{"id":26,"date":"1995-07-01T00:00:00","date_gmt":"1995-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-autre-l-immigre026\/"},"modified":"1995-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-06-30T22:00:00","slug":"l-autre-l-immigre026","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=26","title":{"rendered":"L&#8217;autre, l&#8217;immigr\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> D\u00e9bat avec Mich\u00e8le Tribalat <\/p>\n<p><strong> Parmi la vari\u00e9t\u00e9 des situations des immigr\u00e9s et de leurs enfants, les Alg\u00e9riens semblent supporter une discrimination suppl\u00e9mentaire. D\u00e9bat avec Mich\u00e8le Tribalat et Alain Hayot. <\/strong><\/p>\n<p>Faut-il mettre un signe d&#8217;\u00e9galit\u00e9 entre immigr\u00e9s et banlieues, quartiers d\u00e9favoris\u00e9s, du moins quartiers populaires ? &#8221; Dire que 90% des jeunes d&#8217;origine \u00e9trang\u00e8re vivent dans les banlieues ne vaut que parce qu&#8217;on travaille pr\u00e9cis\u00e9ment sur les banlieues ! Tous les immigr\u00e9s n&#8217;y vivent pas &#8220;, r\u00e9pond Mich\u00e8le Tribalat qui a conduit l&#8217;enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e par l&#8217;INED avec le concours de l&#8217;Insee, pour d\u00e9crire l&#8217;\u00e9volution des comportements des immigr\u00e9s au cours de leur vie et mesurer les changements intervenus d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l&#8217;autre. Le manque de moyens financiers des immigr\u00e9s ne les oblige-t-il pas \u00e0 vivre dans les quartiers les moins favoris\u00e9s ? Pas tous, r\u00e9pond l&#8217;enqu\u00eate cit\u00e9e, les Portugais par exemple n&#8217;ont pas de grandes difficult\u00e9s \u00e9conomiques, et de plus, la crise n&#8217;\u00e9pargne pas les Fran\u00e7ais d&#8217;origine. Mais, du fait de leur place particuli\u00e8re, les immigr\u00e9s ne la subissent-ils pas de plein fouet et ne met-elle pas en cause leurs strat\u00e9gies d&#8217;insertion dans la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;accueil ?La crise frappe davantage les anciens flux d&#8217;immigration que les r\u00e9cents, qui montrent un bouleversement dans l&#8217;origine sociale et le niveau scolaire des migrants. Apr\u00e8s la mise en place d&#8217;une politique migratoire restrictive en 1974, le nombre des entr\u00e9es a consid\u00e9rablement diminu\u00e9 et les flux ont chang\u00e9 de nature. Le taux d&#8217;analphab\u00e9tisme \u00e9tait consid\u00e9rable. Avant 1975, par exemple, un tiers des hommes marocains n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9. Depuis cette date, il n&#8217;y a plus aucun homme venu du Maroc en France qui ne soit pas all\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Et un sur deux est scolaris\u00e9 \u00e0 vingt ans. Sans compter qu&#8217;une majorit\u00e9 de migrants d&#8217;origine urbaine se substitue \u00e0 l&#8217;ancienne majorit\u00e9 d&#8217;origine rurale.&#8221; C&#8217;est cela l&#8217;avenir des flux migratoires fran\u00e7ais, indique Mich\u00e8le Tribalat, encore qu&#8217;ils soient noy\u00e9s dans les flux anciens. Les p\u00e8res, qui ont fait les frais des restructurations industrielles, n&#8217;ont plus rien \u00e0 voir avec les jeunes, immigr\u00e9s ou issus de l&#8217;immigration.&#8221;Il n&#8217;emp\u00eache que certains de ces jeunes, d&#8217;origine alg\u00e9rienne notamment, rencontrent des difficult\u00e9s consid\u00e9rables. Cette situation s&#8217;explique mal par les \u00e9l\u00e9ments habituels de mesure comme la scolarit\u00e9&#8230; La mani\u00e8re dont sont per\u00e7us ces jeunes est en distorsion avec leur ambition de se d\u00e9caler de l&#8217;image de leur p\u00e8re, de changer d&#8217;univers. Ils se heurtent \u00e0 un patronat qui leur offre des travaux extr\u00eamement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, alors qu&#8217;ils demandent de la promotion sociale, quelquefois plus que ne le permettrait leur niveau scolaire. Le sentiment de discrimination est tr\u00e8s fort chez eux. L&#8217;immigration alg\u00e9rienne n&#8217;est pourtant pas r\u00e9cente: elle remonte au d\u00e9but du si\u00e8cle et la premi\u00e8re demande de mosqu\u00e9e \u00e0 Marseille date de 1908. Mais le flux massif est arriv\u00e9 dans les ann\u00e9es soixante. Cette population, et surtout celle qui a suivi, s&#8217;est port\u00e9e candidate \u00e0 l&#8217;int\u00e9gration dans une phase de crise globale. Crise que n&#8217;ont pas connue les vagues migratoires pr\u00e9c\u00e9dentes, polonaise ou italienne.<\/p>\n<p> <strong> Candidats \u00e0 l&#8217;int\u00e9gration dans une phase de crise globale  <\/strong><\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es quatre-vingt, les g\u00e9n\u00e9rations issues de l&#8217;immigration maghr\u00e9bine disent en clair: &#8221; Nous sommes d&#8217;ici et nous ne voulons pas h\u00e9riter du statut d&#8217;immigr\u00e9. Dire le contraire, c&#8217;est un discours de brouillage politique, que nous refusons ! &#8221; Ils ont, de fait, les m\u00eames probl\u00e8mes d&#8217;\u00e9cole, d&#8217;emploi, de famille, etc.que les enfants des classes populaires, avec, en plus, l&#8217;aspect discriminatoire qui redouble des difficult\u00e9s d&#8217;abord ext\u00e9rieures au fait migratoire. Cette surcharge se mesure aux retards \u00e0 la mise en m\u00e9nage, \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e sur le march\u00e9 du travail, \u00e0 l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 un logement&#8230;&#8221; Ce qui fait drame en plus, remarque Mich\u00e8le Tribalat, c&#8217;est qu&#8217;un mouvement d&#8217;assimilation en cours peut favoriser des ruptures du groupe qui fragilisent beaucoup ses membres: un groupe tr\u00e8s solidaire est plus prot\u00e9g\u00e9 en situation de crise.&#8221; Bien s\u00fbr, les strat\u00e9gies communautaires ne sont pas all\u00e9es forc\u00e9ment de pair avec le processus d&#8217;assimilation. Les Italiens de Marseille, entit\u00e9 fondatrice de la ville, rappelle Alain Hayot, les ont toujours ignor\u00e9es tandis que les Arm\u00e9niens, qui se sont aussi bien int\u00e9gr\u00e9s, les ont d\u00e9velopp\u00e9es tr\u00e8s fortement. Mais, dans la vie quotidienne, les Turcs, par exemple, qui se rattachent \u00e0 une structure communautaire forte, sont bien plus s\u00e9curis\u00e9s que ceux qui s&#8217;investissent en France et se trouvent en butte \u00e0 tant de difficult\u00e9s. Mich\u00e8le Tribalat compare le sort des g\u00e9n\u00e9rations issues de l&#8217;immigration alg\u00e9rienne \u00e0 celui des jeunes originaires d&#8217;Espagne et du Portugal et \u00e9lev\u00e9s en France, qui prennent, quand ils sont n\u00e9s en France leur autonomie familiale et professionnelle au m\u00eame \u00e2ge que les Fran\u00e7ais &#8221; de souche&#8221;, et plus t\u00f4t quand ils sont eux-m\u00eames immigr\u00e9s. La fr\u00e9quence des unions mixtes augmente fortement chez eux. Une enqu\u00eate du CSA r\u00e9alis\u00e9e en novembre 1994 pour la Commission nationale des droits de l&#8217;Homme a fait appara\u00eetre que 90% des Fran\u00e7ais affirment que le &#8221; racisme est tr\u00e8s r\u00e9pandu &#8220;, avec pour victimes principales les Maghr\u00e9bins, les Fran\u00e7ais d&#8217;origine maghr\u00e9bine et les Noirs d&#8217;Afrique. Ce sondage a fait grand bruit en montrant qu&#8217;un tiers seulement des Fran\u00e7ais (31%) se disent &#8221; pas racistes du tout &#8220;, 65% d&#8217;entre eux se partageant entre &#8221; pas tr\u00e8s, un peu, plut\u00f4t racistes&#8221;. Il ne peut \u00eatre question de comparer une enqu\u00eate d&#8217;opinion de ce type \u00e0 la lourde \u00e9tude de l&#8217;INED qui essaie de construire des outils scientifiques d&#8217;\u00e9valuation. M\u00e9thodologie et philosophie diff\u00e8rent totalement. Sans pr\u00e9juger de la valeur de ces chiffres sur le racisme, remarquons que le discours sur les distances culturelles, tendant \u00e0 mettre en concurrence par exemple des Europ\u00e9ens, chr\u00e9tiens et blancs, et des arabo-musulmans, est contredit par la r\u00e9alit\u00e9 de certains votes dans des r\u00e9gions frontali\u00e8res comme l&#8217;Alsace, o\u00f9 le rejet concerne des populations de l&#8217;Est de l&#8217;Europe, pourtant blanches, chr\u00e9tiennes&#8230; Contredit aussi par la mani\u00e8re dont \u00e9taient autrefois trait\u00e9s les Polonais ou les Italiens. On l&#8217;oublie, une fois qu&#8217;ils ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s. A ce sch\u00e9ma classique, s&#8217;ajoute une circonstance particuli\u00e8re, sur laquelle insiste Alain Hayot.&#8221; Les populations immigr\u00e9es du Maghreb et les g\u00e9n\u00e9rations issues de cette immigration arrivant en m\u00eame temps que la crise \u00e9conomique et sociale, le discours du bouc \u00e9missaire peut prendre. La mise en concurrence face \u00e0 un emploi rar\u00e9fi\u00e9 favorise tous les discours sur la &#8221; l\u00e9gitimit\u00e9 du national par rapport \u00e0 l&#8217;autre &#8220;. Le rejet provient de la peur, non la peur de l&#8217;autre, mais plut\u00f4t celle de se trouver dans les m\u00eames conditions que lui&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>* Mich\u00e8le Tribalat, d\u00e9mographe, a publi\u00e9, \u00e0 partir de l&#8217;enqu\u00eate qu&#8217;elle a conduite, Faire France, pr\u00e9face de Marceau Long, La D\u00e9couverte Essais, 1995.<\/p>\n<p>** Alain Hayot, ethnologue, enseigne \u00e0 l&#8217;Ecole d&#8217;Architecture de Marseille-Lumigny et \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Provence; il travaille depuis de longues ann\u00e9es sur Marseille, ville au sujet de laquelle il a publi\u00e9 diff\u00e9rents ouvrages et articles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> D\u00e9bat avec Mich\u00e8le Tribalat <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-26","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=26"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=26"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=26"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=26"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}