{"id":270,"date":"1996-12-01T00:00:00","date_gmt":"1996-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/debat270\/"},"modified":"1996-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1996-11-30T23:00:00","slug":"debat270","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=270","title":{"rendered":"D\u00e9bat"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le travail, l&#8217;emploi, le salariat: quelles transformations, quel devenir ? C&#8217;\u00e9tait le sujet de la rencontre nationale \u00e0 Nimes, le 26 octobre, r\u00e9unissant 150 militants, \u00e9lus, syndicalistes, chercheurs et universitaires. <\/p>\n<p>Parle-t-on toujours d&#8217;une valeur constitutive du d\u00e9veloppement humain, quand on parle de travail ? &#8221; Pour Jean H., ancien syndicaliste, le capitalisme a d\u00e9class\u00e9 le travail comme source d&#8217;identit\u00e9, de reconnaissance sociale. Serge C.de EDF se demande aussi: &#8221; Quelle valeur d&#8217;int\u00e9gration le travail peut bien avoir pour un ch\u00f4meur de longue dur\u00e9e qui trouve un petit boulot avant de gal\u00e9rer de nouveau pour faire valoir ses droits au ch\u00f4mage ? &#8221;<\/p>\n<p>Pourtant Pascal B., technicien chez Dassault, constate, lui, que &#8221; le travail permet d&#8217;\u00e9panouir sa personnalit\u00e9, pour ses coll\u00e8gues, comme pour des milliers de salari\u00e9s&#8221;. S&#8217;il lui est reproch\u00e9 de regarder la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique avec le prisme d\u00e9formant de la grande entreprise industrielle, Catherine B., ma\u00eetre de conf\u00e9rence, confirme: &#8221; chez les jeunes \u00e9galement, la valeur travail vient en deuxi\u00e8me position, derri\u00e8re la famille mais avant le sport, les loisirs&#8230;&#8221; Paul B., sociologue, pr\u00e9cise la nature dialectique du travail &#8221; \u00e0 la fois valeur marchande, donc source d&#8217;exploitation et d&#8217;ali\u00e9nation, mais aussi valeur d&#8217;usage d\u00e9terminante, surtout dans le cadre de la r\u00e9volution technique et informationnelle, donc source de valorisation et d&#8217;int\u00e9gration sociale.&#8221;<\/p>\n<p>Ce qui est aujourd&#8217;hui en crise, en particulier dans la jeunesse, c&#8217;est le mod\u00e8le de travail actuel, prescrit, s\u00e9par\u00e9 des autres activit\u00e9s, subordonn\u00e9 \u00e0 l&#8217;employeur et identique pendant longtemps. Comme l&#8217;explique Jean-Marie A., \u00e9ducateur dans le cadre de l&#8217;aide judiciaire \u00e0 la jeunesse, &#8221; huit heures par jour, pendant trente-sept ans et demi, cela ne nous paraissait pas abominable; ce n&#8217;est pas le cas pour les jeunes d&#8217;aujourd&#8217;hui, qui revendiquent, non seulement plus d&#8217;autonomie mais aussi un droit \u00e0 la mobilit\u00e9 professionnelle &#8220;.<\/p>\n<p>C&#8217;est justement \u00e0 cette exigence &#8221; de substituer \u00e0 la mobilit\u00e9 actuelle, allant de pair avec pr\u00e9carit\u00e9, la possibilit\u00e9 de passage des individus dans diff\u00e9rentes activit\u00e9s, correctement r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es et qui soient \u00e0 la fois socialement efficaces et valorisantes pour eux &#8221; que cherche \u00e0 r\u00e9pondre la proposition de s\u00e9curit\u00e9 emploi-formation, souligne Claude Gindin. Toutefois, cette proposition elle-m\u00eame est mise en d\u00e9bat. Doit-on mettre en avant la r\u00e9duction du temps de travail, quand on assiste au d\u00e9veloppement du temps partiel impos\u00e9 aux salari\u00e9s les plus pr\u00e9caires et que &#8221; le d\u00e9bat sur ce th\u00e8me est men\u00e9 \u00e0 l&#8217;initiative du patronat dans le cadre d&#8217;une politique de r\u00e9duction des co\u00fbts salariaux ?&#8221; demande un syndicaliste. Si, comme le pense Henri E., sociologue, &#8221; les nouvelles technologies ne sont pas un fait en soi, mais une r\u00e9ponse capitaliste \u00e0 la crise de productivit\u00e9 des ann\u00e9es 70 &#8220;, faut-il, en proposant de r\u00e9duire la dur\u00e9e du travail, apporter son appui au nouveau type de d\u00e9veloppement de la productivit\u00e9 du travail par un moindre recours au travail humain ? Ne faut-il pas, \u00e0 tout le moins, poser avec beaucoup plus de force la question des &#8221; d\u00e9g\u00e2ts de l&#8217;intensification des charges de travail, de la suractivit\u00e9 physique et mentale exig\u00e9e dans le travail &#8221; soulev\u00e9e par plusieurs militants syndicaux pr\u00e9sents, comme celle des moyens de combler le retard pris dans l&#8217;intervention des travailleurs sur l&#8217;organisation du travail ?<\/p>\n<p>Pour d&#8217;autres participants \u00e0 la rencontre, la r\u00e9duction du temps de travail est une exigence tr\u00e8s largement partag\u00e9e. En revanche, ils mettent en cause le lien \u00e9tabli entre emploi et formation, dans la proposition communiste d&#8217;une s\u00e9curit\u00e9 emploi-formation. Il semble avaliser l&#8217;id\u00e9e, souvent r\u00e9pandue par le patronat, que la crise de l&#8217;emploi actuelle serait due \u00e0 un niveau de formation insuffisant des salari\u00e9s, ou \u00e0 un d\u00e9calage entre la formation dispens\u00e9e par l&#8217;Education nationale et les qualifications n\u00e9cessaires au fonctionnement de l&#8217;entreprise.&#8221; Quelle formation proposer aux salari\u00e9s de l&#8217;entreprise Eminence en lutte contre la suppression de 100 emplois et l&#8217;accroissement de la d\u00e9localisation de la production en Bulgarie ? &#8221; demande le secr\u00e9taire de l&#8217;Union d\u00e9partementale CGT.&#8221; Ne risque-t-on pas de faire de la formation un instrument suppl\u00e9mentaire d&#8217;exclusion des jeunes les plus en difficult\u00e9 ? &#8221; ajoute Jean-Marie.<\/p>\n<p>Il serait dangereux, reconna\u00eet Michel Dauba, &#8221; de parler de mobilit\u00e9 professionnelle et de formation, comme un \u00e9l\u00e9ment de flexibilit\u00e9 alternatif au ch\u00f4mage &#8220;. En revanche monte l&#8217;aspiration \u00e0 une plus grande autonomie dans le travail.&#8221; Ce qui est en jeu, c&#8217;est la ma\u00eetrise ou non, par l&#8217;op\u00e9rateur, de son rapport avec l&#8217;amont comme avec l&#8217;aval, dans le processus de travail &#8221; Et, pour Elisabeth G., il faut &#8221; relier la s\u00e9curit\u00e9 emploi-formation \u00e0 l&#8217;intervention citoyenne, \u00e0 l&#8217;exigence de droits nouveaux d&#8217;intervention dans la gestion&#8221;.<\/p>\n<p>D&#8217;autres participants soulignent enfin le peu d&#8217;attrait, pour de nombreux jeunes, du concept de s\u00e9curit\u00e9 dans la proposition d&#8217;une s\u00e9curit\u00e9 emploi-formation, m\u00eame si on sait qu&#8217;une fraction non n\u00e9gligeable de la jeunesse recherche la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;emploi en se pr\u00e9sentant massivement aux concours de la Fonction publique. Ainsi, pour Sandrine M., chercheuse \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Montpellier, ce \u00e0 quoi aspirent les jeunes, c&#8217;est, avant tout, la ma\u00eetrise de leur vie professionnelle.<\/p>\n<p> <strong> Pour la ma\u00eetrise de la vie professionnelle <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;assimilation de la formation et de la recherche \u00e0 une activit\u00e9 productive, \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer en tant que telle, fait l&#8217;objet d&#8217;un tr\u00e8s large accord. L&#8217;articulation entre travail et hors-travail n&#8217;est toutefois pas sans soulever d&#8217;autres questions; celle du statut du b\u00e9n\u00e9volat, mais surtout celle du salaire: que devient-il s&#8217;il n&#8217;est plus reli\u00e9 \u00e0 un niveau de productivit\u00e9 du salari\u00e9 mais \u00e0 une qualification mouvante et aux besoins individuels en formation, culture, loisirs, participation \u00e0 la vie sociale.&#8221; Ne risque-t-on pas de promouvoir l&#8217;assistanat qui va \u00e0 l&#8217;encontre de l&#8217;intervention citoyenne ? &#8221; se demande Jean-Marie qui d\u00e9plore les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s chez les jeunes par la disparition, de fait, du volet insertion du RMI.<\/p>\n<p>C&#8217;est une vraie question, lui r\u00e9pond Bernard Deschamps, vice-pr\u00e9sident du conseil r\u00e9gional.&#8221; Mais attention \u00e0 ne pas laisser prendre pr\u00e9texte de cette carence pour supprimer le RMI, alors que l&#8217;attribution d&#8217;un revenu minimum est, pour beaucoup de nos concitoyens, une question de survie. En outre, les dispositifs d&#8217;insertion de ces exclus du travail ont abouti \u00e0 un d\u00e9veloppement sans pr\u00e9c\u00e9dent d&#8217;une pr\u00e9carit\u00e9 durable et \u00e0 sa substitution \u00e0 des emplois stables.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Transformer les emplois pr\u00e9caires en emplois stables, c&#8217;est bien ce que nous proposons avec la s\u00e9curit\u00e9 emploi-formation. C&#8217;est aussi le but des luttes pour une autre utilisation des fonds pour l&#8217;emploi &#8220;, d\u00e9clare Alain M., membre de la commission \u00e9conomique du Comit\u00e9 national du PCF. Il faut d\u00e9noncer les fausses solutions comme la loi Robien, qui, au nom d&#8217;une r\u00e9duction de la dur\u00e9e du travail permettant de sauver momentan\u00e9ment quelques emplois, s&#8217;inscrit dans le cadre d&#8217;une r\u00e9duction du co\u00fbt salarial, d\u00e9montre le secr\u00e9taire de l&#8217;Union d\u00e9partementale CGT. Mais, ajoute Bernard Deschamps, il faut aussi transformer les dispositifs d&#8217;insertion en structure d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 des emplois stables. Il cite, de ce point de vue, deux exp\u00e9riences en cours au conseil r\u00e9gional. La premi\u00e8re consiste \u00e0 passer des conventions, contraignantes pour l&#8217;encadrement et la formation, avec les associations qui veulent d\u00e9velopper des chantiers d&#8217;insertion. L&#8217;autre exp\u00e9rience est celle des emplois- ville dans les quartiers en difficult\u00e9.&#8221; Nous travaillons \u00e0 des contrats qui obligent les structures b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 donner une formation qualifiante qui d\u00e9bouche sur une certification au cours des cinq ans.&#8221; .<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le travail, l&#8217;emploi, le salariat: quelles transformations, quel devenir ? 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