{"id":2511,"date":"2006-09-01T00:00:00","date_gmt":"2006-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/gunnar-staalesen-j-ecris-sur-la2511\/"},"modified":"2006-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-08-31T22:00:00","slug":"gunnar-staalesen-j-ecris-sur-la2511","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2511","title":{"rendered":"Gunnar Staalesen : &#8220;J&#8217;\u00e9cris sur la Norv\u00e8ge d&#8217;aujourd&#8217;hui&#8221;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Dans le d\u00e9cor pluvieux de la ville norv\u00e9gienne de Bergen, Gunnar Staalesen situe l&#8217;action de ses romans r\u00e9alistes et noirs. Entretien. <\/p>\n<p>Gunnar Staalesen est auteur d&#8217;une s\u00e9rie de romans policiers dont les enqu\u00eates sont men\u00e9es par un d\u00e9tective priv\u00e9 du nom de Varg Veum.<\/p>\n<p><strong> Bergen est votre ville natale. Pourquoi avoir choisi ce d\u00e9cor ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Gunnar Staalesen. <\/strong> La r\u00e9ponse est tr\u00e8s simple. Bergen est la ville que je connais le mieux, et la plupart des \u00e9crivains utilisent le paysage de leur enfance, de leur jeunesse, de leur propre vie comme arri\u00e8re-plan de leurs \u00e9crits. De plus, Bergen est une ville magnifique, tr\u00e8s visuelle, au temps pluvieux et sombre : elle convient parfaitement \u00e0 un roman noir.<\/p>\n<p><strong> Le roman policier a-t-il, selon vous, un r\u00f4le particulier \u00e0 jouer ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> G.S. <\/strong> J&#8217;aime beaucoup ce genre litt\u00e9raire : c&#8217;est un bon divertissement qui poss\u00e8de plusieurs niveaux de lecture. Le polar est \u00e0 la fois proche du roman r\u00e9aliste, mais sa construction rappelle aussi clairement que c&#8217;est une fiction, et non la vraie vie. Cependant, \u00e0 travers cette fiction, le lecteur apprend un peu de la vraie vie, de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons et des probl\u00e8mes auxquels nous sommes confront\u00e9s. De fait, le roman policier moderne permet d&#8217;\u00e9crire sur son \u00e9poque et la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle on vit, voire m\u00eame de d\u00e9velopper un point de vue critique. Comme j&#8217;\u00e9cris sur la Norv\u00e8ge d&#8217;aujourd&#8217;hui, il m&#8217;est impossible d&#8217;ignorer les immenses changements que la d\u00e9couverte du p\u00e9trole dans les ann\u00e9es 1970 a caus\u00e9s dans notre vie. Je d\u00e9cris ces transformations dans La Femme dans le frigo. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, je pense qu&#8217;au Nord, le gros probl\u00e8me vient du fait que l&#8217;Etat-providence, la morale, la solidarit\u00e9 entre les gens s&#8217;effritent. Il s&#8217;est produit un glissement vers la droite la plus \u00e9go\u00efste, influenc\u00e9 par le mode de vie am\u00e9ricain. Remettre en cause ce mouvement, et peut-\u00eatre m\u00eame le stopper, serait un d\u00e9fi tr\u00e8s important pour un \u00e9crivain moderne de roman noir.<\/p>\n<p><strong> Comment d\u00e9finiriez-vous la sp\u00e9cificit\u00e9 du polar norv\u00e9gien ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> G.S. <\/strong> Je crois que ce qui est typique et singulier dans toute la litt\u00e9rature norv\u00e9gienne, c&#8217;est le c\u00f4t\u00e9 \u00ab nature \u00bb des paysages. La Norv\u00e8ge est un petit pays compos\u00e9 d&#8217;assez petites villes. Oslo, la plus importante et la capitale, ne poss\u00e8de qu&#8217;environ un million et demi d&#8217;habitants, Bergen, qui est num\u00e9ro deux, en compte seulement 240 000. Le crime organis\u00e9 est rare, m\u00eame si le ph\u00e9nom\u00e8ne est en augmentation ici aussi. La Norv\u00e8ge est un endroit paisible \u00e0 vivre. Jamais mon d\u00e9tective priv\u00e9 ne porterait de pistolet comme la plupart de ses homologues am\u00e9ricains&#8230; Un grand contraste persiste entre la tranquillit\u00e9 de ce pays et les histoires que mes coll\u00e8gues et moi \u00e9crivons ! Mais ce qui caract\u00e9rise la plupart des auteurs scandinaves, c&#8217;est qu&#8217;ils s&#8217;inscrivent dans la tradition critique du couple d&#8217;\u00e9crivains su\u00e9dois Sj\u00f6wall et Wahl\u00f6\u00f6.<\/p>\n<p><strong> Ont-ils des \u00e9quivalents en Norv\u00e8ge ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> G.S. <\/strong> Non. Sj\u00f6wall et Wahl\u00f6\u00f6 furent les grands ma\u00eetres. Jon Michelet et moi avons tous deux publi\u00e9 notre premier roman policier en 1975 : l&#8217;ann\u00e9e o\u00f9 Sj\u00f6wall et Wahl\u00f6\u00f6o publi\u00e8rent le dernier tome de leur s\u00e9rie. Nous sommes sans doute les plus proches de cette tradition mais nous ne pourrons jamais \u00eatre compar\u00e9s \u00e0 eux, ne serait-ce qu&#8217;en termes d&#8217;influence internationale. A mon avis, ils ont boulevers\u00e9 le roman noir moderne, du moins en Scandinavie.<\/p>\n<p><strong> Leur regard politique a-t-il influenc\u00e9 la g\u00e9n\u00e9ration actuelle ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> G.S. <\/strong> Je ne pense pas qu&#8217;ils aient eu une telle influence sur la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Il serait plus juste d&#8217;attribuer ce r\u00f4le \u00e0 Henning Mankell.<\/p>\n<p><strong> Votre prochain roman, 1900 L&#8217;aube, \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions Ga\u00efa en octobre, n&#8217;est pas un roman policier, m\u00eame s&#8217;il d\u00e9bute comme tel. Vous aimez brouiller les fronti\u00e8res entre les genres ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> G.S. <\/strong> La trilogie 1900 qui sera publi\u00e9e en six tomes en France est un roman historique sur le XXe si\u00e8cle, son d\u00e9veloppement, ses guerres, sa musique, ses politiques. C&#8217;est aussi l&#8217;histoire de Bergen durant cette p\u00e9riode. Mais le cadre narratif est clairement celui d&#8217;un roman policier. La premi\u00e8re page du premier tome d\u00e9bute sur un meurtre qui est r\u00e9solu dans les derni\u00e8res pages du dernier livre par Varg Veum, mon enqu\u00eateur, qui joue un petit r\u00f4le dans cet ouvrage.<\/p>\n<p><strong> Dans les pays nordiques, la d\u00e9finition du roman policier est large : le suspense n&#8217;est pas n\u00e9cessaire, le coupable pas toujours puni&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> G.S. <\/strong> Tr\u00e8s souvent, le coupable est lui aussi une victime. La plupart des romans policiers scandinaves se terminent sur un mode m\u00e9lancolique : si ce qui est arriv\u00e9 est tr\u00e8s triste, la v\u00e9rit\u00e9 qui surgit derri\u00e8re les apparences l&#8217;est aussi&#8230; <\/p>\n<p><strong> En France, on regrette parfois une production litt\u00e9raire nombriliste.Qu&#8217;en est-il en Scandinavie ? Le roman noir est-il le seul genre litt\u00e9raire \u00e0 offrir au lecteur une critique sociale ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> G.S. <\/strong> Nous avons aussi beaucoup de litt\u00e9rature nombriliste en Scandinavie ! Certains auteurs \u00e9crivent plus pour eux-m\u00eames et pour les professeurs de litt\u00e9rature de l&#8217;universit\u00e9 que pour un large public. Cependant, le roman noir n&#8217;est pas le seul genre critique vis-\u00e0-vis de la soci\u00e9t\u00e9, les romans r\u00e9alistes le sont aussi parfois. Mais c&#8217;est souvent dans le polar qu&#8217;on trouve la lecture la plus critique du mode de vie moderne, autant en Norv\u00e8ge qu&#8217;en Su\u00e8de, en Finlande, et m\u00eame au Danemark o\u00f9 le nombre d&#8217;\u00e9crivains qui s&#8217;inscrivent dans cette tradition n&#8217;est pourtant pas tr\u00e8s important pour le moment.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Dans le d\u00e9cor pluvieux de la ville norv\u00e9gienne de Bergen, Gunnar Staalesen situe l&#8217;action de ses romans r\u00e9alistes et noirs. 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