{"id":2730,"date":"2007-05-16T00:00:00","date_gmt":"2007-05-15T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-coup-de-slam-dans-la-finance2730\/"},"modified":"2007-05-16T00:00:00","modified_gmt":"2007-05-15T22:00:00","slug":"un-coup-de-slam-dans-la-finance2730","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2730","title":{"rendered":"Un coup de SLAM dans la finance ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon sur le SLAM, une mesure fiscale qu&#8217;il propose pour mettre fin \u00e0 la pression d\u00e9mesur\u00e9e que font peser les actionnaires sur l&#8217;\u00e9conomie et le salariat, et sur l&#8217;\u00e9volution des structures du capitalisme de ces trentes derni\u00e8res ann\u00e9es. <\/p>\n<p>&#8211; <strong> Interview int\u00e9grale de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon <\/strong> : <doc><\/p>\n<p>&#8211; <strong> Extraits portant sur le SLAM <\/strong> : <doc><\/p>\n<p>Face \u00e0 la domination croissante de la finance sur les entreprises, l&#8217;\u00e9conomiste Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon propose un instrument fiscal pour commencer la riposte: le SLAM, qui consiste \u00e0 fixer un plafond \u00e0 la r\u00e9mun\u00e9ration exig\u00e9e par les actionnaires. Dans cet entretien, il revient sur cette mesure qu&#8217;il avait lanc\u00e9e dans le Monde diplomatique de f\u00e9vrier, et notamment sur ses objectifs, son champ d&#8217;application ou les critiques auxquelles il a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9. Il souligne l&#8217;urgence de s&#8217;opposer \u00e0 l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie du capitalisme financier, v\u00e9ritable emprise d&#8217;un groupe social sur l&#8217;\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9 salariale, qui continuera \u00e0 r\u00e9clamer des taux de rentabilit\u00e9 toujours plus exorbitants tant qu&#8217;aucune force ne s&#8217;y opposera. Selon lui, cette limite ou cette borne \u00abne peut venir que du dehors, du politique \u00bb. Il r\u00e9fute la critique qui est faite au SLAM selon laquelle une telle mesure aurait pour cons\u00e9quence une fuite importante de capitaux : non seulement les march\u00e9s  boursiers apportent de moins en moins de capitaux qu&#8217;ils n&#8217;en soutirent \u00e0 la sph\u00e8re productive, mais \u00e9galement, le d\u00e9part de capitaux vers l&#8217;\u00e9tranger n&#8217;aurait, d&#8217;apr\u00e8s lui,  rien de massif.<\/p>\n<p>Il revient aussi sur la d\u00e9r\u00e9glementation financi\u00e8re de ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, en grande partie mise en place sous des gouvernements socialistes (selon lui \u00ab les socialistes de gouvernement \u00bb seraient \u00ab les meilleurs amis de la finance \u00bb), et sur l&#8217;opposition &#8211; r\u00e9elle ou suppos\u00e9e &#8211; entre les logiques du capital industriel et du capital financier. Il rappelle que le SLAM n&#8217;est qu&#8217;un pis-aller et ne constitue pas \u00ab un horizon de lutte grandiose \u00bb, l&#8217;objectif id\u00e9al \u00e0 poursuivre restant la transformation des structures du capitalisme actuel en imposant une \u00ab rer\u00e9glementation \u00bb financi\u00e8re. Selon lui, la domination actuelle de la finance n&#8217;est en aucun cas le signe d&#8217;une limite \u00e0 l&#8217;expansion du capitalisme, de part les possibilit\u00e9s de marchandisation de nouveaux secteurs (sant\u00e9, culture, \u00e9ducation, etc.) ou  l&#8217;extension \u00e0 un niveau g\u00e9ographique, avec les march\u00e9s asiatiques ou africains notamment. C&#8217;est au contraire le r\u00e9sultat d&#8217;une dynamique intrins\u00e8que du capitalisme et de la liberation des forces financi\u00e8res depuis les ann\u00e9es 70, gr\u00e2ce au \u00abconcours des forces social-d\u00e9mocrates et social-lib\u00e9rales \u00bb, qui a permis cette transformation des structures capitalistes. Il estime que tant qu&#8217;on ne touchera pas \u00e0 ses structures, la situation du salariat ne changera pas fondammentalement, et regrette que cette th\u00e9matique ait \u00e9t\u00e9 trop absente de la campagne pr\u00e9sidentielle, m\u00eame \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>* Directeur de recherche au CNRS, en \u00e9conomie th\u00e9orique et appliqu\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> Ses articles r\u00e9cents : <\/strong><\/p>\n<p>&#8211; \u00ab Enfin une mesure contre la d\u00e9mesure de la finance, le SLAM ! \u00bb, le Monde diplomatique, f\u00e9vrier 2007 :<\/p>\n<p> http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2007\/02\/LORDON\/14458<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab Le centrisme, erreur anthropologique et Bayrou, vote r\u00e9volutionnaire \u00bb, 29\/03\/07 :<\/p>\n<p> http:\/\/www.mouvements.asso.fr\/spip.php?article46<\/p>\n<p><strong> Bibliographie : <\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Fonds de pension, pi\u00e8ge \u00e0 cons ? Mirage de la d\u00e9mocratie actionnariale, Liber\/raisons d&#8217;agir, 2000.<\/p>\n<p>&#8211; Et la vertu sauvera le monde&#8230;Apr\u00e8s la d\u00e9b\u00e2cle financi\u00e8re, le salut par l&#8217;\u00ab \u00e9thique \u00bb ? Raisons d&#8217;agir, 2003<\/p>\n<p>&#8211; Douze \u00e9conomistes contre le projet de constitution europ\u00e9enne, l&#8217;Harmattan, 2005 (avec M.Husson, J.Gadrey, J.Mazier, C.Ramaux, G.Raveaud, etc)<\/p>\n<p><strong> A relire : <\/strong><\/p>\n<p><strong> UNE LOI POUR LIMITER LES PROFITS FINANCIERS ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Contre la domination du capitalisme financier et son exigence de rentabilit\u00e9 excessive, l&#8217;\u00e9conomiste Fr\u00e9d\u00e9ric lordon avance l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une limitation du taux de profit \u00e0 imposer aux actionnaires. <\/strong><\/p>\n<p>En 1998, l&#8217;association ATTAC naissait autour de l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une taxe sur les transactions mon\u00e9taires internationales. La taxe Tobin proposait de taxer faiblement (entre 0,1 et 0,01 %) les mouvements sp\u00e9culatifs, de mani\u00e8re \u00e0 diminuer ses impacts n\u00e9gatifs sur l&#8217;\u00e9conomie productive. L&#8217;\u00e9conomiste Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon propose une autre mesure : le SLAM.<\/p>\n<p>Elle consiste \u00e0 imposer un taux de profit plafond aux actionnaires, dans un contexte o\u00f9 la finance est en train d&#8217;exiger des marges de b\u00e9n\u00e9fices jamais vues auparavant. En France, la norme du taux de profit se situait autour de 2 \u00e0 3 % jusque dans les ann\u00e9es 80. Dans les ann\u00e9es 90, la finance r\u00e9clame 10 % de taux de rentabilit\u00e9, puis au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 on passe \u00e0 15 %. D\u00e9sormais on tend vers l&#8217;exigence des 20 % ! Contrairement \u00e0 la taxe Tobin, l&#8217;id\u00e9e du SLAM permet de s&#8217;attaquer directement au m\u00e9canisme du profit dans ce capitalisme d\u00e9brid\u00e9, et de mettre ainsi en place un rapport de force plus important face \u00e0 l&#8217;offensive lib\u00e9rale des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p><strong> 1986 : une ann\u00e9e charni\u00e8re <\/strong><\/p>\n<p>Selon F.Lordon, le capitalisme financier aurait pris le pas sur le capitalisme industriel. Selon lui, c&#8217;est la loi de d\u00e9r\u00e9glementation financi\u00e8re de 1986 ( vot\u00e9e sous le gouvernement socialiste de B\u00e9r\u00e9govoy) qui est au d\u00e9part de ce ph\u00e9nom\u00e8ne en France : elle engendre alors la libre circulation des capitaux internationaux et organise la liquidit\u00e9 du march\u00e9 boursier (c&#8217;est \u00e0 dire le fait de pouvoir vendre un stock d&#8217;actions imm\u00e9diatement : on peut alors quitter le capital d&#8217;une entreprise aussi vite qu&#8217;on y est rentr\u00e9). Pour l&#8217;\u00e9conomiste, cette date constitue m\u00eame \u00ab l&#8217;\u00e9v\u00e9nement le plus structurant de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise sur le demi-si\u00e8cle \u00e9coul\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Depuis, la finance peut exercer des pouvoirs tyranniques sur les entreprises dont elle d\u00e9tient le contr\u00f4le capitalistique. Les soci\u00e9t\u00e9s sont somm\u00e9es de d\u00e9gager des b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 un niveau presque irr\u00e9el. C&#8217;est donc par des moyens d\u00e9tourn\u00e9s que cela va \u00eatre possible : \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;un m\u00eame groupe, des entreprises profitables &#8211; voir tr\u00e8s profitables -, vont \u00eatre ferm\u00e9es ou vendues du fait d&#8217;un profit inf\u00e9rieur au niveau de 15 ou 20 % fix\u00e9 par les actionnaires. Ou encore avec le m\u00e9canisme du \u00ab buy-back \u00bb : l&#8217;entreprise rach\u00e8te ses propres actions afin de fournir des liquidit\u00e9s aux actionnaires, d\u00e9tournant ainsi les fonds de l&#8217;entreprise qui devraient aller \u00e0 l&#8217;investissement productif ou \u00e0 la recherche.<\/p>\n<p><strong> 9 % de taux de profit ? On ferme ! <\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, les entreprises sous contr\u00f4le vont \u00eatre pressuris\u00e9es au maximum, du g\u00e9rant aux salari\u00e9s jusqu&#8217;aux sous-traitants : tous auront l&#8217;injonction de d\u00e9gager co\u00fbte que co\u00fbte des gains de productivit\u00e9, sans droit \u00e0 l&#8217;erreur. En 2005, l&#8217;usine Nestl\u00e9 de Saint-Menet est ferm\u00e9e puisque son niveau de profit n&#8217;affichait qu&#8217;un si faible taux de 9 %, au lieu des 13 % exig\u00e9s. Ainsi, alors que dans les ann\u00e9es 80 les taux de profit moyens \u00e9taient inf\u00e9rieurs \u00e0 5 %, la norme d\u00e9sormais \u00e9tablie par la finance ne descend pas en-dessous des 15 %. La BNP pr\u00e9sentait un taux de profit \u00e0 moins de 3 % d\u00e9but 90, en 1999 elle s&#8217;engage d\u00e9sormais \u00e0 atteindre les 18 % !<\/p>\n<p>Pour F.Lordon, le seul moyen est donc \u00ab de borner r\u00e9glementairement et autoritairement \u00bb le profit de la finance : \u00ab A la force, il faut opposer la force; \u00e0 celle du capital, celle de la loi : la seule \u00e0 notre disposition \u00bb. Le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin, ou marge actionnariale limite autoris\u00e9e) serait alors fix\u00e9 \u00e0 un taux de profit \u00ab raisonnable \u00bb : au niveau des taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat en cours, auquel serait ajout\u00e9 une petite prime de risque, soit \u00e0 6 %. Pour lui, il s&#8217;agit d&#8217;inverser les choses : la finance estime ce taux comme le minimum de plus value \u00e0 r\u00e9aliser, il faut en faire un maximum.<\/p>\n<p><strong> Financement des entreprises : la bourse peu rentable&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Il avance le SLAM comme une proposition \u00e0 discuter, \u00e0 compl\u00e9ter, m\u00eame \u00ab pourquoi pas la rendre encore plus m\u00e9chante \u00bb. Egalement il pense que son application peut se faire dans un premier temps au niveau national. Selon lui, la fuite des capitaux boursiers est envisageable mais non dommageable : puisque la contribution nette des march\u00e9s d&#8217;actions au financement des entreprises est de plus en plus faible en Europe, et m\u00eame n\u00e9gative aux Etats-Unis par exemple. En effet, ce que ponctionnent les actionnaires aux entreprises devient comparable aux capitaux qu&#8217;ils investissent dans ces m\u00eames entreprises.<\/p>\n<p>Cependant, si la taxe Tobin n&#8217;a jamais vu le jour, alors m\u00eame qu&#8217;elle proposait un niveau tr\u00e8s faible d&#8217;imposition, on peut redouter que le SLAM n&#8217;ait un accueil gu\u00e8re plus chaleureux&#8230; Seul un mouvement social important serait en mesure d&#8217;apporter un rapport de force permettant l&#8217;imposition d&#8217;une telle mesure. F.Lordon ne se fait pas plus d&#8217;illusions : \u00ab il n&#8217;y a pas grand chose \u00e0 esp\u00e9rer des ravis de gauche et de droite qui se succ\u00e8dent indiff\u00e9remment aux affaires avec des projets trop semblables : comme celui de faire voter une constitution europ\u00e9enne c\u00e9l\u00e9brant dans la partie \u00ab droits fondamentaux \u00bb la libre circulation des capitaux-, le mouvement doit venir d&#8217;ailleurs \u00bb.<\/p>\n<p>NB: Les citations de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon sont extraites de son article paru dans le Monde diplomatique de f\u00e9vrier 2007 : http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2007\/02\/LORDON\/14458<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon sur le SLAM, une mesure fiscale qu&#8217;il propose pour mettre fin \u00e0 la pression d\u00e9mesur\u00e9e que font peser les actionnaires sur l&#8217;\u00e9conomie et le salariat, et sur l&#8217;\u00e9volution des structures du capitalisme de ces trentes derni\u00e8res ann\u00e9es. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2730","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2730","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2730"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2730\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2730"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2730"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2730"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}