{"id":2540,"date":"2006-06-01T00:00:00","date_gmt":"2006-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/cannes-passe-present2540\/"},"modified":"2006-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-05-31T22:00:00","slug":"cannes-passe-present2540","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2540","title":{"rendered":"Cannes, pass\u00e9-pr\u00e9sent"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> A vous les films de Cannes cet \u00e9t\u00e9. Que voir ? Cette \u00e9dition du Festival se distingue par une tr\u00e8s forte pr\u00e9sence de films historiques et une tendance un peu sommaire, na\u00efve \u00e0 confondre pass\u00e9 et pr\u00e9sent. Peu de films entre le d\u00e9j\u00e0-plus et le pas-encore, espace de fertilit\u00e9 o\u00f9 le monde se projette. Notre palmar\u00e8s. <\/p>\n<p>Nous repr\u00e9sentons une m\u00e9moire qui existe, m\u00eame si nous ne la connaissons pas toujours tr\u00e8s bien. Avec la gueule que nous avons et le m\u00e9tier que nous faisons, nous sommes politiques \u00bb, a affirm\u00e9 le com\u00e9dien Sami Bouajila lors de la conf\u00e9rence de presse cannoise d&#8217;Indig\u00e8nes, film p\u00e9dagogique de Rachid Bouchareb sur les contingents africains de la Seconde Guerre mondiale. Cette \u00e9vidence du visage de la m\u00e9moire, d\u00e9j\u00e0 inscrite, \u00e9crite noir sur blanc, aura \u00e9t\u00e9 l&#8217;une des lignes de force (et de faiblesse) marquant au fer rouge le faci\u00e8s de ce 59e Festival de Cannes. En posant un \u00ab nous \u00bb, plus essentiel que le \u00ab je \u00bb, Sami Bouajila pr\u00e9figurait aussi le prix (collectif) d&#8217;interpr\u00e9tation masculine que le jury, pr\u00e9sid\u00e9 cette ann\u00e9e par le r\u00e9alisateur chinois Wong Kar Wai, a d\u00e9cern\u00e9 aux acteurs dirig\u00e9s par Rachid Bouchareb : Bouajila donc, ainsi que Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem et Bernard Blancan.<\/p>\n<p><strong> Une \u00e9dition politique <\/strong><\/p>\n<p>A premi\u00e8re vue, l&#8217;\u00e9dition fut politique : les m\u00e9dias ne l&#8217;avaient-ils pas point\u00e9 de concert avant m\u00eame que le festival ne d\u00e9bute ? :, le palmar\u00e8s aussi, la Palme d&#8217;or, distinction supr\u00eame, revenant \u00e0 Ken Loach, infatigable militant malgr\u00e9 ses <\/p>\n<p>70 ans. Pr\u00e9sent\u00e9 le premier jour, mais non envol\u00e9 au vent puisque \u00ab d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 l&#8217;unanimit\u00e9 \u00bb, Le vent se l\u00e8ve se d\u00e9roule dans l&#8217;Irlande des ann\u00e9es 1920 au moment o\u00f9 les nationalistes luttent pour mettre un terme \u00e0 la domination anglaise. En recevant son prix, Ken Loach a affirm\u00e9 : \u00ab Si nous osons dire la v\u00e9rit\u00e9 sur le pass\u00e9, peut-\u00eatre oserons-nous dire la v\u00e9rit\u00e9 sur le pr\u00e9sent. \u00bb Le nerf de la guerre s&#8217;est incontestablement situ\u00e9 l\u00e0, au c\u0153ur m\u00eame de ce pass\u00e9 toujours pr\u00e9sent. Depuis la Croisette, Rachid Bouchareb a, pour sa part, adress\u00e9 ce message clair \u00e0 Nicolas Sarkozy : \u00ab Il serait int\u00e9ressant que le ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur voie le film et se rende compte que ces hommes d&#8217;Afrique ont sauv\u00e9 et lib\u00e9r\u00e9 la \u00abm\u00e8re patrie\u00bb. Il s&#8217;agit de revoir l&#8217;histoire de l&#8217;immigration non pas \u00e0 l&#8217;aune des derniers \u00e9v\u00e9nements en banlieue, mais de l&#8217;envisager dans sa globalit\u00e9. \u00bb Cette continuit\u00e9 proprement historique entre hier et aujourd&#8217;hui n&#8217;a cess\u00e9 de hanter, de torturer la comp\u00e9tition officielle. Comment recevoir dans cette optique le film de Sofia Coppola, Marie-Antoinette ? Faut-il y voir une coquille vide, simple bonbon rose et acidul\u00e9 contempteur de l&#8217;Histoire et de la marche r\u00e9volutionnaire, ou une forme r\u00e9ellement habit\u00e9e par ses propres anachronismes qui \u00e9clairerait la d\u00e9saffection politique, l&#8217;insularit\u00e9 narcissique de toute une jeunesse dor\u00e9e d&#8217;aujourd&#8217;hui ? Le film est suffisamment solide pour qu&#8217;il soit difficile de trancher \u00e0 la va-vite (disons que l&#8217;alternative interpr\u00e9tative se tient) et les avis au sein de la r\u00e9daction de Regards sont partag\u00e9s.<\/p>\n<p><strong> Tensions <\/strong><\/p>\n<p>Un Cannes 2006 tortur\u00e9 par ce pass\u00e9-pr\u00e9sent, \u00e9crivions-nous. La Comp\u00e9tition officielle a compt\u00e9 dans ses rangs le film de l&#8217;Uruguayen Israel Adrian Caetano et celui du Mexicain Guillermo del Toro : Cronica de una fuga. Buenos Aires, 1977 revient sur la torture perp\u00e9tu\u00e9e par le r\u00e9gime militaire argentin quand Le Labyrinthe de Pan dresse le portrait d&#8217;un sanguinaire capitaine de l&#8217;arm\u00e9e franquiste \u00e0 la fin de la guerre civile espagnole. Le Labyrinthe de Pan fut riche \u00e0 titre de sympt\u00f4me : en juxtaposant deux histoires, l&#8217;histoire frontale et un conte souterrain, il symbolise bien les tensions cin\u00e9matographiques cannoises. Labyrinthiques, fantomatiques, les meilleures \u0153uvres ont en effet su d\u00e9ranger ou d\u00e9placer cette \u00e9quation g\u00e9n\u00e9rale, acad\u00e9mique, proprement classique (pass\u00e9 = pr\u00e9sent), comme le radical Flandres de Bruno Dumont (Grand Prix sur lequel nous reviendrons au moment de sa sortie en salles, le 30 ao\u00fbt), film \u00e0 bien des \u00e9gards r\u00e9sistant et mutant dans son abominable refus de situer la guerre qu&#8217;il met en jeu. Prix du sc\u00e9nario, Volver, jusque dans son titre qui signifie \u00ab revenir \u00bb, pourrait en \u00eatre le parangon fictionnel soft et d\u00e9cal\u00e9 par rapport \u00e0 la masse pl\u00e9thorique de films historiques. Pedro Almodovar et ses femmes, prim\u00e9es coll\u00e9gialement, se d\u00e9lectent de ce ph\u00e9nom\u00e8ne de revenance, des sc\u00e9narios propres aux fant\u00f4mes g\u00e9n\u00e9rationnels. Sur cette racine de l&#8217;arbre cannois se situe aussi Red Road, tr\u00e8s beau premier film de la Britannique Andrea Arnold, justement r\u00e9compens\u00e9 par le Prix du jury. Un autre revenant du pass\u00e9 y s\u00e9vit&#8230;<\/p>\n<p><strong> En avant, jeunesse ! <\/strong><\/p>\n<p>Si le Festival de Cannes refl\u00e8te \u00e0 sa fa\u00e7on le monde, il aura cette ann\u00e9e cartographi\u00e9, mis en sc\u00e8ne, une forme d&#8217;impasse concernant le futur, une angoisse profonde quant aux lendemains, qui adviennent toujours entre le d\u00e9j\u00e0-plus et le pas-encore, dans cet espace fertile occup\u00e9 par trop peu de films. L\u00e0 o\u00f9 les formes se renouvellent pr\u00e9cis\u00e9ment, o\u00f9 la fiction advient, o\u00f9 le cin\u00e9ma r\u00e8gne, o\u00f9 le monde se projette. Juventude em marcha de Pedro Costa s&#8217;est invent\u00e9 dans ce lieu. Visionnaire, il n&#8217;a pourtant pas \u00e9t\u00e9 vu. Comment le dire autrement ? En avant, jeunesse ! <\/p>\n<p>Un tel souffle \u00e9piphanique habite \u00e9galement Bamako de Abderrahmane Sissako, qui fut la seule \u0153uvre africaine montr\u00e9e durant le festival mais rel\u00e9gu\u00e9e hors comp\u00e9tition. \u00c9minemment politique car montrant la politique en train de se faire, en action, projective (non congel\u00e9e), Bamako entrem\u00eale plusieurs trajectoires de fiction : un proc\u00e8s imaginaire intent\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 civile africaine contre les grandes organisations internationales (avec notamment Aminata Traor\u00e9 et les avocats William Bourdon et Roland Rappaport), un western ench\u00e2ss\u00e9 d\u00e9lirant, et une histoire d&#8217;amour, de rupture. Ajoutons pour clore avec espoir ce retour de Cannes 2006 que Bamako s&#8217;ach\u00e8ve sur cette phrase du po\u00e8te Aim\u00e9 Cesaire : \u00ab L&#8217;oreille coll\u00e9e au sol, j&#8217;entends passer demain&#8230; \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> A vous les films de Cannes cet \u00e9t\u00e9. Que voir ? Cette \u00e9dition du Festival se distingue par une tr\u00e8s forte pr\u00e9sence de films historiques et une tendance un peu sommaire, na\u00efve \u00e0 confondre pass\u00e9 et pr\u00e9sent. Peu de films entre le d\u00e9j\u00e0-plus et le pas-encore, espace de fertilit\u00e9 o\u00f9 le monde se projette. 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