{"id":2599,"date":"2007-02-01T00:00:00","date_gmt":"2007-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-homo-politicus-cathodicus2599\/"},"modified":"2007-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-01-31T23:00:00","slug":"l-homo-politicus-cathodicus2599","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2599","title":{"rendered":"L&#8217;HOMO POLITICUS CATHODICUS"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> A trois mois de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, comment les cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision abordent-elles le d\u00e9bat politique ? Vie priv\u00e9e, valeurs et t\u00e9moignage des candidats, c&#8217;est show&#8230; <\/p>\n<p>Par Sara Millot<\/p>\n<p> Aux Etats-Unis, l&#8217;\u00e9mission politique qui remporte le plus de succ\u00e8s aupr\u00e8s des t\u00e9l\u00e9spectateurs est le Daily Show, anim\u00e9 par John Stewart sur la cha\u00eene c\u00e2bl\u00e9e Comedy Central : une discussion d&#8217;une demi-heure sur l&#8217;actualit\u00e9 de la semaine qui se d\u00e9finit comme une \u00ab com\u00e9die d&#8217;interpr\u00e9tation \u00bb, malgr\u00e9 le fait qu&#8217;elle convie chaque jour une personnalit\u00e9 politique sur le plateau. M\u00ealant ironie, faux reportages et interviews d\u00e9tourn\u00e9es, le show se d\u00e9marque des proc\u00e9d\u00e9s habituels du d\u00e9bat t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, d\u00e9j\u00e0 profond\u00e9ment modifi\u00e9 par la g\u00e9n\u00e9ralisation du talk-show sur les cha\u00eenes am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>En quelques ann\u00e9es, la structure des \u00e9missions politiques a subi de multiples transformations, rompant progressivement avec l&#8217;h\u00e9ritage de la radio et de la parole film\u00e9e. En France, les premiers d\u00e9bats t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s sont n\u00e9s sous l&#8217;ORTF, encadr\u00e9s par une direction de l&#8217;information : et de la censure : directement reli\u00e9e \u00e0 l&#8217;Elys\u00e9e. Sans se renverser totalement, le rapport de force est aujourd&#8217;hui sensiblement diff\u00e9rent, inaugurant ce qu&#8217;Ignacio Ramonet nommait d\u00e9j\u00e0 en 1999 \u00ab la tyrannie de la communication \u00bb et que Bernard Stiegler qualifie \u00e0 pr\u00e9sent de \u00ab t\u00e9l\u00e9cratie \u00bb. La plupart des hommes politiques sont en effet d\u00e9sormais tourn\u00e9s vers le petit \u00e9cran et scrutent avec attention ses moindres mouvements. Vivant au rythme du barom\u00e8tre m\u00e9diatique, ils se pressent dans leur majorit\u00e9 aux \u00e9missions de d\u00e9bat et refusent de moins en moins de participer aux programmes de divertissement diffus\u00e9s en prime time.<\/p>\n<p>Influenc\u00e9es \u00e0 la fois par les mod\u00e8les anglo-saxons et les satires politiques latines, les \u00e9missions de d\u00e9bat oscillent aujourd&#8217;hui globalement entre trois tendances, selon l&#8217;agence d&#8217;\u00e9tude des m\u00e9dias The Wit : le show parodique, la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 et la d\u00e9mocratie participative, d\u00e9laissant peu \u00e0 peu la forme plus classique de la discussion autour d&#8217;une table. Si ce dispositif n&#8217;a pas totalement disparu des \u00e9crans, il semble n\u00e9anmoins se maintenir au sein d&#8217;\u00e9missions bien ins\u00e9r\u00e9es dans le paysage audiovisuel, en particulier sur les cha\u00eenes du service public, TF1 ayant supprim\u00e9 les \u00e9missions politiques de sa grille de programmes.<\/p>\n<p><strong> Spectacle de la parole <\/strong><\/p>\n<p>France Europe Express, Ripostes, Mots Crois\u00e9s ou encore C dans l&#8217;air se partagent ainsi un espace consacr\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9change de points de vue sur un sujet. Proposant une sc\u00e9nographie relativement classique, dont la sobri\u00e9t\u00e9 semble a priori se d\u00e9marquer de l&#8217;infotainment, ces \u00e9missions n&#8217;\u00e9chappent pas pour autant \u00e0 l&#8217;influence des nouveaux r\u00e9gimes de parole. Bien qu&#8217;entour\u00e9s d&#8217;experts, de journalistes politiques et de repr\u00e9sentants de la soci\u00e9t\u00e9 civile, les animateurs de ces \u00e9missions se permettent en effet de plus en plus d&#8217;incursions en dehors du champ politique en s&#8217;int\u00e9ressant aux ressorts psychologiques et \u00e0 la vie priv\u00e9e d&#8217;une personnalit\u00e9. Ainsi Yves Calvi s&#8217;interrogeait-il r\u00e9cemment sur les sautes d&#8217;humeur et les complexes de Nicolas Sarkozy enfant, se faisant l&#8217;\u00e9cho, \u00e0 quelques semaines d&#8217;intervalle, des questions de Serge Moati adress\u00e9es au pr\u00e9sident de l&#8217;UMP sur les souvenirs qu&#8217;il conserve de son grand-p\u00e8re paternel, s&#8217;\u00e9panchant volontiers sur le citron \u00e0 l&#8217;eau et la tartine de beurre du jeudi apr\u00e8s-midi. De l&#8217;int\u00e9r\u00eat d&#8217;Arlette Chabot sur France 2 pour les soldats de plomb du candidat \u00e0 celui de Laurence Ferrari sur Canal + pour l&#8217;absence de maternit\u00e9 de Mich\u00e8le Alliot-Marie, les exemples de la personnalisation du pouvoir \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ne manquent pas et acc\u00e9l\u00e8rent de fait le glissement progressif vers le talk-show.<\/p>\n<p>Ainsi, le traitement des reportages au sein de l&#8217;\u00e9mission Dimanche + se distingue tr\u00e8s nettement de celui des JT : de la musique en continu, un commentaire parodiant les bandes-annonces hollywoodiennes, un montage nerveux qui ralentit ou acc\u00e9l\u00e8re l&#8217;action et une image l\u00e9g\u00e8rement surexpos\u00e9e. La forme devient presque publicitaire, &#8221; dans l&#8217;esprit Canal \u00bb, temp\u00e8re la r\u00e9dactrice en chef Anne Gintzburger qui pr\u00e9f\u00e8re parler d&#8217;habillage et de \u00ab couleur reportage \u00bb plut\u00f4t que d&#8217;intervention significative sur le contenu. Pourtant, le recours incessant au rubriquage, aux jingles et au truquage vid\u00e9o qui caract\u00e9rise de plus en plus d&#8217;\u00e9missions politiques trouve son origine dans les programmes de divertissement et le clip. De mani\u00e8re plus prononc\u00e9e encore, le style parodique du Ch\u00e2teau, un feuilleton inspir\u00e9 du Loft qui ouvre l&#8217;\u00e9mission, n&#8217;est pas si \u00e9loign\u00e9 des d\u00e9tournements op\u00e9r\u00e9s chez Ruquier o\u00f9 on s&#8217;attache en premier lieu aux coulisses de la campagne.<\/p>\n<p><strong> Gouverner, c&#8217;est para\u00eetre <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;attention port\u00e9e par ces \u00e9missions politiques aux \u00ab off de campagne \u00bb, pour reprendre la terminologie de Dimanche +, se trouve justifi\u00e9e par la volont\u00e9 de r\u00e9v\u00e9ler \u00ab le vrai visage des candidats \u00bb \u00e0 l&#8217;approche de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle \u00ab en cherchant \u00e0 saisir des petites confidences dans des moments plus intimes, pr\u00e9cise Anne Gintzburger. Avec la cam\u00e9ra embarqu\u00e9e par exemple, on essaye d&#8217;avoir toujours une s\u00e9quence bureau car c&#8217;est un lieu qui dit quelque chose de soi : il y a des photos, une bougie, un tableau&#8230; \u00bb Cette s\u00e9quence consiste justement \u00e0 suivre pendant une journ\u00e9e l&#8217;invit\u00e9 plateau en ne pr\u00eatant attention qu&#8217;au hors-champ : un regard devant la glace, le choix de la tenue vestimentaire, l&#8217;\u00e9change de salutations avant un meeting constituent la trame principale du reportage, qui \u00e9vince toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une parole politique. Le meeting en question ne subsiste que sous sa forme illustrative, recouvert par la voix off du journaliste. C dans l&#8217;air, sur France 5, produit d&#8217;ailleurs le m\u00eame type de sujets, qui diff\u00e8rent simplement par une \u00e9criture plus journalistique du commentaire. Mich\u00e8le Alliot-Marie r\u00e9v\u00e8le la pr\u00e9sence d&#8217;un ballon de rugby dans son bureau, Fran\u00e7ois Bayrou accueille une \u00e9quipe de tournage dans sa cuisine, Olivier Besancenot parle de ses coups durs, mais toutes les personnes en charge de ces \u00e9missions se d\u00e9fendent de verser dans la peopolisation et le m\u00e9lange des genres. \u00ab Dans la vraie vie, tout est m\u00e9lang\u00e9 ! On fait un m\u00e9tier, mais on a aussi une famille, des amis, r\u00e9torque Anne Gintzburger. Les individus sont faits du temps de leur fonction mais aussi de celui de leur personne. Quand on filme Fran\u00e7ois Bayrou dans sa cuisine lorsqu&#8217;il prend un caf\u00e9 le matin, c&#8217;est parce qu&#8217;il nous a entrouvert la porte et a d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;annoncer sa candidature sur ses terres, dans le B\u00e9arn. Mais on ne fait pas pour autant de plans de coupe sur sa femme qui fait la vaisselle ! \u00bb L&#8217;honneur est donc sauf.<\/p>\n<p>Ces mises en sc\u00e8ne de la personnalit\u00e9 qui \u00e9vitent toujours subtilement d&#8217;aborder la discussion sur les programmes seraient n\u00e9anmoins pour certains une r\u00e9ponse possible face \u00e0 la rupture des \u00e9lites politiques avec le peuple. Ainsi pour Arlette Chabot, \u00ab qu&#8217;on le regrette ou pas, la personnalit\u00e9 du candidat est importante. La mani\u00e8re dont s&#8217;est construite une personnalit\u00e9, par son \u00e9ducation, sa carri\u00e8re ou sa vie personnelle, ce n&#8217;est pas anodin et \u00e7a int\u00e9resse tout le monde \u00bb. L&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, d\u00e9j\u00e0 fortement orient\u00e9e sur le mode personnel par d\u00e9finition, n\u00e9cessiterait donc que les candidats se d\u00e9voilent, \u00e0 la mani\u00e8re de cette femme de l&#8217;Antiquit\u00e9 grecque, cruelle et assassine, dont la l\u00e9gende raconte qu&#8217;elle obtint son acquittement du simple fait d&#8217;avoir, en d\u00e9sespoir de cause, \u00f4t\u00e9 sa tunique et montr\u00e9 son corps nu. De mani\u00e8re moins all\u00e9gorique, les chercheurs Jean-Claude Soulages et Guy Lochard (1) ont montr\u00e9 que la langue politique est pass\u00e9e progressivement du logos au pathos sous l&#8217;influence de la t\u00e9l\u00e9vision : \u00ab La v\u00e9rit\u00e9 ne surgit plus de la confrontation des points de vue, le t\u00e9moignage semble d\u00e9sormais se suffire \u00e0 lui-m\u00eame. Si des conclusions peuvent \u00eatre tir\u00e9es, c&#8217;est le t\u00e9l\u00e9spectateur qui seul le fera. \u00bb<\/p>\n<p><strong> S\u00e9duire et convaincre <\/strong><\/p>\n<p>Il suffit de pr\u00eater attention aux ouvrages r\u00e9dig\u00e9s par les diff\u00e9rents invit\u00e9s de ces \u00e9missions pour s&#8217;apercevoir que pr\u00e9domine l&#8217;id\u00e9e que la politique est une affaire d&#8217;\u00ab envie \u00bb (Daniel Cohn-Bendit) et de \u00ab parler vrai \u00bb (Jean-Fran\u00e7ois Cop\u00e9) qui se transmet sur le mode de la \u00ab voix off \u00bb (Dominique Voynet), de la \u00ab conversation \u00bb (Bernadette Chirac) ou encore du \u00ab t\u00e9moignage \u00bb (Nicolas Sarkozy). Des termes que l&#8217;on retrouve d&#8217;ailleurs fr\u00e9quemment dans les questions adress\u00e9es par les journalistes, qui pr\u00e9f\u00e8rent souvent interroger un invit\u00e9 sur ses valeurs plut\u00f4t que sur son programme. Un \u00ab mot-levier \u00bb, selon le sociologue Philippe Breton, qui suscite une adh\u00e9sion par r\u00e9flexe et qui participe aussi de cette utopie de la connexion directe avec l&#8217;homme ou la femme engag\u00e9(e) en politique. La sc\u00e9nographie des plateaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s relaye d&#8217;ailleurs cette intention en proposant un dispositif jouant sur la transparence des mat\u00e9riaux : panneaux de verre, mobilier en bois, mur d&#8217;\u00e9crans et lumi\u00e8re bleut\u00e9e&#8230; Tout participe de cette volont\u00e9 de rendre visible et transparente la relation \u00e0 l&#8217;autre, soulign\u00e9e par le recours au direct, qui l\u00e9gende chaque image. Comme si l&#8217;enjeu d&#8217;une \u00e9mission politique n&#8217;\u00e9tait pas de comprendre et d&#8217;interroger les id\u00e9es dans leur mise en \u0153uvre mais de tester la force de conviction d&#8217;un candidat.<\/p>\n<p>Le plateau d&#8217;Arlette Chabot est en ce sens explicite : une ar\u00e8ne rouge et noire sch\u00e9matisant un chronom\u00e8tre, deux pupitres transparents o\u00f9 se font face, debout, la journaliste et son invit\u00e9, encadr\u00e9s par le public si\u00e9geant dans des tribunes que surplombe le titre de l&#8217;\u00e9mission : \u00ab A vous de juger \u00bb, qui succ\u00e8de \u00e0 \u00ab 100 minutes pour convaincre \u00bb. Les spectateurs font d\u00e9sormais partie du dispositif. En quelques ann\u00e9es, le public est ainsi pass\u00e9 du statut de figurant occupant l&#8217;arri\u00e8re-plan de l&#8217;image \u00e0 une participation relative au d\u00e9bat. Micro-trottoirs, SMS, relais de blogs et prise de parole directe pars\u00e8ment aujourd&#8217;hui la plupart des \u00e9missions, rendant possible une certaine interaction avec les citoyens. Si l&#8217;initiative est louable, elle reste malheureusement cantonn\u00e9e \u00e0 des formes courtes et efficaces qui emp\u00eachent toute r\u00e9flexion : l&#8217;anonyme peut poser une question mais en aucun cas d\u00e9velopper une discussion avec l&#8217;invit\u00e9. Chacun est somm\u00e9 de s&#8217;exprimer le plus simplement et le plus rapidement possible, les hommes politiques \u00e9tant soumis \u00e0 la r\u00e8gle en premier lieu. \u00ab Aujourd&#8217;hui il faut \u00eatre clair, produire un discours transparent et en chasser les obscurit\u00e9s, ajoute Philippe Breton (2). Or, un discours qui convainc par sa clart\u00e9 est un discours qui n&#8217;a pas convaincu par autre chose, c&#8217;est-\u00e0-dire les arguments qu&#8217;il propose. La manipulation commence quand la clart\u00e9 n&#8217;est plus un simple accompagnement de l&#8217;argumentation, mais qu&#8217;elle s&#8217;y substitue. \u00bb<\/p>\n<p><strong> L&#8217;audience contre l&#8217;opinion <\/strong><\/p>\n<p>Vie priv\u00e9e, valeurs et t\u00e9moignage rythment donc les \u00e9missions politiques \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, et ce \u00e0 quelques mois de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. L&#8217;audimat et les \u00e9tudes de march\u00e9 commandit\u00e9es par les cha\u00eenes semblent l\u00e9gitimer cette orientation, \u00ab or l&#8217;opinion n&#8217;est pas l&#8217;audience, mais son contraire, souligne Bernard Stiegler dans son dernier ouvrage consacr\u00e9 au sujet (3). L&#8217;opinion a un avis et croit en quelque chose. L&#8217;audience, manipul\u00e9e et d\u00e9sindividu\u00e9e, n&#8217;exerce aucunement sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9noncer des avis, \u00e0 juger et \u00e0 faire des suppositions. Les \u00e9missions \u00abinteractives\u00bbo\u00f9 la parole est donn\u00e9e aux spectateurs, qui t\u00e9moignent souvent d&#8217;un immense d\u00e9sir de se faire une opinion, ne r\u00e9pondent en rien \u00e0 cette attente et ne sont la plupart du temps qu&#8217;une parodie. \u00bb<\/p>\n<p>En mati\u00e8re de t\u00e9l\u00e9vision, il n&#8217;y a en effet pas de demande mais uniquement de l&#8217;offre, et celle-ci a peu \u00e0 peu favoris\u00e9 les logiques de communication au d\u00e9triment du d\u00e9bat d&#8217;id\u00e9es, perdant de vue les v\u00e9ritables enjeux que soul\u00e8ve une campagne pr\u00e9sidentielle. Comme le rappellent Jean-Claude Soulages et Guy Lochard, \u00ab l&#8217;imaginaire communicationnel \u00e9pouse d\u00e9sormais totalement les logiques de fonctionnement d&#8217;un m\u00e9dia privil\u00e9giant le contact et l&#8217;empathie \u00bb, illustrant cette d\u00e9cision r\u00e9cente de nommer le responsable de la communication de TF1 \u00e0 la direction de l&#8217;information, dans une relative indiff\u00e9rence m\u00e9diatique.  <\/p>\n<p>Sara Millot<\/p>\n<p>1. Jean-Claude Soulages et Guy Lochard, \u00abLa parole politique \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision\u00bb, in \u00ab La politique saisie par le divertissement \u00bb, revue R\u00e9seaux n\u00b0118, 2003.<\/p>\n<p>2. Philippe Breton, La Parole manipul\u00e9e, La D\u00e9couverte\/Essais.<\/p>\n<p>3. Bernard Stiegler, La T\u00e9l\u00e9cratie contre la d\u00e9mocratie, \u00e9ditions Flammarion.<\/p>\n<p><strong> INTERVIEW : <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Claude Soulages* \u00ab \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, le consensus l&#8217;emporte toujours \u00bb <\/strong><\/p>\n<p><em> Jean-Claude soulages est professeur en sciences de l&#8217;information et de la communication \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Lyon II, auteur avec Guy Lochard de la parole politique \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision : Du logos \u00e0 l&#8217;\u00e9thos, revue R\u00e9seaux n\u00b0 118, 2003. <\/em><\/p>\n<p><strong> Quelle est la relation qui unit le journaliste et la personnalit\u00e9 politique sur une \u00e9mission de d\u00e9bat t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 ? S&#8217;agit-il d&#8217;un dialogue ou d&#8217;une confrontation ? <\/strong><\/p>\n<p>Jean-Claude Soulages : Les relations entre le personnel politique et les journalistes de t\u00e9l\u00e9vision sont fauss\u00e9es d\u00e8s le d\u00e9part du fait de l&#8217;opacit\u00e9 des liens qu&#8217;entretiennent les acteurs politiques et les grandes cha\u00eenes en temps normal, c&#8217;est-\u00e0-dire en dehors des \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales. Le plateau des JT est une annexe du perron de Matignon, les ministres d\u00e9filant toute l&#8217;ann\u00e9e pour annoncer leurs mesures et forcer l&#8217;agenda des cha\u00eenes. L&#8217;information t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e demeure encore le pr\u00e9 carr\u00e9 des politiques, ce qui explique le manque de pugnacit\u00e9 des journalistes qui \u00e9vitent et redoutent le conflit, et vont dans le sens de ce qu&#8217;attend l&#8217;acteur politique. Il serait pourtant si simple, \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;un montage d&#8217;archives, de discuter des actes et des d\u00e9clarations pass\u00e9s d&#8217;un candidat. CBS, plut\u00f4t pro-d\u00e9mocrate, le faisait m\u00eame concernant Clinton. Mais \u00e0 chaque \u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale, la t\u00e9l\u00e9vision fait semblant de retrouver une pseudo-virginit\u00e9. Godard disait dans un reportage fait par la t\u00e9l\u00e9vision suisse, \u00ab si vous payiez les politiques pour venir \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, peut-\u00eatre diraient-ils autre chose \u00bb.<\/p>\n<p><strong> Est-ce que les transformations r\u00e9centes des \u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es (en termes de dispositif, d&#8217;habillage, d&#8217;interaction avec le public&#8230;) ont une incidence sur le d\u00e9bat politique ? <\/strong><\/p>\n<p>J.-C. S : Il me semble que les journalistes autant que les candidats ont fait de la prestation de l&#8217;homme politique un show, et donc une performance spectaculaire ponctuelle car soumise \u00e0 l&#8217;audimat, et non pas un espace de r\u00e9v\u00e9lation pour une parole et un discours. D&#8217;autre part, le consensus l&#8217;emporte toujours. L&#8217;interactivit\u00e9 est purement ornementale, ce sont des bribes d&#8217;intervention que le politique d\u00e9monte tr\u00e8s facilement en brouillant ses r\u00e9ponses. La politique est un espace conflictuel qu&#8217;il faut accepter en tant que tel, ce que les journalistes politiques ont du mal \u00e0 concevoir dans la construction m\u00eame des \u00e9missions.<\/p>\n<p><strong> La t\u00e9l\u00e9vision est-elle devenue aujourd&#8217;hui la figure d&#8217;autorit\u00e9 du discours politique ? <\/strong><\/p>\n<p>J.-C. S : En termes de vote, manifestement non, si l&#8217;on consid\u00e8re les marges qui font basculer l&#8217;\u00e9lection, c&#8217;est-\u00e0-dire les 2 \u00e0 3 % qui peuvent permettre le passage d&#8217;un candidat. Les 5 millions de non-inscrits sur les listes \u00e9lectorales sont par ailleurs sans doute de gros consommateurs de t\u00e9l\u00e9vision. L&#8217;\u00e9lection de 2002 a d\u00e9montr\u00e9 que la t\u00e9l\u00e9vision n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 aussi influente qu&#8217;on pouvait le penser, <\/p>\n<p>le \u00ab non \u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum \u00e9galement. <\/p>\n<p>Recueilli par Sara Millot<\/p>\n<p><strong> EUROPE : <\/strong><\/p>\n<p><strong> Le show politique en Europe <\/strong><\/p>\n<p>En Espagne, l&#8217;\u00e9mission politique du moment se nomme \u00ab 59 secondes \u00bb : le temps imparti pour exprimer une r\u00e9ponse. Au-del\u00e0 d&#8217;une minute, le micro qui fait face \u00e0 l&#8217;invit\u00e9 dispara\u00eet en effet sous la table. En Italie, la Rai Uno confronte des stars aux hommes politiques et convoque des imitateurs et des com\u00e9diens pour parodier l&#8217;actualit\u00e9 dans l&#8217;\u00e9mission \u00ab Rockpolitik \u00bb.La Su\u00e8de opte de son c\u00f4t\u00e9 pour une d\u00e9clinaison de la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 en provoquant l&#8217;immersion d&#8217;un \u00e9lu au sein d&#8217;une famille populaire. La Grande-Bretagne propose quant \u00e0 elle une simulation de la sph\u00e8re politique qui invite les citoyens \u00e0 se plonger 24 heures dans la vie de Tony Blair. L&#8217;\u00e9mission s&#8217;intitule \u00ab Vote for me \u00bb et s&#8217;ach\u00e8ve bien entendu par la sanction des t\u00e9l\u00e9spectateurs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> A trois mois de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, comment les cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision abordent-elles le d\u00e9bat politique ? Vie priv\u00e9e, valeurs et t\u00e9moignage des candidats, c&#8217;est show&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[287],"class_list":["post-2599","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-medias"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2599","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2599"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2599\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2599"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2599"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2599"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}