{"id":2515,"date":"2006-09-01T00:00:00","date_gmt":"2006-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/philosophie-du-coup-de-boule2515\/"},"modified":"2006-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-08-31T22:00:00","slug":"philosophie-du-coup-de-boule2515","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2515","title":{"rendered":"Philosophie du coup de boule"},"content":{"rendered":"<p>Si vous \u00e9tiez \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, on peut parier qu&#8217;un seul nom aura tourn\u00e9 autour de votre t\u00eate cet \u00e9t\u00e9, comme une mouche, mais aussi parfois comme un s\u00e9same : celui de Zidane. Et \u00e0 ce nom d\u00e9sormais, associ\u00e9 comme une plaie, un blason ou une id\u00e9e, un seul geste : celui du coup de boule. Partout dans le monde, ce coup de boule a fait couler des rivi\u00e8res d&#8217;encre, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cortiqu\u00e9, analys\u00e9, pass\u00e9 au ralenti, sans que soit toutefois consid\u00e9r\u00e9 le fait qu&#8217;il \u00e9tait devenu bien plus qu&#8217;un coup de boule : une esth\u00e9tique, c&#8217;est-\u00e0-dire, \u00e0 peu de choses pr\u00e8s, une philosophie. Ainsi, un exemple parmi tant d&#8217;autres : que pensez-vous du coup de boule des Isra\u00e9liens aux Libanais ?<\/p>\n<p>\u00ab Lutter contre la violence \u00bb est l&#8217;antienne m\u00e9diatique de toutes les d\u00e9mocraties, leur credo, leur crincrin, leur chanson. C&#8217;est par exemple au nom de cette lutte que sont condamn\u00e9es toutes les formes de terrorisme, quelles qu&#8217;en soient les causes, les origines, les mobiles, et raffermis tous les principes \u00e0 tentation totalitaire de s\u00e9curit\u00e9. Ainsi, apr\u00e8s l&#8217;avoir longuement redout\u00e9, tout le monde avait \u00e9t\u00e9 agr\u00e9ablement frapp\u00e9, lors de la Coupe du monde, par l&#8217;absence de hooliganisme, cette violence d&#8217;essence nationaliste propre au foot. Ce, jusqu&#8217;au coup de boule de Zidane qui, \u00e0 bien des \u00e9gards, peut se regarder comme un concentr\u00e9 de hooliganisme \u00e0 l&#8217;endroit m\u00eame o\u00f9 il devrait \u00eatre le moins admissible : non pas autour, mais sur le terrain de jeu lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Pourtant, ce geste inacceptable a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9, en tout cas excus\u00e9, pardonn\u00e9 imm\u00e9diatement, par les plus hautes autorit\u00e9s, \u00e0 commencer par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, au risque d&#8217;une jurisprudence immorale. Comme Guy Drut avant lui, et pour les m\u00eames raisons invoqu\u00e9es (service rendu \u00e0 la nation), Zidane semble avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;une amnistie automatique. On nous a longuement, tr\u00e8s longuement expliqu\u00e9, en ch\u0153ur, que Zidane avait \u00e9t\u00e9 insult\u00e9, que sa famille avait \u00e9t\u00e9 insult\u00e9e, sa s\u0153ur, sa m\u00e8re (il se chuchota m\u00eame : c&#8217;est int\u00e9ressant \u00e0 noter : que celle-ci, en fonction de ses origines alg\u00e9riennes, avait \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e de \u00ab terroriste \u00bb par l&#8217;Italien boul\u00e9).<\/p>\n<p>En l&#8217;occurrence, vingt-quatre heures n&#8217;\u00e9taient pas pass\u00e9es depuis ces insultes et le fameux coup de boule, que l&#8217;Etat d&#8217;Isra\u00ebl attaquait le Liban, sous pr\u00e9texte que deux soldats isra\u00e9liens avaient \u00e9t\u00e9 faits prisonniers par le Hezbollah. Une attaque qui allait rapidement devenir une guerre de tirs au but, qui allait durer un mois, d\u00e9truire un pays en pleine reconstruction, tuer plus d&#8217;un millier de civils, dont un tiers d&#8217;enfants. Pour autant, cette guerre inacceptable a \u00e9t\u00e9, sinon accept\u00e9e, du moins comprise par de nombreuses autorit\u00e9s et de nombreuses personnalit\u00e9s \u00ab morales \u00bb, au nom du droit quasi-zidanesque d&#8217;Isra\u00ebl \u00e0 se d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>Ce que le geste de Zinedine Zidane au Mondial a donc tr\u00e8s clairement d\u00e9plac\u00e9 dans l&#8217;inconscient collectif, c&#8217;est la fronti\u00e8re entre le pardonnable et l&#8217;impardonnable, l&#8217;excusable et l&#8217;inexcusable, le compr\u00e9hensible et l&#8217;incompr\u00e9hensible, le faisable et l&#8217;infaisable, le pensable et l&#8217;impensable. Interrogez par exemple un enfant sur le coup de boule de Zidane, demandez-lui ce qu&#8217;il en pense, et vous le verrez se d\u00e9chirer entre ce qu&#8217;il sait d&#8217;enfantin sur la morale et ce qu&#8217;il en ignore de fa\u00e7on tout aussi enfantine.<\/p>\n<p>Pour continuer avec ce parall\u00e8le ind\u00e9cent entre le coup de boule de Zidane et la guerre au Liban (mais toujours moins ind\u00e9cent que la photo d&#8217;un enfant mort sous les d\u00e9combres d&#8217;une bombe), l&#8217;\u00e9crivain isra\u00e9lien Michel Warschawski, qui a d\u00e9nonc\u00e9 ce conflit, note dans un entretien au quotidien suisse Le Courrier qu&#8217;il y a eu \u00ab un changement dans la mani\u00e8re dont on per\u00e7oit les victimes civiles \u00bb. \u00ab Au temps de la guerre du Liban il y a vingt-cinq ans, explique-t-il, Isra\u00ebl consid\u00e9rait qu&#8217;occasionner des pertes civiles signifiait un \u00e9chec de l&#8217;op\u00e9ration. Ce n&#8217;est plus le cas aujourd&#8217;hui. On bombarde un site ou une ville en sachant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment qu&#8217;il y aura de nombreuses victimes civiles. \u00bb Et il ajoute : \u00ab Washington consid\u00e8re que la quatri\u00e8me Convention de Gen\u00e8ve n&#8217;est plus applicable. \u00bb Il y a vingt-cinq ans, un coup de boule sur un terrain de foot, a fortiori dans une finale de Coupe du monde, aurait \u00e9t\u00e9 impensable. Il aurait signifi\u00e9 un \u00e9chec des valeurs que le sport porte en lui. Aujourd&#8217;hui, comme qui dirait, ce n&#8217;est plus le cas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si vous \u00e9tiez \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, on peut parier qu&#8217;un seul nom aura tourn\u00e9 autour de votre t\u00eate cet \u00e9t\u00e9, comme une mouche, mais aussi parfois comme un s\u00e9same : celui de Zidane. Et \u00e0 ce nom d\u00e9sormais, associ\u00e9 comme une plaie, un blason ou une id\u00e9e, un seul geste : celui du coup de boule. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-2515","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arnaud-viviant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2515","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2515"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2515\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2515"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2515"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2515"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}