217;association Alta\u00efr, deux structures d&#8217;aide aux personnes prostitu\u00e9es ou en danger de prostitution (la seconde intervenant plus particuli\u00e8rement aupr\u00e8s des transsexuels et des travestis). C&#8217;est Christelle Rocher, infirmi\u00e8re \u00e0 l&#8217;Amicale du Nid, qui a eu l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un atelier photo, \u00e0 partir de sa propre passion pour la photographie et des \u00e9crits de Judith Trinquart (1) : \u00ab Il me semblait qu&#8217;il y avait quelque chose \u00e0 faire autour du corps, explique la jeune femme. La photo, c&#8217;est un moyen d&#8217;\u00e9tablir un rapport \u00e0 l&#8217;autre. Et le reportage donne l&#8217;occasion de se d\u00e9placer dans Paris, ce qui n&#8217;est pas \u00e9vident par exemple pour les personnes sans papiers. \u00bb<\/p>\n<p>A l&#8217;\u00e9poque, la photographe Diane Grimonet est d\u00e9j\u00e0 en contact avec l&#8217;Amicale du Nid. La discussion avec Christelle Rocher est fructueuse : l&#8217;atelier voit le jour en janvier 2006. Au fil des mois, des visages changent, d&#8217;autres s&#8217;installent. Jessenia et Marie-Ang\u00e8le suivent les s\u00e9ances depuis le d\u00e9but. \u00ab Au d\u00e9part, j&#8217;\u00e9tais venue juste pour voir, sourit la seconde, mais de semaine en semaine, j&#8217;\u00e9tais de plus en plus motiv\u00e9e. \u00bb Dans la dynamique de la participation, la fonction du groupe a sa part. Des liens se tissent, des parcours se racontent. Dany y a retrouv\u00e9 \u00ab le go\u00fbt d&#8217;avancer \u00bb. Patricia confirme : \u00ab Si tu as un coup de blues, il y a une solidarit\u00e9. On forme presque une famille. \u00bb Mais la dimension artistique du projet est tout sauf un alibi. Encadr\u00e9s par une professionnelle, les apprentis photographes peuvent corriger leurs erreurs, mesurer leurs progr\u00e8s, acqu\u00e9rir \u00ab un vrai savoir-faire \u00bb.<\/p>\n<p>Et le savoir-faire se voit. En juin 2006, une premi\u00e8re exposition dans les locaux d&#8217;Equal, \u00ab Balades parisiennes \u00bb, rend compte du travail du groupe, de la plurali-t\u00e9 des regards sur la ville. Puis, les 14 et 15 d\u00e9-cembre, les m\u00eames locaux se muent en studio photographique. Plus de quarante personnes, travailleurs sociaux et usagers, dont les participants \u00e0 l&#8217;atelier, passent tour \u00e0 tour devant l&#8217;objectif. Le r\u00e9sultat, ce sont d&#8217;\u00e9mouvants \u00ab Portraits en noir et blanc \u00bb expos\u00e9s depuis la fin janvier,  m\u00ealant dans la stricte \u00e9galit\u00e9 des pr\u00e9noms ceux et celles qui ont bien voulu se pr\u00eater \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience. Un travail, dit Christelle Rocher, qui n&#8217;aurait pas \u00e9t\u00e9 possible six mois auparavant : c&#8217;est \u00e0 cela aussi que se mesure le chemin parcouru : et qui permet de sortir de la relation classique entre les professionnels de la r\u00e9insertion et les publics en difficult\u00e9.<\/p>\n<p>Pourtant, les deux expositions sont, en quelque sorte, venues en chemin. L&#8217;objectif premier de l&#8217;atelier est en effet, outre les prises de vues en groupe, la r\u00e9alisation de reportages individuels sur une plus longue dur\u00e9e. Pour trois participantes, les choses ont bien avanc\u00e9. Marie-Ang\u00e8le a suivi sur plusieurs mois un atelier couture du Secours populaire, de la confection d&#8217;une collection au d\u00e9fil\u00e9. De son c\u00f4t\u00e9, Jessenia termine un reportage sur Alta\u00efr, l&#8217;association qu&#8217;elle c\u00f4toie depuis plusieurs ann\u00e9es : des portraits bien s\u00fbr, mais aussi des interviews pour raconter, en fran\u00e7ais et en espagnol, les parcours de ceux et celles qui l&#8217;ont soutenue. Quant \u00e0 Patricia, elle va tout prochainement s&#8217;int\u00e9resser au quotidien des salons de coiffure. Les reportages devraient \u00eatre expos\u00e9s d&#8217;ici la fin de l&#8217;ann\u00e9e, dans un lieu ouvert au public. Au moment m\u00eame o\u00f9 le projet Equal touchera \u00e0 sa fin. Mais m\u00eame si l&#8217;aventure devait s&#8217;arr\u00eater l\u00e0, l&#8217;histoire de Marie-Ang\u00e8le, Jessenia et les autres avec la photographie ne fait peut-\u00eatre que commencer.  <strong> A.G. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regars <\/em> n\u00b038, mars 2007<\/p>\n<p>L&#8217;Amicale du Nid, 21 rue du Ch\u00e2teau-d&#8217;eau, 75010 Paris. t\u00e9l. : 01 42 02 38 98 <\/p>\n<p>[[1. Le docteur Judith Trinquart a travaill\u00e9 sur la \u00ab d\u00e9corporalisation \u00bb, la perte de la possession pleine et enti\u00e8re de son propre corps, chez les personnes prostitu\u00e9es.    ]]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Au d\u00e9part, l&#8217;id\u00e9e que la pratique photographique peut \u00eatre un moyen de reconstruire le rapport \u00e0 l&#8217;autre et \u00e0 soi-m\u00eame pour des prostitu\u00e9s. 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