{"id":2646,"date":"2006-12-01T00:00:00","date_gmt":"2006-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/gennevilliers-nouvel-age2646\/"},"modified":"2006-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-11-30T23:00:00","slug":"gennevilliers-nouvel-age2646","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2646","title":{"rendered":"Gennevilliers nouvel \u00e2ge"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Pascal Rambert remplace Bernard Sobel comme directeur du Centre dramatique de Gennevilliers. Quel est son projet pour ce lieu hautement symbolique du th\u00e9\u00e2tre public ? Rencontre. Par Diane Scott <\/p>\n<p> On pouvait difficilement faire virage plus serr\u00e9 que de donner la direction du Centre dramatique national de Gennevilliers \u00e0 Pascal Rambert, apr\u00e8s les vingt-quatre ans de direction de Bernard Sobel (depuis le label de CDN, en 1982), et les quarante-trois ans de pr\u00e9sence de son collectif de travail \u00e0 Gennevilliers. Chacun est presque un paradigme g\u00e9n\u00e9rationnel et th\u00e9\u00e2tral : \u00e0 l&#8217;un, n\u00e9 en 1936, l&#8217;engagement communiste, l&#8217;histoire de la d\u00e9centralisation th\u00e9\u00e2trale, le travail du r\u00e9pertoire, la force du dialogue avec la dramaturgie allemande, la d\u00e9fense du th\u00e9\u00e2tre comme mission de service public (1), la gravit\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;apr\u00e8s-guerre ; \u00e0 l&#8217;autre, n\u00e9 en 1962, le th\u00e9\u00e2tre post-dramatique, selon l&#8217;expression consacr\u00e9e, ladite pluridisciplinarit\u00e9 en dialogue avec la vid\u00e9o et la chor\u00e9graphie, le souci d&#8217;interroger le th\u00e9\u00e2tre l\u00e0 o\u00f9 il n&#8217;a pas fait sa r\u00e9volution moderne, la mise en sc\u00e8ne de ses propres pi\u00e8ces, parfois autofictionnelles, les collaborations au Japon et aux Etats-Unis, la d\u00e9sinvolture et la m\u00e9lancolie l\u00e9g\u00e8re d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration politiquement orpheline. Alors, \u00e0 partir de janvier 2007, quel nouveau projet pour ce lieu hautement symbolique du th\u00e9\u00e2tre public ? n D.S.<\/p>\n<p>Vous avez dirig\u00e9 une compagnie de th\u00e9\u00e2tre, pendant vingt-cinq ans. Vous vous appr\u00eatez \u00e0 prendre la direction d&#8217;un Centre dramatique national.  Comment envisagez-vous le passage d&#8217;une compagnie \u00e0 un CDN ?<\/p>\n<p>Pascal Rambert : Tr\u00e8s honn\u00eatement, pour moi, c&#8217;est pareil. D&#8217;abord, je n&#8217;ai pas voulu de CDN. Si j&#8217;en avais voulu un, je m&#8217;en serais occup\u00e9 il y a des ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>Pourquoi alors avoir postul\u00e9 ?<\/p>\n<p>P.R. J&#8217;ai postul\u00e9 parce que nous avons jou\u00e9 l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, chez Bernard Sobel, After\/Before et que cela s&#8217;est tr\u00e8s bien pass\u00e9. Bernard m&#8217;a fait comprendre avec \u00e9l\u00e9gance que je devrais tenter ma chance et, finalement, c&#8217;est notre dossier qui a \u00e9t\u00e9 retenu. Mais je n&#8217;\u00e9tais pas dans ce rapport-l\u00e0 : \u00eatre dans l&#8217;institution, diriger un CDN. Ce n&#8217;\u00e9tait que dans ces conditions et \u00e0 Paris. Je viens de province, j&#8217;y ai v\u00e9cu jeune et je ne voulais pas y retourner. J&#8217;aime les grandes villes, Paris, New York, o\u00f9 je vais r\u00e9guli\u00e8rement travailler. Et comme Bernard avait des difficult\u00e9s \u00e0 imaginer qu&#8217;il partirait, je pense qu&#8217;il a beaucoup aid\u00e9 pour que ce soit notre proposition qui soit accept\u00e9e.<\/p>\n<p>En l&#8217;occurrence, c&#8217;est \u00e0 Gennevilliers, et vous \u00e9noncez dans votre projet vouloir prendre en compte territoire et population : un atelier hebdomadaire, deux courts m\u00e9trages tourn\u00e9s \u00e0 Gennevilliers par des cin\u00e9astes, le principe de l&#8217;ouverture des r\u00e9p\u00e9titions aux habitants de la ville.<\/p>\n<p>P.R. C&#8217;est tout \u00e7a, plus ce que nous sommes en train de mettre en place, notamment avec Rachid Ouramdane (2). Il ouvre la saison l&#8217;ann\u00e9e prochaine avec sa nouvelle pi\u00e8ce, dans laquelle il travaille avec des gens qu&#8217;il va rencontrer dans les ateliers qu&#8217;il va faire. De mon c\u00f4t\u00e9, je vais travailler avec des gens sur un projet qui va s&#8217;appeler \u00ab Toute la vie \u00bb. J&#8217;y associe un quatuor de l&#8217;Ecole nationale de musique de Gennevilliers. Chaque semaine, je m&#8217;occuperai de travailler avec qui veut de fa\u00e7on gratuite, \u00e0 partir de ce que les gens \u00e9crivent.<\/p>\n<p>C&#8217;est un atelier amateur&#8230;<\/p>\n<p>P.R. Ce n&#8217;est pas le mot, ce qui m&#8217;int\u00e9resse, c&#8217;est comment le r\u00e9el entre \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de mon travail. Je ne travaille pas toujours avec des gens qui veulent devenir acteurs. Il va y avoir aussi un atelier men\u00e9 par Daniel Buren, avec les \u00e9l\u00e8ves de plasturgie de la ville. C&#8217;est un ensemble d&#8217;attentions. C&#8217;est du soin. Je passe beaucoup de temps au Japon, et ce qui me brise le c\u0153ur l\u00e0-bas, de fa\u00e7on positive !, c&#8217;est le soin apport\u00e9 aux choses. Le soin, mais pas la d\u00e9magogie ; on ne va pas faire du th\u00e9 \u00e0 la menthe, mais inviter les artistes les plus propositionnels actuellement, fran\u00e7ais et \u00e9trangers, et qui ont ce souci de l&#8217;autre, \u00e0 travailler \u00e0 Gennevilliers. Par exemple, une partie de la population \u00e0 Gennevilliers est d&#8217;origine africaine. Je ne suis jamais all\u00e9 en Afrique Noire, mais je vais passer par les gens que je vais rencontrer \u00e0 l&#8217;atelier pour aller vers ces pays. Remonter la rivi\u00e8re avec eux, comme les saumons, et non pas aller faire les Francophonies ou je ne sais quoi. C&#8217;est ma fa\u00e7on de faire, un peu jalouse peut-\u00eatre.<\/p>\n<p>Vous n&#8217;avez pas envie de mettre en place une d\u00e9marche plus offensive ?<\/p>\n<p>P.R. L&#8217;attention \u00e0 l&#8217;autre, c&#8217;est offensif, mais un peu moins d\u00e9j\u00e0 vu que ce qui consisterait \u00e0 prendre des spectacles venus d&#8217;Afrique, par exemple. Ce que je souhaite, c&#8217;est repartir des gens.<\/p>\n<p>Dans ce qu&#8217;on peut lire du projet, on peut regretter qu&#8217;\u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la description d&#8217;un lieu de cr\u00e9ation contemporaine, revendiqu\u00e9e, cet aspect de territoire soit moins d\u00e9velopp\u00e9 que l&#8217;annonce le laisse attendre.<\/p>\n<p>P.R. Pour moi, c&#8217;est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gal. On se sent, nous les artistes, un peu comme le fil de laine entre deux pelotes, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 toute une population qui se dit, \u00ab le th\u00e9\u00e2tre c&#8217;est chiant, ce n&#8217;est pas pour moi, j&#8217;ose pas y aller \u00bb, de l&#8217;autre le travail de cr\u00e9ation, l&#8217;art contemporain. Je souhaite que les gens soient progressivement amen\u00e9s \u00e0 venir au th\u00e9\u00e2tre, par les \u00e9l\u00e8ves en plasturgie, ou par les gens de l&#8217;atelier du samedi. Et que cela s&#8217;\u00e9tende, d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e. Tout est \u00e0 refaire. Je repars comme s&#8217;il n&#8217;y avait pas de public \u00e0 Gennevilliers. On dit toujours qu&#8217;il faut faire des choses pour les gens, mais je ne sais pas ce qu&#8217;il faut faire pour les gens, il faut faire des choses, et puis les gens s&#8217;aper\u00e7oivent que c&#8217;est aussi pour eux ; s&#8217;int\u00e9resser au public, faire des choses pour le public, moi, je ne sais pas ce que c&#8217;est.<\/p>\n<p>Vous insistez dans votre projet sur votre pragmatisme, indiquant en cela que vous entendez \u00ab aller chercher ailleurs d&#8217;autres sources de financement \u00bb. Comment l&#8217;envisagez-vous ?<\/p>\n<p>P.R. C&#8217;est une structure publique, donc nous n&#8217;avons pas le droit d&#8217;avoir des financements priv\u00e9s. En revanche, des partenariats sont pensables : Rachid Ouramdane, par exemple, est coproduit par le Festival d&#8217;Automne. Il y aura peut-\u00eatre France 2 qui travaillera avec nous sur les films. Il y a aussi des choses \u00e0 creuser avec des entreprises de Gennevilliers. Maintenant l&#8217;Etat demande beaucoup de faire appel \u00e0 d&#8217;autres types de financement. Dans le monde de l&#8217;art contemporain, c&#8217;est normal. Mais au th\u00e9\u00e2tre, il n&#8217;y a rien qui puisse faire l&#8217;objet d&#8217;une sp\u00e9culation sur un march\u00e9. En revanche, le Palais de Tokyo avait organis\u00e9 une exposition avec Nivea, \u00ab Ultra Peau \u00bb, on ne savait plus si c&#8217;\u00e9tait Nivea ou le Palais de Tokyo&#8230;<\/p>\n<p>Pr\u00e9cis\u00e9ment, que souhaitez-vous \u00e9viter, et comment ?<\/p>\n<p>P.R. C&#8217;est \u00e9vident. Aux Etats-Unis, il faudrait aller chercher de l&#8217;argent. Au BAM, la Brooklin Academy of Music, par exemple, ils sont 45 \u00e0 la recherche d&#8217;argent, c&#8217;est incroyable ! Ici, nous sommes subventionn\u00e9s, mais le but serait de r\u00e9partir un peu les charges. Quand j&#8217;ai fait Paradis au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline, par exemple, et que les com\u00e9diens \u00e9taient nus, on les a habill\u00e9s avec de la laine et on a collabor\u00e9 avec Phildar. Pour autant, je ne vais pas faire une soir\u00e9e Sony sous le pr\u00e9texte que nous utilisons des cam\u00e9ras sur le prochain spectacle. Parce qu&#8217;on est en France et que les esprits ne sont pas encore pr\u00e9par\u00e9s. Un jour \u00e7a se passera peut-\u00eatre, parce que l&#8217;argent public sera tellement d\u00e9ficient : lentement, c&#8217;est bien ce d\u00e9sengagement de l&#8217;Etat qui a lieu, n&#8217;est-ce pas ?<\/p>\n<p>Alors ce n&#8217;est qu&#8217;une question de strat\u00e9gie, de s\u00e9duction des tutelles, pas une position de principe ?<\/p>\n<p>P.R. Ce n&#8217;est pas une s\u00e9duction. Si on peut arriver \u00e0 le faire, on le fera et on y travaille, mais de mani\u00e8re r\u00e9glo. Dans les ann\u00e9es 1980, Patrice Ch\u00e9reau \u00e9tait tr\u00e8s soutenu par Mercedes, et je ne suis pas hostile \u00e0 \u00e7a, mais aujourd&#8217;hui, c&#8217;est encore un peu frais. On en parle beaucoup au Palais de Tokyo. L&#8217;id\u00e9e est bien, et il faut que \u00e7a passe de fa\u00e7on humaine. Ce qui ne serait pas r\u00e9glo serait que l&#8217;on ne sache plus si c&#8217;est le Th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers ou si c&#8217;est Citr\u00f6en, au hasard.<\/p>\n<p>Et vous ne croyez pas qu&#8217;avancer cet argument fasse pr\u00e9cis\u00e9ment le jeu du retrait de l&#8217;Etat ?<\/p>\n<p>P.R. Ce n&#8217;est pas le jeu parce que personne n&#8217;est dupe de \u00e7a. J&#8217;en parle de fa\u00e7on positive, c&#8217;est de la realpolitik, \u00e7a va se passer \u00e0 long terme. \u00ab Ultra peau \u00bb, c&#8217;\u00e9tait \u00e9norme et extr\u00eamement d\u00e9sagr\u00e9able, en revanche quelque chose qui a du sens et qui peut aider \u00e0 ce que les choses se fassent, c&#8217;est bien. C&#8217;est une association temporaire entre gentlemen. Et la diff\u00e9rence se sent.   recueilli par D.S.<\/p>\n<p>1. Il fonde la revue Th\u00e9\u00e2tre\/Public en 1974.<\/p>\n<p>2.Rachid Ouramdane est danseur et chor\u00e9graphe, artiste associ\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers par Pascal Rambert. Vient de mettre en sc\u00e8ne Un gar\u00e7on debout, avec Pascal Rambert.<\/p>\n<p>A lire<\/p>\n<ul>\n<li> \u00ab \u00e9crire ensemble \u00bb, \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger sur le site du th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers<\/li>\n<\/ul>\n<p>www.theatredegennevilliers.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Pascal Rambert remplace Bernard Sobel comme directeur du Centre dramatique de Gennevilliers. Quel est son projet pour ce lieu hautement symbolique du th\u00e9\u00e2tre public ? Rencontre. 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