{"id":2544,"date":"2006-06-01T00:00:00","date_gmt":"2006-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/mythologie-une-modernite-signee2544\/"},"modified":"2023-06-23T23:05:51","modified_gmt":"2023-06-23T21:05:51","slug":"mythologie-une-modernite-signee2544","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2544","title":{"rendered":"Une modernit\u00e9 sign\u00e9e Godard"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Jean-Luc Godard est mort ce 13 septembre 2022 \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 91 ans. Nous republions ici un entretien avec Alain Bergala, sp\u00e9cialiste du cin\u00e9aste, publi\u00e9 dans <em>Regards<\/em> en 2006. <\/p>\n<p><strong> <em>Regards<\/em>. Vous avez d\u00e9j\u00e0 beaucoup \u00e9crit sur l&#8217;\u0153uvre de Godard, vous avez fait de nombreux entretiens avec lui, vous avez r\u00e9uni un certain nombre d&#8217;\u00e9crits et de documents, de lui, de vous, dans un livre en deux volumes,<em> Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard<\/em>. D&#8217;o\u00f9 vient ce d\u00e9sir d&#8217;un nouveau livre, et ce choix des ann\u00e9es soixante ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Alain Bergala.<\/strong> C&#8217;est simple. Dans cinq ans ce livre ne pourra plus se faire. C&#8217;\u00e9tait le moment historique d&#8217;aller enqu\u00eater, de rencontrer des gens qui pouvaient dire ce qu&#8217;\u00e9tait vraiment Godard dans les 1960. Ils ne sont plus tr\u00e8s jeunes, comme Charles Bitsch ou Savignac qui ont \u00e9t\u00e9 ses assistants, certains, h\u00e9las, ne sont plus l\u00e0, comme Suzanne Schiffman. J&#8217;ai donc vu beaucoup de gens quand je n&#8217;avais pas d&#8217;archives et c&#8217;est pr\u00e9cieux d&#8217;avoir des informations de premi\u00e8re main, m\u00eame si la m\u00e9moire joue quelquefois des tours. Le but de ce livre, c&#8217;est de faire tr\u00e8s s\u00e9rieusement et pr\u00e9cis\u00e9ment l&#8217;histoire de chaque film (de \u00ab \u00c0 bout de souffle \u00bb \u00e0 \u00ab Week-end \u00bb, quinze longs-m\u00e9trages, avant que Godard quitte le cin\u00e9ma pour aller faire des films militants \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger), son histoire technique, celle de la production, du tournage, c&#8217;est-\u00e0-dire tenter de reconstituer r\u00e9ellement le travail. C&#8217;est un travail de fou, que devrait faire l&#8217;Universit\u00e9. La documentaliste, M\u00e9lanie Gu\u00e9rin, a travaill\u00e9 six mois, elle a trouv\u00e9 des plans de travail, des feuilles de service quotidiennes, des rapports script&#8230; C&#8217;est un livre dans lequel je me suis totalement engag\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Vous n&#8217;avez pas fait appel \u00e0 Godard ?<\/strong><\/p>\n<p>Non, parce que dans les ann\u00e9es 1960, Godard n&#8217;avait rien, pas de maison, il d\u00e9m\u00e9nageait tous les trois mois et ne gardait rien.<\/p>\n<p><strong>Est-ce pour cela, et pour la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&#8217;\u00e9poque et des films, que vous choisissez les ann\u00e9es soixante ?<\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait le plus urgent. Et puis ce sont des films que je connais par c\u0153ur, l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 j&#8217;ai le plus d&#8217;informations dans mon propre disque dur mental. Et j&#8217;avoue que c&#8217;est plus rigolo de travailler sur les ann\u00e9es 1960 que sur les ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p><strong>Les films de cette premi\u00e8re \u00e9poque parlaient donc davantage au public ?<\/strong><\/p>\n<p>Je pense. D&#8217;abord, dans les ann\u00e9es 1960, Godard \u00e9tait extr\u00eamement vivant, gai. Apr\u00e8s il est devenu plus m\u00e9ditatif, plus sombre, il s&#8217;est plus int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 ce qu&#8217;il avait dans sa t\u00eate. Avant il captait tout ce qui bougeait, dans le domaine de l&#8217;esth\u00e9tique, ou sur le plan social. Il a \u00e9t\u00e9 un capteur de g\u00e9nie de tous les changements, des mutations li\u00e9es \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, \u00e0 la sortie de l&#8217;apr\u00e8s-guerre. Il a tout saisi, il a \u00e9t\u00e9 imbattable, plus fort que Rivette ou Truffaut, plus classiques. Il avait d&#8217;incroyables moments de porosit\u00e9 au monde. Quand il revint au cin\u00e9ma dans les ann\u00e9es 1980, il \u00e9tait plus tourn\u00e9 vers les questions qui le travaillaient, moins ouvert, sauf dans \u00ab Sauve qui peut la vie \u00bb. Mais il est devenu davantage un philosophe, un penseur. C&#8217;est sa posture d&#8217;aujourd&#8217;hui. Il le dit, <em>\u00ab le cin\u00e9ma est fait pour penser \u00bb<\/em>. La grande diff\u00e9rence entre les deux \u00e9poques, c&#8217;est que dans les ann\u00e9es 1960 il \u00e9tait dans le pur pr\u00e9sent, tournait sans arr\u00eat, chaque film \u00e9tait une exp\u00e9rience. Apr\u00e8s un film en noir et blanc, il fallait qu&#8217;il tourne un film en couleurs, plus gai, c&#8217;\u00e9tait purement r\u00e9actif donc impossible de se rappeler l&#8217;ordre des films. Dans les ann\u00e9es 1980, au contraire, il se met \u00e0 creuser une id\u00e9e, la gr\u00e2ce, par exemple, dans \u00ab Je vous salue Marie \u00bb, apr\u00e8s il poursuit sur l&#8217;id\u00e9e de la r\u00e9surrection, les films s&#8217;encha\u00eenaient davantage. J&#8217;avais plaisir \u00e0 essayer de comprendre o\u00f9 il allait, d&#8217;anticiper, sa qu\u00eate \u00e9tait tr\u00e8s coh\u00e9rente.<\/p>\n<p><strong>De votre part c&#8217;est une d\u00e9marche intellectuelle&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Quand je vois un nouveau film de Godard, je suis comme tout le monde, je ne comprends pas grand-chose mais cela ne me fait pas peur. Je sais que je reverrai le film plusieurs fois. Depuis quinze ans les films de Godard ne sont pas faits pour \u00eatre vus une seule fois, c&#8217;est la m\u00eame chose pour un livre ou un morceau de musique. Les DVD sont de tr\u00e8s beaux outils de travail. Lorsque j&#8217;ai d\u00e9couvert \u00ab \u00c9loge de l&#8217;amour \u00bb ou \u00ab Notre musique \u00bb, je n&#8217;ai capt\u00e9 que des morceaux, des sensations, entrevu des choses. Si tout m&#8217;a paru limpide du premier coup dans \u00ab Je vous salue Marie \u00bb, \u00ab Passion \u00bb m&#8217;a paru tr\u00e8s compliqu\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le public a du mal \u00e0 suivre ?<\/strong><\/p>\n<p>Non, il pense que si le film ne lui donne pas tout la premi\u00e8re fois, c&#8217;est que le film se refuse \u00e0 lui. Il y a une telle fr\u00e9n\u00e9sie d&#8217;instantan\u00e9it\u00e9 que si le film ne pla\u00eet pas tout de suite, il faut qu&#8217;il d\u00e9gage. Il s&#8217;en fout, Godard, je pense que ce n&#8217;est pas bien, qu&#8217;il a tort. Dans les ann\u00e9es 1960, quand un film n&#8217;avait pas march\u00e9, il faisait attention au suivant. Les salles du Centre Pompidou ne d\u00e9semplissent pas, jeunes et vieux spectateurs confondus. Je ne pense pas que ce soit un effet de mode mais la d\u00e9couverte d&#8217;un plaisir : comment r\u00e9sister \u00e0 la dr\u00f4lerie des acteurs dans \u00ab Bande \u00e0 part \u00bb, m\u00eame s&#8217;il y a mort d&#8217;homme, comme dans \u00ab \u00c0 bout de souffle \u00bb ? Comment ne pas se sentir concern\u00e9 par \u00ab Deux ou trois choses que je sais d&#8217;elle \u00bb aujourd&#8217;hui, ne pas \u00eatre saisi par la glaciale \u00e9tranget\u00e9 d&#8217;\u00ab Alphaville \u00bb ? Je me demande comment les jeunes re\u00e7oivent \u00ab Histoire(s) de cin\u00e9ma \u00bb ? C&#8217;est un bilan g\u00e9nial du si\u00e8cle, une remont\u00e9e vers le pass\u00e9 pour saisir le pr\u00e9sent. Mais Godard, comme souvent, ne donne pas toutes les clefs pour comprendre.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-2544 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/jean-luc_godard_at_berkeley__1968__1_-a31.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/jean-luc_godard_at_berkeley__1968__1_-a31-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"jean-luc_godard_at_berkeley__1968__1_.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Luc Godard est mort ce 13 septembre 2022 \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 91 ans. 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