{"id":2566,"date":"2006-01-01T00:00:00","date_gmt":"2005-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/terroirs-litteraires2566\/"},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-12-31T23:00:00","slug":"terroirs-litteraires2566","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2566","title":{"rendered":"Terroirs litt\u00e9raires"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La litt\u00e9rature am\u00e9ricaine se construit autour des grands espaces, de la violence urbaine, du justicier solitaire&#8230; Quelques incontournables. <\/p>\n<p><strong> Violence. De James Ellroy, en passant par Selby et Bunker, \u00e0 James Crumley. <\/strong><\/p>\n<p>Toute l&#8217;histoire du roman noir am\u00e9ricain repose sur l&#8217;aspect sordide de la vie (en ville \u00ab gang-ren\u00e9e \u00bb par l&#8217;argent et le rapport de force). Dashiell Hammet, puis Raymond Chandler, ont cr\u00e9\u00e9 des personnages solitaires, cyniques \u00e0 souhait qui ne pouvaient na\u00eetre qu&#8217;aux Etats-Unis, terre de violence et des extr\u00eames. Les fameux d\u00e9tectives \u00ab hard-boiled \u00bb (dur \u00e0 cuir), confront\u00e9s \u00e0 la p\u00e8gre locale.<\/p>\n<p>S&#8217;il avait publi\u00e9 un livre r\u00e9cemment, nous aurions \u00e9videmment choisi James Ellroy comme auteur le plus embl\u00e9matique de la violence. Les sc\u00e8nes de crime des Affranchis et de Casino (avec Joe Pesci comme mafieux sanguinaire) font penser aux personnages brutaux de l&#8217;auteur du Dahlia noir.<\/p>\n<p>Il y aussi Hubert Selby Jr (Last exit to Brooklyn et le D\u00e9mon) et Edward Bunker (Aucune b\u00eate aussi f\u00e9roce). Et bien d&#8217;autres encore&#8230; Les Am\u00e9ricains sont les sp\u00e9cialistes du genre. Ils ont cr\u00e9\u00e9 leur pays \u00e0 coup de flingue. Ils ont continu\u00e9 \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p>Un autre auteur, encore vivant celui-l\u00e0, James Crumley, continue de travailler la question, avec style&#8230; La seule chose qui compte et perdure en litt\u00e9rature (voir Manchette et ADG, Jean-Bernard Pouy, Daeninckx chez nous). Bref, ce gros ours de Crumley, auteur du chef-d&#8217;\u0153uvre du genre, Le Dernier Baiser, vient de sortir un roman intitul\u00e9 Folie douce, chez son vieux pote Patrick Raynal, l&#8217;ancien directeur de la S\u00e9rie noire. Cette furieuse histoire baigne dans l&#8217;h\u00e9moglobine jusqu&#8217;\u00e0 la parodie. C.W. Sughrue, le d\u00e9tective blas\u00e9 de Crumley, enqu\u00eate cette fois dans le milieu de la psychanalyse. Son client, MacKinderick, a fait fortune en publiant des guides psychologiques \u00ab bateaux \u00bb comme : J&#8217;irais moins mal si tu allais mieux. Evidement, le h\u00e9ros malheureux (anti-h\u00e9ros fragile&#8230; mais costaud) vit mal son \u00e9ni\u00e8me divorce et il noie son blues dans le whisky et la fum\u00e9e de cigare&#8230; Il a surv\u00e9cu au Vietnam et n&#8217;arrive pas \u00e0 s&#8217;adapter \u00e0 ce pays, l&#8217;Am\u00e9rique, devenu un parc Disneyland (comme dit l&#8217;ami Jim Harrison, autre grizzly des lettres am\u00e9ricaines, plus \u00ab \u00e9colo \u00bb&#8230;) surarm\u00e9. L&#8217;action se passe du c\u00f4t\u00e9 de Missoula (Montana), o\u00f9 il y a, para\u00eet-il, les \u00ab meilleurs bars du monde \u00bb&#8230; Forc\u00e9ment. On est en Am\u00e9rique ! James Crumley n&#8217;est pas un citadin, contrairement aux plus jeunes auteurs que nous allons \u00e9voquer ci-dessous.<\/p>\n<p><strong> Ville. Thomas Sanchez \u00e0 Cuba et George Pelecanos \u00e0 Washington D.C. <\/strong><\/p>\n<p>Deux tr\u00e8s bons romans r\u00e9cents ont pour cadre la ville. King Bongo, de l&#8217;am\u00e9ricain Thomas Sanchez, a La Havane (Cuba) comme d\u00e9cor, et Hard Revolution, de son compatriote George Pelecanos, Washington DC (USA). L&#8217;action de ce dernier d\u00e9marre en 1959, dans une famille noire qui lutte contre la mis\u00e8re, le racisme et la violence ambiants. Deux fr\u00e8res, Derek et Dennis Strange, se d\u00e9battent dans ce mar\u00e9cage pour survivre. Nous les retrouvons en 1968, de retour du Vietnam, dans une Am\u00e9rique en \u00e9bullition. Dennis ne voit pas d&#8217;autre avenir que dans la drogue, tandis que Derek choisit de devenir flic. Martin Luther King est assassin\u00e9 \u00e0 Memphis. La ville s&#8217;embrase&#8230;<\/p>\n<p>Pelecanos est dans son \u00e9l\u00e9ment : \u00ab On h\u00e9rite des p\u00e9ch\u00e9s, on h\u00e9rite des flammes \u00bb, chantait Bruce Springsteen, dont la phrase est plac\u00e9e en exergue de ce livre. Comme dans nos banlieues fran\u00e7aises, quand \u00e7a doit p\u00e9ter, \u00e7a p\u00e8te. Hard Revolution nous rappelle que les raisons de voir na\u00eetre des insurrections, un peu partout dans le monde, n&#8217;ont peut-\u00eatre jamais \u00e9t\u00e9 autant d&#8217;actualit\u00e9&#8230; Les fameux brasiers que voulaient cr\u00e9er le Che en Am\u00e9rique latine et en Afrique&#8230;<\/p>\n<p>Cuba, justement. Quasiment la m\u00eame ann\u00e9e que le d\u00e9but du roman de Pelecanos, en 1957 exactement, la pr\u00e9sence am\u00e9ricaine est \u00e0 son apog\u00e9e \u00e0 La Havane : les casinos sont illumin\u00e9s, les h\u00f4tels luxueux et les bo\u00eetes de nuit bruissent du son des f\u00eates&#8230; La mafia prosp\u00e8re tandis que Batista, l&#8217;homme de paille des Etats-Unis, est confront\u00e9e \u00e0 la gu\u00e9rilla des \u00ab barbudos \u00bb. Castro se cache dans les montagnes&#8230; et King Bongo, un m\u00e9tis \u00e0 moiti\u00e9 am\u00e9ricain, exerce le m\u00e9tier de d\u00e9tective priv\u00e9. Homme de la nuit, grand joueur de percussions, il conna\u00eet tout de l&#8217;\u00eele. Alors que l&#8217;on c\u00e9l\u00e8bre le r\u00e9veillon au c\u00e9l\u00e8bre Tropicana, sa s\u0153ur, surnomm\u00e9e \u00ab la panth\u00e8re \u00bb, dispara\u00eet \u00e0 la faveur d&#8217;une explosion. Il va tout de suite voir Zapata, membre de la police secr\u00e8te qui trace sans merci les r\u00e9volutionnaires&#8230; La vie de King Bongo va changer. Seul contre tous&#8230; Comme les h\u00e9ros solitaires.<\/p>\n<p><strong> H\u00e9ros solitaire. Charles Bukowski, une machine \u00e0 \u00e9crire \u00e0 la place d&#8217;une flingue. <\/strong><\/p>\n<p>The poor lonesone&#8230; Le justicier solitaire est un mythe devenu tellement clich\u00e9 qu&#8217;il est maintenant synonyme d&#8217;anti-h\u00e9ros. Clint Eastwood fut un des premiers \u00e0 surfer sur la l\u00e9gende en cassant litt\u00e9ralement les personnages qu&#8217;il jouait dans la s\u00e9rie Inspecteur Harry (quasi r\u00e9ac), et tous ses westerns, de Pal Rider \u00e0 Impitoyable, en passant par les navets de Sergio Leone&#8230; Il n&#8217;y a pas de v\u00e9ritables h\u00e9ros dans les films de Scorsese mais des hommes seuls, oui&#8230; \u00ab enchrist\u00e9s \u00bb&#8230; sacrifi\u00e9s&#8230; souffrants.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame en litt\u00e9rature, les nouveaux h\u00e9ros n&#8217;ont plus de flingue mais des machines \u00e0 \u00e9crire au bout des doigts. Et qu&#8217;y a-t-il de plus solitaire que l&#8217;activit\u00e9 d&#8217;\u00e9crire ? C&#8217;est abdiquer, disait Cendrars, le fr\u00e8re jumeau d&#8217;Henry Miller&#8230; Au sens o\u00f9 lorsque l&#8217;on \u00e9crit, seul dans sa tour d&#8217;ivoire, ou au milieu de consommateurs d&#8217;un caf\u00e9, on est hors du monde, loin de la Cit\u00e9&#8230; Charles Bukowski, n&#8217;en d\u00e9plaise \u00e0 ces dames (qui le taxent de misogynie), \u00e9tait un h\u00e9ros \u00e0 la Jack London, ou \u00e0 la John Fante (son ma\u00eetre), au sens o\u00f9 comme Martin Eden il a pass\u00e9 sa vie \u00e0 se battre pour \u00e9crire&#8230; Et surtout pour \u00eatre publi\u00e9. Les \u00e9ditions Grasset ont eu la bonne id\u00e9e de publier son \u0153uvre romanesque compl\u00e8te et sa correspondance. Cette sorte de h\u00e9ros solitaire est un so\u00fblographe, fa\u00e7on Antoine Blondin qui rappelait que, si l&#8217;on boit \u00e0 plusieurs, on est so\u00fbl tout seul. Bukowski buvait pour \u00e9chapper \u00e0 ses inhibitions, dues \u00e0 une enfance malheureuse. Comme le rappelle G\u00e9rard Gu\u00e9gan, son dernier pr\u00e9facier, il \u00ab n&#8217;enrobe pas son inspiration du vernis de la vertu \u00bb. Il s&#8217;avouait tel qu&#8217;il \u00e9tait, sans masque, vieux, moche et d\u00e9gueulasse, mais hyper-sensible. N&#8217;est-ce pas l\u00e0 du courage ? Oser se regarder dans une glace tel que nous sommes, seul \u00e0 seul, face \u00e0 face : l&#8217;ultime duel avec soi-m\u00eame&#8230; avant de mourir. C&#8217;est faire la guerre \u00e0 sa propre personne. L&#8217;activit\u00e9 nombriliste par excellence&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La litt\u00e9rature am\u00e9ricaine se construit autour des grands espaces, de la violence urbaine, du justicier solitaire&#8230; Quelques incontournables. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2566","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2566","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2566"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2566\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2566"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2566"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2566"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}