{"id":267,"date":"1996-12-01T00:00:00","date_gmt":"1996-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/tele-visions267\/"},"modified":"1996-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1996-11-30T23:00:00","slug":"tele-visions267","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=267","title":{"rendered":"T\u00e9l\u00e9-visions"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Violence banalis\u00e9e, libert\u00e9 d&#8217;expression menac\u00e9e. Les jeux, aussi, pour endormir plus s\u00fbrement la citoyennet\u00e9. <\/p>\n<p>C&#8217;est un fait, \u00e0 l&#8217;instar d&#8217;Aphrodite qui se pr\u00e9sente \u00e0 la belle H\u00e9l\u00e8ne sous les traits d&#8217;une vieille femme, sans pouvoir tout \u00e0 fait cacher sa douce gorge ronde, la violence en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 l&#8217;\u00e9cran en particulier rev\u00eat mille et un habits. D&#8217;aucuns qui s&#8217;en \u00e9meuvent r\u00e9duisent la t\u00e9l\u00e9 \u00e0 une \u00e9cole du vice et veulent en pr\u00e9venir le pauvre t\u00e9l\u00e9spectateur par le truchement d&#8217;un nouveau code de conduite; sorti de l&#8217;oubli, le petit carr\u00e9 blanc, \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable, prend des couleurs. Mais d&#8217;o\u00f9 part cette nouvelle chasse aux sorci\u00e8res ? Et qui va d\u00e9cider du degr\u00e9 de la violence, de la place du sexe et des coups de ciseaux ? Bref, qui va accompagner les parents, charg\u00e9s d&#8217;accompagner les enfants et emp\u00eacher les enfants d&#8217;aller chez les voisins ? D\u00e9j\u00e0, quelques sp\u00e9culations sont troublantes&#8230; Jean Drucker, patron de M6, avoue ne plus \u00eatre s\u00fbr de mettre de l&#8217;argent dans des films comme l&#8217;App\u00e2t, s&#8217;il n&#8217;est pas assur\u00e9 de le montrer \u00e0 20 h 30&#8230; Bertrand Tavernier, qui ne l&#8217;entend pas de cette oreille, stigmatise dans une saine col\u00e8re l&#8217;implantation des lois de la sottise au m\u00e9pris de la libert\u00e9 de cr\u00e9ation. En tout cas, voici un autre sympt\u00f4me de ce mal sournois qui se r\u00e9pand dans notre pays et ronge lentement mais s\u00fbrement la libert\u00e9 d&#8217;expression.<\/p>\n<p> <strong> La violence rev\u00eat mille et un habits  <\/strong><\/p>\n<p>Que les annonceurs se rassurent, les belles coul\u00e9es publicitaires, elles, ne sont pas concern\u00e9es; tout y est tellement ing\u00e9nument propre, en chansons et de bonne humeur, qu&#8217;ils seront encore beaucoup \u00e0 leur faire confiance, les suivre, acheter, consommer, s&#8217;endetter et s&#8217;exclure, fin pr\u00eats pour le vertige du Crazy George&#8217;s; la violence n&#8217;est pas toujours celle que l&#8217;on croit, et s&#8217;il est un danger dont on puisse s&#8217;effrayer, c&#8217;est bien celui qui demeure invisible. Les jeux aussi \u00e9chappent \u00e0 la signal\u00e9tique et pourtant, plus que jamais polymorphe, la violence circule sur bien des aires et des plateaux qui fixent un nombre consid\u00e9rable de personnes. Il faut dire que le terrain de la r\u00e9ception est tr\u00e8s fertile car l&#8217;homme aime jouer, et le jeu le lui rend bien puisqu&#8217;il le motive comme les besoins alimentaires ou cr\u00e9ateurs tout en le d\u00e9livrant de sa surabondance d&#8217;\u00e9nergie. Le jeu d\u00e9passe fr\u00e9quemment le simple amusement et demande un effort, un arrachement, une prouesse pour aboutir \u00e0 des formes de culture; dans ce cas, le respect de la r\u00e8gle du jeu, le go\u00fbt de l&#8217;effort, de la difficult\u00e9 et le contr\u00f4le de soi fa\u00e7onnent la personnalit\u00e9 et pr\u00e9parent \u00e0 la vie. Mais le jeu, qui colle \u00e0 l&#8217;enfance, construit insensiblement l&#8217;illusion d&#8217;une \u00e9ternelle jeunesse dans les bras d&#8217;une bonne f\u00e9e; il est ainsi un chemin d&#8217;\u00e9vasion, qui permet de prendre quelque distance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des inconforts de la vie sociale, o\u00f9 certains courtisent le hasard pour changer d&#8217;\u00e9tat, \u00e9chapper \u00e0 la crise.<\/p>\n<p> <strong> Les jeux de l&#8217;amour et du hasard <\/strong><\/p>\n<p>Dans ce cas, malheureusement, le hasard ne stimule pas vraiment l&#8217;action cr\u00e9atrice; il paralyse le sujet ou bien le r\u00e9duit \u00e0 une activit\u00e9 pavlovienne de gratteur, un tic, plus qu&#8217;un simple geste, qui l&#8217;ankylose dans une nouvelle temporalit\u00e9 des esp\u00e9rances, notamment de passer \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, millionnaire d&#8217;un jour. La roue tourne et s&#8217;arr\u00eate puis repart, le coeur bat, ralentit et s&#8217;acc\u00e9l\u00e8re aux portes du vertige. Et quel vertige ! Chaque \u00e9mission poss\u00e8de sa proth\u00e8se t\u00e9l\u00e9matique pour fid\u00e9liser l&#8217;audience et la faire payer en appels t\u00e9l\u00e9phoniques; les 3615 fleurissent et tout le monde cueille au ras des p\u00e2querettes les questions sur la couleur du cheval blanc d&#8217;Henri IV; de nombreux doigts s&#8217;agitent sur les claviers pour \u00eatre dans la course, partir en voyage et rejoindre enfin les Dieux, parmi les vedettes embl\u00e9matiques qui gagnent. La France a de fines oreilles musicales, de rapides calculateurs, de sacr\u00e9s champions en r\u00e9ponses que la t\u00e9l\u00e9 amuse ou abuse; les cha\u00eenes et leurs sponsors garnissent les \u00e9tranges lucarnes de pi\u00e8ces perdues et de pi\u00e8ces gagn\u00e9es. Le mirage de cette source qui coule, dans une \u00e9poque aux faibles ressources, produit une fantastique aimantation. Aussi, rien de surprenant que, dans la boue de la cassure, o\u00f9 s&#8217;enlisent l&#8217;arrogance et les promesses du pouvoir, il \u00e9merge beaucoup moins de concr\u00e9tude que dans les jeux o\u00f9 chaque jour, \u00e0 chaque instant, le voisin ramasse, \u00e0 la petite cuill\u00e8re ou \u00e0 la pelle, l&#8217;argent facile. Alors on jette les d\u00e9s et, si le destin ne sourit pas, le lendemain on recommence et ainsi de suite. C&#8217;est la spirale d&#8217;un repli individualiste o\u00f9 le citoyen se consume.<\/p>\n<p>* Directeur de l&#8217;Ecole sup\u00e9rieure d&#8217;audiovisuel (ESH) de l&#8217;Universit\u00e9 de Toulouse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Violence banalis\u00e9e, libert\u00e9 d&#8217;expression menac\u00e9e. Les jeux, aussi, pour endormir plus s\u00fbrement la citoyennet\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-267","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/267","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=267"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/267\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=267"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=267"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=267"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}