{"id":25,"date":"1995-07-01T00:00:00","date_gmt":"1995-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/henri-laborit-l-eloge-de-l-homme025\/"},"modified":"1995-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-06-30T22:00:00","slug":"henri-laborit-l-eloge-de-l-homme025","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=25","title":{"rendered":"Henri Laborit, l&#8217;\u00e9loge de l&#8217;homme imaginant"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  Plaidoyer pour une relecture de l&#8217;oeuvre d&#8217;Henri Laborit, r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9, dont l&#8217;apport scientifique reste trop m\u00e9connu. <\/p>\n<p>Chacun se souvient des sc\u00e8nes de Mon oncle d&#8217;Am\u00e9rique, r\u00e9alis\u00e9 par Alain Resnais, o\u00f9 l&#8217;existence des hommes est compar\u00e9e \u00e0 celle de rats en cage. Connu par ce film, Palme d&#8217;or \u00e0 Cannes en 1980, Henri Laborit sut pourtant avancer une conception dynamique des relations entre l&#8217;homme et la soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9crivant ses effets sur le corps humain. Contrairement \u00e0 bien d&#8217;autres neurobiologistes qui sont rest\u00e9s dans leur champ au point de se sp\u00e9cialiser, il fut d&#8217;abord chirurgien militaire dans la marine, avant de devenir un pharmacologue reconnu (prix Lasker 1957, l&#8217;\u00e9quivalent du prix Nobel) puis oubli\u00e9 de l&#8217;histoire de la psychiatrie moderne, pour ensuite penser l&#8217;organisme humain selon les mod\u00e8les de la cybern\u00e9tique, et enfin d\u00e9finir les conditions d&#8217;une &#8221; biologie politique &#8220;. Philosophe de comportement, il n&#8217;oublia jamais de relier les d\u00e9couvertes des hormones en neurobiologie avec une r\u00e9flexion plus intemporelle sur la place de l&#8217;homme dans la soci\u00e9t\u00e9. L&#8217;an dernier, il publiait, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 80 ans, son 33e livre, le dernier, sans doute le plus important par sa synth\u00e8se: la L\u00e9gende des comportements, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e9tymologiquement ce qui doit \u00eatre lu des comportements, plut\u00f4t que ce \u00e0 quoi ils doivent \u00eatre r\u00e9duits. Sa description des usines cellulaires laisse peu de place pour la question de la libert\u00e9: le comportement social est toujours la cons\u00e9quence d\u00e9termin\u00e9e des m\u00e9canismes biochimiques et enzymatiques. M\u00eame si l&#8217;imagination semble pour Henri Laborit la seule voie de cr\u00e9ation non n\u00e9cessaire, la libert\u00e9 se trouve limit\u00e9e dans une telle description. Il est vrai que le d\u00e9voilement des causalit\u00e9s biochimiques peut laisser croire en une \u00e9limination de la libert\u00e9 humaine. Surtout si le corps humain est observ\u00e9 seulement du point de vue de sa constitution cellulaire. Mais Henri Laborit \u00e9tudie ces m\u00e9canismes selon le degr\u00e9 d&#8217;information disponible, ce qui d\u00e9finit la r\u00e9troaction du sujet. Car le codage des voies nerveuses, au cours des apprentissages, se confronte \u00e0 un environnement technologique \u00e0 incorporer. Aussi la pathologie serait le r\u00e9sultat de la mise en jeu d&#8217;un syst\u00e8me dit de d\u00e9fense face aux \u00e9v\u00e9nements de notre existence; mais, \u00e0 l&#8217;inverse du behaviorisme, qui r\u00e9duit la pathologie \u00e0 une r\u00e9action sans objet, la r\u00e9action &#8221; adaptative &#8221; d\u00e9finit une recherche pour d\u00e9fendre le territoire de son corps et des siens. Soit l&#8217;individu va prendre sur lui-m\u00eame, en se rendant malade, son manque de r\u00e9action adaptative; soit il trouvera un mode d&#8217;action susceptible de transformer l&#8217;obstacle \u00e0 sa libert\u00e9 en projet et engagement. En faisant de l&#8217;action et de sa r\u00e9alisation gratifiante la norme sociale, l&#8217;inhibition ne pouvait \u00eatre d\u00e9finie que relativement \u00e0 une absence ou une impossibilit\u00e9 de r\u00e9alisation. Ainsi l&#8217;impossibilit\u00e9 d&#8217;agir efficacement engendrerait n\u00e9cessairement l&#8217;angoisse. Pour fuir cette inhibition et ses formes pathog\u00e8nes que sont l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 et l&#8217;angoisse, plusieurs solutions sont propos\u00e9es par le corps social: drogues psychotropes, tranquillisants, antid\u00e9presseurs ou hypnotiques vari\u00e9s, ou, dans la dimension imaginaire, cr\u00e9ativit\u00e9. Henri Laborit a fait l&#8217;\u00e9loge de l&#8217;homme imaginant, car &#8221; l&#8217;homme a surtout la chance de pouvoir fuir dans l&#8217;imaginaire cr\u00e9ateur d&#8217;un nouveau monde dans lequel il peut enfin vivre &#8220;. Pourtant, conscient du r\u00f4le utopique de l&#8217;imaginaire, il constate un \u00e9cart entre la cr\u00e9ation et le degr\u00e9 d&#8217;acceptabilit\u00e9 de l&#8217;environnement social, ce qui accorde \u00e0 la folie un statut privil\u00e9gi\u00e9 de refuge et d&#8217;incompr\u00e9hension.<\/p>\n<p> <strong>  Une issue par la connaissance  <\/strong><\/p>\n<p>Lorsque l&#8217;imaginaire ne suffit pas pour combler cette angoisse, l&#8217;agressivit\u00e9 lui appara\u00eet comme un comportement de pr\u00e9dation: l\u00e0 o\u00f9 l&#8217;animal est li\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gulation de ses instincts lors de sa chasse des proies, l&#8217;homme, par le d\u00e9veloppement d&#8217;une \u00e9conomie capitaliste, aurait d\u00e9plac\u00e9 cette agressivit\u00e9 naturelle pour la constituer en une comp\u00e9tition sociale; il d\u00e9nonce la mani\u00e8re dont la civilisation industrielle aura \u00e9tabli et renforc\u00e9 la comp\u00e9tition dans l&#8217;individualisme: enti\u00e8rement domin\u00e9 par la production et la possession des marchandises, l&#8217;individu cherche sa place dans la hi\u00e9rarchie sociale, aveugl\u00e9 par la domination des autres. Au contraire, selon une version humaniste du marxisme, Henri Laborit trouve, dans l&#8217;institutionnalisation de la notionde propri\u00e9t\u00e9, la recherche des moyens de maintenir la dominance. Plut\u00f4t pessimiste sous ce r\u00e9alisme, il se propose de conclure &#8221; que les probl\u00e8mes de production, de croissance, de pollution sont des probl\u00e8mes d&#8217;agressivit\u00e9 comp\u00e9titive camoufl\u00e9s sous un discours pseudo-humanitaire d\u00e9culpabilisant permettant de maintenir la structure de dominance \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des groupes et des ethnies &#8220;. A la diff\u00e9rence du marxisme, Henri Laborit propose de transformer les rapports sociaux en transformant profond\u00e9ment les rapports entre les individus. D&#8217;o\u00f9 une issue par la connaissance plut\u00f4t que par l&#8217;action politique, la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes biologiques devrait lib\u00e9rer les individus de comportements trop automatis\u00e9s par les modes de production. La biologie politique pr\u00e9senterait l&#8217;avantage non seulement de comprendre les r\u00e9elles motivations des relations humaines, mais d&#8217;apporter des solutions \u00e0 la d\u00e9rive productiviste des armes et des marchandises. Ici, Henri Laborit est le plus novateur: il propose une lecture du contrat social en renouvelant l&#8217;humanisme traditionnel par une science de l&#8217;homme.<\/p>\n<p>Petite bibliographie:<\/p>\n<p>La Nouvelle Grille, 1974, Paris, coll.Folio Essais, Gallimard, 1985.<\/p>\n<p>Biologie et structure, 1968, Paris, coll.Folio Essais, Gallimard, 1987.<\/p>\n<p>Eloge de la fuite, 1976, Paris, coll.Folio Essais, Gallimard, 1985.<\/p>\n<p>L&#8217;Homme et la ville, 1971, Paris, coll.Champs, Flammarion, 1977.<\/p>\n<p>La L\u00e9gende des comportements, Paris, Flammarion, 1994.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  Plaidoyer pour une relecture de l&#8217;oeuvre d&#8217;Henri Laborit, r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9, dont l&#8217;apport scientifique reste trop m\u00e9connu. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-25","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=25"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}