{"id":2487,"date":"2006-10-01T00:00:00","date_gmt":"2006-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/tentation-blairiste-le-pari-de-la2487\/"},"modified":"2006-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-09-30T22:00:00","slug":"tentation-blairiste-le-pari-de-la2487","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2487","title":{"rendered":"Tentation blairiste, le &#8220;pari de la gauche gagnante&#8221; ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le blairisme a mauvaise presse en France, mais il ne constitue pas moins un mod\u00e8le pour des socialistes fran\u00e7ais. D&#8217;o\u00f9 vient ce pouvoir de s\u00e9duction ? L&#8217;analyse de Keith Dixon, auteur d&#8217;Un ab\u00e9c\u00e9daire du blairisme. <\/p>\n<p>Keith Dixon est professeur de civilisation britannique \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Lumi\u00e8re-Lyon II et membre de l&#8217;association Raisons d&#8217;Agir. Il a publi\u00e9 Un ab\u00e9c\u00e9daire du blairisme : Pour une critique du n\u00e9olib\u00e9ralisme guerrier, \u00e9d. du Croquant, 11 euros.<\/p>\n<p><strong> Vous avez analys\u00e9 la prise du pouvoir par Tony Blair au sein du parti travailliste. Pouvez-vous rappeler les bases de cette conqu\u00eate ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Keith Dixon. <\/strong> Pour comprendre la victoire de Blair en 1994, apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s inattendu de John Smith, il faut se rappeler le contexte de l&#8217;\u00e9poque. Le parti conservateur \u00e9tait au pouvoir depuis quinze ans et le paysage intellectuel et politique avait \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 par les ann\u00e9es Thatcher (1979-1990). M\u00eame le d\u00e9part de Thatcher et le d\u00e9but d&#8217;une r\u00e9cession \u00e9conomique n&#8217;ont pas profit\u00e9 aux travaillistes. John Major, un des plus insignifiants premiers ministres britanniques, avait quand m\u00eame pu emmener son parti \u00e0 la victoire lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1992. Pour beaucoup de membres du parti travailliste \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, Blair \u00e9tait un choix porteur d&#8217;avenir : il \u00e9tait jeune, avenant et \u00e0 l&#8217;aise devant les m\u00e9dias : ce qui avait \u00e9t\u00e9 rarement le cas des dirigeants travaillistes jusque-l\u00e0. Il avait une rh\u00e9torique qui compl\u00e9tait son look : ainsi promettait-il une modernisation tous azimuts de la vieille machine travailliste. Qui plus est, il avait r\u00e9ussi \u00e0 s&#8217;entourer d&#8217;une coalition qui allait de la \u00ab gauche municipale \u00bb (dont David Blunkett, l&#8217;ancien maire de Sheffield, \u00e9tait une figure de proue) \u00e0 la vieille droite du parti, en passant par Gordon Brown ou Robin Cook, tous deux marqu\u00e9s \u00e0 gauche pendant la p\u00e9riode thatch\u00e9rienne. La strat\u00e9gie politique propos\u00e9e par Blair qui consistait \u00e0 s\u00e9duire les couches moyennes du Sud de l&#8217;Angleterre : les m\u00eames qui avaient soutenu la r\u00e9volution thatch\u00e9rienne pendant les ann\u00e9es quatre-vingt mais qui commen\u00e7aient \u00e0 s&#8217;en d\u00e9tourner : \u00e9tait peu contest\u00e9e par un parti qui voulait avant tout revenir aux affaires. Les quelques voix critiques, venant pour l&#8217;essentiel de l&#8217;aile gauche du parti, \u00e9taient dans ces conditions inaudibles.<\/p>\n<p><strong> Le blairisme a mauvaise presse en France. Comment expliquer son succ\u00e8s en Angleterre, au-del\u00e0 des vicissitudes actuelles de la popularit\u00e9 de Tony Blair ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> K.D. <\/strong> Le blairisme a peut-\u00eatre mauvaise presse, mais nombreux sont ceux, dans les champs m\u00e9diatique et politique fran\u00e7ais, y compris au sein du parti socialiste, qui continuent encore \u00e0 admirer l&#8217;\u0153uvre n\u00e9otravailliste. On sait que S\u00e9gol\u00e8ne Royal, par exemple, approuve certains aspects du blairisme, en particulier ce qu&#8217;elle per\u00e7oit comme la flexibilit\u00e9 du march\u00e9 du travail britannique. Blair a emmen\u00e9 son parti \u00e0 trois victoires l\u00e9gislatives successives (en 1997, 2001 et 2005) et cela malgr\u00e9 une forte \u00e9rosion du vote travailliste et, pendant son deuxi\u00e8me mandat, une v\u00e9ritable crise interne du parti lors de la guerre d&#8217;Irak. C&#8217;est la premi\u00e8re fois de son histoire que le parti travailliste a remport\u00e9 un troisi\u00e8me mandat d&#8217;affil\u00e9e. Pour cette raison l&#8217;on peut dire que le blairisme, en tant que strat\u00e9gie \u00e9lectorale, est une r\u00e9ussite. Mais en ayant dit cela, l&#8217;on n&#8217;a pas dit grand-chose. La vraie question est de savoir ce que Blair et ses gouvernements successifs ont fait de ces victoires politiques. Et l\u00e0, le bilan est sans \u00e9quivoque : depuis 1997, la Grande-Bretagne a conserv\u00e9 le cap n\u00e9olib\u00e9ral initialement choisi par Thatcher, avec une \u00e9conomie de plus en plus d\u00e9r\u00e9gul\u00e9e et un secteur public r\u00e9duit \u00e0 sa plus simple expression. Blair a privatis\u00e9 le contr\u00f4le a\u00e9rien, ainsi que le m\u00e9tro de Londres, et a accru le nombre de prisons priv\u00e9es, sans parler de la privatisation rampante de services de sant\u00e9 et d&#8217;\u00e9ducation. Qui plus est, la flexibilit\u00e9 du march\u00e9 du travail britannique, synonyme de pr\u00e9carit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, est consid\u00e9r\u00e9e par les blairistes comme un mod\u00e8le pour l&#8217;Europe enti\u00e8re. Si Blair a pu continuer \u00e0 diriger le pays et le gouvernement n\u00e9otravailliste poursuivre son \u0153uvre de subversion de l&#8217;ensemble des traditions de la gauche britannique, c&#8217;est essentiellement pour deux raisons. La premi\u00e8re : en adoptant des modes de gestion \u00e9conomique et sociale h\u00e9rit\u00e9s du thatch\u00e9risme, Blair a r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9duire l&#8217;opposition conservatrice \u00e0 l&#8217;impuissance politique. Le parti conservateur, pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es du blairisme, a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de droitiser ses positions pour trouver une place sur l&#8217;\u00e9chiquier et, en faisant cela, il s&#8217;est coup\u00e9 d&#8217;une partie de sa base sociale. La deuxi\u00e8me raison, c&#8217;est que, malgr\u00e9 des tentatives diverses, la gauche travailliste, tr\u00e8s affaiblie, n&#8217;a jamais r\u00e9ussi \u00e0 contester efficacement les orientations blairistes (avec l&#8217;exception de la deuxi\u00e8me guerre en Irak). Historiquement, il n&#8217;y a jamais eu beaucoup de place \u00e0 la gauche du parti travailliste pour construire une alternative politique.<\/p>\n<p><strong> Le blairisme s&#8217;appuie sur un syst\u00e8me de valeurs. Pouvez-vous les pr\u00e9senter ? Quelle place prend dans le discours blairiste ce syst\u00e8me de valeurs ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> K.D. <\/strong> Les valeurs que Blair revendique n&#8217;ont rien \u00e0 voir avec celles du mouvement ouvrier britannique, y compris dans ses manifestations sociales-d\u00e9mocrates. Comme nous avons vu, sur les questions \u00e9conomiques le blairisme s&#8217;inspire du lib\u00e9ralisme. Sur les questions de soci\u00e9t\u00e9, Blair a r\u00e9ussi \u00e0 combiner une ouverture certaine (la d\u00e9fense des droits des homosexuels, par exemple) et un v\u00e9ritable conservatisme moral (concernant la politique p\u00e9nale, par exemple). Les \u00ab valeurs \u00bb qui sont r\u00e9guli\u00e8rement revendiqu\u00e9es par Blair ne sont que rarement explicit\u00e9es : quand elles le sont, elles portent une forte trace des convictions chr\u00e9tiennes du premier ministre britannique.<\/p>\n<p><strong> Quels sont les liens entre le PS fran\u00e7ais et le New Labour de Tony Blair ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> K.D. <\/strong> Les relations officielles entre les deux partis sont peu m\u00e9diatis\u00e9es puisque le blairisme est peu appr\u00e9ci\u00e9 par l&#8217;opinion de gauche fran\u00e7aise. Il y a cependant des liens solides entre certains dirigeants du parti socialiste par le biais du think tank blairiste Policy Network. C&#8217;est le cas, par exemple, de Dominique Strauss-Kahn. Des intellectuels socialistes, dont l&#8217;ambition est d&#8217;en finir avec ce qu&#8217;ils d\u00e9crivent comme le \u00ab surmoi marxiste \u00bb de la gauche fran\u00e7aise, comme Zaki La\u00efdi ou Laurent Bouvet, restent tr\u00e8s proches de l&#8217;approche blairiste. Bouvet a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s actif dans le resserrement des liens entre intellectuels et militants des deux partis. Ce n&#8217;est sans doute pas anodin que le premier livre de Blair publi\u00e9 en France porte une introduction \u00e9logieuse de Martine Aubry, qui parle du blairisme comme \u00ab pari de la gauche gagnante \u00bb, et que le deuxi\u00e8me ouvrage de Blair en langue fran\u00e7aise porte une introduction, tout aussi \u00e9logieuse, de Jacques Delors.<\/p>\n<p><strong> Est-ce que la crise actuelle au sein du parti travailliste pr\u00e9figure une inflexion politique ? Est-ce la fin du blairisme ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> K.D. <\/strong> Blair est \u00e0 la fin de sa carri\u00e8re politique et il est maintenant certain qu&#8217;il laissera sa place d&#8217;ici un an. Son successeur le plus probable est Gordon Brown, l&#8217;actuel chancelier de l&#8217;Echiquier. Malgr\u00e9 les efforts de l&#8217;entourage de Brown de le pr\u00e9senter comme une alternative de gauche \u00e0 Blair, rien dans le comportement de cet Ecossais depuis qu&#8217;il est entr\u00e9 dans le gouvernement de Blair (en 1997) ne permet de d\u00e9celer son penchant \u00e0 gauche. Au contraire, c&#8217;est lui qui, d\u00e8s l&#8217;arriv\u00e9e des n\u00e9otravaillistes au pouvoir, a d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;octroyer une autonomie compl\u00e8te \u00e0 Banque d&#8217;Angleterre dans la fixation des taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat, privant ainsi le gouvernement d&#8217;un de ses moyens privil\u00e9gi\u00e9s pour influer sur l&#8217;\u00e9conomie. De par son comportement Brown est devenu un baron du blairisme et ceux qui s&#8217;attendent \u00e0 un virage \u00e0 gauche sous sa direction risquent d&#8217;\u00eatre d\u00e9\u00e7us.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le blairisme a mauvaise presse en France, mais il ne constitue pas moins un mod\u00e8le pour des socialistes fran\u00e7ais. D&#8217;o\u00f9 vient ce pouvoir de s\u00e9duction ? 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