{"id":2559,"date":"2006-01-01T00:00:00","date_gmt":"2005-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/journalistes-c-est-la-classe2559\/"},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-12-31T23:00:00","slug":"journalistes-c-est-la-classe2559","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2559","title":{"rendered":"Journalistes c&#8217;est la classe !"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La presse dominante est blanche, masculine, parisienne et plut\u00f4t ais\u00e9e. L&#8217;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sociale, raciale et culturelle de la profession joue-t-elle dans le traitement de l&#8217;information ? Et si on sortait de ce cercle vicieux ? <\/p>\n<p>Le journaliste\u00a0fran\u00e7ais est un homme blanc de 45-50 ans qui vit \u00e0 Paris. Bon d&#8217;accord, ce n&#8217;est pas toujours le cas : il arrive que le journaliste soit une femme. Elle est alors femme d&#8217;un ministre qui fut, est ou sera en exercice.<\/p>\n<p>Un clich\u00e9 ? Bien s\u00fbr. Qui ne vaut pas plus cher que le portrait en pied du reporter baroudeur dans son gilet multipoches. Pourtant, si l&#8217;appellation \u00ab journaliste \u00bb recouvre des r\u00e9alit\u00e9s vari\u00e9es, du pigiste pr\u00e9caire \u00e0 l&#8217;homme-tronc du 20 heures, la profession applique tout de m\u00eame avec constance les m\u00e9canismes de reproduction sociale qu&#8217;elle rep\u00e8re parfois dans l&#8217;\u0153il du voisin.<\/p>\n<p>Comment devient-on journaliste ? La formation n&#8217;est gu\u00e8re d\u00e9terminante : seuls 15 % des titulaires de la carte de presse sont dipl\u00f4m\u00e9s de l&#8217;une des \u00e9coles reconnues par la profession. Non, ici, c&#8217;est le carnet d&#8217;adresses, le vrai s\u00e9same. Un r\u00e9seau de connaissances tiss\u00e9 au cours d&#8217;\u00e9tudes g\u00e9n\u00e9ralement longues. Des \u00e9tudes longues souvent rendues possibles par une famille de la classe moyenne ou sup\u00e9rieure. Une famille qui puise commun\u00e9ment ses r\u00e9f\u00e9rences dans les valeurs dominantes et la culture classique. Valeurs et culture v\u00e9hicul\u00e9es par les m\u00e9dias dont on dit m\u00eame que c&#8217;est le r\u00f4le. La boucle est donc boucl\u00e9e et la roue ne tourne que sur le m\u00eame sillon.<\/p>\n<p><strong> Tutoyer les grands <\/strong><\/p>\n<p>Cela nous donne un journaliste \u00e0 l&#8217;insolence pond\u00e9r\u00e9e, car il est bien \u00e9lev\u00e9. Serait-il tent\u00e9 de s&#8217;\u00e9carter du sillon que les premi\u00e8res ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 courir les r\u00e9dactions comme d&#8217;autres courent le cachet y mettraient bon ordre. Durant ce passage quasi obligatoire avant de pouvoir esp\u00e9rer un poste stable, le mot d&#8217;ordre est \u00ab s&#8217;adapter \u00bb : s&#8217;adapter aux styles d&#8217;\u00e9criture, aux types de sujets trait\u00e9s, aux lignes \u00e9ditoriales, aux tarifs, bref aux pratiques des diff\u00e9rentes r\u00e9dactions auxquelles on esp\u00e8re vendre un article pay\u00e9 au poids des mots publi\u00e9s, non en fonction du travail accompli ou du temps pass\u00e9. Voil\u00e0 une m\u00e9thode indubitablement efficace pour obtenir des \u00eatres bien souples et plus soucieux de tirer \u00e0 la ligne que d&#8217;enqu\u00eater en profondeur. L&#8217;\u00e2ge et le CDI venant, le journaliste tutoie les grands de son petit monde. D&#8217;autant plus facilement qu&#8217;il se targue de d\u00e9terminer qui est grand, qui ne l&#8217;est pas. D&#8217;autant plus facilement aussi qu&#8217;il les a connus \u00e0 l&#8217;\u00e9cole et qu&#8217;il fr\u00e9quente aujourd&#8217;hui les m\u00eames restaurants.<\/p>\n<p>Les journalistes sont \u00e0 l&#8217;image de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle ils vivent et travaillent. Ni plus ni moins. Comme ailleurs, et comme l&#8217;explique Laurent Blivet dans Ni quotas, ni indiff\u00e9rence : l&#8217;entreprise et l&#8217;\u00e9galit\u00e9 positive (1), le premier facteur de discrimination est la tendance plus ou moins consciente \u00e0 recruter ou \u00e0 coopter quelqu&#8217;un qui nous ressemble. De l\u00e0, l&#8217;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sociale, raciale et culturelle d&#8217;une profession qui, pour n&#8217;\u00eatre en soi pas plus scandaleuse qu&#8217;ailleurs, choque, \u00e9tant donn\u00e9 son r\u00f4le de miroir au mieux, de censeur au pire.<\/p>\n<p><strong> Le malaise <\/strong><\/p>\n<p>Une classe sociale homog\u00e8ne implique-t-elle un traitement uniforme de l&#8217;information ? Les journalistes sont-ils sujets \u00e0 un ethnocentrisme de classe ? Comme on l&#8217;a vu, les journalistes de la presse que l&#8217;on dit grande sont souvent issus des m\u00eames fili\u00e8res. A l&#8217;arriv\u00e9e, s&#8217;ils ont la chance de trouver du boulot, ils sont plut\u00f4t nantis. La corporation b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;un abattement fiscal de 7 620 euros, d&#8217;un treizi\u00e8me mois et de vacances plus longues que la moyenne. Les salaires dans les grands m\u00e9dias sont \u00e9lev\u00e9s : en presse quotidienne nationale, <\/p>\n<p>2 230 euros pour un r\u00e9dacteur d\u00e9butant, 5 000 pour un r\u00e9dacteur en chef. Du c\u00f4t\u00e9 des mandarins, le PDG de Lib\u00e9ration gagne 11 000 euros, un tout petit salaire compar\u00e9 aux 37 500 euros (estimation de l&#8217;hebdomadaire Marianne) de celui du Monde. A TF1, un reporter exp\u00e9riment\u00e9 \u00e9marge \u00e0 4 000 euros quand PPDA annonce 35 000 euros mensuels.<\/p>\n<p>Le traitement des gr\u00e8ves refl\u00e8te bien le malaise. Figure impos\u00e9e du traitement d&#8217;un d\u00e9brayage dans les transports en commun, le micro-trottoir aupr\u00e8s des usagers m\u00e9contents. La ritournelle est \u00e9ternelle, les mots bien rod\u00e9s. La revendication devient la \u00ab grogne \u00bb, les gr\u00e9vistes des \u00ab preneurs d&#8217;otages \u00bb, bref, la France qui bosse contre la \u00ab pagaille \u00bb. Vous avez dit chienlit ? Le r\u00e9f\u00e9rendum du 29 mai fut aussi l&#8217;occasion d&#8217;un consensus journalistique en faveur d&#8217;une pens\u00e9e dominante articul\u00e9e autour de deux th\u00e9or\u00e8mes : \u00ab L&#8217;\u00e9vidence et le bon sens appellent \u00e0 voter \u00aboui\u00bb\u00bb (2) ; \u00ab Le \u00abnon\u00bbse nourrit de la col\u00e8re \u00bb (3). On ne salue jamais assez les talents de visionnaire du patron de presse Robert Hersant : \u00ab Mes journalistes sont \u00e0 votre disposition. Pendant la campagne, demandez ce que vous voulez, ils le feront. \u00bb<\/p>\n<p>Et puis 60 % des journalistes habitent l&#8217;Ile-de-France. Presse nationale est d&#8217;ailleurs officiellement synonyme de presse parisienne. M\u00eame si certains coins de la r\u00e9gion, pourtant \u00e0 port\u00e9e de RER voire de m\u00e9tro, demeurent r\u00e9solument exotiques. Quand il y br\u00fble, les r\u00e9dactions d\u00e9p\u00eachent de grands reporters. Comme \u00e0 Bagdad, certains font appel \u00e0 des \u00ab fixeurs \u00bb. Dans le jargon, le fixeur est une personne r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e, \u00ab indig\u00e8ne \u00bb, capable de guider le journaliste. Pr\u00e9cisons que dans le m\u00eame temps, certains journalistes \u00e9trangers prennent le risque insens\u00e9 de prendre tout seuls le m\u00e9tro pour aller faire leur travail en ces contr\u00e9es sauvages. Quand l&#8217;\u00e9meute se calme, cam\u00e9ras et micros rentrent au bercail alors m\u00eame que tout commence, que le reporter exigeant pourrait commencer \u00e0 faire son m\u00e9tier sereinement, loin des consid\u00e9rations \u00e0 l&#8217;emporte-pi\u00e8ce et des amalgames.<\/p>\n<p>Le journaliste est un homme blanc, de 45-50 ans qui vote \u00ab oui \u00bb et qui vit \u00e0 Paris. Pas en banlieue. Est-ce un clich\u00e9?<\/p>\n<p><em> 1. Note publi\u00e9e en octobre 2004 par l&#8217;Institut Montaigne. <\/em><br \/>\n<em> 2. Alain Genestar, Paris Match du 24 mars 2005. <\/em><br \/>\n<em> 3. Christophe Barbier, directeur adjoint de l&#8217;Express, 21 mars 2005. <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La presse dominante est blanche, masculine, parisienne et plut\u00f4t ais\u00e9e. L&#8217;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sociale, raciale et culturelle de la profession joue-t-elle dans le traitement de l&#8217;information ? Et si on sortait de ce cercle vicieux ? <\/p>\n","protected":false},"author":569,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[287],"class_list":["post-2559","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-medias"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2559","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/569"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2559"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2559\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2559"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2559"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2559"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}