{"id":2667,"date":"2007-01-01T00:00:00","date_gmt":"2006-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/familles-je-vous-hais2667\/"},"modified":"2007-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-12-31T23:00:00","slug":"familles-je-vous-hais2667","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2667","title":{"rendered":"Familles, je vous hais&#8230;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> A l&#8217;explosif coup de feu du Dernier des fous, de Laurent Achard, Pingpong, de l&#8217;Allemand Matthias Luthardt, renvoie la balle sur un ton tout aussi corrosif. Au centre, des adultes d\u00e9missionnaires, une famille que le regard de la jeunesse fait voler en \u00e9clats. <\/p>\n<p> Par Luce Vigo et Juliette Cerf<\/p>\n<p>Dans le deuxi\u00e8me film de long-m\u00e9trage de Laurent Achard, Le Dernier des fous, on retrouve, comme dans des \u0153uvres pr\u00e9c\u00e9dentes, un jeune gar\u00e7on solitaire en qu\u00eate d&#8217;amour, le plus souvent v\u00eatu d&#8217;une petite culotte blanche, aux yeux et aux oreilles grand ouverts sur le monde familial d\u00e9truit et destructeur qui est le sien. Remarqu\u00e9 d\u00e8s ses courts-m\u00e9trages pour la ma\u00eetrise et la force de son \u00e9criture cin\u00e9matographique, le cin\u00e9aste s&#8217;appuie davantage sur la puissance du regard et le langage des corps que sur la parole. Prix Jean Vigo 2006, il parvient, dans son dernier film, \u00e9galement prix de la Mise en sc\u00e8ne au festival de Locarno et prix du Public \u00e0 Belfort, \u00e0 une \u00e9conomie dans les mouvements de cam\u00e9ra et le travail du son qui rendent encore plus perceptibles les tensions existant entre et dans les personnages, de m\u00eame qu&#8217;ils magnifient ou rendent extr\u00eamement inqui\u00e9tants les d\u00e9cors int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs dans lesquels se passe l&#8217;action.<\/p>\n<p>Une sonnerie annonce le d\u00e9but de vacances ensoleill\u00e9es. Un \u0153il s&#8217;attarde sur la cour de l&#8217;\u00e9cole, celui de Martin (premier r\u00f4le de Julien Cochelin, 12 ans) qui, t\u00eatu, affirme \u00e0 son instituteur qu&#8217;il veut redoubler. Il le r\u00e9p\u00e9tera avec la m\u00eame conviction \u00e0 Malika, l&#8217;\u00e2me apaisante de la maison de fous o\u00f9 il vit (jou\u00e9e par la magnifique chanteuse et com\u00e9dienne alg\u00e9rienne, Fettouma Bouamari). Mais avant d&#8217;aller prendre son go\u00fbter dans la cuisine, Martin monte dans le grenier avec son chat Mistigri et regarde par une meurtri\u00e8re la cour de la ferme, comme il avait regard\u00e9 celle de l&#8217;\u00e9cole. Sans doute Laurent Achard, par cette insistance \u00e0 montrer l&#8217;enfant dans ce besoin d&#8217;\u00e9pier, nous dit-il que l&#8217;histoire est racont\u00e9e du point de vue de Martin, comme si son \u0153il \u00e9tait celui de la cam\u00e9ra. Mais ce n&#8217;est pas que cela et on s&#8217;en rend compte au fur et \u00e0 mesure que le film se construit, alors que les personnages se d\u00e9font, meurent et que le petit Martin sombre dans la folie.<\/p>\n<p>Tout part d&#8217;un secret de famille, jamais explicit\u00e9, au contraire du livre du romancier canadien Timothy Findley, The Last of the Crazy People, dont Laurent Achard a \u00e9crit l&#8217;adaptation de fa\u00e7on qu&#8217;elle corresponde \u00e0 l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il se fait du cin\u00e9ma, d\u00e9pouill\u00e9 de tout ajout inutile. Martin parle peu, mais on a l&#8217;impression \u00ab d&#8217;entendre \u00bb ses pens\u00e9es. Il pose quelques questions essentielles, qui \u00e9clairent ses peurs, ses manques, son besoin de comprendre, mais son visage, \u00e9trangement ferm\u00e9, son regard que n&#8217;\u00e9claire aucun sourire, les mouvements de son corps toujours ma\u00eetris\u00e9 font de lui l&#8217;envers de son fr\u00e8re Didier (interpr\u00e9t\u00e9 par Pascal Cervo qui jouait d\u00e9j\u00e0 dans le premier long-m\u00e9trage de Laurent Achard, Plus qu&#8217;hier, moins que demain, 1998). Lui noie sa douleur dans l&#8217;alcool, crie, pleure tout en \u00e9tant capable d&#8217;une tendresse extr\u00eame pour Martin : une sc\u00e8ne dans le jour finissant, qui se r\u00e9p\u00e8te dans un contexte diff\u00e9rent, les montre tous deux tr\u00e8s proches, le petit allong\u00e9 sur les genoux du grand qui lui fait la lecture de quelques pages de David Copperfield. Les fr\u00e8res sont comme orphelins de leur m\u00e8re qui, pourtant, est l\u00e0, toute proche, enferm\u00e9e volontaire \u00e0 l&#8217;\u00e9tage de la maison. Des cris, des sanglots s&#8217;\u00e9chappent parfois de sa chambre, seule Malika a le pouvoir de se faire entendre d&#8217;elle, tandis que les autres, le p\u00e8re, la grand-m\u00e8re, les deux gar\u00e7ons restent derri\u00e8re la porte close, suppliants ou silencieux. M\u00eame si certaines s\u00e9quences paraissent r\u00e9p\u00e9titives, il y a comme un glissement, toujours coh\u00e9rent, du r\u00e9cit de l&#8217;une \u00e0 l&#8217;autre, par exemple lors de cet \u00e9trange rituel qui les r\u00e9unit tous, mal \u00e0 l&#8217;aise ou emplis de l&#8217;espoir insens\u00e9 d&#8217;un retour \u00e0 la normale, autour de la m\u00e8re assise sur son lit, \u00e0 l&#8217;occasion de son anniversaire. Il en est de m\u00eame dans cette autre s\u00e9quence \u00e0 propos de l&#8217;amiti\u00e9 de Martin pour une voisine adolescente, d\u00e9j\u00e0 femme : seules quelques traces de sang sur sa jambe suffisent \u00e0 le dire : et qui le trahit pour des jeunes gens de son \u00e2ge. Mais quand la souffrance devient incompr\u00e9hensible et insupportable, seule la mort, qu&#8217;on se la donne \u00e0 soi-m\u00eame ou qu&#8217;on la donne \u00e0 d&#8217;autres, est l&#8217;unique solution. Ainsi quand la m\u00e8re, comme ressuscit\u00e9e, sort de la maison \u00e0 la surprise de son mari et de sa belle-m\u00e8re, elle entend venir la fin. Martin, tapi dans le grenier, se laisse bercer par Malika. \u00ab C&#8217;est fini, dit-elle, tu l&#8217;as fait. \u00bb L&#8217;a-t-il fait vraiment, ou seulement dans sa t\u00eate ? Laurent Achard nous laisse seuls avec cette question lancinante.   L.V.<\/p>\n<p>Le Dernier des fous, de Laurent Achard, en salles le 3 janvier<\/p>\n<p><strong> Intrusion <\/strong><\/p>\n<p> Pingpong, de l&#8217;Allemand Matthias Luthardt, r\u00e9pond sur un mode assourdi mais tout aussi subversif au film de Laurent Achard. Si, dans Le Dernier des fous, le protagoniste est un enfant : Martin, le Fran\u00e7ais :, dans Pingpong il est adolescent : Paul, l&#8217;Allemand.<\/p>\n<p>\u00ab Tu peux enlever le haut. Il n&#8217;y a personne pour te voir \u00bb, sugg\u00e8re en substance Stefan (Falk Rockstroh) \u00e0 sa femme. Belle quarantaine, oisive, lascive, Anna (Marion Mitterhammer) est en train de bronzer sur un transat dans son jardin, berc\u00e9e par la musique de son fils Robert (Clemens Berg) qui r\u00e9p\u00e8te sagement au piano sa sonate en vue d&#8217;une audition. Ce regard intrusif qui va d\u00e9mentir et d\u00e9ranger les certitudes familiales s&#8217;incarne en Paul (Sebastian Urzebdowsky), le neveu \u00e2g\u00e9 de seize ans fra\u00eechement d\u00e9barqu\u00e9 en stop. Le premier plan du film le plante au seuil de la maison, tirant longuement la sonnette d&#8217;alarme. Cette paisible fa\u00e7ade ne tardera pas \u00e0 s&#8217;\u00e9crouler. Elle dispara\u00eetra litt\u00e9ralement \u00e0 la fin du film, laissant place \u00e0 un son off, une porte qui se ferme en grin\u00e7ant, m\u00e2tin\u00e9e du son d&#8217;une balle de ping-pong rebondissant sur une table. Les gonds ont saut\u00e9. A l&#8217;image de la plaie qui s&#8217;\u00e9tend sur le bras de Paul, le film va progressivement s&#8217;infecter. Paul a pris au mot la proposition mondaine du couple, l\u00e2ch\u00e9e quelques mois auparavant lors d&#8217;un enterrement : \u00ab On ne se voit plus qu&#8217;aux enterrements, heureusement, il y en a souvent \u00bb, \u00e9crit Jackie Berroyer&#8230; Fi des coquilles vides, malheureusement : Paul s&#8217;invite sans pr\u00e9venir \u00e0 passer les vacances estivales dans la jolie demeure du fr\u00e8re de sa m\u00e8re. Un message de paix, signe d&#8217;un r\u00e8glement des vieilles brouilles familiales, comme veut le croire Stefan ? Mise au jour de lignes souterraines conflictuelles bien plus que mise en sourdine des conflits de fa\u00e7ade, voil\u00e0 \u00e0 quoi s&#8217;emploie de main de ma\u00eetre le jeune r\u00e9alisateur allemand, Matthias Luthardt, n\u00e9 en 1972. On a beau enlever le haut, il reste toujours le bas.<\/p>\n<p>Loin de la surface sur laquelle les adultes se projettent, Paul habite le fond : le fond de la piscine vide qu&#8217;il carr\u00e8le avec soin. Le sol de sa chambre : \u00ab je pr\u00e9f\u00e8re dormir par terre \u00bb, dit-il, et Robert reprendra tr\u00e8s exactement ces mots \u00e0 la fin du film. Le retournement des conventions ne tarde pas \u00e0 op\u00e9rer : il fait chaud, Robert ne boit pas assez, s&#8217;inqui\u00e8te Anna, maternelle. Le fils s&#8217;av\u00e8re alcoolique. Ses orangeades pr\u00e9par\u00e9es avec amour, il les d\u00e9tourne en verres de rhum et autres punchs qui lui feront p\u00e9ter le m\u00e9tronome le jour tant attendu de l&#8217;audition. Sous les yeux de Paul, l&#8217;hyst\u00e9rique affection bourgeoise qu&#8217;Anna d\u00e9verse sur son affreux chien Schumann (\u00ab Mon tr\u00e9sor \u00bb) : dont l&#8217;anniversaire arros\u00e9 au champagne fournit l&#8217;une des sc\u00e8nes les plus dr\u00f4les du film : se change en louche s\u00e9quence zoophile, qui prend corps par terre, \u00e0 m\u00eame le sol de la cuisine. Sous les yeux de Robert, Paul et Anna passent \u00e0 l&#8217;acte, s&#8217;\u00e9battent sexuellement dans le lit conjugal. La justesse de la vision, c&#8217;est la jeunesse qui la d\u00e9tient, comme le r\u00e9v\u00e8le la sc\u00e8ne poignante de la tente, nocturne, lors de laquelle Paul raconte \u00e0 son cousin Robert les circonstances du suicide de son p\u00e8re, dont il a lui-m\u00eame d\u00e9couvert le corps pendu dans un garage. Suicid\u00e9s, fous, hypocrites, absents, les adultes ont d\u00e9missionn\u00e9. \u00ab Dis-moi ce que je dois faire \u00bb, demande Paul, \u00e9perdu, \u00e0 Anna. A cette question implorante, le film ne r\u00e9pond pas. La plaie reste b\u00e9ante.   J.C.<\/p>\n<p>Pingpong de Matthias Luthardt.  En salles le 24 janvier<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> A l&#8217;explosif coup de feu du Dernier des fous, de Laurent Achard, Pingpong, de l&#8217;Allemand Matthias Luthardt, renvoie la balle sur un ton tout aussi corrosif. 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