{"id":2466,"date":"2006-10-01T00:00:00","date_gmt":"2006-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/budapest-1956-une-blessure-jamais2466\/"},"modified":"2006-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-09-30T22:00:00","slug":"budapest-1956-une-blessure-jamais2466","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2466","title":{"rendered":"Budapest. 1956, une blessure jamais referm\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> 1956 aurait pu marquer la fin de la terreur stalinienne en Europe de l&#8217;Est et le d\u00e9but d&#8217;une politique de r\u00e9formes. Pourquoi a-t-on \u00e9cras\u00e9 dans le sang la r\u00e9volution hongroise ? Retour sur une ann\u00e9e lourde de cons\u00e9quences. <\/p>\n<p> Le 4 novembre 1956, \u00e0 quatre heures du matin, le mar\u00e9chal sovi\u00e9tique Joukov lance ses chars sur la capitale hongroise, Budapest. L&#8217;objectif ? Eradiquer d\u00e9finitivement la r\u00e9volte qui s&#8217;est d\u00e9clench\u00e9e douze jours plus t\u00f4t. Le 20 novembre, les derniers foyers de r\u00e9sistance s&#8217;\u00e9teignent. Le bilan de l&#8217;intervention russe est accablant : 3 000 \u00e0 4 000 tu\u00e9s, 15 000 bless\u00e9s, 26 000 emprisonn\u00e9s, des milliers de d\u00e9port\u00e9s en URSS, quelque 200 000 \u00e9migr\u00e9s.<\/p>\n<p>Comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0 ? Huit ans auparavant, une r\u00e9pression f\u00e9roce avait couvert d&#8217;une chape de plomb toute l&#8217;Europe de l&#8217;Est. Sous la houlette des \u00ab conseillers \u00bb sovi\u00e9tiques, on avait d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;\u00e9liminer tous ceux qui, communistes ou non, pouvaient \u00e9mettre des doutes sur le mod\u00e8le stalinien mis en place en URSS, une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es plus t\u00f4t. Mises \u00e0 l&#8217;\u00e9cart, proc\u00e8s, lourdes condamnations : on a estim\u00e9 que 5 % de la population hongroise environ avait p\u00e2ti de cette terreur politique. Or, depuis la mort de Staline, en mars 1953, les signes n&#8217;avaient pas manqu\u00e9, venus d&#8217;Union sovi\u00e9tique, qu&#8217;il fallait s&#8217;engager dans un \u00ab nouveau cours \u00bb. Ces signaux avaient \u00e9t\u00e9 plus ou moins entendus, au prix de moments douloureux : l&#8217;\u00e9meute ouvri\u00e8re sauvagement r\u00e9prim\u00e9e de Berlin-Est, en juin 1953 : sauf dans deux pays : la Pologne et la Hongrie. En Hongrie, une solide tentative r\u00e9formatrice avait bien \u00e9t\u00e9 tent\u00e9e par Imre Nagy, avec la b\u00e9n\u00e9diction des ma\u00eetres du Kremlin. Mais le tout-puissant chef du PC hongrois, M\u00e1ty\u00e1s R\u00e1kosi, avait rapidement r\u00e9ussi \u00e0 mettre fin \u00e0 l&#8217;\u00e9pisode, parvenant m\u00eame \u00e0 faire exclure Nagy du parti, pour cause \u00ab d&#8217;opportunisme \u00bb.<\/p>\n<p><strong> La mont\u00e9e de la col\u00e8re <\/strong><\/p>\n<p>Le XXe Congr\u00e8s du PC sovi\u00e9tique, celui de la d\u00e9stalinisation, va mettre le feu au poudre. Dans son rapport \u00ab secret \u00bb, Nikita Khrouchtchev reconna\u00eet en effet que les services secrets sovi\u00e9tiques ont mont\u00e9 de toutes pi\u00e8ces les grands proc\u00e8s de la charni\u00e8re 1940-1950. Quelques semaines plus tard, R\u00e1kosi lui-m\u00eame doit admettre sa propre responsabilit\u00e9 dans l&#8217;organisation de la r\u00e9pression politique, et notamment lors du proc\u00e8s de l&#8217;ancien ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur, Laszlo Rajk, jug\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9 en 1949. Aussit\u00f4t, la jeunesse politis\u00e9e et les milieux intellectuels s&#8217;\u00e9meuvent et, de plus en plus, s&#8217;expriment au grand jour, dans des r\u00e9unions publiques organis\u00e9es par des clubs, notamment le Cercle Pet\u00f6fi, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&#8217;initiative des jeunes r\u00e9formateurs du PC.<\/p>\n<p>En juillet, alors que la fronde s&#8217;\u00e9tend vigoureusement en Pologne, les dirigeants sovi\u00e9tiques comprennent enfin que R\u00e1kosi est en train de dresser la population contre le r\u00e9gime. Le 18 juillet, des \u00e9missaires sovi\u00e9tiques exigent son d\u00e9part aupr\u00e8s des responsables hongrois. Mais le ma\u00eetre de la Hongrie est remplac\u00e9&#8230; par son clone. Le nouveau num\u00e9ro un, Ernest Ger\u00f6, s&#8217;empresse de suivre les traces de son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Cassant, maladroit, au lieu de calmer la col\u00e8re, il l&#8217;attise. A l&#8217;automne, la soci\u00e9t\u00e9 hongroise est au bord de l&#8217;explosion. Le 6 octobre, 200 000 personnes assistent aux fun\u00e9railles de Rajk, qui vient tout juste d&#8217;\u00eatre r\u00e9habilit\u00e9. Le <\/p>\n<p>23 octobre, les \u00e9tudiants annoncent une grande manifestation, d&#8217;abord interdite puis in extremis autoris\u00e9e. La foule grossit peu \u00e0 peu, d\u00e9ambule en scandant des slogans hostiles au pouvoir et&#8230; r\u00e9clame le retour de Nagy. Une foule d\u00e9sireuse de r\u00e9forme, donc, mais pas a priori hostile en bloc au syst\u00e8me socialiste&#8230; Or, plut\u00f4t que de conc\u00e9der, Ger\u00f6 d\u00e9cide de provoquer. A 20 heures, il insulte les manifestants \u00e0 la radio. A 21 heures, des coups de feu \u00e9clatent : la r\u00e9volution hongroise a commenc\u00e9.<\/p>\n<p><strong> La r\u00e9volution <\/strong><\/p>\n<p>A Moscou, les dirigeants sont pris de court. A 21 heures, le Politburo d\u00e9cide d&#8217;envoyer des chars \u00e0 Budapest. Dans la foul\u00e9e, il accepte ce qu&#8217;il refusait quelques jours plus t\u00f4t : la nomination de Nagy au poste de premier ministre. En apparence, les r\u00e9formateurs hongrois ont gagn\u00e9 : Nagy, alors tr\u00e8s populaire, est au pouvoir et, deux jours plus tard, on met \u00e0 la t\u00eate du PC J\u00e1nos Kadar, qui avait \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 par R\u00e1kosi, entre 1950 et 1954. H\u00e9las, quand les Sovi\u00e9tiques se r\u00e9solvent \u00e0 la solution Nagy, il est trop tard : l&#8217;intervention sovi\u00e9tique a radicalis\u00e9 un mouvement contestataire qui ne veut pas d\u00e9poser les armes. Nagy, d&#8217;abord r\u00e9ticent devant les insurg\u00e9s, finit par \u00eatre l&#8217;otage des fractions les moins enclines au compromis. Son courage, comme ses h\u00e9sitations, il les paiera de sa vie.<\/p>\n<p>Pendant quelques jours la situation est confuse. L&#8217;action arm\u00e9e des insurg\u00e9s conna\u00eet des hauts et des bas mais ne s&#8217;arr\u00eate pas, laissant les troupes sovi\u00e9tiques, mal pr\u00e9par\u00e9es, dans le d\u00e9sarroi. Khrouchtchev h\u00e9site et le groupe dirigeant est divis\u00e9. Molotov et les conservateurs pr\u00f4nent la fermet\u00e9, Mikoyan, alors le plus proche de Khrouchtchev, sugg\u00e8re de faire confiance \u00e0 Nagy. Dans un premier temps, Khrouchtchev le suit : il soutient ostensiblement le nouveau gouvernement hongrois et, les 29 et 30 octobre, il accepte m\u00eame le retrait des troupes sovi\u00e9tiques. En Pologne, quelques jours plus t\u00f4t, n&#8217;avait-il pas accept\u00e9 la voie de la conciliation ?<\/p>\n<p><strong> Les chars sovi\u00e9tiques <\/strong><\/p>\n<p>Or, le 31 octobre, il op\u00e8re un revirement \u00e0 180\u00b0 : nous devons remettre en question nos choix de la veille, explique-t-il \u00e0 ses coll\u00e8gues du Pr\u00e9sidium, nous devons intervenir massivement en Hongrie. Les jours suivants sont consacr\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9paration militaire et diplomatique de l&#8217;intervention. Khrouchtchev lui-m\u00eame va qu\u00e9mander le soutien des autres responsables des \u00ab d\u00e9mocraties populaires \u00bb. Pour certains, comme les Bulgares, les Roumains et les Allemands de l&#8217;Est, il n&#8217;a pas besoin de d\u00e9ployer tr\u00e9sors de rh\u00e9torique. Plus surprenant, il obtient le soutien du Yougoslave Tito, l&#8217;antistalinien pr\u00e9coce, qui avait m\u00eame critiqu\u00e9 la premi\u00e8re intervention sovi\u00e9tique. A ce moment-l\u00e0, Tito lui-m\u00eame s&#8217;est effray\u00e9 de voir Nagy reculer sans cesse devant l&#8217;insurrection. Pour tous ces dirigeants communistes, le mouvement hongrois est depuis le d\u00e9part ou est devenu une \u00ab contre-r\u00e9volution \u00bb : Nagy n&#8217;a-t-il pas d\u00e9cid\u00e9 de rompre avec le Pacte de Varsovie, l&#8217;\u00e9quivalent de l&#8217;OTAN pour les pays de l&#8217;Est ? Le revirement de Tito, il est vrai, est facilit\u00e9 par le fait qu&#8217;en Hongrie m\u00eame, Kadar, l&#8217;ancienne victime du stalinisme, s&#8217;est lui aussi effray\u00e9 et a \u00ab l\u00e2ch\u00e9 \u00bb Nagy, f\u00fbt-ce \u00e0 contrec\u0153ur et au dernier moment. Parti de Budapest dans la soir\u00e9e du 1er novembre, Kadar reviendra \u00e0 Budapest, quelques jours plus tard, dans les fourgons de l&#8217;Arm\u00e9e rouge. Pour Tito, le fait que Kadar soit dans le coup est le signe que la Hongrie ne reviendra pas au syst\u00e8me ant\u00e9rieur. Mais \u00e0 quel prix !<\/p>\n<p>Khrouchtchev, in fine, n&#8217;a pas voulu \u00eatre celui qui ouvrait la premi\u00e8re br\u00e8che dans le dispositif sovi\u00e9tique est-europ\u00e9en. En f\u00e9vrier, il a fait son coup d&#8217;\u00e9clat en pr\u00e9sentant son rapport contre Staline. Mais depuis cette date, il est sous la pression permanente des conservateurs. D\u00e8s le mois de juin, il a recul\u00e9. Le 21 octobre, apr\u00e8s avoir h\u00e9sit\u00e9 jusqu&#8217;au bout, il avait d\u00e9cid\u00e9 que l&#8217;URSS n&#8217;interviendrait pas militairement en Pologne : sa d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 de fait facilit\u00e9e par le nouveau dirigeant polonais, Gomulka, qui avait promis une politique int\u00e9rieure de r\u00e9formes mais qui, habilement, avait annonc\u00e9 publiquement qu&#8217;il ne remettrait pas en cause les alliances avec l&#8217;URSS. En Hongrie, Khrouchtchev aurait voulu parvenir au m\u00eame compromis. Le 30 octobre, il lui semble \u00eatre all\u00e9 au bout de ses concessions. Le lendemain, il a choisi la force, \u00e0 la grande joie des plus orthodoxes, \u00e0 commencer par le Parti communiste fran\u00e7ais de l&#8217;\u00e9poque.<\/p>\n<p>L&#8217;audace du XXe Congr\u00e8s bute sur le martyre de Budapest. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, le communisme europ\u00e9en avait entrevu la possibilit\u00e9 d&#8217;une r\u00e9formation. L&#8217;espoir aura \u00e9t\u00e9 fugace. Il rena\u00eetra, un peu plus tard, avec le printemps de Prague, l&#8217;eurocommunisme et la tentative Gorbatchev. Mais il n&#8217;est pas si facile de combler les retards pris. La blessure de Budapest, en fait, ne s&#8217;est jamais referm\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> 1956 aurait pu marquer la fin de la terreur stalinienne en Europe de l&#8217;Est et le d\u00e9but d&#8217;une politique de r\u00e9formes. Pourquoi a-t-on \u00e9cras\u00e9 dans le sang la r\u00e9volution hongroise ? Retour sur une ann\u00e9e lourde de cons\u00e9quences. <\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2466","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2466","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2466"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2466\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2466"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2466"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2466"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}