{"id":2531,"date":"2006-06-01T00:00:00","date_gmt":"2006-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-langue-une-affaire-d-etat2531\/"},"modified":"2006-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-05-31T22:00:00","slug":"la-langue-une-affaire-d-etat2531","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2531","title":{"rendered":"La langue, une affaire d&#8217;Etat"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Langue et nation : histoire houleuse d&#8217;un couple bien install\u00e9 dans le vocabulaire et la conscience. <\/p>\n<p>On dit qu&#8217;il existe quelque 6 500 langues dans le monde. Pourtant, on est loin de d\u00e9nombrer autant de nations. Il est vrai que la langue joue un r\u00f4le important dans l&#8217;affirmation nationale. Quand une langue commune a du mal \u00e0 s&#8217;imposer sur un territoire, l&#8217;Etat national peine \u00e0 se constituer : les 187 langues du Nigeria rendent bien difficiles les efforts d&#8217;unification d&#8217;un Etat central. En sens inverse, une langue peut fonctionner comme ce qu&#8217;un linguiste catalan, Gentil Puig-Moreno, appelle \u00ab l&#8217;\u00e9l\u00e9ment vert\u00e9brateur de l&#8217;identit\u00e9 nationale et culturelle \u00bb. De fait, c&#8217;est autour de la d\u00e9fense du catalan que s&#8217;est op\u00e9r\u00e9 \u00e0 Barcelone le regroupement de ceux qui refusaient le pouvoir de Madrid. Mais il ne faut pas exag\u00e9rer le pouvoir de la langue. La communaut\u00e9 de langue facilite sans doute la diffusion d&#8217;une id\u00e9ologie \u00e0 pr\u00e9tention nationale ; elle n&#8217;en est pas toujours le moteur efficace. La langue de l&#8217;Etat est devenue en France la langue de tous les dominants, au Nord comme au Sud ; le castillan, en revanche, malgr\u00e9 la puissance de l&#8217;Etat espagnol, n&#8217;a pas r\u00e9ussi \u00e0 supplanter les autres langues, par exemple le catalan. L&#8217;Histoire relativise bien des choses&#8230; La langue italienne toscanis\u00e9e est le point de rep\u00e8re, depuis le Moyen-Age, de tous ceux qui r\u00eavent d&#8217;une unit\u00e9 italienne. Mais quand l&#8217;Italie devient un royaume, entre 1860 et 1870, il n&#8217;y a que 2 % des \u00ab Italiens \u00bb qui ma\u00eetrisent la langue officielle, le toscan.<\/p>\n<p>Dans bien des cas, c&#8217;est la conscience de former un groupe qui produit l&#8217;uniformisation de la langue et pas l&#8217;inverse. Dans la diaspora arm\u00e9nienne install\u00e9e en France, comme dans l&#8217;immigration italienne aux Etats-Unis, seul le regard des autres : le m\u00e9pris de l&#8217;Arm\u00e9nien ou de l&#8217;Italien : permet d&#8217;unifier le sentiment d&#8217;appartenance d&#8217;individus qui sont au d\u00e9part s\u00e9par\u00e9s par les dialectes de leurs communaut\u00e9s villageoises d&#8217;origine. En France, paradoxalement, \u00ab l&#8217;occitan \u00bb ne s&#8217;impose dans une unit\u00e9 relative que lorsque les territoires du comte de Toulouse sont conquis brutalement par les barons du Nord, vassaux du roi de France. On sait que de nombreuses langues dites nationales sont des constructions artificielles, souvent tardives, comme le sont la plupart de celles de l&#8217;Europe centrale et balkanique. Il a fallu de tr\u00e8s longs d\u00e9bats avant que l&#8217;on puisse choisir la langue de r\u00e9f\u00e9rence parmi la multitude des parlers dialectaux. Comment unir les Slaves du Sud, qui r\u00eavent de rassembler leurs forces contre leurs encombrants et puissants voisins, la Turquie et la Russie ? Ce n&#8217;est qu&#8217;au milieu du XIXe si\u00e8cle que huit \u00e9crivains, croates, serbes et slov\u00e8ne, se mettent d&#8217;accord pour officialiser une langue commune, \u00e0 partir d&#8217;un dialecte parl\u00e9 en Herz\u00e9govine, le stokavien. Ainsi na\u00eet le \u00ab serbo-croate \u00bb : que les Croates \u00e9crivent en caract\u00e8res latins et les Serbes en cyrilliques : et qui deviendra la langue majeure de la Yougoslavie. Mais les Slov\u00e8nes n&#8217;en voudront pas&#8230;<\/p>\n<p>A bien des \u00e9gards, la langue commune n&#8217;est d\u00e9cisive que dans la mesure o\u00f9 elle est pratiqu\u00e9e par une couche sup\u00e9rieure active et o\u00f9 elle sert de base \u00e0 une instruction de masse. On ne peut plus dire alors que la force d&#8217;entra\u00eenement est dans la langue elle-m\u00eame : elle est dans les motivations subjectives de ceux qui la r\u00e9pandent. \u00ab La langue invite \u00e0 se r\u00e9unir. Elle n&#8217;y force pas \u00bb, sugg\u00e8re Ernest Renan en 1882. Mais elle a assez de pouvoir pour \u00eatre une affaire d&#8217;Etat&#8230; <\/p>\n<p><strong> Le parler sans assent <\/strong><\/p>\n<p>Jusqu&#8217;au r\u00e8gne de Louis XIV, le fran\u00e7ais de l&#8217;Ile-de-France est une langue de l&#8217;\u00e9lite, essentiellement courtisane et aristocratique, parl\u00e9e par 5 % des sujets du roi de France. Quand le royaume s&#8217;est transform\u00e9 en R\u00e9publique et que l&#8217;Etat est th\u00e9oriquement devenu celui de tous les Fran\u00e7ais, il fallut que sa langue devienne le bien commun de tous. La royaut\u00e9 imposa une norme \u00ab pure \u00bb (formul\u00e9e par l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, 1635) ; encore fallut-il qu&#8217;elle soit parl\u00e9e de fa\u00e7on uniforme. La langue de l&#8217;Etat est neutre : elle ignore les origines. Qui veut parler au nom de l&#8217;Etat doit le faire sans accent&#8230; et surtout sans \u00ab assent \u00bb. Le parler m\u00e9ridional est proscrit. Mais avec lui tous les parlers populaires : le \u00ab titi \u00bb parisien est tout autant discriminant que l&#8217;accent marseillais de la Belle-de-Mai. Le peuple est souverain, \u00e0 condition qu&#8217;il efface ses marques populaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Langue et nation : histoire houleuse d&#8217;un couple bien install\u00e9 dans le vocabulaire et la conscience. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2531","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2531","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2531"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2531\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2531"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2531"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2531"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}