{"id":2650,"date":"2006-12-01T00:00:00","date_gmt":"2006-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/oxmo-puccino-invente-le-rap2650\/"},"modified":"2006-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-11-30T23:00:00","slug":"oxmo-puccino-invente-le-rap2650","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2650","title":{"rendered":"Oxmo Puccino invente  le rap anachronique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Avec son album d\u00e9cal\u00e9 Lipopette Bar, Oxmo Puccino r\u00e9alise un nouveau creuset national : le hip-hop, l&#8217;Afrique, la France, le jazz et surtout Paris s&#8217;y c\u00f4toient. Fa\u00e7on de \u00ab rapper large \u00bb&#8230; par MARTOV <\/p>\n<p> C&#8217;est un endroit \u00e9trange. Une distorsion de l&#8217;espace-temps digne de Star-Trek. Une anomalie temporelle, \u00e9gar\u00e9e entre le Paname des ann\u00e9es cinquante et le Harlem du Cotton club. \u00ab Un album atemporel, un croisement des tontons flingueurs avec les vieux films de jazz \u00bb, r\u00e9sume Oxmo Puccino. Car les habitu\u00e9s du Lipopette Bar, cabaret o\u00f9 le drame n&#8217;est jamais loin du dernier baiser, ont perdu depuis longtemps leurs rep\u00e8res chronologiques. Ils attendent en vain la venue de Billie Holiday sur sc\u00e8ne, et Lino Ventura surveille l&#8217;entr\u00e9e, tandis que des musiciens dot\u00e9s d&#8217;un authentique nom de gang, les Jazzbastards, balancent du gros son en lunettes noires. Le narrateur officiel du lieu, un chapeau blanc sur la t\u00eate, stature de boxeur et voix sucr\u00e9e, observe, assis sur un tabouret, les us et coutumes de cette improbable faune urbaine.<\/p>\n<p>Il faut un certain courage pour sortir aujourd&#8217;hui ce type d&#8217;album concept. Surtout lorsque tout le monde vous consid\u00e8re plus ou moins comme l&#8217;un des piliers du rap fran\u00e7ais, en tout cas une de ses figures les plus respect\u00e9es pour avoir su manier le verbe et l&#8217;attitude, poser en bandit de grand chemin tout en racontant les doutes de \u00ab l&#8217;enfant seul \u00bb qui sommeille en chacun. Il le conc\u00e8de lui-m\u00eame d&#8217;un sourire indiff\u00e9rent : \u00ab Cela repr\u00e9sente peut-\u00eatre un risque financier, puisqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un disque sans single, qui s&#8217;aborde d&#8217;une traite. Mais de toute fa\u00e7on l&#8217;\u00e9conomie de la musique s&#8217;est transform\u00e9e. Aujourd&#8217;hui les gens n&#8217;\u00e9coutent plus un titre, mais t\u00e9l\u00e9chargent l&#8217;album. Ce n&#8217;est pas une catastrophe. Ce qui devait durer durera. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Un pont entre galaxies <\/strong><\/p>\n<p>Un univers en effet. Un pont entre des galaxies qui ne se c\u00f4toient pas d&#8217;ordinaire dans le petit monde du hip-hop tricolore. Certes, les rappeurs courent depuis toujours apr\u00e8s la mythologie du jazz (et des films comme Jamin&#8217;the blues, tourn\u00e9 en 1944 avec Lester Young.), cette veine originelle et myst\u00e9rieuse de la culture afro-am\u00e9ricaine, classieuse et sauvage, libre et libertaire. De ce point de vue, Oxmo Puccino, au passage sign\u00e9 chez Blue Note (le grand label mythique d&#8217;Art Blakley et autres Thelonius Monk), apporte incontestablement son tribut personnel \u00e0 cet \u00e9ternel hommage aux fondateurs. Toutefois, les esprits les plus \u00e9troits vont peut-\u00eatre s&#8217;\u00e9tonner qu&#8217;il invoque \u00e9galement aussi ais\u00e9ment l&#8217;esprit de nos vieilles gloires cin\u00e9matographiques, gav\u00e9es de dialogues sigl\u00e9s Audiard. Pourtant, pour celui qui a collabor\u00e9 avec M et r\u00e9alis\u00e9 r\u00e9cemment pour le magazine Vibrations une s\u00e9lection de BO de films noirs fran\u00e7ais, ce chemin ressemble \u00e0 une pente naturelle : \u00ab Cela correspond \u00e0 ma profonde identit\u00e9. Je suis n\u00e9 en 1974 au Mali et je suis arriv\u00e9 en France en 1979. Les premi\u00e8res images de ma vie sont faites de noir et de blanc. J&#8217;ai grandi \u00e0 Paris, au milieu des voies de chemins de fer, des constructions abandonn\u00e9es, des vieux immeubles, des voitures noires et blanches de police secours. Mes premiers films mettaient \u00e0 l&#8217;affiche Jean Gabin, Bourvil, etc. Ma m\u00e8re \u00e9tait fan de Fernandel. J&#8217;adore cette mani\u00e8re de parler tr\u00e8s parisienne, le petit monde des bistrots, du journal qui d\u00e9teint sur les doigts, l&#8217;ambiance des gares parisiennes. J&#8217;ai aussi pass\u00e9 toute mon adolescence dans une cit\u00e9, un bout de banlieue dans la capitale, entre Danube et porte de Pantin. Ce m\u00e9lange de cultures me d\u00e9finit : le hip-hop, l&#8217;Afrique, la France, le jazz, et surtout Paris, car c&#8217;est un pays \u00e0 part enti\u00e8re. Tout cela se rencontre dans Lipopette Bar. J&#8217;ai pu le faire maintenant, car j&#8217;ai un certain \u00e2ge. On peut toujours avoir quelque chose \u00e0 dire, mais il faut trouver la bonne mani\u00e8re. \u00bb Il ne s&#8217;agit donc pas d&#8217;un \u00e9ni\u00e8me album de jazz-rap, qui se limiterait \u00e0 coller des boucles (des extraits) du sax de Coltrane ou de la trompette de Miles Davis derri\u00e8re les \u00ab lyrics \u00bb du MC (le rappeur). Oxmo s&#8217;est offert le luxe d&#8217;une collaboration de longue haleine avec une bande de jeunes musiciens pour produire des instrumentaux totalement originaux. Une nouvelle exp\u00e9rience \u00e9mancipatrice pour cet enfant du rap.<\/p>\n<p>\u00ab A l&#8217;origine, dans le hip-hop, les instrumentaux sont fig\u00e9s lors de l&#8217;enregistrement final. Ils sont utilis\u00e9s ensuite \u00e0 l&#8217;identique, quel que soit le contexte : la t\u00e9l\u00e9 ou la sc\u00e8ne. Cela explique la mauvaise r\u00e9putation du rap en live, car il s&#8217;agit d&#8217;une musique fabriqu\u00e9e pour les clubs et les radios. Pour cet album, nous avons invers\u00e9 le processus. Je campais une atmosph\u00e8re et les musiciens \u00e9crivaient sur des partitions mes sentiments. Apr\u00e8s, je repassais mon style et mes mots dessus. En concert, la flexibilit\u00e9 est infinie. Ils peuvent me laisser la place que je souhaite, nuancer. Une libert\u00e9 de fou. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Pouvoir du Rap <\/strong><\/p>\n<p>Un disque \u00ab d\u00e9contextualis\u00e9 \u00bb, par un artiste atypique, mais ni atone ni amn\u00e9sique du pr\u00e9sent, qui glisse deux ou trois allusions \u00e0 la situation actuelle \u00ab car certaines r\u00e9alit\u00e9s ne changent pas, comme la mis\u00e8re ou la discrimination. Cela me fait rigoler, car c&#8217;est la m\u00eame salade depuis les ann\u00e9es 1980. Et cela marche. On cr\u00e9e l&#8217;existence d&#8217;un monstre pour donner l&#8217;impression de prot\u00e9ger l&#8217;enfant. Avec un peu de cynisme, cela devient un gag \u00e0 force de \u00abcharger\u00bbl&#8217;immigration. La derni\u00e8re ? Par exemple la polygamie pendant les \u00e9meutes. T&#8217;imagines un peu, sur un bloc de 3 000 habitants, s&#8217;il y avait effectivement un d\u00e9linquant par famille ? Tu en comptes dix ou quinze qui br\u00fblent des voitures, et les 1500 autres ? Qu&#8217;est que l&#8217;on va en faire ? Sarkozy veut le pouvoir, c&#8217;est tout, d&#8217;o\u00f9 son discours d\u00e9mago, y compris sur la discrimination positive. Quand on voit tout ce que peut dire un enfant pour cacher un vol de bonbons, comment s&#8217;\u00e9tonner du discours d&#8217;un homme en campagne pr\u00e9sidentielle. En face, ce qu&#8217;a entrepris Joey Starr reste plut\u00f4t positif, puisque beaucoup de jeunes se sont inscrits sur les listes \u00e9lectorales. C&#8217;est une reconnaissance du pouvoir d&#8217;un artiste issu du rap \u00bb. Oxmo reste n\u00e9anmoins prudent et ne se sent pas pr\u00eat de s&#8217;engager. Peut-\u00eatre plus simplement, sa forme de militantisme r\u00e9side dans le fond et la forme de ce disque, qui casse les st\u00e9r\u00e9otypes et r\u00e9alise, \u00e0 sa fa\u00e7on, un nouveau creuset national, avec un souci de l&#8217;exception fran\u00e7aise bien particulier. \u00ab Je ne veux pas regarder \u00e0 travers une \u0153ill\u00e8re pour \u00e9pier mon voisin. Je rappe large, d&#8217;o\u00f9 cette id\u00e9e de cabaret o\u00f9 se croise tout le monde, comme dans ces bistrots aux portes de Paris. Je suis persuad\u00e9 que le rap finira par \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme de la chanson fran\u00e7aise. \u00bb <\/p>\n<p> martov<\/p>\n<p><strong> RAP D&#8217;ADULTE <\/strong><\/p>\n<p>Depuis un an, on voit se multiplier des albums de rap d&#8217;une \u00e9tonnante maturit\u00e9. Roc\u00e9, Abd Al Malik ou Kohndo, tous se distinguent par le soin apport\u00e9 au texte, leur ambition artistique, leur refus des recettes du rap-FM version Skyrock, leur ouverture musicale vers le jazz. Abd Al Malik se revendique ainsi de Jacques Brel, un authentique rappeur selon lui, pr\u00e9cisant que le hip-hop doit puiser dans la richesse du pays o\u00f9 il se trouve, donc dans la tradition de la chanson \u00e0 texte. Roc\u00e9 invite pour sa part le jazzman militant Archie Shepp et interroge la France rong\u00e9e par la d\u00e9rive communautaire et sa mauvaise conscience coloniale. Comme l&#8217;explique Oxmo Puccino : \u00ab Au d\u00e9part, nous avions adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 cette mentalit\u00e9 de rivalit\u00e9 positive, d&#8217;\u00e9mulation. Aujourd&#8217;hui la comp\u00e9tition \u00e9conomique l&#8217;a emport\u00e9 sur le challenge de la cr\u00e9ativit\u00e9. L&#8217;enjeu de la qualit\u00e9 a br\u00fbl\u00e9 devant une musique de feu de paille, imm\u00e9diatement consommable. Des d\u00e9marches comme celles de Roc\u00e9, d&#8217;Abd Al Malik ou de moi-m\u00eame aspirent \u00e0 suspendre cette fuite en avant, et \u00e0 laisser la libert\u00e9, le temps \u00e0 l&#8217;auditeur de comprendre ce que nous avons \u00e0 lui dire et \u00e0 partager avec lui. \u00bb  M.<\/p>\n<p>Roc\u00e9, Identit\u00e9 en crescendo (Universal jazz)<\/p>\n<p>Abd Al Malik, Gibraltar (Universal)<\/p>\n<p>Kohndo, Deux pieds sur terre (Ascetic)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Avec son album d\u00e9cal\u00e9 Lipopette Bar, Oxmo Puccino r\u00e9alise un nouveau creuset national : le hip-hop, l&#8217;Afrique, la France, le jazz et surtout Paris s&#8217;y c\u00f4toient. 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