{"id":2499,"date":"2006-09-01T00:00:00","date_gmt":"2006-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/sans-papiers-radiographie-d-un2499\/"},"modified":"2006-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-08-31T22:00:00","slug":"sans-papiers-radiographie-d-un2499","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2499","title":{"rendered":"Sans-papiers : radiographie d&#8217;un mouvement"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> En cette fin d&#8217;\u00e9t\u00e9, les mobilisations du r\u00e9seau \u00e9ducation sans fronti\u00e8re contre les expulsions d&#8217;enfants et familles sans-papiers continuent. Qui sont les acteurs de ces mouvements contre les expulsions, pour les r\u00e9gularisations, contre la loi Ceseda ? Y a-t-il un vrai projet politique de la gauche concernant l&#8217;immigration ? Entretien avec Fernanda Marrucchelli, militante pour les droits des sans-papiers. <\/p>\n<p><strong> Selon vous, est-ce que nous sommes face \u00e0 un mouvement ou \u00e0 une pluralit\u00e9 de luttes : contre la loi Ceseda, autour du r\u00e9seau \u00e9ducation sans fronti\u00e8re (RESF), contre les expulsions, par exemple, des squatters de Cachan ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Fernanda Marrucchelli. <\/strong> Ce sont plut\u00f4t des mouvements diff\u00e9rents par les objets, les acteurs, les ambitions. Ce ne sont pas des mouvements contradictoires, mais leur distinction signale une des difficult\u00e9s du moment. Le mouvement contre l&#8217;immigration jetable et la loi Ceseda a permis la mobilisation de centaines d&#8217;associations qui ont sign\u00e9 ensemble un appel contre la loi Sarkozy vot\u00e9e en juin. Par ailleurs, il y a ce mouvement autour de RESF qui a d\u00e9marr\u00e9 il y a deux ou trois ans, \u00e0 l&#8217;origine pour prot\u00e9ger les jeunes scolaris\u00e9s expuls\u00e9s \u00e0 leur majorit\u00e9 et qui a pris de l&#8217;ampleur pour obtenir la r\u00e9gularisation des familles d&#8217;enfants scolaris\u00e9s. Guy Effeye a \u00e9t\u00e9 le premier jeune scolaris\u00e9 sauv\u00e9 de l&#8217;expulsion par ce mouvement qui s&#8217;appuie en premier lieu sur les enseignants. Les parents d&#8217;\u00e9l\u00e8ves ont eux aussi commenc\u00e9 \u00e0 s&#8217;\u00e9mouvoir de voir les copains de leurs enfants menac\u00e9s d&#8217;expulsion. D&#8217;un coup, ils ne voyaient plus le sans-papiers comme un chiffre, un probl\u00e8me abstrait mais comme le parent d&#8217;enfants de l&#8217;\u00e9cole du quartier. Ce n&#8217;est sans doute pas un hasard que cela se noue autour de l&#8217;\u00e9cole. Les enseignants ont \u00e9t\u00e9 tellement brim\u00e9s par la lutte sur les retraites il y a trois ans ; ils l&#8217;ont pay\u00e9 si cher ! L&#8217;expulsion de cet enfant-ci est v\u00e9cu comme la goutte de trop dans une accumulation de mal-\u00eatre social. Cette lutte sur un objectif concret, restreint : la r\u00e9gularisation de cette famille : est aussi un moyen d&#8217;exprimer une frustration plus profonde.<\/p>\n<p><strong> Parlez-nous des acteurs de ce mouvement, de ses formes&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> F.M. <\/strong> Cette lutte est conduite par des personnes issues des classes moyennes, des lettr\u00e9s. Ce sont des gens conscients de leur force, de leurs droits : c&#8217;est tr\u00e8s frappant et c&#8217;est \u00e9videmment tr\u00e8s diff\u00e9rent du sentiment qu&#8217;\u00e9prouvent les sans-papiers. Quand ils s&#8217;adressent \u00e0 un \u00e9lu, \u00e0 un pr\u00e9fet, au ministre, ils ont la conviction que eux, ils seront \u00e9cout\u00e9s. Ce ne sont pas des militants et ils pensent que cela participe de leur force. Ils se sentent cr\u00e9dibles pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&#8217;ils ne sont pas ceux que l&#8217;on voit d&#8217;habitude. Ce sont des personnes tr\u00e8s \u00e0 l&#8217;aise avec l&#8217;information, la lecture de texte, l&#8217;argumentation&#8230; Ils ma\u00eetrisent \u00e9videmment l&#8217;outil informatique. Cette confiance en eux ne leur donne pas le m\u00eame rapport \u00e0 l&#8217;organisation et \u00e0 sa p\u00e9rennit\u00e9. Par exemple, il y a dix-huit mois, dans mon arrondissement, le 20e, nous nous sommes \u00e9mus du sort d&#8217;une famille expuls\u00e9e de son logement. Un collectif s&#8217;est constitu\u00e9 et \u00e0 rassembl\u00e9 en deux jours par Internet plus de 600 signatures \u00e0 l&#8217;initiative d&#8217;un \u00ab comit\u00e9 des semblables \u00bb. Une fois le probl\u00e8me des logements r\u00e9solu, le collectif s&#8217;est arr\u00eat\u00e9. L&#8217;objectif \u00e9tait atteint. Mais cela cr\u00e9e des liens qui pourront se r\u00e9activer&#8230; lors d&#8217;un prochain cycle. La continuit\u00e9 n&#8217;est vraiment pas leur question.<\/p>\n<p><strong> Quelles sont les revendications ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> F.M. <\/strong> Tous se mobilisent sur des questions qui les touchent personnellement. Leur motivation n&#8217;est pas la remise en cause de la structure sociale. Une grande partie de ceux qui se mobilisent veulent la r\u00e9gularisation de l&#8217;enfant mais ne se retrouvent pas n\u00e9cessairement sur l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une autre politique de l&#8217;immigration. Ils r\u00e9pondent \u00e0 l&#8217;urgence de l&#8217;expulsion, mais dans l&#8217;urgence on ne r\u00e9fl\u00e9chit pas toujours aux logiques sociales \u00e0 l&#8217;\u0153uvre. Ce travail reste \u00e0 faire. Mais de tout point de vue, cette mobilisation sur un objectif concret et imm\u00e9diat est \u00e9videmment pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 l&#8217;indiff\u00e9rence. C&#8217;est un mouvement poly\u00e9drique ; il n&#8217;est pas constitu\u00e9 de mani\u00e8re d\u00e9finitive. Les gens vont s&#8217;informer, se mettre en mouvement. C&#8217;est en construction donc c&#8217;est fragile et cela peut s&#8217;arr\u00eater. On mesure ici les limites du mouvement contre la loi Ceseda, qui a touch\u00e9 le c\u0153ur militant, le c\u0153ur politis\u00e9 mais n&#8217;est pas parvenu \u00e0 \u00e9largir les soutiens et \u00e0 enclencher une nouvelle approche de la question de l&#8217;immigration. Politiquement, le Parti socialiste est en mesure de r\u00e9cup\u00e9rer le rapport de force cr\u00e9\u00e9 par ce mouvement en faveur des enfants autour d&#8217;une conception familialiste, humanitaire<\/p>\n<p><strong> Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il ouvert cette br\u00e8che de la r\u00e9gularisation ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> F.M. <\/strong> Je l&#8217;ai rappel\u00e9, le mouvement en faveur de la r\u00e9gularisation des enfants scolaris\u00e9s et de leur famille pr\u00e9c\u00e8de cette ouverture. Les mobilisations prenaient de plus en plus d&#8217;ampleur, y compris parmi son \u00e9lectorat. Il ne va pas prendre de front cette mobilisation ; comme toujours, il contournera et pr\u00e9f\u00e9rera s&#8217;en prendre aux squatters de Cachan ou aux immigr\u00e9s isol\u00e9s qui, eux, ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de soutien analogue. J&#8217;ajoute que son ouverture n&#8217;est pas totalement contradictoire avec sa politique. Sarkozy dit vouloir une immigration choisie. Dans cette proc\u00e9dure de r\u00e9gularisation au cas par cas, il choisit. C&#8217;est ainsi que l&#8217;on r\u00e9gularise quelques familles. Mais les sans-papiers, ce sont aussi souvent des c\u00e9libataires, des gens sans enfants, etc. Eux n&#8217;ont pas eu cette ouverture. Les crit\u00e8res de la circulaire confirment cette logique de s\u00e9lection. Par exemple, le crit\u00e8re qui exige que l&#8217;enfant ne parle pas la langue de ses parents est sans doute plus favorable aux familles de classes moyennes mieux form\u00e9es qu&#8217;aux plus pauvres. Ces crit\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9s par les associations car l&#8217;on sait que l&#8217;apprentissage du fran\u00e7ais se fera mieux si la langue maternelle est ma\u00eetris\u00e9e. Comment peut-on exiger que des enfants ne parlent pas la langue de leurs parents ?<\/p>\n<p><strong> Quels sont selon vous les blocages politiques auxquels la question de l&#8217;immigration est confront\u00e9e ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> F.M. <\/strong> Je pense qu&#8217;on ne prend pas en compte la r\u00e9alit\u00e9 des migrations, aujourd&#8217;hui. M\u00eame \u00e0 gauche, on reste dans la logique de la ma\u00eetrise des migrations. Et certains pensent au cod\u00e9veloppement comme une fa\u00e7on progressiste de le faire. C&#8217;est une fausse id\u00e9e qui rassure. En v\u00e9rit\u00e9, toutes les \u00e9tudes montrent que ceux qui \u00e9migrent sont loin d&#8217;\u00eatre les plus pauvres. Un minimum de d\u00e9veloppement et un peu de richesse, au contraire, provoquent un appel vers la d\u00e9couverte d&#8217;autres possibles. On \u00e9voque la fuite des cerveaux dans les pays pauvres. Il est fort compr\u00e9hensible qu&#8217;une personne ayant acquis une comp\u00e9tence veuille la pr\u00e9server en l&#8217;exer\u00e7ant&#8230; Mes amis de Naples qui ont fait des \u00e9tudes d&#8217;\u00e9conomie et qui sont rest\u00e9s vendre des livres ne sont plus des \u00e9conomistes mais des vendeurs de livres. Sinon cette comp\u00e9tence ne vaudra plus rien. On ne peut contourner la question, il nous faut regarder en face : aujourd&#8217;hui la question pos\u00e9e est bien celle de la libert\u00e9 de circulation et de l&#8217;acc\u00e8s aux droits de chacun. La gauche ne peut tergiverser. D&#8217;autant qu&#8217;elle a face \u00e0 elle une proposition politique, celle lib\u00e9rale et n\u00e9ocoloniale de Sarkozy, en phase avec la nouvelle \u00e9conomie bas\u00e9e sur les services et l&#8217;information. Le discours de Sarkozy ne porte pas seulement parce qu&#8217;il est populiste mais aussi parce qu&#8217;il est \u00ab hyper-moderne \u00bb.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em>, n\u00b032, septembre 2006<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> En cette fin d&#8217;\u00e9t\u00e9, les mobilisations du r\u00e9seau \u00e9ducation sans fronti\u00e8re contre les expulsions d&#8217;enfants et familles sans-papiers continuent. Qui sont les acteurs de ces mouvements contre les expulsions, pour les r\u00e9gularisations, contre la loi Ceseda ? Y a-t-il un vrai projet politique de la gauche concernant l&#8217;immigration ? 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