{"id":2662,"date":"2006-12-01T00:00:00","date_gmt":"2006-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/capotes-medicaments-developpement2662\/"},"modified":"2006-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-11-30T23:00:00","slug":"capotes-medicaments-developpement2662","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2662","title":{"rendered":"Capotes \/ m\u00e9dicaments \/d\u00e9veloppement : trith\u00e9rapie  globale"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> O\u00f9 en est le plan mondial de lutte contre le sida ? Taxe de solidarit\u00e9 sur les billets d&#8217;avions, aide alimentaire aux pays pauvres, m\u00e9dicaments antir\u00e9troviraux, quels sont les vrais enjeux ? Rendez-vous avec Khalil Elouardighi, de l&#8217;association Act up,  et reportage au Mozambique. <\/p>\n<p> Il y a cinq ans, \u00e0 l&#8217;ONU, les gouvernements du monde promettaient 10 milliards de dollars annuels avant 2005 pour le plan mondial contre le sida. Ces engagements n&#8217;ayant pas \u00e9t\u00e9 tenus, ce sont 18 milliards qui sont d\u00e9sormais n\u00e9cessaires. La France a pr\u00e9vu une contribution de 250 millions en 2007, soit 1,5 % de ces 18 milliards alors que sa part dans le PIB des pays riches est quatre fois sup\u00e9rieure (6 % selon l&#8217;OCDE). M\u00eame en ajoutant l&#8217;Unitaid, cette fameuse taxe de solidarit\u00e9 sur les billets d&#8217;avion qui doit rapporter 250 millions annuels, notre pays demeurera radin par rapport \u00e0 la Grande-Bretagne qui donne d\u00e9j\u00e0 900 millions de dollars par an. Attention, Unitaid, cette noble initiative promue par Jacques Chirac est \u00ab plus visible que lisible \u00bb, selon Act up Paris. En outre, l&#8217;argent r\u00e9colt\u00e9 pourrait se soustraire de l&#8217;Aide publique au d\u00e9veloppement (ADP, voir l&#8217;interview de Khalil Elouardighi). Combattre la pand\u00e9mie au Sud, c&#8217;est pourtant aussi lutter contre la pauvret\u00e9. L\u00e0 encore, les engagements pris par le G8 de consacrer 0,7 % du revenu national brut \u00e0 l&#8217;ADP sont loin d&#8217;\u00eatre atteints. Si la contribution fran\u00e7aise arrive \u00e0 0,5 % en 2007, ce sera en gonflant artificiellement les additions avec la prise en compte des d\u00e9penses consacr\u00e9es \u00e0 l&#8217;accueil des r\u00e9fugi\u00e9s, aux \u00e9tudiants \u00e9trangers, aux TOM, au rayonnement culturel, etc. Les pays riches, en bailleurs int\u00e9ress\u00e9s, pr\u00e9f\u00e8rent fournir des m\u00e9dicaments et des sacs de riz fabriqu\u00e9s par leur propre industrie, plut\u00f4t que d&#8217;aider les pays pauvres d\u00e9vast\u00e9s par le sida \u00e0 mettre en \u0153uvre un plan de lutte et de d\u00e9veloppement int\u00e9gral (voir le reportage au Mozambique).   C.R. <\/p>\n<p>Sources : Le \u00ab Contre-rapport associatif sur les engagements pris par la France en 2001 \u00bb, par Act up Paris, Aides et Solidarit\u00e9 sida (mai 2006) et la campagne de la Coordination Sud : \u00ab Elections 2007 : pour une France plus solidaire et ouverte sur le monde \u00bb<\/p>\n<p><strong> INTERVIEW : <\/strong><\/p>\n<p><strong> Khalil Elouardighi : \u00ab Act up milite pour qu&#8217;Unitaid s&#8217;engage sur l&#8217;achat de g\u00e9n\u00e9riques\u00bb <\/strong> (Khalil Elouardighi est le responsable du plaidoyer pour les questions internationales \u00e0 Act up Paris.)<\/p>\n<p><strong> L&#8217;Unitaid, la taxe sur les billets d&#8217;avion, doit servir \u00e0 faciliter l&#8217;acc\u00e8s aux m\u00e9dicaments contre le sida, la tuberculose et le paludisme dans les pays pauvres. Belle initiative, mais gare \u00e0 la poudre aux yeux&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Y  a-t-il des garanties que Unitaid (1) serve \u00e0 soigner le plus grand nombre de malades \u00e0 bas prix ?<\/p>\n<p>Khalil Elouardighi. Act up et diff\u00e9rentes associations ont lutt\u00e9 pour que Unitaid s&#8217;engage clairement sur l&#8217;achat de g\u00e9n\u00e9riques et pour qu&#8217;en aucun cas l&#8217;argent puisse \u00eatre g\u00e2ch\u00e9 en achetant des m\u00e9dicaments plus chers aux grands labos. Nous avons propos\u00e9 un amendement au projet de constitution d&#8217;Unitaid pr\u00e9voyant qu&#8217;en cas de probl\u00e8mes avec les brevets ayant des retentissements sur les prix, Unitaid utiliserait les flexibilit\u00e9s de l&#8217;ADPIC telles que les licences obligatoires (2). Il a \u00e9t\u00e9 en partie adopt\u00e9, restant vague. Or, il faudrait que ce principe soit mentionn\u00e9 dans les accords de subvention entre les pays b\u00e9n\u00e9ficiaires et les partenaires d&#8217;Unitaid. Cela renforcerait les minist\u00e8res de la Sant\u00e9 des pays pauvres quand il y a un brevet qui s&#8217;oppose \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e d&#8217;un g\u00e9n\u00e9rique dans leur pays. Ces minist\u00e8res cherchent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 obtenir les m\u00e9dicaments les moins chers, mais s&#8217;affrontent souvent au minist\u00e8re des Finances ou des Affaires \u00e9trang\u00e8res de leur propre gouvernement. Ceux-l\u00e0 craignent de se mettre \u00e0 dos les Etats-Unis ou l&#8217;Europe. Les pressions politiques sont fortes. Mentionner ce principe serait important. Mais les partenaires d&#8217;Unitaid ont peur d&#8217;un glissement vers un conflit avec les grands laboratoires.<\/p>\n<p>L&#8217;Unitaid pourrait donc servir \u00e0 acheter soit des g\u00e9n\u00e9riques, soit des m\u00e9dicaments plus chers, selon la politique propre \u00e0 chaque pays b\u00e9n\u00e9ficiaire ?<\/p>\n<p>K.E. Il existe d\u00e9j\u00e0 le Fonds mondial qui distribue de l&#8217;argent pour acheter des m\u00e9dicaments. Chaque pays d\u00e9cide si cela va servir \u00e0 acheter des g\u00e9n\u00e9riques ou des m\u00e9dicaments du march\u00e9. De notre point de vue, ce n&#8217;est pas la peine de cr\u00e9er Unitaid si c&#8217;est pour se retrouver dans la m\u00eame situation, autant verser l&#8217;argent au Fonds mondial ! La seule justification d&#8217;Unitaid est de faire baisser les prix des m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9riques ou pas, les m\u00e9dicaments seront-ils gratuits pour les malades ?<\/p>\n<p>K.E. On est parti pour que les malades du Sud paient en partie les m\u00e9dicaments d&#8217;Unitaid obtenus gratuitement par leur gouvernement. Rien n&#8217;emp\u00eache cela ! A l&#8217;heure actuelle, le Fonds mondial a des probl\u00e8mes de cet ordre. Une majorit\u00e9 des pays qui empochent l&#8217;argent de ce fonds ont pour politique de faire payer les malades pour les soins et les m\u00e9dicaments. L&#8217;une des raisons invoqu\u00e9es par ces pays est que la Banque mondiale les force \u00e0 cela \u00e0 travers les politiques qu&#8217;elle encourage. La Banque mondiale r\u00e9plique qu&#8217;elle n&#8217;oblige personne.<\/p>\n<p>Quels sont les autres enjeux \u00e0 d\u00e9fendre ?<\/p>\n<p>K.E. Ce que l&#8217;on appelle l&#8217;additionnalit\u00e9. Je m&#8217;explique : est-ce que Unitaid vient en plus de ce que la France a d\u00e9j\u00e0 promis aux pays pauvres ? Ou bien, la taxe est-elle juste une somme substitutive qui contribue de mani\u00e8re indirecte \u00e0 financer le budget fran\u00e7ais de l&#8217;aide au d\u00e9veloppement ? Si c&#8217;\u00e9tait le cas, du point de vue des pays en d\u00e9veloppement, quelle diff\u00e9rence ? Ils recevraient la m\u00eame somme ! Au d\u00e9part, il avait \u00e9t\u00e9 promis que l&#8217;argent serait additionnel \u00e0 l&#8217;Aide publique au d\u00e9veloppement et le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res fran\u00e7ais continue \u00e0 le dire. Mais pour attirer de nouveaux pays \u00e0 Unitaid, la France est ouverte \u00e0 ce que ces pays contribuent de mani\u00e8re soustractive \u00e0 leurs promesses d\u00e9j\u00e0 faites aux pays pauvres. C&#8217;est ce qui est en jeu avec l&#8217;adh\u00e9sion de l&#8217;Allemagne et du Japon, deux pays riches tr\u00e8s attractifs pour Unitaid. Les Etats membres actuels semblent pr\u00eats \u00e0 revenir sur l&#8217;additionnalit\u00e9 pour int\u00e9grer ces pays.   recueilli par C.r.<\/p>\n<p>(1) Lanc\u00e9e en septembre \u00e0 l&#8217;ONU.<\/p>\n<p>(2) L&#8217;accord sur les ADPIC (droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle touchant au commerce) \u00e9tablit l&#8217;obligation d&#8217;une protection par brevet des inventions.  Cela r\u00e9duit l&#8217;acc\u00e8s aux m\u00e9dicaments dans les pays pauvres. Depuis la d\u00e9claration de Doha en 2001, une disposition permet \u00e0 ces pays de produire ou d&#8217;importer des copies d&#8217;un produit brevet\u00e9 afin de prot\u00e9ger la sant\u00e9 publique : la licence obligatoire. En raison d&#8217;un contexte politique tendu, peu de pays pauvres l&#8217;ont utilis\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> REPORTAGE : <\/strong><\/p>\n<p><strong> Quand l&#8217;aide est pathog\u00e8ne&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> Au Mozambique, le sida fait des ravages malgr\u00e9 une volont\u00e9 politique affich\u00e9e de favoriser l&#8217;acc\u00e8s aux traitements gratuits. Les efforts sont frein\u00e9s par la pauvret\u00e9, cette maladie \u00e9conomique qui a aussi des agents pathog\u00e8nes persistants : les politiques tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9es des pays riches. <\/strong><\/p>\n<p> Cecilia Mabataza Lucas a mis son histoire en chanson. Elle la conte a capella, en frappant dans ses mains : \u00ab J&#8217;\u00e9tais maigre et incapable de me lever quand des activistes m&#8217;ont convaincue d&#8217;aller \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital. Les m\u00e9decins m&#8217;ont donn\u00e9 des m\u00e9dicaments. Maintenant, je chante, j&#8217;ai recouvr\u00e9 mon poids, la sant\u00e9 ! \u00bb La sc\u00e8ne se passe \u00e0 Boane, \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres de Maputo, la capitale du Mozambique. Cecilia doit faire des allers et retours entre ces deux villes pour chercher son traitement gratuit. Probl\u00e8me : cette veuve de 33 ans n&#8217;a plus de revenu. Quand elle en a la force, elle aide ses parents dans leur machamba, le lopin de terre qu&#8217;ils exploitent. Mais les r\u00e9coltes sont si maigres sur ces terres non irrigu\u00e9es ! Les deux tiers des familles ont des difficult\u00e9s \u00e0 satisfaire leurs besoins alimentaires. Heureusement, l&#8217;association Kulima verse \u00e0 Cecilia de quoi payer son ticket de bus jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;h\u00f4pital. Elle obtient aussi de cette ONG locale un sac de riz et des oranges chaque mercredi, apr\u00e8s avoir particip\u00e9 au b\u00eachage et \u00e0 l&#8217;arrosage d&#8217;un potager collectif o\u00f9 soixante-dix s\u00e9ropositifs plantent des l\u00e9gumes nutritifs pour diversifier leurs repas. Cette solidarit\u00e9 r\u00e9chauffe le c\u0153ur, mais ne suffit pas. \u00ab Hier, je n&#8217;ai rien mang\u00e9, je n&#8217;ai pas pu avaler mes cachets \u00bb, avoue la jeune femme.<\/p>\n<p>Cecilia fait partie des 31 500 Mozambicains sous trith\u00e9rapie. Le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 a d\u00e9marr\u00e9 un programme d&#8217;acc\u00e8s aux traitements gratuits en 2004 \u00e0 Maputo et l&#8217;\u00e9tend aux principaux h\u00f4pitaux de province depuis 2005. Peu de pays africains affichent une telle d\u00e9termination, le Mozambique est l&#8217;un des rares \u00e0 avoir d\u00e9pos\u00e9 une licence obligatoire. Aujourd&#8217;hui, il existe cent cinquante points de prescription d&#8217;antir\u00e9troviraux (ARV). \u00ab La majorit\u00e9 des malades trait\u00e9s y re\u00e7oivent des ARV g\u00e9n\u00e9riques indiens de premi\u00e8re ligne qui reviennent \u00e0 l&#8217;Etat \u00e0 l30 dollars par an et par patient \u00bb, commente Jao Teixeira, un responsable de la centrale \u00e9tatique d&#8217;achat des m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p><strong> Pr\u00e9vention et pauvret\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;acc\u00e8s aux ARV est devenu la priorit\u00e9 du gouvernement et de ses bailleurs au point que M. Teixera pr\u00e9tend qu&#8217;ils se font concurrence pour financer le programme. \u00ab Pour l&#8217;heure, le Mozambique n&#8217;a pas de probl\u00e8mes d&#8217;approvisionnement en ARV ! \u00bb, affirme ce haut fonctionnaire. Ce que confirme le coop\u00e9rant Jos\u00e9 Vallejo, responsable d&#8217;un service public de traitement du sida g\u00e9r\u00e9 par MSF \u00e0 Maputo : \u00ab Nous n&#8217;avons pas souffert de rupture de stock. Les difficult\u00e9s sont d&#8217;un autre ordre : manque de m\u00e9decins et d&#8217;infirmi\u00e8res, manque d&#8217;infrastructures, malnutrition. Une trith\u00e9rapie doit \u00eatre suivie pr\u00e9cis\u00e9ment. Si le patient l&#8217;interrompt, parce qu&#8217;il n&#8217;a pas les moyens de se rendre \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital ou parce qu&#8217;il n&#8217;arrive pas \u00e0 avaler ses comprim\u00e9s le ventre vide, il d\u00e9veloppe des r\u00e9sistances aux m\u00e9dicaments de premi\u00e8re ligne. Or, trop chers, les ARV de seconde ligne sont indisponibles. C&#8217;est pour toutes ces raisons que l&#8217;objectif du gouvernement de mettre 55 000 patients sous ARV avant la fin 2006 ne sera pas atteint ! \u00bb<\/p>\n<p>Pourtant 208 000 personnes ont imm\u00e9diatement besoin d&#8217;ARV, la pand\u00e9mie faisant des ravages au Mozambique. Officiellement, 16,2 % des adultes entre 15 et 49 ans sont porteurs du virus, dont une majorit\u00e9 de femmes. Le pourcentage a doubl\u00e9 en huit ans et continue \u00e0 augmenter. Ce qui met en cause les politiques de pr\u00e9vention. \u00ab L&#8217;acc\u00e8s aux m\u00e9dicaments ne doit pas se faire au d\u00e9triment de la pr\u00e9vention, ni de la lutte contre le pauvret\u00e9 ! \u00bb, souligne Ana David, la coordinatrice nationale de Monaso, le r\u00e9seau mozambicain des associations de lutte contre le sida. Depuis 2002, Monaso se voit oblig\u00e9 de faire du lobbying en faveur de la pr\u00e9vention, oubli\u00e9e des donateurs. Certains acteurs de la pr\u00e9vention ne pr\u00f4nent qu&#8217;abstinence et fid\u00e9lit\u00e9, qui plus est, en pays polygame, comme les Eglises et certaines organisations financ\u00e9es par le gouvernement \u00e9tasunien ou des grandes fondations am\u00e9ricaines. \u00ab La Fondation Bill Clinton est arriv\u00e9e au Mozambique avec 5 millions de dollars pour la lutte contre le sida sans vouloir entendre parler de pr\u00e9servatifs ! \u00bb, s&#8217;indigne Ana David.<\/p>\n<p>Prenons le cas de Cecilia, contamin\u00e9e par son mari d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Elle sous-entend maintenant qu&#8217;il y a un risque qu&#8217;elle contamine un homme \u00e0 son tour. \u00ab Je comprends ces femmes qui acceptent l&#8217;amour pour un peu de confort mat\u00e9riel ou pour envoyer leurs enfants \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Celles qui sont sous ARV peuvent encore charmer ! \u00bb, avoue-t-elle. La femme mozambicaine d\u00e9pend \u00e9conomiquement des hommes. Elle est moins lettr\u00e9e : en milieu rural, 80,8 % des femmes sont analphab\u00e8tes, contre 47,2 % des hommes. \u00ab Des femmes me disent qu&#8217;il vaut mieux mourir demain du sida, qu&#8217;aujourd&#8217;hui de faim ! \u00bb, regrette Rafa Machava, la directrice de Muleide, une association de lutte pour les droits des femmes bas\u00e9e \u00e0 Maputo.<\/p>\n<p>Les programmes d&#8217;acc\u00e8s aux ARV sont accompagn\u00e9s d&#8217;une aide alimentaire (au moins les premiers mois) g\u00e9n\u00e9ralement fournie par le Programme alimentaire mondial. Mais faute d&#8217;un soutien suffisant de la part des pays riches qui n&#8217;ont pas tenu leurs promesses de dons, le PAM a commenc\u00e9 en septembre \u00e0 r\u00e9duire cette aide aux patients trait\u00e9s pour le sida dans toute l&#8217;Afrique australe et pr\u00e9voit que plus de 4,3 millions de personnes seront confront\u00e9es \u00e0 des p\u00e9nuries alimentaires dans la r\u00e9gion. Lors de la derni\u00e8re crise alimentaire de 2002, cette agence de l&#8217;ONU avait tent\u00e9 d&#8217;acheminer un stock de ma\u00efs transg\u00e9nique, passant outre les lois internationales sur la bios\u00e9curit\u00e9. Elle aidait ainsi les Etats-Unis \u00e0 \u00e9couler ses stocks d&#8217;OGM et \u00e0 imposer insidieusement cette culture \u00e0 l&#8217;Afrique. Ainsi \u00e9lev\u00e9s comme arme contre la faim, les OGM pouvaient \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s comme solution pour sauver les campagnes mozambicaines o\u00f9 la main-d&#8217;\u0153uvre est fauch\u00e9e par la pand\u00e9mie.<\/p>\n<p><strong> exode rural <\/strong><\/p>\n<p>Mais pour l&#8217;heure, est-ce tant le sida qui est la cause de la d\u00e9sertification des campagnes et de la r\u00e9duction des surfaces agricoles ? \u00ab C&#8217;est plut\u00f4t l&#8217;exode rural ! \u00bb, assure Diamantino Nhampossa, le coordinateur de l&#8217;Union nationale des paysans (UNAC). \u00ab En 1997, 71 % de la population vivait \u00e0 la campagne ; aujourd&#8217;hui, moins de 66 %. Les paysans manquent de soutien et fuient les conditions de vie difficiles ! \u00bb Sans nier le d\u00e9sastre de la pand\u00e9mie, ce syndicat membre de Via Campesina consid\u00e8re que le sida a bon dos pour masquer l&#8217;impact de la mondialisation et des politiques n\u00e9olib\u00e9rales sur la paysannerie.<\/p>\n<p>Au Mozambique, la terre appartient \u00e0 l&#8217;Etat en raison de la r\u00e9forme agraire instaur\u00e9e par le gouvernement post-colonial marxiste-l\u00e9niniste, si bien que la grande majorit\u00e9 de la population vit d&#8217;une agriculture familiale sur des surfaces de 5 \u00e0 10 ha. Apr\u00e8s la guerre civile, depuis les accords de paix de 1992, les paysans ont r\u00e9investi les champs et la production a \u00e9t\u00e9 relanc\u00e9e. Mais le pays qui avait commenc\u00e9 \u00e0 prendre une s\u00e9rie de mesures lib\u00e9rales d\u00e8s 1983, qui avait adh\u00e9r\u00e9 au FMI et \u00e0 la Banque mondiale, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 habitu\u00e9 \u00e0 importer des produits alimentaires d&#8217;Inde,  d&#8217;Afrique du Sud, d&#8217;Am\u00e9rique du Nord, d&#8217;Europe&#8230; \u00ab Avec la paix, une autre p\u00e9riode critique s&#8217;est ouverte, constate Domenico Liuzzi, le directeur de Kulima. Les investissements et les produits \u00e9trangers sont arriv\u00e9s brutalement. L&#8217;industrie mozambicaine affaiblie a p\u00e9riclit\u00e9 sous l&#8217;effet de la concurrence faisant des milliers de ch\u00f4meurs. Aujourd&#8217;hui, les efforts sont consacr\u00e9s aux grandes productions brutes non transform\u00e9es destin\u00e9es \u00e0 l&#8217;exportation et des pressions sont exerc\u00e9es pour privatiser la propri\u00e9t\u00e9 de la terre. Les paysans, eux, sont abandonn\u00e9s \u00e0 leur isolement, sans acc\u00e8s aux pr\u00eats, soumis aux conditions climatiques \u00bb, d\u00e9plore-t-il.<\/p>\n<p>A partir de 2001, la soci\u00e9t\u00e9 civile a particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction d&#8217;un plan de d\u00e9veloppement national, l&#8217;Agenda 2025. Une consultation peu utile : pour b\u00e9n\u00e9ficier de l&#8217;annulation de sa dette, le gouvernement a d\u00fb approuver un plan de lutte contre la pauvret\u00e9 exig\u00e9 par les grands cr\u00e9anciers du pays, le PARPA. \u00ab Les politiques macro\u00e9conomiques avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 discut\u00e9es. Le gouvernement avait juste la libert\u00e9 de choisir quelles routes am\u00e9liorer ! \u00bb, ironise Sylvestre Baessa, le secr\u00e9taire du Groupe de la dette, une coalition d&#8217;ONG engag\u00e9e pour l&#8217;annulation inconditionnelle de la dette. \u00ab Le PARPA, c&#8217;est surtout des financements dans le secteur \u00e9ducatif, la sant\u00e9 et les infrastructures, peu d&#8217;investissements productifs dans l&#8217;agriculture, l&#8217;industrie et les secteurs cr\u00e9ateurs d&#8217;emplois. R\u00e9sultat : les Mozambicains continuent \u00e0 ne pas envoyer leurs enfants \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, \u00e0 consulter le gu\u00e9risseur plut\u00f4t que le docteur, \u00e0 avoir des m\u00e9canismes de commercialisation propres et insuffisants. Il faut cr\u00e9er les conditions pour que les gens soient moins pauvres afin qu&#8217;ils changent de comportement ! \u00bb   C.R.<\/p>\n<p><strong> On soigne ton sida si tu manges nos OGM ! <\/strong><\/p>\n<p>En mai 2002, alors que le Mozambique fait face \u00e0 une crise alimentaire, un navire transportant 4 000 tonnes de ma\u00efs transg\u00e9nique accoste \u00e0 Maputo sans d\u00e9clarer la nature g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9e de sa cargaison. Ce ma\u00efs import\u00e9 par le PAM a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par l&#8217;agence \u00e9tasunienne USAID pour \u00eatre distribu\u00e9 sous forme d&#8217;aide alimentaire. Face \u00e0 l&#8217;urgence et \u00e0 de fortes pressions, le gouvernement mozambicain doit accepter cette donation, en posant une condition : broyer ces graines sous forme de farine. La Zambie est le seul pays d&#8217;Afrique australe \u00e0 refuser cette aide suivant une position difficile \u00e0 d\u00e9fendre. En mai 2003, Washington adapte son arsenal l\u00e9gislatif. Avec le United States Leadership against HIV\/AIDS, Tuberculosis and malaria act, les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines peuvent d\u00e9sormais faire pression sur chaque pays africain : pour pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;assistance dans la lutte contre le sida, il sont somm\u00e9s d&#8217;accepter l&#8217;aide alimentaire OGM. Au Mozambique, USAID importe 7 000 tonnes de ma\u00efs transg\u00e9nique entre juin 2003 et juin 2004, hors d&#8217;un contexte d&#8217;urgence.   C.R.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> O\u00f9 en est le plan mondial de lutte contre le sida ? Taxe de solidarit\u00e9 sur les billets d&#8217;avions, aide alimentaire aux pays pauvres, m\u00e9dicaments antir\u00e9troviraux, quels sont les vrais enjeux ? Rendez-vous avec Khalil Elouardighi, de l&#8217;association Act up,  et reportage au Mozambique. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[303,286],"class_list":["post-2662","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-afrique","tag-sida"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2662","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2662"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2662\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2662"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2662"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2662"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}