{"id":2737,"date":"2005-01-01T00:00:00","date_gmt":"2004-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/musees-la-gratuite-ne-fait-plus2737\/"},"modified":"2005-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2004-12-31T23:00:00","slug":"musees-la-gratuite-ne-fait-plus2737","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2737","title":{"rendered":"Mus\u00e9es, la gratuit\u00e9 ne fait plus recette"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Faire payer l&#8217;entr\u00e9e aux artistes et aux enseignants ? Le Louvre l&#8217;a tent\u00e9, avant de changer d&#8217;avis pour les premiers. Une question reste : comment accro\u00eetre ses ressources sans perdre de vue ses missions d&#8217;\u00e9ducation et de d\u00e9mocratisation ? Retour sur la mort d&#8217;une utopie politique. <\/p>\n<p>Le Louvre, \u00e0 bien des \u00e9gards, est un laboratoire : pionnier en mati\u00e8re d&#8217;autonomie financi\u00e8re, ce fut aussi le premier mus\u00e9e national \u00e0 instaurer l&#8217;acc\u00e8s gratuit un dimanche par mois. Cette exception dominicale prit valeur d&#8217;exemple en se propageant \u00e0 d&#8217;autres \u00e9tablissements, Grand-Palais, Orsay ou Guimet. En septembre dernier, le prestigieux mus\u00e9e fit une s\u00e9rieuse entaille au principe de gratuit\u00e9 qu&#8217;il avait remis au go\u00fbt du jour dans les ann\u00e9es 1990 : il fut d\u00e9cid\u00e9 que les artistes devraient payer pour acc\u00e9der aux collections et aux expositions, ainsi que les enseignants qui n&#8217;auraient pas programm\u00e9 de visite scolaire. Seulement voil\u00e0, la pol\u00e9mique suscit\u00e9e par cette nouvelle a r\u00e9cemment pris une tournure si politique que le Louvre vient de d\u00e9cider de faire machine arri\u00e8re. Pour les artistes seulement, qui n&#8217;auront pas \u00e0 s&#8217;acquitter d&#8217;un droit d&#8217;entr\u00e9e. Anne Hidalgo, secr\u00e9taire nationale \u00e0 la culture au Parti socialiste, s&#8217;\u00e9tait dite inqui\u00e8te de \u00ab cette d\u00e9rive qui rompt avec la politique en faveur des publics men\u00e9e par le mus\u00e9e dans le cadre de sa mission de service public. Cette illusoire recherche de la \u00abrentabilit\u00e9\u00bb d\u00e9montre que les objectifs premiers d&#8217;un mus\u00e9e sont perdus de vue, en particulier son r\u00f4le \u00e9minent d&#8217;\u00e9ducateur \u00bb. Les remous avaient m\u00eame fini par gagner les arcanes du pouvoir. La cerise sur le g\u00e2teau est venue du Figaro qui r\u00e9v\u00e9la que le Louvre avait fait cadeau de la gratuit\u00e9 pendant dix ans aux 140 000 salari\u00e9s de l&#8217;entreprise Total, qui avait d\u00e9bours\u00e9 4,5 millions d&#8217;euros pour r\u00e9nover une de ses galeries.<\/p>\n<p><strong> 1793, LA LIBERTE DE VISITE <\/strong><\/p>\n<p>Le cocktail \u00e9tait trop parfait pour ne pas r\u00e9activer le vieux d\u00e9bat sur l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la <\/p>\n<p>culture. Ce revirement arrive donc \u00e0 point nomm\u00e9 pour apaiser une situation qui aurait pu s&#8217;envenimer. Le mus\u00e9e renonce \u00e0 prendre le risque de porter atteinte, une fois de plus, \u00e0 l&#8217;utopie politique d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9branl\u00e9e qui pr\u00e9sidait \u00e0 son ouverture en 1793. La gratuit\u00e9 pour tous, alors de mise, r\u00e9pondait \u00e0 trois principes fondateurs : \u00ab Pour les r\u00e9volutionnaires, le patrimoine national constitue l&#8217;h\u00e9ritage des citoyens et cette propri\u00e9t\u00e9 collective suppose une libert\u00e9 de visite \u00bb, explique Delphine Samsoen dans les Tarifs de la culture (1). \u00ab Le mus\u00e9e est \u00e9galement un outil d&#8217;\u00e9ducation et d&#8217;\u00e9dification du peuple. (&#8230;) Mais pour la R\u00e9publique naissante, le mus\u00e9e est avant tout le lieu d&#8217;apprentissage des artistes, des artisans et des ouvriers d&#8217;art. \u00bb La multiplication et la modernisation des mus\u00e9es, conjugu\u00e9es aux difficult\u00e9s \u00e9conomiques, ont fini par avoir raison des grandes id\u00e9es. C&#8217;est sur les cendres de la gratuit\u00e9 que sont n\u00e9es des politiques tarifaires prises entre deux feux : d&#8217;une part, le souci de faciliter l&#8217;acc\u00e8s au plus grand nombre et, d&#8217;autre part, celui de r\u00e9pondre \u00e0 des crit\u00e8res d&#8217;ordre \u00e9conomique. Une situation que Fran\u00e7ois Rouet, \u00e9conomiste au d\u00e9partement \u00e9tudes et prospectives du minist\u00e8re, r\u00e9sume ainsi : \u00ab Il y a des objectifs non marchands dans un contexte marchand. \u00bb Les tarifs adapt\u00e9s aux diff\u00e9rents publics : jeunes, \u00e9tudiants, seniors, Rmistes, ch\u00f4meurs, artistes et les autres : sont le r\u00e9sultat de ce compromis.<\/p>\n<p><strong> LOUVRE, LE BOOM DES ENTREES <\/strong><\/p>\n<p>Durant la derni\u00e8re d\u00e9cennie, l&#8217;entr\u00e9e au Louvre a connu un v\u00e9ritable boom, passant de 5,50 \u00c4 \u00e0 8,50 \u00c4. Pour acc\u00e9der aux expositions, il faut aujourd&#8217;hui verser 13 \u00c4. \u00ab Les mus\u00e9es nationaux, dont les droits d&#8217;entr\u00e9e avaient diminu\u00e9 au cours de la d\u00e9cennie 1970, s&#8217;engagent dans les ann\u00e9es 1980 jusqu&#8217;au milieu des ann\u00e9es 1990 dans une logique de rattrapage, r\u00e9guli\u00e8re et beaucoup plus rapide qu&#8217;elle ne l&#8217;avait jamais \u00e9t\u00e9 \u00bb, retrace Xavier Dupuis, chercheur au CNRS, dans les Tarifs de la culture (1). Apr\u00e8s le Louvre, c&#8217;est le ch\u00e2teau de Versailles qui a connu les plus fortes hausses (2). Pour corriger les effets du march\u00e9, il faut une ferme volont\u00e9 politique. C&#8217;est sous l&#8217;impulsion de Philippe Douste-Blazy puis de Catherine Trautmann que fut lanc\u00e9 le premier dimanche du mois gratuit. \u00ab L&#8217;id\u00e9e est venue du politique qui a rejou\u00e9 son r\u00f4le \u00bb, avance Claude Fourteau qui s&#8217;est battue au Louvre pour la gratuit\u00e9 dominicale.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, les politiques culturelles semblent en berne. Le sentiment d&#8217;\u00e9chec qu&#8217;ont laiss\u00e9 les mesures de d\u00e9mocratisation culturelle a sans doute contribu\u00e9 \u00e0 ce d\u00e9tachement : \u00ab Nous vivons une p\u00e9riode o\u00f9 l&#8217;\u00e9conomique prime. Les efforts pour rendre la culture accessible au plus grand nombre n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 confort\u00e9s par des r\u00e9sultats, ce qui explique peut-\u00eatre le manque cruel de politiques publiques \u00bb, explique Claude Fourteau. De fait, la gratuit\u00e9 est loin de faire l&#8217;unanimit\u00e9, malmen\u00e9e par les chiffres de fr\u00e9quentation qui refluent une fois pass\u00e9 l&#8217;effet de surprise. Victime aussi d&#8217;un argument un brin psychanalytique : il faudrait payer pour sentir pleinement la valeur d&#8217;une visite au mus\u00e9e&#8230; \u00ab Toutes les \u00e9tudes montrent que les crit\u00e8res financiers ne sont pas les premiers moteurs d&#8217;une sortie culturelle, confirme Fran\u00e7ois Rouet. Ce qui ne veut pas dire que le prix ne compte pas. Trop \u00e9lev\u00e9, c&#8217;est un obstacle. \u00bb Anne Gombault, professeur de management culturel, compl\u00e8te : \u00ab La gratuit\u00e9 n&#8217;est pas un gage d&#8217;accessibilit\u00e9. Elle ne d\u00e9clenche pas \u00e0 elle seule la visite au mus\u00e9e. En revanche, si on se saisit de l&#8217;occasion pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un accompagnement, alors un apprentissage de l&#8217;exp\u00e9rience de visite gratuite est possible. \u00bb De plus, quand des politiques tarifaires cibl\u00e9es obligent le ch\u00f4meur ou le Rmiste \u00e0 tendre un justificatif, la gratuit\u00e9 pour tous permet d&#8217;abaisser des barri\u00e8res psychologiques en supprimant le passage en caisse. Le d\u00e9bat, un peu vite tranch\u00e9, comporte donc des ramifications plus complexes qu&#8217;il n&#8217;y para\u00eet.<\/p>\n<p><strong> MANAGEMENT CULTUREL <\/strong><\/p>\n<p>Les d\u00e9boires des artistes et des enseignants sont sans doute le signe de cette atonie politique. Pour Catherine Binon, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du Syndicat national des artistes-plasticiens, \u00ab la d\u00e9cision du Louvre rend compte de la pauvret\u00e9 des politiques culturelles \u00bb. Elle pr\u00e9cise : \u00ab Les artistes sont consid\u00e9r\u00e9s comme un \u00abpublic captif\u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire qu&#8217;en termes marketing, on sait qu&#8217;ils viendront, de toute fa\u00e7on, que l&#8217;entr\u00e9e soit gratuite ou non. \u00bb Voil\u00e0 pour la partie \u00e9merg\u00e9e de l&#8217;iceberg. En creux, l&#8217;\u00e9v\u00e9nement laisse transpara\u00eetre une vraie lame de fond : \u00ab Valeur de march\u00e9 \u00bb, \u00ab variable strat\u00e9gique \u00bb, \u00ab actions prix \u00bb, \u00ab attribut de valeur de la relation d&#8217;\u00e9change&#8230; \u00bb On croyait ce lexique cantonn\u00e9 \u00e0 l&#8217;univers des banques et des grands magasins, mais il commence \u00e0 gagner des sph\u00e8res o\u00f9 le management \u00e9tait tabou hier encore. \u00ab Aujourd&#8217;hui, les tarifs sont g\u00e9r\u00e9s comme des prix : c&#8217;est une variable strat\u00e9gique au service des objectifs des mus\u00e9es : survie, d\u00e9veloppement, accessibilit\u00e9. Le pragmatisme l&#8217;emporte : m\u00eame la gratuit\u00e9 s&#8217;int\u00e8gre dans la strat\u00e9gie de prix des mus\u00e9es, et peut en constituer le pilier central. Les subventions publiques ne peuvent pallier les besoins financiers de plus en plus importants d&#8217;organisations culturelles de plus en plus nombreuses qui proposent une offre toujours plus riche. La tendance est g\u00e9n\u00e9rale au niveau international, m\u00eame si les degr\u00e9s d&#8217;apprentissage varient suivant les pays. La France et l&#8217;Espagne restent encore sur des politiques tarifaires assez traditionnelles, \u00e0 l&#8217;exception de quelques grands mus\u00e9es, au premier rang desquels le Louvre \u00bb, d\u00e9crypte Anne Gombault.<\/p>\n<p><strong> PLUS D&#8217;INDEPENDANCE <\/strong><\/p>\n<p>Pour avoir toute latitude de d\u00e9velopper leurs ressources, les mus\u00e9es nationaux veulent plus d&#8217;ind\u00e9pendance. Quatre, et non des moindres, y sont parvenus. L&#8217;exp\u00e9rience men\u00e9e au Louvre a servi de ballon d&#8217;essai. En 1993, il devient Etablissement public administratif (EPA). Le ch\u00e2teau de Versailles le rejoint en 1995, avant Orsay et Guimet qui sont venus gonfler les rangs d\u00e9but 2004. Ce statut m\u00e9connu leur permet de d\u00e9finir eux-m\u00eames leurs tarifs vot\u00e9s dans un conseil d&#8217;administration qui offre deux voix aux repr\u00e9sentants des minist\u00e8res de la Culture et du Budget. Les EPA ne versent rien au pot commun, g\u00e9r\u00e9 par la R\u00e9union des mus\u00e9es nationaux en charge de la redistribution. \u00ab Avant, la mutualisation permettait que les recettes du Louvre servent \u00e0 acheter une pi\u00e8ce pour le mus\u00e9e de Pau. Ce n&#8217;est plus le cas, pointe Nicolas Monquaut, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CGT-Culture. Les EPA encaissent leurs propres recettes. Ils ont donc tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 augmenter leurs tarifs. \u00bb Fran\u00e7ois Rouet, au minist\u00e8re, assure que \u00ab l&#8217;autonomie a tendance \u00e0 devenir la norme \u00bb et que les mus\u00e9es des collectivit\u00e9s territoriales l&#8217;appellent d&#8217;ailleurs de leurs v\u0153ux. On imagine mal cette logique du \u00ab chacun pour soi \u00bb s&#8217;accorder longtemps avec le souci d&#8217;\u00e9largir l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la culture. Alors, peine perdue ? \u00ab Au Louvre comme ailleurs, une marge de man\u0153uvre existe au-del\u00e0 du poids de l&#8217;\u00e9conomie \u00bb, affirme Claude Fourteau qui en sait quelque chose. \u00ab Mais pour faire passer certaines mesures comme la gratuit\u00e9, il faut parfois violenter les institutions. \u00bb M.R.<\/p>\n<p>1. Les Tarifs de la culture, sous la direction de Fran\u00e7ois Rouet, La documentation fran\u00e7aise, 2002, 20 \u00c4.<\/p>\n<p>2. La hausse des tarifs vaut d&#8217;ailleurs aussi pour le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma dont le prix moyen a tripl\u00e9 en vingt ans.<\/p>\n<p><strong> CAPITAL CULTUREL OU ECONOMIQUE ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Hasard de l&#8217;actualit\u00e9, la question de la gratuit\u00e9 agite de nouveau les institutions culturelles. Table ronde avec Catherine Guillou, directrice des publics au Louvre, Laurence Herszberg, directrice du Forum des images et Jack Ralite, animateur des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de la culture. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Pourquoi, au Louvre, avoir d\u00e9cid\u00e9 de redonner la gratuit\u00e9 aux artistes et non aux enseignants ? <\/strong><\/p>\n<p>Catherine Guillou : Les enseignants n&#8217;ont jamais vraiment perdu la gratuit\u00e9. Ils conservent l&#8217;acc\u00e8s libre d\u00e8s lors qu&#8217;ils sont dans une d\u00e9marche p\u00e9dagogique avec le projet de venir au Louvre avec leur classe. Nous voulons instaurer une logique de partenariat avec eux comme avec les artistes. Ce partage de moyens est n\u00e9cessaire si nous voulons \u00e9largir la gratuit\u00e9 en direction des personnes qui en ont le plus besoin, dont le capital \u00e9conomique, social mais aussi culturel est le plus faible. Or il nous semble que les enseignants ont un capital culturel \u00e0 partager. La restauration de la gratuit\u00e9 pour les artistes est le r\u00e9sultat d&#8217;un ensemble d&#8217;\u00e9changes avec le pr\u00e9sident de la Maison des artistes. Nous envisageons de travailler avec eux de mani\u00e8re plus \u00e9troite en leur demandant d&#8217;intervenir dans nos programmations pour jouer de cette compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les arts du pass\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s au Louvre et l&#8217;art contemporain.<\/p>\n<p><strong> Ne pouviez-vous pas \u00e9largir la gratuit\u00e9 en direction des publics prioritaires tout en la maintenant pour les artistes et les enseignants ? <\/strong><\/p>\n<p>Catherine Guillou : Instaurer une nouvelle politique tarifaire est un processus complexe aux cons\u00e9quences techniques, administratives et fonctionnelles lourdes. Il arrive qu&#8217;il y ait des couacs. Des r\u00e9ajustements deviennent parfois n\u00e9cessaires \u00e0 l&#8217;aune du quotidien et de la confrontation avec la r\u00e9alit\u00e9. Avant, nous connaissions peu les artistes et les enseignants. En cr\u00e9ant ces logiques de partenariat, nous avons tiss\u00e9 un lien qui n&#8217;existait pas : elles induisent une petite contrainte mais en contrepartie nous poss\u00e9dons maintenant des fichiers nous permettant de leur envoyer des newsletters, des courriers, nos publications et nos programmes.<\/p>\n<p>Jack Ralite : Aviez-vous une id\u00e9e du co\u00fbt que la gratuit\u00e9 pour les artistes et les enseignants faisait supporter au Louvre ?<\/p>\n<p>Catherine Guillou : Contrairement \u00e0 l&#8217;augmentation de 1 e du droit d&#8217;entr\u00e9e, les mesures qui concernent les artistes et les enseignants n&#8217;avaient pas de motivation \u00e9conomique. M\u00eame si nous avons effectivement r\u00e9alis\u00e9 des calculs. Toute politique tarifaire cherche \u00e0 savoir ce que \u00ab rapporte \u00bb la suppression de telle gratuit\u00e9 ou exon\u00e9ration. Un mus\u00e9e ne peut plus vivre uniquement sur les deniers d\u00e9volus par l&#8217;Etat. S&#8217;il souhaite monter des expositions rares, ouvrir de nouvelles salles et acqu\u00e9rir, il ne peut plus se dispenser d&#8217;une dimension \u00e9conomique. Notre politique tarifaire essaie donc de croiser cet enjeu  et celui de la d\u00e9mocratisation culturelle. Laquelle conna\u00eet aujourd&#8217;hui une situation d&#8217;\u00e9chec.<\/p>\n<p>Jack Ralite : Je ne pense pas que les tentatives de d\u00e9mocratisation culturelle aient \u00e9chou\u00e9. A un moment donn\u00e9, la Ville d&#8217;Aubervilliers a pris une d\u00e9cision politique, en cr\u00e9ant un th\u00e9\u00e2tre en 1965 sans aides de l&#8217;Etat, qui en elle-m\u00eame \u00e9tait d\u00e9mocratisante. J&#8217;aimerais que tous les arrondissements de Paris poss\u00e8dent autant d&#8217;\u00e9quipements que la Seine-Saint-Denis&#8230; Il ne faut jamais oublier la part du symbolique dans la vie. La r\u00e9f\u00e9rence constante \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie m&#8217;inqui\u00e8te. J&#8217;entends bien que le Louvre rencontre des probl\u00e8mes, cela dit, depuis qu&#8217;il est autonomis\u00e9, toutes ses recettes retournent dans ses caisses.<\/p>\n<p>Catherine Guillou : 20 % de la billetterie reviennent aux acquisitions des \u0153uvres !<\/p>\n<p>Laurence Herszberg :  Un mot sur votre politique de \u00ab donnant-donnant \u00bb.   Dans la logique  du partenariat, vous ferez  venir des plasticiens reconnus au d\u00e9triment des jeunes qui continuent \u00e0 apprendre, notamment en copiant les \u0153uvres.  Or depuis des si\u00e8cles, le Louvre permet aux artistes de se former. Vous faites donc dispara\u00eetre un pr\u00e9cieux h\u00e9ritage. Cette politique de partenariat appliqu\u00e9e aux enseignants pose aussi probl\u00e8me : si rien ne remplace le contact direct avec l&#8217;\u0153uvre d&#8217;art, une m\u00e9diation est toujours possible. La gratuit\u00e9 permet aux professeurs de Caen, d&#8217;Aubervilliers ou de Brian\u00e7on, qui ne peuvent pas emmener leur classe au Louvre, de transmettre leur connaissance des \u0153uvres \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves. Vous avez supprim\u00e9 toute une partie du rayonnement du Louvre qui essaime en dehors de ses propres locaux. Il n&#8217;est pas n\u00e9cessaire d&#8217;amener les gens dans son institution pour que la d\u00e9mocratisation culturelle soit en marche.<\/p>\n<p>Catherine Guillou : Nos d\u00e9cisions en direction des artistes n&#8217;affectent pas les jeunes \u00e9tudiants en art, ni les copistes, pour qui nous avons bien s\u00fbr maintenu la gratuit\u00e9 d&#8217;acc\u00e8s.<\/p>\n<p><strong> Comment, au Forum des images, tranchez-vous cette question de la gratuit\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p>Laurence Herszberg : Nous ne sommes pas non plus pour la gratuit\u00e9 totale. Concernant les enseignants, ils repr\u00e9sentent de formidables relais. Quand ils viennent au Forum des images voir des \u0153uvres de Renoir ou des films japonais, ils en parleront en classe. Nous avons donc maintenu la gratuit\u00e9 m\u00eame s&#8217;il peut para\u00eetre curieux qu&#8217;un professeur de physique ou de math\u00e9matiques en profite. Par ailleurs, toutes les activit\u00e9s innovantes sont gratuites. Personne ne viendra \u00e0 notre festival sur les nouvelles images  si nous ne suscitons pas l&#8217;app\u00e9tit du public. L&#8217;acc\u00e8s deviendra payant plus tard. Reste qu&#8217;une politique tarifaire n&#8217;a de sens que si elle s&#8217;accompagne d&#8217;autres choses. L&#8217;\u00e9chec des jeudis \u00e0 50 francs dans les th\u00e9\u00e2tres nationaux, qui n&#8217;ont pas renouvel\u00e9 le public habituel, le prouve.<\/p>\n<p>Catherine Guillou : Nous avons le m\u00eame probl\u00e8me avec les dimanches gratuits. Toutes nos \u00e9tudes d\u00e9montrent que les cat\u00e9gories socioprofessionnelles sup\u00e9rieures sont tr\u00e8s repr\u00e9sent\u00e9es ce jour-l\u00e0. L&#8217;exp\u00e9rience prouve qu&#8217;il y a un effet d&#8217;aubaine qui sert trop peu aux publics qui ne viennent pas d&#8217;habitude. En revanche, nous avons constat\u00e9 une augmentation de la fr\u00e9quentation des Franciliens. C&#8217;est un enjeu important car le Louvre accueille 64 % de visiteurs \u00e9trangers.<\/p>\n<p><strong> Claude Fourteau, qui a conduit des \u00e9tudes sur les publics des dimanches gratuits, explique au contraire que toutes les cat\u00e9gories socioprofessionnelles sont plus repr\u00e9sent\u00e9es&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Catherine Guillou : Je ne suis pas d&#8217;accord. Si elles sont plus repr\u00e9sent\u00e9es, c&#8217;est parce que la fr\u00e9quentation est plus forte.<\/p>\n<p>Laurence Herszberg : Vous dites pourtant que les Franciliens viennent plus. Or le public qui d\u00e9borde du cadre de Paris est forc\u00e9ment diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Catherine Guillou : C&#8217;est loin de repr\u00e9senter la majorit\u00e9. Il existe un effet d&#8217;aubaine pour des personnes qui pourraient payer davantage. La vraie question est : pourquoi certains publics ne viennent pas ? Les mus\u00e9es de la Ville de Paris qui sont devenus gratuits ont enregistr\u00e9 27 % d&#8217;augmentation de fr\u00e9quentation la premi\u00e8re ann\u00e9e. Si ces r\u00e9sultats perdurent, il faudra en tirer des le\u00e7ons tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res&#8230; Mais qu&#8217;arrivera-t-il sur la dur\u00e9e quand ces mus\u00e9es n&#8217;auront plus les moyens d&#8217;acqu\u00e9rir, d&#8217;am\u00e9liorer leurs services, de maintenir leurs locaux en \u00e9tat ?<\/p>\n<p>Laurence Herszberg : Il ne suffit pas que tout soit gratuit, il faut encore aller chercher le public. L&#8217;\u00e9t\u00e9, nous projetons gratuitement des films en plein air dans le cadre du \u00abCin\u00e9ma au clair de lune \u00bb. Les spectateurs sont \u00e0 la fois des cin\u00e9philes et des familles du quartier qui n&#8217;ont pas l&#8217;habitude d&#8217;aller au cin\u00e9ma. <\/p>\n<p>Catherine Guillou : Les dimanches gratuits \u00e9taient, jusqu&#8217;\u00e0 r\u00e9cemment, une coquille vide. Depuis un an, nous organisons des programmations sp\u00e9cifiques. Nous demandons par exemple \u00e0 des \u00e9tudiants en art de jouer le r\u00f4le de m\u00e9diateurs d&#8217;un jour, de commenter une \u0153uvre ou de proposer des parcours. L&#8217;initiative permet \u00e0 des gens qui parlent le m\u00eame langage et qui ont les m\u00eames centres d&#8217;int\u00e9r\u00eat de se rencontrer. Il est important pour le Louvre de casser son image de temple du savoir savant et de l&#8217;\u00e9litisme.<\/p>\n<p><strong> Des tarifs diff\u00e9rents selon les publics sont-ils plus efficaces que la gratuit\u00e9 totale ? <\/strong><\/p>\n<p>Laurence Herszberg : Bien s\u00fbr. Pour pouvoir adapter les programmations aux publics, il faut segmenter. Cessons de penser que tout le monde doit avoir un acc\u00e8s uniformis\u00e9 \u00e0 la culture. Cela ne me g\u00eane pas que la place la plus ch\u00e8re \u00e0 l&#8217;Op\u00e9ra de Paris co\u00fbte 100 e. Tant qu&#8217;il existe des places \u00e0 5 e&#8230;<\/p>\n<p>Jack Ralite : La t\u00e9l\u00e9 est gratuite, les journaux sont gratuits, Internet est gratuit, les grandes manifs parisiennes sont gratuites. Nous sommes entr\u00e9s dans un processus massifiant. Pourtant le public est pr\u00eat \u00e0 payer quand il est int\u00e9ress\u00e9. Je ne suis pas d&#8217;accord avec la gratuit\u00e9, sauf quand elle est cibl\u00e9e socialement.<\/p>\n<p><strong> Quelles sont les cons\u00e9quences possibles de l&#8217;autonomisation des grands mus\u00e9es nationaux ? <\/strong><\/p>\n<p>Jack Ralite : Un jour, le Louvre risque de se retrouver coinc\u00e9. Le gouvernement lui demandera de se d\u00e9brouiller enti\u00e8rement pour trouver de l&#8217;argent, sous pr\u00e9texte que c&#8217;est un Etablissement public autonome. Aujourd&#8217;hui, les discussions budg\u00e9taires sont devenues prioritaires dans les conseils d&#8217;administration. On commence toujours par faire des comptes. Il nous manque une instance qui permette aux diff\u00e9rentes institutions culturelles de se retrouver pour d\u00e9battre des enjeux plus fondamentaux de la culture. Propos recueillis par M.R.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Faire payer l&#8217;entr\u00e9e aux artistes et aux enseignants ? Le Louvre l&#8217;a tent\u00e9, avant de changer d&#8217;avis pour les premiers. Une question reste : comment accro\u00eetre ses ressources sans perdre de vue ses missions d&#8217;\u00e9ducation et de d\u00e9mocratisation ? 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