{"id":2552,"date":"2006-01-01T00:00:00","date_gmt":"2005-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/ma-liberte-de-rapper2552\/"},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-12-31T23:00:00","slug":"ma-liberte-de-rapper2552","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2552","title":{"rendered":"Ma libert\u00e9 de rapper"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> \u00ab CNN du ghetto \u00bb, le hip-hop exprime le pire et le meilleur d&#8217;une frange de la jeunesse fran\u00e7aise priv\u00e9e par ailleurs de parole et de repr\u00e9sentation. Une forme d&#8217;expression menac\u00e9e par le couperet du tout-r\u00e9pressif. <\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas la premi\u00e8re fois que le rap fran\u00e7ais se trouve ainsi point\u00e9 du doigt. D\u00e9j\u00e0 par le pass\u00e9, le Minist\u00e8re Amer, NTM ou, plus r\u00e9cemment, La Rumeur se sont retrouv\u00e9s assign\u00e9s devant les tribunaux, souvent par des syndicats de police. Ils en sont g\u00e9n\u00e9ralement sortis indemnes parce que les juges avaient renvoy\u00e9 leurs propos dans le champ de la libert\u00e9 d&#8217;expression et ne d\u00e9siraient pas ouvrir une br\u00e8che dans le respect de la cr\u00e9ation artistique.<\/p>\n<p>Toutefois, l&#8217;offensive lanc\u00e9e par le d\u00e9put\u00e9 UMP de Moselle, Fran\u00e7ois Grosdidier, le 22 novembre dernier, est d&#8217;une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent, dans un contexte de remise en cause g\u00e9n\u00e9rale des libert\u00e9s civiques apr\u00e8s trois semaines d&#8217;\u00e9meutes en banlieues. En effet, 153 d\u00e9put\u00e9s et 40 s\u00e9nateurs ont demand\u00e9 au garde des Sceaux, Pascal Cl\u00e9ment, sous forme de questions \u00e9crites : imaginez un peu la solennit\u00e9 de la d\u00e9marche : s&#8217;il envisageait des poursuites contre sept groupes de rap, dont le 113 ou Monsieur R (d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9 par le m\u00eame Fran\u00e7ois Grosdidier et qui devra compara\u00eetre pour \u00aboutrage aux bonnes m\u0153urs\u00bb le 6 f\u00e9vrier prochain).<\/p>\n<p>Ne nous trompons pas de d\u00e9bat et balayons d&#8217;embl\u00e9e les questions formelles. Oui, le discours de certains rappeurs s&#8217;av\u00e8re parfois caricatural, sexiste, homophobe. En outre, le second degr\u00e9 ne s&#8217;entend pas toujours quand on soup\u00e7onne les saillies provocatrices d&#8217;exister avant tout pour satisfaire le public potentiel (on est loin de \u00abl&#8217;edutaitment\u00bb : \u00e9ducation + f\u00eate : de Krs One). La faute \u00e0 qui? Surtout lorsque des artistes accomplis et conscients comme la Caution, les Psy4 de la Rime, Roc\u00e9 ou Less du neuf sont exclus des t\u00e9l\u00e9s et des radios et que le credo Skyrock s&#8217;impose de facto en jouant sur l&#8217;image \u00abcaillera\u00bb pour vendre en faisant peur. Nous sommes ici au c\u0153ur de l&#8217;univers du business musical. On pourrait ainsi souhaiter que le hip-hop \u00e9l\u00e8ve (ce qu&#8217;il fait malgr\u00e9 tout souvent) le d\u00e9bat au lieu de le rabaisser (comme cela lui arrive parfois), mais difficile d&#8217;oublier que la pesanteur du climat social dans lequel il \u00e9volue lui ram\u00e8ne d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment les deux pieds dans le b\u00e9ton.<\/p>\n<p><strong> BALISER LA LIBERT\u00c9? <\/strong><\/p>\n<p>Cependant, ce n&#8217;est pas le talent ou la sinc\u00e9rit\u00e9 des auteurs que les d\u00e9put\u00e9s de droite stigmatisent. Le plus inqui\u00e9tant se niche au tr\u00e9fonds de leur argumentaire. Il ne s&#8217;agit ni plus ni moins que de baliser la libert\u00e9 d&#8217;expression dans notre pays, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette musique en particulier, embl\u00e8me de la jeunesse de quartiers. Bref le hip-hop, cri de r\u00e9volte, reflet du malaise fran\u00e7ais, doit rester dans le cadre de ce qu&#8217;un notable de droite peut supporter. Ou un ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur, puisque Nicolas Sarkozy a rejoint la m\u00eal\u00e9e en d\u00e9clarant sur RTL que<em> \u00abce n&#8217;est pas parce qu&#8217;on est un jeune, qu&#8217;on fait du rap, qu&#8217;on doit \u00eatre exon\u00e9r\u00e9 du risque de la sanction\u00bb <\/em>. Lui, pour sa part, pr\u00e9f\u00e8re le<em> \u00abpolitiquement incorrect\u00bb <\/em> d&#8217;Alain Finkielkraut.<\/p>\n<p>Nos parlementaires de droite se r\u00e9v\u00e8lent au final de surprenants adeptes des pratiques qui pr\u00e9valaient dans les feus pays de l&#8217;Est, quand des partis-Etats contr\u00f4laient la culture pour prot\u00e9ger la population des \u00abmauvaises influences\u00bb. Nous rentrons bel et bien dans le registre de la censure, puisque la volont\u00e9 implicite consiste, par le poids judiciaire, \u00e0 pousser par anticipation les maisons de disques \u00e0 \u00e9carter les artistes trop dangereux. Car si l&#8217;explosion des banlieues a surpris tout le monde, on pouvait en percevoir depuis longtemps les pr\u00e9misses dans les textes (lyrics) du rap fran\u00e7ais. \u00abCNN du ghetto\u00bb selon les propres mots de Public Enemy, le hip-hop exprime, depuis son apparition en France, il y a vingt ans, le pire et le meilleur d&#8217;une frange de la jeunesse fran\u00e7aise priv\u00e9e par ailleurs de parole et de repr\u00e9sentation. Si, une fois encore, on peut d\u00e9plorer que certains rappeurs se complaisent dans l&#8217;apologie du gangst\u00e9risme ou le sexisme, qui accepterait que l&#8217;on interdise des films comme Irr\u00e9versible pour incitation au viol? Les auteurs de polars qui ont sign\u00e9 la p\u00e9tition<em> \u00abnous sommes tous des rappeurs de banlieue\u00bb <\/em> ont bien saisi la dimension \u00e9minemment \u00e9thique de ce combat.<\/p>\n<p>L&#8217;autre aspect angoissant rel\u00e8ve du front politique. L&#8217;intervention parlementaire de nos d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs UMP d\u00e9montre la profondeur intellectuelle du choix r\u00e9pressif qui s&#8217;op\u00e8re \u00e0 droite et qui s&#8217;exprime sans hypocrisie chez des \u00e9lus \u00abde base\u00bb soucieux de r\u00e9cup\u00e9rer les voix lep\u00e9nistes. Le rap, en tant que bouc \u00e9missaire id\u00e9al, participe de cette strat\u00e9gie de communication visant \u00e0 transformer les cons\u00e9quences en causes. Comme l&#8217;explique La Rumeur:<em> \u00abLe rap n&#8217;est pas responsable de taux de 40% de ch\u00f4meurs dans les quartiers. R\u00e9sorbez la pauvret\u00e9 et on fera du karaok\u00e9.\u00bb <\/em> Pas plus qu&#8217;il ne produit la mis\u00e8re culturelle, sociale, sexuelle qui y s\u00e9vit et qu&#8217;il refl\u00e8te parfois de mani\u00e8re brutale. Bref, le but est de cacher \u00e0 la population fran\u00e7aise la gravit\u00e9 de la crise sociale en mettant le focus sur les \u00e9tincelles qui jaillissent du feu des banlieues. Cette instrumentalisation, apr\u00e8s la polygamie, en dit long sur la d\u00e9sh\u00e9rence du d\u00e9bat public.<\/p>\n<p><strong> DES VOIX QUI COMPTENT <\/strong><\/p>\n<p>Dans l&#8217;appel \u00abPour que nos voix comptent\u00bb, qui incite les jeunes \u00e0 aller s&#8217;inscrire sur les listes \u00e9lectorales, lanc\u00e9 par l&#8217;association Devoirs de m\u00e9moires et parrain\u00e9 notamment par Joey Starr, Lady Laistee ou le styliste Mohamed Dia, tous issus de l&#8217;univers hip-hop au sens large, on trouve cette phrase symptomatique:\/\/\u00abSi on ne s&#8217;occupe pas de politique, la politique s&#8217;occupe et s&#8217;occupera de nous.\u00bb\/\/ Esp\u00e9rons en effet que des initiatives liberticides comme celles de M. Grosdidier et ses amis se retourneront finalement contre eux&#8230;<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b025, janvier 2006<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> \u00ab CNN du ghetto \u00bb, le hip-hop exprime le pire et le meilleur d&#8217;une frange de la jeunesse fran\u00e7aise priv\u00e9e par ailleurs de parole et de repr\u00e9sentation. 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