{"id":2481,"date":"2006-10-01T00:00:00","date_gmt":"2006-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-conservatoire-c-est-classieux2481\/"},"modified":"2006-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-09-30T22:00:00","slug":"le-conservatoire-c-est-classieux2481","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2481","title":{"rendered":"Le conservatoire, c&#8217;est classieux"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Alors que les aficionados de la musique classique se font rares, les conservatoires t\u00e9moignent d&#8217;une grande vitalit\u00e9. Reportage \u00e0 Fontenay-sous-Bois, dans le Val-de-Marne, aupr\u00e8s des jeunes musiciens du conservatoire. <\/p>\n<p>Fontenay-sous-Bois est divis\u00e9e en deux. C\u00f4t\u00e9 bois de Vincennes, les coquets pavillons en meuli\u00e8re. C\u00f4t\u00e9 autoroute, les barres des cit\u00e9s de Val-de-Fontenay. Le conservatoire, situ\u00e9 \u00e0 deux encablures du RER, occupe une maison agr\u00e9ment\u00e9e d&#8217;un perron \u00e0 l&#8217;or\u00e9e de la vieille ville. A l&#8217;int\u00e9rieur des murs, les moulures, le lustre terne, les boiseries, le plancher et cette odeur singuli\u00e8re que partagent nombre d&#8217;institutions. Qu&#8217;ils habitent le quartier ou viennent des villes voisines, cadres et classes moyennes forment le gros de l&#8217;effectif. Les habitants des zones \u00e9loign\u00e9es, mal desservies par les transports en commun, viennent difficilement jusque-l\u00e0. \u00ab Sur environ cent cinquante \u00e9l\u00e8ves, ils ne sont que trois ou quatre \u00e0 fr\u00e9quenter le conservatoire et au moins un des parents est enseignant \u00bb, constate Annick Meyerie, la directrice de l&#8217;\u00e9cole Henri-Wallon, class\u00e9e en zone d&#8217;\u00e9ducation prioritaire.<\/p>\n<p>Dans ce sanctuaire de la culture savante, o\u00f9 les enfants apprennent d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge \u00e0 d\u00e9chiffrer des partitions et \u00e0 jouer d&#8217;un instrument, le piano est roi. \u00ab Cet instrument est le plus demand\u00e9. Dans la tradition bourgeoise, il a remplac\u00e9 le chant choral que pratiquaient toutes les jeunes filles de bonne famille au XIXe si\u00e8cle \u00bb, explique Patrick Mut, le directeur. Ses go\u00fbts ne collent pas avec l&#8217;image qu&#8217;on se fait de la fonction qu&#8217;il occupe. Comme musicien, il est pass\u00e9 de Claude Fran\u00e7ois aux rythmes br\u00e9siliens, du jazz \u00e0 la techno, du rock au classique. \u00ab Ce qui m&#8217;int\u00e9resse, ce sont les passerelles \u00bb, explique ce violoniste qui a travaill\u00e9 avec l&#8217;orchestre philharmonique de Radio-France et l&#8217;orchestre national de France. Le classique, en particulier Tcha\u00efkovski et Bach, c&#8217;est ce qu&#8217;il pr\u00e9f\u00e8re jouer. Pas forc\u00e9ment ce qu&#8217;il prend le plus de plaisir \u00e0 \u00e9couter&#8230; \u00ab Je fais de la musique, je n&#8217;en \u00e9coute pas \u00bb, assure-t-il avec franchise. \u00ab Je ne mets que ce qui a un sens pour mon travail. Derni\u00e8rement, je me suis ainsi plong\u00e9 dans les musiques andalouses et africaines. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Musiques de chambre <\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves de son conservatoire, nourris de Haendel, Mozart ou Vivaldi depuis le plus jeune \u00e2ge, forment-ils une esp\u00e8ce \u00e0 part ? Ces apprentis musiciens sont-ils les passeurs d&#8217;une tradition savante ? Aiment-ils \u00e0 r\u00eavasser au doux son de la fl\u00fbte pendant que leurs cong\u00e9n\u00e8res se d\u00e9cha\u00eenent sur la vari\u00e9t\u00e9, le rap ou la chanson r\u00e9aliste ? Jeanne, bottes noires, minijupe \u00e9cossaise et petit haut \u00e9chancr\u00e9, a une bouille de midinette. Avec ses cheveux blonds qui tombent en cascade sur ses \u00e9paules et sa mine d\u00e9sinvolte, on l&#8217;imagine plus facilement dans un groupe de rock que dans une institution poussi\u00e9reuse. Et pourtant, la jeune fille en est \u00e0 sa sixi\u00e8me ann\u00e9e de piano. Depuis peu, elle s&#8217;essaye aussi \u00e0 la guitare \u00e9lectrique dans le cadre d&#8217;une association. \u00ab Dans ma chambre, je ne mettrais pas un CD de classique, \u00e7a ne me branche pas.\u00a0Je pr\u00e9f\u00e8re en jouer qu&#8217;en \u00e9couter \u00bb, confie-t-elle en faisant la moue. \u00ab Au lyc\u00e9e, il y a ceux qui \u00e9coutent du rock et ceux qui \u00e9coutent du rap. Moi, j&#8217;aime bien Eminem, c&#8217;est tout. \u00bb Sa chambre est tapiss\u00e9e d&#8217;affiches de chanteurs rock et pop : les Rolling Stones, Red Hot Chili Peppers, Placebo, Shakira, David Bowie et Rapha\u00ebl qu&#8217;elle est all\u00e9e voir en concert&#8230;<\/p>\n<p>L\u00e9na a choisi la fl\u00fbte traversi\u00e8re. Mais le classique, ce n&#8217;est pas non plus son truc. Le jour o\u00f9 ses parents l&#8217;ont tra\u00een\u00e9e \u00e0 la salle Pleyel, elle en est ressortie assomm\u00e9e. \u00ab C&#8217;\u00e9tait beaucoup trop long. Du coup, je n&#8217;y retournerai jamais. \u00bb Elle t\u00e9l\u00e9charge bien sur son ordinateur quelques \u00ab trucs anciens \u00bb : les Beatles, les Doors et Buena Vista Social Club ! Mais ce qu&#8217;elle pr\u00e9f\u00e8re, ce sont des groupes comme La Rue K\u00e9tanou et les Wriggles. Elle est aussi fan de Tiken Jah Fakoly, Manu Chao et Eminem. On peut donc passer toute son enfance et son adolescence au conservatoire sans jamais tendre l&#8217;oreille aux compositions des si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents ? \u00ab Je supporte le classique. Contrairement \u00e0 d&#8217;autres, je ne change pas tout de suite quand je tombe dessus \u00e0 la radio \u00bb, tranche L\u00e9na.<\/p>\n<p><strong> Les go\u00fbts des parents <\/strong><\/p>\n<p>Arthur vit dans une maison au c\u0153ur du village de Fontenay. A dix ans, il a d\u00e9j\u00e0 des go\u00fbts affirm\u00e9s. P\u00eale-m\u00eale, le rock, le jazz, le hard-rock et Laurent Voulzy. Mais d\u00e9cid\u00e9ment non, le classique, il n&#8217;aime pas. Il n&#8217;en d\u00e9mord pas, malgr\u00e9 l&#8217;insistance de son p\u00e8re : \u00ab On \u00e9coute aussi de la musique classique \u00bb, souligne celui-ci en d\u00e9signant la cha\u00eene hi-fi qui tr\u00f4ne dans le salon. Tel un ma\u00eetre d&#8217;\u00e9cole, il interroge ses enfants : \u00ab Citez-moi des noms de compositeurs. \u00bb Silence. Il poursuit : \u00ab Mozart, \u00e7a vous dit quelque chose ? \u00bb Le fils : \u00ab Ah oui, je n&#8217;ai pas trop aim\u00e9&#8230; \u00bb Le p\u00e8re ne se laisse pas d\u00e9courager. Il r\u00e9torque : \u00ab Tu veux parler du film&#8230; \u00bb Le fils : \u00ab Non, de la musique. \u00bb Un peu plus tard, alors que la m\u00e8re et le fils tombent d&#8217;accord sur le fait que le rock est dansant, le paternel retente sa chance : \u00ab Vivaldi aussi, c&#8217;est festif. \u00bb Arthur hausse les \u00e9paules mais il lui laisse le dernier mot : \u00ab Mes enfants sont imbib\u00e9s malgr\u00e9 eux de musique classique. \u00bb<\/p>\n<p>M\u00e9hania et Rayan font figure d&#8217;exceptions. Malgr\u00e9 un d\u00e9m\u00e9nagement qui les a propuls\u00e9s \u00e0 l&#8217;autre bout de la ville, ils continuent de fr\u00e9quenter le conservatoire. Fatima, leur m\u00e8re, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 regrouper toutes les activit\u00e9s le mercredi, \u00ab quitte \u00e0 passer la journ\u00e9e l\u00e0-bas \u00bb. Une seule navette dessert, en effet, le centre-ville. \u00ab Le conservatoire, j&#8217;y inscris mes enfants pour qu&#8217;ils aient un bagage musical. Je ne veux pas en faire des Bach mais plus tard, il faut qu&#8217;ils puissent discuter avec les autres \u00bb, explique-t-elle. Elle a d\u00e9couvert le classique \u00ab par hasard \u00bb. Une d\u00e9couverte qu&#8217;elle relate de fa\u00e7on touchante et juste : \u00ab Je travaillais dans un h\u00f4pital psychiatrique. Au boulot, c&#8217;\u00e9tait tristounet. J&#8217;ai mis des fleurs et, \u00e0 la radio, je suis tomb\u00e9e sur cette musique. C&#8217;\u00e9tait doux, cristallin&#8230; Surtout le piano. Cela me permettait de d\u00e9compresser. \u00bb De la chambre de M\u00e9hania filtre un air de Lorie, la star pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e des fillettes. \u00ab J&#8217;\u00e9coute tout ce que je trouve. La radio, c&#8217;est z\u00e9ro euro alors que les disques, \u00e7a co\u00fbte super cher \u00bb, lance-<\/p>\n<p>t-elle. Difficile de citer des noms, mais en cherchant bien, elle se d\u00e9niche quand m\u00eame un faible pour Renaud et Brassens. Ils lui rappellent les trajets en voiture avec son p\u00e8re.<\/p>\n<p><strong> Les m\u00e9lomanes <\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves du conservatoire qui prennent vraiment go\u00fbt \u00e0 la musique classique sont rares. Le studieux Jonathan, qui fr\u00e9quente les salles de concert depuis tout petit, est devenu \u00e0 vingt ans un m\u00e9lomane averti. Il cite Bach, le Requiem de Mozart, Peer Gynt, l&#8217;Ouverture 1812 de Tcha\u00efkovski et Albinoni. \u00ab Je n&#8217;ai jamais \u00e9cout\u00e9 de rap ni de reggae. \u00bb Il pr\u00e9f\u00e8re la musique des ann\u00e9es 1960 et les chants r\u00e9volutionnaires. La m\u00e8re orchestre les sorties de toute la maisonn\u00e9e. \u00ab Je n&#8217;ai pas le temps d&#8217;\u00e9couter de la musique sauf quand je vais au concert \u00bb, dit-elle. De Champs-sur-Marne au 7e arrondissement de Paris, de la Sorbonne \u00e0 Paris Quartier d&#8217;\u00e9t\u00e9, elle \u00e9graine les initiatives qu&#8217;elle a prises. Toutefois, elle avoue, en toute sinc\u00e9rit\u00e9 : \u00ab On a beaucoup de disques mais on ne les \u00e9coute pas souvent. On est une famille du silence. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Alors que les aficionados de la musique classique se font rares, les conservatoires t\u00e9moignent d&#8217;une grande vitalit\u00e9. Reportage \u00e0 Fontenay-sous-Bois, dans le Val-de-Marne, aupr\u00e8s des jeunes musiciens du conservatoire. <\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[296],"class_list":["post-2481","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-musique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2481","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2481"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2481\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2481"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2481"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2481"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}