{"id":27,"date":"1995-07-01T00:00:00","date_gmt":"1995-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-universite-veut-que-l-on027\/"},"modified":"1995-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-06-30T22:00:00","slug":"l-universite-veut-que-l-on027","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=27","title":{"rendered":"L&#8217;Universit\u00e9 veut que l&#8217;on reconnaisse sa place"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Bernard Dizambourg <\/p>\n<p><strong>  La conf\u00e9rence des pr\u00e9sidents d&#8217;Universit\u00e9 souhaite un grand d\u00e9bat national sur l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur. Explication de l&#8217;un de ses vice-pr\u00e9sidents. <\/strong><\/p>\n<p> <strong>  Avez-vous des inqui\u00e9tudes quant \u00e0 la rentr\u00e9e universitaire ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Bernard Dizambourg : <\/strong> Cette rentr\u00e9e sera contrast\u00e9e. L&#8217;accroissement du nombre d&#8217;\u00e9tudiants se poursuit. Si la progression s&#8217;att\u00e9nue un peu en premier cycle, elle est plus forte au-del\u00e0. Certaines disciplines conna\u00eetront des situations tendues: notamment en premi\u00e8re ann\u00e9e de m\u00e9decine. L&#8217;insuffisance du nombre de professeurs bloque les \u00e9volutions n\u00e9cessaires pour d\u00e9passer les normes anciennes. Les contenus \u00e9voluent; ils demandent une plus grande technicit\u00e9, ils imposent davantage de travaux en petits groupes. C&#8217;est le cas, en particulier, dans le domaine juridico-\u00e9conomique. Lorsque l&#8217;encadrement s&#8217;am\u00e9liore, comme dans certains d\u00e9partements de sciences naturelles, les \u00e9tudiants r\u00e9ussissent mieux. Des disparit\u00e9s r\u00e9gionales sont \u00e9galement pr\u00e9visibles. Ainsi, la situation tend \u00e0 se d\u00e9tendre au Nord, de nouvelles universit\u00e9s y ont \u00e9t\u00e9 ouvertes; elle sera plus difficile en Ile-de-France. Les cr\u00e9ations de postes d&#8217;enseignants ne progressent pas aussi vite que le nombre d&#8217;\u00e9tudiants. Mais le tr\u00e8s gros point noir reste celui des personnels administratifs et techniques. Le taux de leurs emplois s&#8217;est tr\u00e8s fortement d\u00e9grad\u00e9 au fil des ann\u00e9es, pourtant ils sont absolument indispensables \u00e0 un fonctionnement normal. Des biblioth\u00e8ques s&#8217;ouvrent parfois, avec un nombre de volumes insuffisant, souvent, mais le frein majeur demeure l&#8217;absence de personnel pour les g\u00e9rer. D&#8217;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les locaux, eux aussi, posent souvent probl\u00e8me, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment en Ile-de-France.<\/p>\n<p> <strong>  L&#8217;afflux d&#8217;\u00e9tudiants est donc \u00e0 l&#8217;origine de bien des difficult\u00e9s&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. D : <\/strong> L\u00e0, il faut avoir une vue r\u00e9aliste et ambitieuse. Je ne vois pas comment on emp\u00eacherait les \u00e9tudiants de venir \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9. La demande de poursuite des \u00e9tudes est le reflet d&#8217;une situation \u00e9conomique difficile. Il faut en prendre acte, m\u00eame s&#8217;il convient de l&#8217;orienter au mieux. C&#8217;est aussi une forme de chance, une donn\u00e9e de fond de notre soci\u00e9t\u00e9; il n&#8217;est pas possible de l&#8217;ignorer. La notion d&#8217;\u00e9tudiant, elle-m\u00eame, \u00e9volue; des adultes viennent aujourd&#8217;hui \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 pour parfaire ou enrichir leur formation. Des \u00e9tudiants salari\u00e9s peuvent y c\u00f4toyer des salari\u00e9s \u00e9tudiants. Il faut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la meilleure fa\u00e7on de r\u00e9pondre \u00e0 toutes ces attentes.<\/p>\n<p> <strong>  Justement, les \u00e9checs en cours ou \u00e0 la fin du premier cycle posent probl\u00e8me. Comment peut-on les r\u00e9duire ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. D : <\/strong> Il n&#8217;y a pas de solution miracle. Cependant des possibilit\u00e9s de r\u00e9sultats positifs existent. D&#8217;ailleurs, actuellement, les taux de r\u00e9ussite s&#8217;am\u00e9liorent; mais ils le font trop lentement. L&#8217;information des \u00e9tudiants doit s&#8217;am\u00e9liorer de fa\u00e7on \u00e0 aboutir \u00e0 des choix positifs, afin que les \u00e9tudes longues n&#8217;apparaissent pas comme les seules offrant un refuge ou une issue. Cela exige des parcours moins rigides, plus souples, d\u00e9cloisonn\u00e9s, et ouverts par l&#8217;existence de v\u00e9ritables passerelles vers d&#8217;autres cursus. Il faut aussi pouvoir mettre en oeuvre un autre type de p\u00e9dagogie. Les petits groupes, le tutorat facilitent la r\u00e9ussite. Pour cela il faut des moyens, et nous ne les avons pas. Enfin il faut diversifier les fili\u00e8res professionnalis\u00e9es d&#8217;IUT et d&#8217;IUP; certains y trouvent de meilleures chances de succ\u00e8s. Une s\u00e9lection renforc\u00e9e ne serait pas la solution; elle correspond \u00e0 une vue partielle du probl\u00e8me.<\/p>\n<p> <strong> La Conf\u00e9rence des pr\u00e9sidents a soulign\u00e9 l&#8217;importance des financements. Quel doit \u00eatre le r\u00f4le de l&#8217;Etat en ce domaine ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. D : <\/strong> Un effort a \u00e9t\u00e9 fait, mais il est rest\u00e9 en de\u00e7\u00e0 de la croissance des effectifs \u00e9tudiants. Paradoxalement donc, la situation s&#8217;est d\u00e9grad\u00e9e. Un financement suffisant est de la responsabilit\u00e9 premi\u00e8re de l&#8217;Etat; il se doit de montrer l&#8217;exemple. Or, nous sommes inquiets pour les toutes prochaines ann\u00e9es. Les autres financements, ceux des collectivit\u00e9s territoriales, des entreprises, ceux provenant des droits d&#8217;inscriptions ne peuvent \u00eatre que compl\u00e9mentaires. Leur donner plus d&#8217;importance n&#8217;est gu\u00e8re possible et g\u00e9n\u00e9rerait d\u00e9s\u00e9quilibres et in\u00e9galit\u00e9s. Les droits d&#8217;inscription pay\u00e9s par les \u00e9tudiants pourraient, selon nous, passer en trois ans de 600 \u00e0 1000 francs. Mais cette question ne peut se traiter que dans le cadre d&#8217;un dossier global examinant les conditions de la vie \u00e9tudiante, le montant des bourses et incluant un plan social; le tout \u00e9tant d\u00e9battu avec les organisations \u00e9tudiantes.<\/p>\n<p> <strong> Vous \u00eates \u00e9galement tr\u00e8s attach\u00e9s au caract\u00e8re national des dipl\u00f4mes&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. D : <\/strong> Effectivement, c&#8217;e\u0001t le mod\u00e8le fran\u00e7ais, il correspond \u00e0 nos responsabilit\u00e9s de service public. Il permet la mobilit\u00e9 des \u00e9tudiants, c&#8217;est un label pour l&#8217;emploi. L&#8217;essentiel du syst\u00e8me doit s&#8217;appuyer sur ces dipl\u00f4mes nationaux; c&#8217;est une des comp\u00e9tences de l&#8217;Etat que d&#8217;assurer leur contr\u00f4le et leur lisibilit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong>  Mais vous souhaitez une plus grande autonomie des universit\u00e9s; n&#8217;est-ce pas contradictoire ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. D : <\/strong> Nous souhaitons une responsabilisation plus grande avec un pilotage de l&#8217;Etat. Nous voulons des marges de souplesse dans la mise en oeuvre de la p\u00e9dagogie, dans l&#8217;utilisation des moyens financiers, dans l&#8217;animation des personnels. Nous ne recherchons pas moins d&#8217;Etat, mais, de sa part, moins d&#8217;administration directe et davantage de contr\u00f4le. Nous ne cherchons pas la concurrence, mais nous voulons un syst\u00e8me public dans lequel une part de la responsabilit\u00e9 politique rel\u00e8ve de l&#8217;Etat. La mise en oeuvre, elle, appartiendrait aux universit\u00e9s avec leurs modes de contr\u00f4le, le pouvoir y \u00e9tant partag\u00e9 par le canal d\u00e9mocratique des conseils d&#8217;universit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong>  Vous tenez \u00e9galement \u00e0 pr\u00e9server les fonctions de recherche au sein de l&#8217;Universit\u00e9. Pourquoi ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. D : <\/strong> Nous n&#8217;avons pas le monopole de la recherche, mais l&#8217;articulation enseignement sup\u00e9rieur-recherche est la fonction m\u00eame de l&#8217;Universit\u00e9, sa sp\u00e9cificit\u00e9 est de produire des connaissances. Or, les contraintes que nous connaissons menacent ce r\u00f4le. Nous y sommes d&#8217;autant plus attach\u00e9s que, dans ce domaine, nous avons le sentiment d&#8217;avoir progress\u00e9 au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. La recherche est indispensable pour actualiser les savoirs transmis et pour former les \u00e9tudiants \u00e0 l&#8217;appropriation des connaissances par eux-m\u00eames, ils acqui\u00e8rent ainsi une plus grande autonomie, c&#8217;est important pour leur avenir. De plus, dans certains secteurs,en lettres ou en juridico-\u00e9conomique, la recherche et la production de connaissances se font \u00e0 peu pr\u00e8s exclusivement \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong>  S&#8217;il fallait prendre une mesure d&#8217;urgence pour la rentr\u00e9e universitaire, quelle serait-elle ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. D : <\/strong> S&#8217;il n&#8217;y en avait qu&#8217;une, en terme de moyens, ce serait de traiter le probl\u00e8me des techniciens et agents de service. Et pour que l&#8217;Universit\u00e9 puisse assurer pleinement sa mission, il faudrait repenser le probl\u00e8me des premiers cycles. En clair, nous ne pensons pas avoir besoin d&#8217;une nouvelle r\u00e9forme; qu&#8217;on nous laisse travailler dans le calme. En m\u00eame temps, et ce n&#8217;est pas contradictoire, la Conf\u00e9rence des pr\u00e9sidents souhaite un grand d\u00e9bat national sur l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur; il pourrait rassembler milieux de d\u00e9cision, gouvernants, partenaires sociaux, acteurs \u00e9conomiques, organisations syndicales de salari\u00e9s et aussi tous les partenaires internes. Il contribuerait \u00e0 faire reconna\u00eetre dans le pays la r\u00e9elle importance que doit y occuper l&#8217;Universit\u00e9.<\/p>\n<p>* Bernard Dizambourg est pr\u00e9sident de l&#8217;Universit\u00e9 Paris-XII (Cr\u00e9teil) et vice-pr\u00e9sident de la Conf\u00e9rence des pr\u00e9sidents d&#8217;Universit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Bernard Dizambourg <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-27","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/27","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=27"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/27\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=27"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=27"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=27"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}