{"id":271,"date":"1996-12-01T00:00:00","date_gmt":"1996-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/sante-publique271\/"},"modified":"1996-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1996-11-30T23:00:00","slug":"sante-publique271","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=271","title":{"rendered":"Sant\u00e9 publique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;organisation de la lutte contre le sida ne peut ignorer la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un large d\u00e9bat public. Sur son financement et sur toutes les questions de soci\u00e9t\u00e9 que soul\u00e8ve la pand\u00e9mie. <\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9chec du sidaction de cette ann\u00e9e 1996 s&#8217;est traduit par une r\u00e9duction des ressources des associations de lutte contre le sida. Peut-on continuer ainsi ? Aurons-nous enfin un d\u00e9bat entre tous, au grand jour, non seulement sur le sidaction mais sur l&#8217;ensemble de la lutte contre la maladie ?<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 en 1994, l&#8217;initiative des cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision et d'&#8221; Ensemble contre le sida &#8221; avait soulev\u00e9 bien des interrogations. Comment a \u00e9t\u00e9 r\u00e9parti l&#8217;argent recueilli ? Qui, et sur quels crit\u00e8res, en a d\u00e9cid\u00e9 ? A-t-il \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 en fonction des engagements ? En 1996, il y eut des r\u00e9ponses mais pas de d\u00e9bat public. Et pourtant, entre temps, le scandale de l&#8217;ARC avait \u00e9clat\u00e9. Il aurait \u00e9t\u00e9 prudent de la part des responsables d'&#8221; Ensemble contre le sida &#8221; d&#8217;accepter le d\u00e9bat que demandaient d&#8217;autres organisations. Leur refus a accru la m\u00e9fiance contre des m\u00e9thodes fond\u00e9es sur un unanimisme apparent, m\u00e9fiance accrue par un discours unique diffus\u00e9 dans le cadre d&#8217;un programme unique, commun aux cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision, impos\u00e9 aux t\u00e9l\u00e9spectateurs sur la base d&#8217;un consensus pr\u00e9sent\u00e9 comme oecum\u00e9nique.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9chec s&#8217;annon\u00e7ait. Il ne r\u00e9jouit personne. C&#8217;est la lutte contre le sida et la mobilisation militante qui en subissent le contrecoup. Par le manque \u00e0 gagner, qui met en cause la vie des associations et les initiatives qu&#8217;elles avaient engag\u00e9es. L&#8217;intervention du pr\u00e9sident d&#8217;Act Up, co-organisateur de cette initiative, d\u00e9non\u00e7ant l&#8217;hypocrisie du discours l\u00e9nifiant qui masque de graves probl\u00e8mes, l&#8217;a fait appara\u00eetre comme le responsable de cet \u00e9chec, pourtant pr\u00e9visible par ailleurs.<\/p>\n<p>La poursuite de la lutte reste indispensable, m\u00eame si l&#8217;Etat continue \u00e0 se d\u00e9sengager et \u00e0 rejeter ses responsabilit\u00e9s sur des associations d\u00e9munies de moyens. Deux aspects sont vraiment pr\u00e9occupants: les financements; les questions li\u00e9es aux libert\u00e9s, \u00e0 la responsabilit\u00e9 individuelle dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 associe plus \u00e9troitement qu&#8217;hier organisation sociale et vie personnelle, conduisant \u00e0 placer des questions essentiellement priv\u00e9es au centre de d\u00e9bats publics. Elle pousse donc \u00e0 agir plus fermement contre les discriminations, \u00e0 favoriser le rassemblement des victimes et non leur opposition.<\/p>\n<p>Les financements, eux, mettent en jeu des fonctionnements \u00e9conomiques et des choix politiques. Cela concerne non seulement la France, mais l&#8217;ensemble des pays. Les questions se posent \u00e0 tous les niveaux: financement de la recherche publique et financement des laboratoires des multinationales; profits de ces derni\u00e8res en liaison avec les m\u00e9dicaments produits en fonction des march\u00e9s rentables; organisation des soins; \u00e9quipement des h\u00f4pitaux; d\u00e9pistage du VIH; cons\u00e9quences du financement des associations sur leurs liens avec les pouvoirs publics et les laboratoires priv\u00e9s.<\/p>\n<p> <strong> Si les humains passent apr\u00e8s les facteurs \u00e9conomiques  <\/strong><\/p>\n<p>Lors du proc\u00e8s du sang contamin\u00e9, le professeur Jacques Roux, directeur g\u00e9n\u00e9ral de la Sant\u00e9 de 1981 \u00e0 1985, se trouvait au coeur des d\u00e9bats. Dans un livre publi\u00e9 en 1995, Sang contamin\u00e9. Priorit\u00e9s de l&#8217;Etat et d\u00e9cisions politiques, il \u00e9crit: &#8221; S&#8217;il est possible de tirer au moins une le\u00e7on de ce drame, c&#8217;est celle-l\u00e0: il y aura de nouveaux drames chaque fois que les consid\u00e9rations humaines passeront apr\u00e8s les consid\u00e9rations \u00e9conomiques.&#8221;<\/p>\n<p>Ce proc\u00e8s a mis au jour un des d\u00e9bats pr\u00e9sents en 1981 lors de la pr\u00e9paration des Assises nationales sur la Recherche: le rapport entre les \u00e9lus et les experts. La cr\u00e9ation \u00e0 cette \u00e9poque d&#8217;une commission aupr\u00e8s du Parlement s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e insuffisante. C&#8217;est \u00e0 tous les niveaux de la soci\u00e9t\u00e9 qu&#8217;il faut d\u00e9velopper le dialogue entre experts scientifiques, hommes politiques et l&#8217;ensemble de la population. Cela suppose une culture scientifique, technique, humaine accrue de tous les partenaires, cela suppose des structures de d\u00e9bat d\u00e9mocratique pour les choix scientifiques et techniques et pour la vie politique. La lutte contre la pand\u00e9mie du sida suscite bien d&#8217;autres questions qu&#8217;on ne peut passer sous silence m\u00eame si des tabous freinent un d\u00e9bat clair.<\/p>\n<p>La France reste le pays d&#8217;Europe le plus atteint. Sa l\u00e9gislation particuli\u00e8rement r\u00e9pressive en mati\u00e8re de toxicomanies conduit \u00e0 ce que la transmission du sida par voie intraveineuse donne une coloration coupable aux s\u00e9ropositifs. L&#8217;insistance de certains &#8221; bien pensants &#8221; \u00e0 pr\u00e9senter les malades &#8221; innocents &#8221; que sont les enfants ou les h\u00e9mophiles par exemple, accentue encore une opposition artificielle entre malades. En r\u00e9alit\u00e9, le sida est majoritairement aujourd&#8217;hui une maladie de la pauvret\u00e9. Elle frappe ceux qui sont aux marges de la soci\u00e9t\u00e9, ceux que la R\u00e9publique n&#8217;a pas su int\u00e9grer. Par exemple, la pr\u00e9vention chez les prostitu\u00e9es est n\u00e9glig\u00e9e. C&#8217;est aussi le cas dans les prisons.<\/p>\n<p>Il est frappant de constater que l&#8217;expansion du sida sur la plan\u00e8te se calque sur le partage des richesses. La situation est dramatique en Afrique, en Am\u00e9rique du Sud, dans certains pays d&#8217;Asie: 92% des malades se trouvent dans les pays pauvres. Cette dimension a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e, lors de la derni\u00e8re f\u00eate de l&#8217;Humanit\u00e9, lors d&#8217;une r\u00e9union de travail organis\u00e9e dans l&#8217;Espace international \u00e0 l&#8217;initiative de l&#8217;Association des communistes combattants du sida. Participaient \u00e0 cette r\u00e9union des repr\u00e9sentants de pays d&#8217;Afrique: Cameroun, S\u00e9n\u00e9gal, Centre-Afrique, Mauritanie, Za\u00efre&#8230; Ce travail, \u00e0 poursuivre, fait le lien entre l&#8217;Europe et l&#8217;Afrique, par l&#8217;interm\u00e9diaire de travailleurs immigr\u00e9s, vivant en France, en Belgique&#8230;soumis \u00e0 la colonisation, \u00e0 l&#8217;exploitation et victimes du racisme. Une autre forme de coupure dans la soci\u00e9t\u00e9 concerne les homosexuels. Elle se manifeste par l&#8217;homophobie, qui traduit le refus d&#8217;accepter des modes de vie non conformes aux normes dominantes. L\u00e0 encore une r\u00e9flexion sur la soci\u00e9t\u00e9 devient urgente. Dans le cas des homosexuels, on peut avancer l&#8217;id\u00e9e que leur rejet dans des &#8221; niches sociales &#8221; (quartiers, lieux, secteurs d&#8217;activit\u00e9&#8230;) les conduit \u00e0 multiplier des relations anonymes et multiples sans protection.<\/p>\n<p>Aborder ces questions &#8211; et tenter d&#8217;y r\u00e9pondre &#8211; exige une conception nouvelle de la vie politique qu&#8217;il faudra bien red\u00e9finir ensemble. Ce d\u00e9bat est encore aujourd&#8217;hui refus\u00e9 par ceux qui ont organis\u00e9 le sidaction cette ann\u00e9e. Certaines associations de lutte contre le sida, comme Aides et Act Up, ne d\u00e9veloppent-elles pas des discours identitaires, communautaristes, \u00e0 l&#8217;encontre de la tradition r\u00e9publicaine ? D&#8217;autres associations proposent une r\u00e9flexion sur ces probl\u00e8mes, \u00e0 la recherche de nouvelles formes de lutte, qui associent plus de monde, qui responsabilisent les citoyens en d\u00e9battant avec eux.<\/p>\n<p>La crainte d&#8217;un \u00e9change au grand jour entre tous n&#8217;aura s\u00fbrement pas d&#8217;effet positif. Car si l&#8217;Etat doit imp\u00e9rativement prendre ses responsabilit\u00e9s, il ne faut pas renoncer \u00e0 sensibiliser plus de personnes \u00e0 une solidarit\u00e9 r\u00e9elle, \u00e0 une r\u00e9flexion politique. Ce qui sera fait contre le sida jouera pour d&#8217;autres luttes \u00e0 venir. On l&#8217;a vu pour les h\u00e9mophiles et les transfus\u00e9s. La lutte qu&#8217;il faut encore d\u00e9velopper ne peut faire l&#8217;\u00e9conomie de l&#8217;ensemble des questions de sant\u00e9 publique &#8211; l&#8217;amiante canc\u00e9rig\u00e8ne comme la d\u00e9fense de la s\u00e9curit\u00e9 sociale &#8211; en termes d&#8217;actions convergentes de tous.<\/p>\n<p>* Pr\u00e9sident de l&#8217;ACCS (Association des communistes combattants du sida).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;organisation de la lutte contre le sida ne peut ignorer la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un large d\u00e9bat public. Sur son financement et sur toutes les questions de soci\u00e9t\u00e9 que soul\u00e8ve la pand\u00e9mie. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[286],"class_list":["post-271","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-sida"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/271","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=271"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/271\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=271"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=271"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=271"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}