{"id":2514,"date":"2006-09-01T00:00:00","date_gmt":"2006-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/enthousiasme-de-calce2514\/"},"modified":"2006-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-08-31T22:00:00","slug":"enthousiasme-de-calce2514","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2514","title":{"rendered":"Enthousiasme de Calce"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Les Horiziodes de Calce, un festival d&#8217;\u00e9t\u00e9&#8230; Fl\u00e2nerie et recherche artistique, avec la forme courte comme point de rencontre des arts. Et une certaine mani\u00e8re de concevoir une politique du territoire. <\/p>\n<p>Calce : village des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, \u00e0 une demi-heure de Perpignan, presque 200 habitants, au milieu des arpents de vignes. Sur terre calcaire, comme son nom l&#8217;indique. Vigne et tourisme font partie des piliers de la r\u00e9gion Languedoc-Roussillon, avec ses festivals d&#8217;\u00e9t\u00e9. R\u00e9gion \u00e2pre, qui h\u00e9rite, comme toutes les zones frontali\u00e8res, d&#8217;un petit particularisme et qui le cultive, catalan en l&#8217;occurrence, et qui aujourd&#8217;hui accueille, comme tout l&#8217;arc m\u00e9diterran\u00e9en, de Cannes \u00e0 Collioure, le troisi\u00e8me \u00e2ge des classes au moins moyennes, et, saisonni\u00e8rement, les familles nombreuses en cong\u00e9s pay\u00e9s. La r\u00e9gion regorge de plages immenses, bord\u00e9es de cordons de taillis, et fouett\u00e9es par des vents un peu plus stimulants que ceux de Brice de Nice. L&#8217;ancienne terre de transhumance romaine est devenue terre de vacances. On y fait donc, encore, commerce du passage. Avec, comme ailleurs, mais en plus fort, cette couche ferment\u00e9e de population vieillissante, ces cadres sup\u00e9rieurs du tertiaire dynamique en villas agglom\u00e9r\u00e9es et ces touristes exigeants, l&#8217;av\u00e8nement d&#8217;une politique de droite, d&#8217;autant plus extr\u00eame que l&#8217;on se rapproche de l&#8217;\u00e9chelon local et de certaines vignes. Pour l&#8217;instant, le souvenir d&#8217;une \u00e9poque o\u00f9 le Languedoc \u00e9tait une terre de la gauche mod\u00e9r\u00e9e permet de contenir les pouss\u00e9es de l&#8217;extr\u00eame droite, qui a obtenu 25 % dans le d\u00e9partement au deuxi\u00e8me tour de la pr\u00e9sidentielle de 2002. Rien de moins provincial et de moins p\u00e9riph\u00e9rique, donc, que les probl\u00e9matiques qui traversent les coins frontaliers.<\/p>\n<p>Des pratiques culturelles colonis\u00e9es par les enjeux de pouvoir locaux, associ\u00e9s au souci constant de vendre la r\u00e9gion touristiquement, en font une terre culturellement en friche. La prochaine construction (confi\u00e9e \u00e0 Jean Nouvel) et l&#8217;ouverture du Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Archipel, sans doute, n&#8217;y changeront rien, et ne feront qu&#8217;ajouter un nouveau lot de c\u00e9r\u00e9monies au rituel social des rombi\u00e8res, enseignants et poign\u00e9e d&#8217;artistes. Cela n&#8217;exclut pas la cr\u00e9ation ni l&#8217;exigence, mais \u00e7a la cantonne d\u00e8s l&#8217;\u0153uf \u00e0 des postures de r\u00e9sistance et \u00e0 des t\u00e9nacit\u00e9s assez rugueuses. La pratique en capitale a ses propres joyeuset\u00e9s, cela va sans dire, les lieux de paix sont rares.<\/p>\n<p> Calce peut-\u00eatre ? On ferait sourire le r\u00e9gisseur g\u00e9n\u00e9ral des Horiziodes (1), qui compte deux mois et demi de travail \u00e0 temps plein pour appr\u00eater le lieu pour les trois jours du festival. C&#8217;est donc dans ce coin loin des bornes \u00e9lectriques, surplombant les collines de vigne, sous l&#8217;\u00e9crasant soleil de juillet, que s&#8217;est cr\u00e9\u00e9 le festival Les Horiziodes. Ils sont trois \u00e0 le concevoir et \u00e0 le porter depuis deux ans : Nicolas Blanc, qui vient de l&#8217;administration et des politiques culturelles, C\u00e9cile Bourbon, administratrice de compagnie, et Jessy Ducatillon, plasticien et \u00e9clairagiste.<\/p>\n<p>Calce : le toponyme date du haut Moyen Age. Il en reste, au milieu des domaines viticoles, le Ch\u00e2teau de Las Fonts, o\u00f9 a lieu le festival, du nom d&#8217;une des familles de seigneurs de la r\u00e9gion. Endroit hybride, o\u00f9, autour d&#8217;une cour, salles, grange, chapelle, enclos de diverses \u00e9poques se sont accol\u00e9s, inhabit\u00e9s tout au long de l&#8217;ann\u00e9e. Autant de cabinets, d&#8217;\u00e9tables, de chemins entre les pieds de vigne \u00e0 investir pour les compagnies et les plasticiens invit\u00e9s. Ce sont des mines de trouvailles potentielles, des mondes en elles-m\u00eames. Le ch\u00e2teau compte un robinet et pas d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9. Beaucoup de travail donc pour mettre le lieu en conformit\u00e9 aux normes et le pr\u00e9parer techniquement. Le festival tient par la volont\u00e9 des concepteurs, l&#8217;aide de la Mairie de Calce, un volant de b\u00e9n\u00e9voles, et une synergie avec les associations et compagnies locales et r\u00e9gionales. Et il peut se flatter d&#8217;accueillir plus que n&#8217;en attendent certaines petites jauges de spectateurs.<\/p>\n<p> Un r\u00e9cent article du Monde expliquait combien il \u00e9tait difficile pour les festivals d&#8217;\u00e9t\u00e9 d&#8217;avoir les artistes d\u00e9sir\u00e9s tant les programmations europ\u00e9ennes \u00e9taient concurrentes et les cachets volumineux \u00e0 proportion (2). L&#8217;int\u00e9r\u00eat des Horiziodes est pr\u00e9cis\u00e9ment d&#8217;\u00eatre sur l&#8217;autre versant de ce type d&#8217;\u00e9v\u00e9nement, de moins penser son projet dans les termes publicitaires de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement que dans ceux, politiques, de l&#8217;accompagnement et de la r\u00e9ponse aux questions d&#8217;un champ donn\u00e9. En l&#8217;esp\u00e8ce, celui de la jeune cr\u00e9ation, en manque de temps et de lieux de m\u00fbrissement. Festival qui \u00e9merge, qui pousse, donc, \u00e0 partir d&#8217;un territoire et non qui s&#8217;implante et qui importe. O\u00f9 l&#8217;\u00e9v\u00e9nement en force d\u00e9fini par le marketing s&#8217;oppose \u00e0 la possibilit\u00e9 de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement, r\u00e9el celui-l\u00e0, et al\u00e9atoire.<\/p>\n<p>D&#8217;o\u00f9, peut-\u00eatre, la forme privil\u00e9gi\u00e9e des spectacles et installations accueillis, toutes disciplines m\u00e9lang\u00e9es, th\u00e9\u00e2tre, danse, arts plastiques : c&#8217;est le principe du format court qui pr\u00e9side aux choix de programmation. Le monde du spectacle vivant est tr\u00e8s conservateur, \u00e0 de nombreux \u00e9gards, quoi qu&#8217;en dise le fantasme de l&#8217;artiste rebelle, et les dur\u00e9es de spectacle en t\u00e9moignent. La litt\u00e9rature et le cin\u00e9ma ont institu\u00e9 depuis longtemps la nouvelle et le court-m\u00e9trage. En revanche, au th\u00e9\u00e2tre, on ne descend pas au-dessous d&#8217;une heure et on exc\u00e8de rarement les deux heures : avec une petite tendance \u00e0 en mettre un peu plus lorsque les productions sont lourdes, histoire qu&#8217;on en ait pour leur argent. La forme courte se pratique peut-\u00eatre un peu plus en danse, et plut\u00f4t pour des maquettes de travail, pas pour des formes dites abouties. Le rituel bourgeois de la sortie au th\u00e9\u00e2tre impose ses temps et l&#8217;on imagine mal se d\u00e9placer un soir pour vingt minutes ou une demi-heure de pr\u00e9sentation. Et pourquoi pas ? Format \u00e0 explorer donc, et qui peut jouxter le chantier, l&#8217;esquisse. Il y a l\u00e0 \u00e9videmment des libert\u00e9s \u00e0 saisir et tout un rapport au spectateur, une certaine nature de regard sur le spectacle, \u00e0 cultiver. L&#8217;id\u00e9e cent fois \u00e9nonc\u00e9e, mais difficile \u00e0 tenir, que la sc\u00e8ne ne produit pas d&#8217;objets finis, du moins que l&#8217;abouti ne se pense pas dans les termes du fini. Peut-\u00eatre que les plus belles r\u00e9alisations sont pr\u00e9cis\u00e9ment celles qui composent avec ce vide, qui dialoguent avec cette part de devenir incompressible et qui en font leur mat\u00e9riau.<\/p>\n<p> Parmi les onze spectacles, les trois installations : en pr\u00e9sence de l&#8217;\u00ab \u00e9crivain public \u00bb, Emmanuel Darley : des propositions montraient la voie vers ce mod\u00e8le de la forme courte. Dans la grange, la composition de Sylvia Etcheto, Je vais, m\u00ealait fragments de textes (Didier-Georges Gabily, Jon Fosse et Cioran) et s\u00e9quences silencieuses de jeu dans la p\u00e9nombre. Des oranges et de la bi\u00e8re au gingembre, une tr\u00e8s belle pi\u00e8ce d&#8217;un quart d&#8217;heure d&#8217;une jeune danseuse et chor\u00e9graphe, Aude Le Bihan, travaillait sur la f\u00e9minit\u00e9 de mani\u00e8re tout \u00e0 fait in\u00e9dite. Enfin, Nathalie Guida chantait a capella  des chants napolitains dans un dispositif de trois robes-carapa\u00e7ons successives, con\u00e7ues par une plasticienne, Sylvette Ardoino, dans les niches contigu\u00ebs de l&#8217;\u00e9table (Petites cantates sous le manteau).<\/p>\n<p> Cerise sur la colline calcaire, les Horiziodes accueillent des viticulteurs locaux et incluent dans la programmation des d\u00e9gustations. L&#8217;id\u00e9e est int\u00e9ressante de penser le territoire dans son ensemble, dans une intelligence qui n&#8217;a rien \u00e0 voir avec un quelconque r\u00e9gionalisme publicitaire, et de poser la micro-production comme point de rencontre. Les affinit\u00e9s sont structurelles&#8230; Car il s&#8217;agit de vins underground : domaines Matassa, Pithon, Padi\u00e9. Des vins magnifiques et des producteurs qui se refusent \u00e0 franchir le cap d&#8217;un certain nombre de bouteilles pour rester dans leurs vignes, pour assurer une qualit\u00e9 que l&#8217;on ne trouvera jamais chez Nicolas. Evidemment, c&#8217;est un autre rapport au vin, qui ne suit pas le \u00ab go\u00fbt des consommateurs \u00bb ni leur portefeuille, mais \u00e0 voir l&#8217;\u00e9tat de la viticulture de la r\u00e9gion, toujours en retard d&#8217;une chute des prix et \u00e9cras\u00e9e par les importations, le choix de l&#8217;excellence n&#8217;est peut-\u00eatre pas un luxe \u00e9conomique. Si, en ce domaine, l&#8217;\u00e9quation entre microproduction et haut-vol fait souvent loi, la donne est (heureusement ?) moins franche en art, o\u00f9 les donn\u00e9es techniques ne r\u00e9solvent rien et o\u00f9 le travail bien fait a toutes les chances d&#8217;\u00eatre un travail mort. Dans le vin aussi, diront-ils&#8230;<\/p>\n<p>Pour la suite des op\u00e9rations, la porte est \u00e9troite entre les plis culturels d&#8217;une r\u00e9gion soucieuse de mise en valeur du patrimoine et de dynamisme rural, le cap d&#8217;un projet artistique ambitieux mais naissant et la tentation d&#8217;user de l&#8217;un pour soutenir l&#8217;autre. Le Conseil r\u00e9gional ne s&#8217;est pas encore pench\u00e9 s\u00e9rieusement sur le projet. Souhaitons que les Horiziodes continuent d&#8217;affiner la pertinence de leurs choix et consolident leurs partenariats dans l&#8217;exigence qu&#8217;ils se sont assign\u00e9e. Rendez-vous l&#8217;an prochain.<\/p>\n<p>1.  Horiziode : projecteur utilis\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre pour \u00e9clairer les toiles de fond ; donne une impression d&#8217;horizon.<\/p>\n<p>2. \u00ab Le blues des directeurs de festival \u00bb, V\u00e9ronique Mortaigne, Le Monde, 13 ao\u00fbt 2006.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Les Horiziodes de Calce, un festival d&#8217;\u00e9t\u00e9&#8230; Fl\u00e2nerie et recherche artistique, avec la forme courte comme point de rencontre des arts. 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