{"id":2512,"date":"2006-09-01T00:00:00","date_gmt":"2006-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-son-d-independance2512\/"},"modified":"2006-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-08-31T22:00:00","slug":"le-son-d-independance2512","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2512","title":{"rendered":"Le son d&#8217;ind\u00e9pendance"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Comment les labels ind\u00e9pendants survivent-ils au temps du MP3 ? Quand les majors choisissent la r\u00e9pression du t\u00e9l\u00e9chargement pour survivre, l&#8217;exp\u00e9rience du p\u00f4le Mila 18 est singuli\u00e8re : avec une bonne gestion associative, un zeste d&#8217;originalit\u00e9 et une r\u00e9ponse directe des collectivit\u00e9s locales aux besoins de la \u00ab cr\u00e9ation artistique \u00bb, Mila 18 fait de la r\u00e9sistance <\/p>\n<p>En avril dernier \u00e9taient inaugur\u00e9s les locaux de Mila 18, rue Andr\u00e9-Messager, dans le <\/p>\n<p>18e arrondissement de Paris, en pr\u00e9sence notamment de Bertrand Delano\u00eb et de Jean-Paul Huchon. Mila 18 est un p\u00f4le d&#8217;entreprises musicales ind\u00e9pendantes, le premier en France, dont la singularit\u00e9 est d&#8217;\u00eatre g\u00e9r\u00e9 par l&#8217;association du m\u00eame nom et de b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;un large soutien des collectivit\u00e9s locales (la mairie de Paris, le conseil r\u00e9gional d&#8217;Ile-de-France, la mairie du 18e), ainsi que de l&#8217;OPAC de Paris.<\/p>\n<p>Mila 18 offre divers services \u00e0 la vingtaine de structures qui en sont membres, dont le plus important se r\u00e9v\u00e8le sans doute la mise \u00e0 disposition de locaux \u00e0 des tarifs pr\u00e9f\u00e9rentiels (375 m2 au c\u0153ur de l&#8217;\u00eelot Letors-Bl\u00e9mont-Messager) en accord avec l&#8217;OPAC. En effet, la flamb\u00e9e des prix de l&#8217;immobilier ne fait pas seulement fuir les milieux populaires et d\u00e9sormais les classes moyennes. Elle chasse les commerces de proximit\u00e9 (Mila 18 esp\u00e8re arriver \u00e0 s&#8217;ouvrir aux riverains) et rend la vie terriblement difficile aux petites structures ind\u00e9pendantes. Le p\u00f4le tente de rem\u00e9dier \u00e0 cet obstacle de taille dans le d\u00e9veloppement d&#8217;une industrie culturelle. Mila 18 accueille d&#8217;ailleurs aussi bien des labels (Asphalte Duchess, Record Maker, etc.), des promoteurs (Boxson) que des m\u00e9dias (Longueur d&#8217;onde), couvrant le spectre de l&#8217;ensemble des acteurs de la vie musicale.<\/p>\n<p>L&#8217;autre singularit\u00e9 de ce projet r\u00e9side dans l&#8217;action des collectivit\u00e9s locales qui semble d\u00e9passer ici le simple cadre de la subvention pour s&#8217;int\u00e9resser un peu concr\u00e8tement aux n\u00e9cessit\u00e9s techniques de la \u00ab cr\u00e9ation artistique \u00bb, bref l&#8217;intendance de cette fameuse \u00ab exception <\/p>\n<p>culturelle \u00bb dont on se gausse \u00e0 longueur de discours dans les minist\u00e8res. En effet, l&#8217;op\u00e9ration n&#8217;a \u00e9t\u00e9 possible que gr\u00e2ce \u00e0 un cr\u00e9dit d&#8217;investissement de 434 000 euros r\u00e9partis entre les divers intervenants publics.<\/p>\n<p><strong> Le seuil critique <\/strong><\/p>\n<p>La situation de l&#8217;industrie musicale se r\u00e9v\u00e8le de plus en plus catastrophique. Les majors y r\u00e9pondent par la course \u00e0 la r\u00e9pression du t\u00e9l\u00e9chargement et le licenciement massif. Si elles semblent davantage adapt\u00e9es aux fluctuations du march\u00e9, les petits structures en souffrent aussi. Dans certaines \u00ab niches \u00bb comme les musiques \u00e9lectroniques, pour des raisons culturelles et g\u00e9n\u00e9rationnelles, les d\u00e9g\u00e2ts du MP3 sont dramatiques. Le seuil critique de survie devient de plus difficile \u00e0 atteindre. La surabondance fragmente le march\u00e9 plus qu&#8217;elle ne l&#8217;\u00e9largit. Un label comme Fcom, fond\u00e9 en 1994 par Laurent Garnier, \u00e0 la base de la techno en France, a connu r\u00e9cemment de graves difficult\u00e9s \u00e9conomiques. Son arriv\u00e9e dans le p\u00f4le Mila 18 assure une certaine \u00ab profondeur historique \u00bb \u00e0 ce projet, comme ses promoteurs le souhaitent, mais t\u00e9moigne aussi de la fragilit\u00e9 \u00e9conomique de l&#8217;industrie des petits labels. Ce type de situation constitue un risque de voir s&#8217;\u00e9vaporer une partie non n\u00e9gligeable de la richesse musicale du pays.<\/p>\n<p>Les labels ind\u00e9pendants constituent pourtant une vieille tradition nationale. Le rock alternatif leur a donn\u00e9 leurs lettres de noblesse, avec Bondage ou encore Gougnaf \u00e0 Lyon. Aujourd&#8217;hui Crash disques prolonge, non sans douleur, cet \u00e9tat d&#8217;esprit et cet h\u00e9ritage (avec de vraies d\u00e9couvertes comme Zenzile). Les musiques \u00e9lectroniques ont adopt\u00e9 ce syst\u00e8me plus flexible, dont des structures comme Dialect record prolongent l&#8217;ambition d&#8217;excellence.<\/p>\n<p><strong> Voies de survie <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;une des voies de leur survie tient d&#8217;ailleurs dans la qu\u00eate perp\u00e9tuelle de l&#8217;originalit\u00e9, quitte \u00e0 revenir aux m\u0153urs d&#8217;antan, en investissant notamment l&#8217;espace, aujourd&#8217;hui d\u00e9laiss\u00e9 par les majors, de la sortie vynil (assez difficile \u00e0 copier). Le tout jeune Phoney M\u00e9lodie vient ainsi de sortir coup sur coup deux 45 tours, notamment celui de Charlie O avec sa musique gaulliste psych\u00e9d\u00e9lique. Dans son manifeste, le label issu de Lazbros, organisateur de soir\u00e9es et de concerts, explique leur \u00e9trange projet. \u00ab Ce n&#8217;est pas un secret, les maisons de disques sont frileuses, les DA sont remplac\u00e9s par des ing\u00e9nieurs commerciaux (parfois gentils mais pas toujours comp\u00e9tents ni tr\u00e8s motiv\u00e9s). [&#8230;] Pourtant il existe actuellement une production artistique incroyable en qualit\u00e9 et en quantit\u00e9 qui n&#8217;a presque jamais acc\u00e8s au public [&#8230;]. L&#8217;id\u00e9e est de cr\u00e9er une collection de disques qui nous ressemble \u00e0 raison d&#8217;un 45 tours tous les 3 mois. Le choix du support est important : <\/p>\n<p>un 45tours, c&#8217;est un vrai disque, et ce n&#8217;est pas seulement une posture r\u00e9trograde que de le dire : la d\u00e9mat\u00e9rialisation de la musique a rapport\u00e9 beaucoup aux majors (avec le CD, invention incompl\u00e8te, parce que trop fragile) mais l&#8217;effet boomerang du MP3 est d\u00e9vastateur pour les maisons de disques (pas pour les artistes, ni pour les m\u00e9lomanes). Avec notre projet nous voulons participer \u00e0 la remat\u00e9rialisation de la musique : vrais disques + vrais concerts !!! \u00bb <\/p>\n<p>Le spectacle vivant du concert est en effet une des formes \u00e9videntes de r\u00e9sistance face \u00e0 la virtualisation de la musique : bien que \u00ab myspace \u00bb (voir encadr\u00e9) permette de retourner l&#8217;arme dans le bon sens : sur laquelle s&#8217;est appuy\u00e9 par exemple le retour du rock, m\u00eame s&#8217;il s&#8217;agissait malgr\u00e9 tout d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne surgonfl\u00e9 m\u00e9diatiquement. Ainsi le p\u00f4le Mila 18, apr\u00e8s avoir publi\u00e9 une premi\u00e8re compilation collective, se trouve largement repr\u00e9sent\u00e9 (I Love UFO, S\u00e9bastien Tellier, etc.) dans la programmation du Festival des attitudes ind\u00e9pendantes, 18e en sc\u00e8ne, qui se d\u00e9roulera du 3 au 9 septembre. L&#8217;occasion de venir go\u00fbter aux joies du \u00ab musicalisme \u00e0 visage humain \u00bb. <\/p>\n<p><strong> Myspace et moi&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9seau Myspace est devenu un ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9 incontournable. Avec plus de 100 millions d&#8217;inscrits \u00e0 travers le monde, des dizaines de milliers de comptes qui s&#8217;ouvrent chaque jour et d\u00e9sormais une version en fran\u00e7ais. Un jackpot financier aussi, aujourd&#8217;hui rachet\u00e9 par Microsoft pour 580 millions de dollars. Pour r\u00e9sumer, Myspace vous permet d&#8217;ouvrir votre propre site gratuitement. Ainsi, pour peu que l&#8217;on sache un peu utiliser le langage html (et des sites existent pour vous y aider), il est tr\u00e8s facile d&#8217;y d\u00e9poser du son, des images, de la vid\u00e9o. Et de les \u00e9changer entre membres de cette communaut\u00e9 web. Car l&#8217;une des forces de Myspace r\u00e9side dans l&#8217;opportunit\u00e9 de constituer un r\u00e9seau \u00ab d&#8217;amis \u00bb avec lesquels vous pouvez \u00e9changer et partager (le morceau en \u00e9coute sur un myspace peut \u00eatre ajout\u00e9 sur le v\u00f4tre d&#8217;une seul clic). Les groupes de musique et les labels ont vite compris l&#8217;int\u00e9r\u00eat de ce syst\u00e8me et de son ampleur (mise en \u00e9coute des morceaux, vid\u00e9os de concert, interview, d\u00e9mos, etc., le tout \u00e0 destination d&#8217;un mailing s\u00e9lectif qui s&#8217;autoconstruit : le r\u00eave de n&#8217;importe quel attach\u00e9 de presse). Un petit monde en soi o\u00f9 les majors viennent d\u00e9sormais chercher leurs futures poules aux \u0153ufs d&#8217;or (des Artic Monkeys \u00e0 Lily Allen sans oublier Gnarls Barkley). Comme souvent avec le net, \u00e0 boire et \u00e0 manger, et beaucoup d&#8217;app\u00e9tit commercial. <\/p>\n<p>www.myspace.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Comment les labels ind\u00e9pendants survivent-ils au temps du MP3 ? 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