{"id":2647,"date":"2006-12-01T00:00:00","date_gmt":"2006-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/glasgow-sous-surveillance2647\/"},"modified":"2006-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-11-30T23:00:00","slug":"glasgow-sous-surveillance2647","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2647","title":{"rendered":"Glasgow sous surveillance"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Red Road, premier long-m\u00e9trage d&#8217;Andrea Arnold, prix du Jury \u00e0 Cannes, est un mixte de film social, de thriller urbain, du Ken Loach m\u00e2tin\u00e9 de Blow Up. Entre vengeance et \u00e9rotisme, un film tr\u00e8s urbain plant\u00e9 \u00e0 Glasgow. O\u00f9 se noue une relation trouble entre une op\u00e9ratrice dans une soci\u00e9t\u00e9 de vid\u00e9osurveillance et l&#8217;ancien taulard qui a bris\u00e9 sa vie.  Par Juliette Cerf <\/p>\n<p>Il y a un mois, le 2 novembre, est paru un rapport publi\u00e9 par la commission britannique pour l&#8217;information, montrant que la Grande-Bretagne \u00e9tait en passe de devenir une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 sous surveillance \u00bb. Entre les rues, les routes, les transports en commun et les centres commerciaux, 4,2 millions de cam\u00e9ras \u00e9pient quotidiennement les faits et gestes des citoyens, un Londonien pouvant \u00eatre film\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 trois cents fois par jour (1). Plant\u00e9 \u00e0 Glasgow, non loin de l\u00e0, Red Road, long-m\u00e9trage tr\u00e8s urbain d&#8217;Andrea Arnold, s&#8217;empare de cette question sur un mode oblique en d\u00e9jouant les facilit\u00e9s d&#8217;un film-dispositif. Coproduit par Zentropa, la soci\u00e9t\u00e9 de production de Lars Von Trier, premier film \u00e0 voir le jour dans le cadre du projet Advance Party, Red Road a obtenu le prix du Jury lors du dernier festival de Cannes. Au principe d&#8217;Advance Party, r\u00e9side une id\u00e9e de r\u00e9p\u00e9tition, de s\u00e9rialit\u00e9 : \u00ab Trois r\u00e9alisateurs d\u00e9veloppent des sc\u00e9narios en se basant sur un m\u00eame groupe de neuf personnages. Les films doivent se d\u00e9rouler en Ecosse mais les sc\u00e9naristes sont ensuite enti\u00e8rement libres de d\u00e9terminer la situation g\u00e9ographique, la condition sociale ou l&#8217;origine ethnique des personnages (&#8230;) qui doivent appara\u00eetre dans tous les films. Les diff\u00e9rents r\u00f4les seront interpr\u00e9t\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re par les m\u00eames acteurs dans chacun des films. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Puzzle en construction <\/strong><\/p>\n<p>Au mitan du film, une petite annonce glan\u00e9e dans la vitrine d&#8217;un magasin annonce une division : pour vos soir\u00e9es, un magicien capable de se scier en deux ! Une \u00e9trange phrase, principe organisateur de Red Road, proche de celle que cite Andr\u00e9 Breton dans le premier Manifeste du surr\u00e9alisme, l&#8217;une de ces phrases qui cognaient \u00e0 la vitre : \u00ab Il y a un homme coup\u00e9 en deux par la fen\u00eatre. \u00bb Deux mondes ici cohabitent, s\u00e9par\u00e9s par une fen\u00eatre : le monde r\u00e9el et le monde film\u00e9. Op\u00e9ratrice dans une soci\u00e9t\u00e9 de vid\u00e9osurveillance municipale, Jackie observe la ville (Glasgow), la vie, \u00e0 travers le filtre de ses \u00e9crans. A travers son \u0153il, city eye personnifi\u00e9, et au-del\u00e0 de la fragmentation de sa vision, des personnages r\u00e9currents prennent corps : un homme qui prom\u00e8ne son chien ; une femme de m\u00e9nage qui danse, un walkman sur les oreilles. Ils figurent pour elle des rep\u00e8res rassurants, des points d&#8217;ancrage dans une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 jamais bris\u00e9e. Interpr\u00e9t\u00e9e par la remarquable Kate Dickie, Jackie vit seule, loin des autres, s\u00e9par\u00e9e du monde, hant\u00e9e par son pass\u00e9. Ses relations avec sa belle-famille demeurent impossibles. Ses escapades sexuelles dans le camion de son amant ne la satisfont pas : \u00ab Tu as joui ? \u00bb, \u00ab Oui, avant toi \u00bb, r\u00e9torque-t-elle tant bien que mal en se rhabillant. La jouissance aura lieu, plus tard, avec un autre. Avec l&#8217;Autre. La trajectoire du film consistera \u00e0 d\u00e9passer cette division organique. A op\u00e9rer une confrontation trouble entre Jackie et l&#8217;homme qui a bris\u00e9 sa vie, en causant la mort de son mari et de sa fille, dont elle a conserv\u00e9 les cendres dans une urne domestique. L&#8217;accus\u00e9 avait fui son regard lors du proc\u00e8s. Jackie va orchestrer leur face-\u00e0-face, mixte d&#8217;actif et de passif, de mise en sc\u00e8ne et d&#8217;impr\u00e9vus, de volont\u00e9 de vengeance et de perte inh\u00e9rente \u00e0 la fascination. La r\u00e9v\u00e9lation progressive des enjeux de cette relation ambigu\u00eb fournit une solide trame sc\u00e9naristique, en forme de puzzle en construction. La construction d&#8217;un acc\u00e8s au deuil jusque-l\u00e0 impossible.<\/p>\n<p>Cet homme, Clyde (Tony Curran), lui appara\u00eet d&#8217;abord sur l&#8217;un de ses \u00e9crans comme un corps \u00e0 peine perceptible en train de faire l&#8217;amour dans un terrain vague. S&#8217;agit-il d&#8217;un viol ou d&#8217;une relation consentie ? Prompte \u00e0 r\u00e9agir en cas d&#8217;agression, Jackie scrute la sc\u00e8ne en se laissant petit \u00e0 petit envahir par un plaisir voyeur. Son visage \u00e0 peine discern\u00e9, l&#8217;homme \u00e9chappe \u00e0 la cam\u00e9ra, laissant place \u00e0 la soudaine apparition d&#8217;un renard. Alors qu&#8217;elles d\u00e9mant\u00e8lent les rets de la vid\u00e9osurveillance, donnant naissance \u00e0 une nappe d&#8217;invisibilit\u00e9, ces trou\u00e9es de fantastique urbain singularisent Red Road, son inscription tr\u00e8s animale dans la ville, ses couleurs brouill\u00e9es, ses inqui\u00e9tantes tonalit\u00e9s rougeoyantes. Les contours r\u00e9alistes des milieux sociaux d\u00e9peints se dissolvent dans une \u00e9tranget\u00e9 insaisissable. L&#8217;existence de Clyde, ancien taulard en voie de r\u00e9insertion, lib\u00e9r\u00e9 de fa\u00e7on anticip\u00e9e pour bonne conduite : \u00ab J&#8217;essaie de marcher droit \u00bb :, est scrut\u00e9e \u00e0 la loupe : l&#8217;atmosph\u00e8re de la tour dans laquelle il vit avec Stevie, son compagnon de cellule (Martin Compston, que l&#8217;on a pu voir dans Sweet Sixteen de Ken Loach), la laverie, le troquet, le pub, les terrains vagues alentour, la f\u00eate \u00e0 laquelle Jackie s&#8217;invite et qu&#8217;elle fuira, d\u00e9pass\u00e9e par sa propre conduite. C&#8217;est l\u00e0, dans l&#8217;appartement de Stevie et de Clyde, perch\u00e9 au vingt-quatri\u00e8me \u00e9tage de l&#8217;une des barres situ\u00e9es sur \u00ab Red Road \u00bb, que se d\u00e9roule l&#8217;une des plus belles s\u00e9quences du film : Stevie ouvre grand les fen\u00eatres, pour faire \u00e9couter le vent \u00e0 Jackie, asphyxi\u00e9e par cet appel d&#8217;air, ce d\u00e9cha\u00eenement soudain du monde ext\u00e9rieur. Ce qui pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9chappe au contr\u00f4le.   J.C. <\/p>\n<p>Red Road, d&#8217;Andrea Arnold, en salles le 6 d\u00e9cembre<\/p>\n<p>1.Le Monde, 3 novembre.<\/p>\n<p><strong> Gangs of Boston <\/strong><\/p>\n<p>Inspir\u00e9 par le thriller hongkongais Infernal Affairs, Les Infiltr\u00e9s est un polar jouissif digne de se hisser au panth\u00e9on des meilleurs films de Martin Scorsese. A Boston s\u00e9vit la p\u00e8gre irlandaise dirig\u00e9e d&#8217;une main de fer par Frank Costello (Jack Nicholson). Ce dernier a assur\u00e9 l&#8217;\u00e9ducation de Colin Sullivan (Matt Damon), qui est en \u00e2ge d&#8217;infiltrer la police. De son c\u00f4t\u00e9, le frais \u00e9moulu Billy Costigan (Leonardo DiCaprio) p\u00e9n\u00e8tre le gang des Irlandais pour le compte de l&#8217;Etat. Au fil de cette double trajectoire, les deux hommes vont se livrer une lutte \u00e0 mort : le titre original The Departed signifie les \u00ab d\u00e9funts \u00bb, les \u00ab disparus \u00bb. Un puissant film politique sur la corruption, qui s&#8217;ach\u00e8ve sur un plan m\u00e9morable : un rat courant sur une fen\u00eatre avec le Capitole en arri\u00e8re-plan. Un grand film existentiel sur l&#8217;identit\u00e9 et le double qui pousse \u00e0 son terme l&#8217;une des th\u00e9matiques traversant toute l&#8217;histoire du film noir : l&#8217;aimantation entre flics et truands. n J.C.<\/p>\n<p>Les Infiltr\u00e9s de Martin Scorsese, en salles le 29 novembre<\/p>\n<p><strong> A (re)lire <\/strong><\/p>\n<ul>\n<li> Regards a consacr\u00e9 un dossier \u00e0 Scorsese, \u00ab L&#8217;Am\u00e9rique sans Dieu \u00bb, en janvier 2006.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong> A voir aussi <\/strong><\/p>\n<p>C\u0153urs d&#8217;Alain Resnais, en salles depuis le 22 novembre.<\/p>\n<p>Fast Food Nation de Richard Linklater, en salles depuis le 22 novembre.<\/p>\n<p>The Host de Bong Joon-ho, en salles depuis le 22 novembre.<\/p>\n<p>Je pense \u00e0 vous de Pascal Bonitzer, en salles depuis le 29 novembre.<\/p>\n<p>Fragments sur la gr\u00e2ce de Vincent Dieutre, en salles le 6 d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>L&#8217;Intouchable de Beno\u00eet Jacquot, en salles le 6 d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>The Last Show de Robert Altman, en salles le 6 d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Hors de prix de Pierre Salvadori, en salles le 13 d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Elsa &#038; Fred de Marcos Carnevale, en salles le 20 d\u00e9cembre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Red Road, premier long-m\u00e9trage d&#8217;Andrea Arnold, prix du Jury \u00e0 Cannes, est un mixte de film social, de thriller urbain, du Ken Loach m\u00e2tin\u00e9 de Blow Up. Entre vengeance et \u00e9rotisme, un film tr\u00e8s urbain plant\u00e9 \u00e0 Glasgow. O\u00f9 se noue une relation trouble entre une op\u00e9ratrice dans une soci\u00e9t\u00e9 de vid\u00e9osurveillance et l&#8217;ancien taulard qui a bris\u00e9 sa vie.  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