{"id":2702,"date":"2007-02-01T00:00:00","date_gmt":"2007-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/cheese2702\/"},"modified":"2007-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-01-31T23:00:00","slug":"cheese2702","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2702","title":{"rendered":"Cheese !"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;image est partout, on le savait. Mais les nouvelles technologies du t\u00e9l\u00e9phone portable, presque toujours \u00e9quip\u00e9 d&#8217;un appareil photo et parfois d&#8217;une cam\u00e9ra, font des utilisateurs, et singuli\u00e8rement des jeunes g\u00e9n\u00e9rations, des photographes compulsifs. <\/p>\n<p> Le t\u00e9l\u00e9phone portable, c&#8217;est bien, mais ce qui dope vraiment les ventes, c&#8217;est son c\u00f4t\u00e9 couteau suisse. C&#8217;est bien connu, on ne se sert que de la lame, mais dans le magasin on est s\u00e9duit par le cure-dent, le poin\u00e7on et le cruciforme. Sur les portables donc, on trouve radio, MP3, logiciel de composition musicale&#8230; et surtout, appareil photo et vid\u00e9o. En la mati\u00e8re, les go\u00fbts sont g\u00e9n\u00e9rationnels. Les jeunes d&#8217;abord sont les premiers utilisateurs du portable : 94 % des 15-17 ans ont un mobile contre 69 % des 40-59 ans. Ils sont aussi plus sensibles aux gadgets que leurs a\u00een\u00e9s. Chez les 15-17 ans, six sur dix prennent des photos et plus de quatre en envoient, tandis qu&#8217;ils sont seulement deux sur dix chez les 40-59 ans \u00e0 prendre des photos et un sur dix seulement \u00e0 en envoyer.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quence, les ados, qui n&#8217;avaient pas sp\u00e9cialement l&#8217;habitude de se promener avec un appareil photo dans la poche sont, avec la g\u00e9n\u00e9ralisation du t\u00e9l\u00e9phone portable, massivement devenu des \u00ab photographes \u00bb compulsifs. Pour beaucoup, ces images sont \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Num\u00e9riques, elles ne n\u00e9cessitent pas de d\u00e9veloppement pour \u00eatre vues, mais n&#8217;atteignent quasiment jamais le support papier. Trop lourdes pour \u00eatre stock\u00e9es en nombre dans le t\u00e9l\u00e9phone, elles ont vocation \u00e0 dispara\u00eetre. Pour cette forme d&#8217;utilisation, l&#8217;instant du d\u00e9clenchement photographique semble avoir plus de sens que la trace constitu\u00e9e par l&#8217;image. \u00ab Moi, je photographie les mecs que je kiffe \u00bb, raconte Carla, 15 ans, lyc\u00e9enne de Seine-Saint-Denis. Que fait-elle de ces images ? \u00ab Rien, mais \u00e7a leur montre que je m&#8217;int\u00e9resse \u00e0 eux. \u00bb Dans son portable, qu&#8217;elle n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 montrer, peu de photos sont conserv\u00e9es. Son chat, sa soeur, ses meilleures amies, un peu comme on avait un photomaton de sa ch\u00e9rie dans son portefeuille. Son amie, Djamila, en plus d&#8217;une utilisation similaire, reconna\u00eet dans un fou rire s&#8217;en servir comme d&#8217;un miroir de poche. En effet, dans son portable, une dizaine de photos d&#8217;elle.<\/p>\n<p><strong> Sur le disque dur <\/strong><\/p>\n<p>D&#8217;autres, utilisateurs intensifs d&#8217;Internet, conservent les images. La solution consiste \u00e0 mettre les photos dans le disque dur de son ordinateur. L&#8217;int\u00e9r\u00eat ? Mettre ensuite les images sur son blog, entendez page personnelle sur le web. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est massif. Chaque jour, plus de 5 500 skyblogs, blogs h\u00e9berg\u00e9s par Skyrock,  la radio pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e des ados, sont cr\u00e9\u00e9s. Au total, pr\u00e8s de 7 millions sont en activit\u00e9. Ces pages personnelles fonctionnent comme un journal intime&#8230; ouvert aux visiteurs. On s&#8217;y \u00e9panche, on \u00ab l\u00e2che \u00bb des articles et des photos&#8230; L\u00e0 non plus, \u00e7a ne ch\u00f4me pas. En une journ\u00e9e, c&#8217;est plus de 330 000 articles qui sont publi\u00e9s. Mais un \u00ab article \u00bb se r\u00e9sume justement le plus souvent \u00e0 une photo, tr\u00e8s souvent prise au portable. Sous le pseudo de Palmyre, par exemple, une jeune fille de 20 ans habitant Tournai poss\u00e8de un blog qui ressemble beaucoup \u00e0 une centaine de milliers d&#8217;autres. Le nom de ce journal intime en r\u00e9sume bien l&#8217;esprit : \u00ab Mwa, ma vie, mes cops \u00bb, traduisez, \u00ab moi, ma vie, mes copains \u00bb. En fait de journal intime, il s&#8217;agit surtout d&#8217;album photo. Le 26 d\u00e9cembre, elle nous montre ses yeux en gros plan (bleus), le 5 janvier sa langue (pierc\u00e9e) et \u00e0 peu pr\u00e8s tous les autres jours sa bobine et celle de son \u00ab amoooooour \u00bb, sa copine et son chien blanc. Le leitmotiv de ces pages, Palmyre l&#8217;\u00e9crit d&#8217;ailleurs en toutes lettres le 12 novembre : \u00ab je suis fi\u00e8re de qui je suis. \u00bb C&#8217;est le partage et le retour sur cette exposition qui constituent le sens de la d\u00e9marche. Chaque article (post) ou photo peut d&#8217;ailleurs \u00eatre comment\u00e9 par le visiteur. Ce sont les \u00ab com \u00bb, abr\u00e9viation de commentaires. Les auteurs demandent parfois explicitement \u00e0 \u00eatre rassur\u00e9s sur leur physique et leur sex- appeal. Les gar\u00e7ons, on ne compte plus les \u00ab bogoss \u00bb, ne sont pas les derniers \u00e0 en \u00eatre inquiets.<\/p>\n<p><strong> Danger en ligne <\/strong><\/p>\n<p>Des utilisations moins bon enfant du t\u00e9l\u00e9phone-appareil-photo-cam\u00e9ra pr\u00e9occupent davantage pouvoirs publics et associations de protection des mineurs. Sur Internet, nul besoin de chercher longtemps pour trouver des sites montrant les exploits sexuels de jeunes pub\u00e8res. Ici, nulle trace de violence ou de contrainte physique apparente. Juste la banalisation de la pornographie comme r\u00e9f\u00e9rence. Le portable est le seul outil, les \u00ab films \u00bb durent quelques dizaines de secondes seulement et sont de faible r\u00e9solution, preuve encore d&#8217;une utilisation du portable. Les jeunes adultes qui se mettent en sc\u00e8ne semblent ob\u00e9ir inconsciemment aux codes du porno. Invariablement, la mise en ligne est masculine, puisqu&#8217;il s&#8217;agit fr\u00e9quemment d&#8217;un bonhomme qui pr\u00e9sente sa \u00ab copine \u00bb ou plus souvent encore son \u00ab ex \u00bb. Quelques faits divers relatent ainsi des filles pi\u00e9g\u00e9es par leurs ex-petits copains. Plus grave, les violences sexuelles. En d\u00e9cembre dernier, par exemple, cinq coll\u00e9giens de 13 \u00e0 15 ans ont \u00e9t\u00e9 mis en examen pour avoir viol\u00e9, pendant plus de deux mois, une jeune fille de leur \u00e2ge sous l&#8217;objectif de leur t\u00e9l\u00e9phone portable. La premi\u00e8re relation sexuelle avec l&#8217;un des jeunes aurait \u00e9t\u00e9 consentie mais film\u00e9e. Les autres relations sexuelles auraient \u00e9t\u00e9 contraintes, sous la menace de divulgation des images.<\/p>\n<p>Non sexuel mais tout aussi violent, le happy slapping (baffe joyeuse) est n\u00e9 en Grande-Bretagne et a travers\u00e9 la Manche en 2005, plus certainement par Internet que par le tunnel. Le concept : un passant  inconnu, des coups qui  tombent par surprise, un tiers pour filmer. Les films des bastonnades tournent sur le web. L&#8217;association SOS Benjamin, qui lutte contre les jeux dangereux dans les \u00e9coles, a relev\u00e9 plus de 200 incidents dans les six derniers mois. Il n&#8217;existe gu\u00e8re plus de chiffres. Mais la lecture de la rubrique des faits divers est \u00e9loquente. Les passages \u00e0 l&#8217;acte se multiplient et le l\u00e9gislateur a int\u00e9gr\u00e9 le happy slapping dans l&#8217;\u00e9ni\u00e8me texte sur la d\u00e9linquance de Nicolas Sarkozy. Au del\u00e0 de la r\u00e9pression dont on ne peut esp\u00e9rer grand-chose, une r\u00e9flexion s&#8217;impose sur ce qui semble \u00eatre une tentative de reprise en main de l&#8217;image omnipr\u00e9sente, un passage de la position passive \u00e0 une position active.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;image est partout, on le savait. 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