{"id":2522,"date":"2006-06-01T00:00:00","date_gmt":"2006-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jean-luc-wingert-l-apres-petrole-l2522\/"},"modified":"2006-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-05-31T22:00:00","slug":"jean-luc-wingert-l-apres-petrole-l2522","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2522","title":{"rendered":"Jean-Luc Wingert : &#8220;L&#8217;apr\u00e8s-p\u00e9trole, l&#8217;apr\u00e8s-lib\u00e9ralisme&#8221;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La fin du p\u00e9trole, avec celle du gaz et du charbon, met l&#8217;humanit\u00e9 \u00e0 la veille d&#8217;un bouleversement semblable \u00e0 la R\u00e9volution industrielle. Pour le scientifique Jean-Luc Wingert, c&#8217;est une opportunit\u00e9 d&#8217;\u00e9volution favorable \u00e0 l&#8217;\u00eatre humain. A certaines conditions. Entretien. <\/p>\n<p><em> Jean-Luc Wingert est ing\u00e9nieur, auteur de l&#8217;ouvrage La Vie apr\u00e8s le p\u00e9trole, De la p\u00e9nurie aux \u00e9nergies nouvelles, \u00e9d. Autrement, Fronti\u00e8res, <\/em><\/p>\n<p>La d\u00e9pl\u00e9tion, la diminution de la quantit\u00e9 de p\u00e9trole disponible, interviendrait en 2015, selon l&#8217;ing\u00e9nieur Jean-Luc Wingert et les travaux d&#8217;un groupe de techniciens ind\u00e9pendants, l&#8217;ASPO (1). Raret\u00e9 dans le champ \u00e9nerg\u00e9tique et environnemental, l&#8217;ouvrage de Jean-Luc Wingert est positif. Aucune solution miracle, mais plut\u00f4t un mixte \u00e9nerg\u00e9tique et une n\u00e9cessit\u00e9 absolue d&#8217;anticiper et de changer nos comportements.<\/p>\n<p><strong> Pourquoi ne parvient-on pas \u00e0 avoir une vision juste du d\u00e9clin de l&#8217;exploitation p\u00e9trolif\u00e8re ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Luc Wingert. <\/strong> Les donn\u00e9es dont nous disposons sont de deux natures : techniques, d&#8217;une part, et officielles, d&#8217;autre part. D&#8217;un point de vue technique, l&#8217;\u00e9valuation des r\u00e9serves de p\u00e9trole n&#8217;est pas une science exacte et il existe une difficult\u00e9 technologique \u00e0 l&#8217;estimer. M\u00eame pour l&#8217;activit\u00e9 pass\u00e9e, les chiffres diff\u00e8rent selon les sources. Pour le pr\u00e9visionnel, les \u00e9carts sont plus importants encore.<\/p>\n<p>Par ailleurs, certaines analyses sont plus optimistes sur la capacit\u00e9 technologique \u00e0 trouver du p\u00e9trole dans le futur. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;il faut distinguer ressources et r\u00e9serves p\u00e9troli\u00e8res. Les ressources d\u00e9signent l&#8217;ensemble du p\u00e9trole pr\u00e9sent dans le sous-sol alors que les r\u00e9serves ne sont que le p\u00e9trole que l&#8217;on peut extraire compte tenu des conditions \u00e9conomiques et techniques. Cette nuance donne lieu \u00e0 une querelle d&#8217;experts. Si les donn\u00e9es techniques sont relativement confidentielles, les donn\u00e9es officielles sont publiques mais g\u00e9n\u00e9ralement sur\u00e9valu\u00e9es, ce qui masque implicitement la vision d&#8217;un d\u00e9clin proche de la production de p\u00e9trole.<\/p>\n<p><strong> Quel est l&#8217;int\u00e9r\u00eat d&#8217;ignorer la perspective de la fin du p\u00e9trole ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Luc Wingert. <\/strong> Toute la logistique de la mondialisation repose sur le transport peu on\u00e9reux, donc sur le p\u00e9trole. Accepter la d\u00e9pl\u00e9tion implique de remettre en question nos mod\u00e8les de soci\u00e9t\u00e9 et notamment celui d&#8217;un syst\u00e8me \u00e9conomique. Pour simplifier, disons que ceux qui ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 cette mondialisation racontent son in\u00e9luctabilit\u00e9, ses bienfaits pour l&#8217;humanit\u00e9 et tablent, pour la s\u00e9curit\u00e9 de tous, sur l&#8217;autor\u00e9gulation des march\u00e9s. Et les ma\u00eetres mots, comme pour cette c\u00e9cit\u00e9 sur la question du p\u00e9trole, sont vision \u00e0 court terme et laisser-faire. Car se pr\u00e9parer \u00e0 l&#8217;apr\u00e8s-p\u00e9trole implique de nombreuses remises en question. L&#8217;apr\u00e8s-p\u00e9trole implique en effet de mettre en \u0153uvre des mesures d&#8217;efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique bas\u00e9es sur une vision \u00e0 long ou moyen terme. Or le syst\u00e8me \u00e9conomique actuel s&#8217;est optimis\u00e9 autour d&#8217;une utilisation croissante des moyens de transport et de raisonnements \u00e0 court terme.<\/p>\n<p><strong> La d\u00e9pl\u00e9tion interviendrait selon vous en 2015 pour le p\u00e9trole, en 2030 pour le gaz et en 2050 pour le charbon. Vous consid\u00e9rez qu&#8217;un report massif sur le nucl\u00e9aire pr\u00e9sente des risques. Pourquoi ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Luc Wingert. <\/strong> Le recours au nucl\u00e9aire pour assurer nos besoins \u00e9nerg\u00e9tiques ne peut pas s&#8217;imposer comme une \u00e9vidence. Au-del\u00e0 du d\u00e9bat de principe qui oppose le plus souvent pro- et antinucl\u00e9aires, il faut regarder les v\u00e9ritables probl\u00e8mes que pose l&#8217;atome. L&#8217;uranium est pour l&#8217;instant au centre de la production nucl\u00e9aire. Or, \u00e0 plus ou moins long terme, ce minerai s&#8217;\u00e9puisera aussi. L\u00e0 encore il est tr\u00e8s difficile d&#8217;obtenir de v\u00e9ritables informations tant les chiffres des ressources disponibles sont strat\u00e9giques. Mais on parle, au rythme de consommation actuelle, d&#8217;une cinquantaine d&#8217;ann\u00e9es. Toutefois, ce chiffre pourrait \u00eatre bien sup\u00e9rieur si l&#8217;on d\u00e9pense des sommes sup\u00e9rieures pour l&#8217;extraire ou si l&#8217;on fait appel aux centrales dites de quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration utilisant d&#8217;autres combustibles plus abondants, mais ces derni\u00e8res ne fonctionnent pas encore et seront d\u00e9licates \u00e0 mettre au point. D&#8217;o\u00f9 de possibles tensions sur le march\u00e9 de l&#8217;uranium dans quelques d\u00e9cennies.<\/p>\n<p><strong> Mais dans le domaine du nucl\u00e9aire, la recherche avance aussi&#8230; On \u00e9voque la fusion nucl\u00e9aire comme source infinie d&#8217;\u00e9nergie, puisque son combustible, le deut\u00e9rium, est pr\u00e9sent en grande quantit\u00e9 dans l&#8217;eau de mer&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Luc Wingert. <\/strong> Le projet international ITER repose sur la fusion thermonucl\u00e9aire. Il s&#8217;agit de reproduire le processus \u00e0 l&#8217;\u0153uvre dans le soleil ! Pour l&#8217;instant, il s&#8217;agit de science-fiction. Si cela aboutit, ce qui n&#8217;est pas \u00e9vident, aucune exploitation commerciale n&#8217;est envisageable avant la fin du si\u00e8cle. Or les probl\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques mondiaux sont pour demain.<\/p>\n<p>Ce qui est s\u00fbr, c&#8217;est que le projet ITER mobilise des investissements consid\u00e9rables et cela pose deux questions : serait-ce vraiment une bonne chose d&#8217;avoir acc\u00e8s \u00e0 une \u00e9nergie \u00ab infinie \u00bb et pourquoi n&#8217;investit-on pas cet argent dans le d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables ?<\/p>\n<p><strong> Les biomasses sont-elles une solution d&#8217;avenir suffisamment efficace pour pallier la d\u00e9pl\u00e9tion ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Luc Wingert. <\/strong> La biomasse (essentiellement biocarburants et bois \u00e9nergie) repr\u00e9sente une partie de la solution, il existe actuellement un potentiel de d\u00e9veloppement important mais les quantit\u00e9s disponibles seront vite limit\u00e9es par les surfaces agricoles, qui ne sont pas infinies. Nous serons encore confront\u00e9s aux limites des ressources naturelles terrestres, d&#8217;autant plus qu&#8217;il faut garder une surface importante pour la source d&#8217;\u00e9nergie vitale qu&#8217;est la nourriture.<\/p>\n<p><strong> Dans votre livre, vous semblez finalement consid\u00e9rer que la d\u00e9pl\u00e9tion est une opportunit\u00e9 pour l&#8217;\u00eatre humain&#8230; Mais n&#8217;annonce-t-elle pas aussi d&#8217;immenses crises ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Luc Wingert. <\/strong> La d\u00e9pl\u00e9tion peut effectivement \u00eatre un \u00e9v\u00e9nement positif, d\u00e8s lors qu&#8217;il en sort des transformations int\u00e9ressantes. Mais les r\u00e9volutions \u00e9nerg\u00e9tiques ne se font pas en un jour. Pour l&#8217;instant, rares sont ceux qui prennent conscience de l&#8217;importance de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Les jeunes g\u00e9n\u00e9rations int\u00e9greront ces n\u00e9cessit\u00e9s plus vite et, pour ceux qui auront connu la profusion, il faudra s&#8217;adapter. Cela implique de toute fa\u00e7on des changements de comportement \u00e0 tr\u00e8s court terme autant que l&#8217;av\u00e8nement d&#8217;un nouveau mod\u00e8le social. Il faudra, concr\u00e8tement, r\u00e9duire l&#8217;utilisation de l&#8217;avion, moyen de transport \u00e9nergivore par excellence. Les prix vont exploser car une multiplication du prix du baril par quatre revient \u00e0 un doublement des frais d&#8217;un vol. On peut imaginer une \u00e9volution du concept m\u00eame de compagnie a\u00e9rienne, vu le co\u00fbt d&#8217;un avion qui vole \u00e0 moiti\u00e9 vide, comme c&#8217;est parfois le cas sur certaines lignes. Des compagnies pourraient affr\u00e9ter un appareil en commun pour le remplir.<\/p>\n<p>Le bateau, en revanche, risque de se d\u00e9velopper, puisqu&#8217;il a une excellente efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. Au del\u00e0 m\u00eame des marchandises, le transport maritime de passagers pourrait conna\u00eetre un nouvel essor. Il faudra apprendre \u00e0 aller moins vite, une direction qui n&#8217;est pas franchement dans la philosophie actuelle. Mais la r\u00e9alit\u00e9 nous y aidera : le baril de brut \u00e0 100 dollars, puis \u00e0 200&#8230; tendance in\u00e9vitable m\u00eame si une crise \u00e9conomique mondiale peut le faire redescendre temporairement.<\/p>\n<p><strong> Ainsi vous dites que l&#8217;enjeu de la prochaine r\u00e9volution \u00e9nerg\u00e9tique est certainement plus social que technique ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Luc Wingert. <\/strong> Le pic de production de p\u00e9trole va nous forcer \u00e0 \u00e9voluer progressivement mais en profondeur. Or, les tentations d&#8217;infl\u00e9chir notre mode de d\u00e9veloppement, dont chacun convient qu&#8217;il n&#8217;est pas durable, sont d\u00e9j\u00e0 grandes d&#8217;un point de vue social puisque la fracture sociale, le ch\u00f4mage de masse, la crise du politique sont autant de probl\u00e8mes qui n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9s par la crise \u00e9nerg\u00e9tique. A moins de consid\u00e9rer que l&#8217;\u00e9nergie abondante et bon march\u00e9 soit \u00e0 l&#8217;origine de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de nos soci\u00e9t\u00e9s, ce qui est aller un peu vite en besogne.<\/p>\n<p><em> 1. L&#8217;ASPO (Association for the Study of Peak Oil and Gas) travaille sur le pic p\u00e9trolier et gazier et ses cons\u00e9quences. Il compte des ing\u00e9nieurs, des g\u00e9ologues, des \u00e9conomistes et est r\u00e9put\u00e9 pour son ind\u00e9pendance. <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La fin du p\u00e9trole, avec celle du gaz et du charbon, met l&#8217;humanit\u00e9 \u00e0 la veille d&#8217;un bouleversement semblable \u00e0 la R\u00e9volution industrielle. Pour le scientifique Jean-Luc Wingert, c&#8217;est une opportunit\u00e9 d&#8217;\u00e9volution favorable \u00e0 l&#8217;\u00eatre humain. A certaines conditions. 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