{"id":2455,"date":"2006-10-01T00:00:00","date_gmt":"2006-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/on-nous-montre-tout-on-nous-cache2455\/"},"modified":"2006-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-09-30T22:00:00","slug":"on-nous-montre-tout-on-nous-cache2455","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2455","title":{"rendered":"On nous montre tout, on nous cache rien"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La peopolisation submerge la campagne pr\u00e9sidentielle dans une grande confusion sur les attentes des Fran\u00e7ais. Politiques, m\u00e9dias, citoyens&#8230; Personne ne s&#8217;y retrouve, tout le monde s&#8217;y noie. <\/p>\n<p>C&#8217;est une incontestable \u00e9volution depuis la derni\u00e8re pr\u00e9sidentielle. La France, pays latin de culture catholique, voit s&#8217;effriter sur la sc\u00e8ne politique le tabou de la vie priv\u00e9e. Dans un m\u00eame \u00e9lan surgissent des \u00ab people \u00bb appel\u00e9s au renfort d&#8217;hommes politiques en mal de proximit\u00e9. Le n\u00e9ologisme \u00ab peopolisation \u00bb appara\u00eet en 2000 mais le ph\u00e9nom\u00e8ne n&#8217;est pas totalement nouveau. En 1988, Renaud achetait une pleine page de Lib\u00e9ration pour encourager \u00ab Tonton \u00bb \u00e0 ne pas laisser \u00ab b\u00e9ton \u00bb. On a vu Gregory Peck et Line Renaud soutenir le maire de Paris, Jacques Chirac. Plus t\u00f4t encore, le Parti communiste affichait ses amiti\u00e9s prestigieuses, Aragon ou Picasso.<\/p>\n<p>Mais aujourd&#8217;hui, le ph\u00e9nom\u00e8ne prend une tout autre importance. En novembre 2001, alors que la France s&#8217;engage timidement sur le chemin de la politique spectacle, Thierry Ardisson \u00e9crase les tabous en demandant \u00e0 l&#8217;aust\u00e8re Michel Rocard sur le plateau de \u00ab Tout le monde en parle \u00bb si \u00ab sucer c&#8217;est tromper \u00bb. M\u00e9dus\u00e9 mais pi\u00e9g\u00e9, l&#8217;\u00e9minence trop grise du PS r\u00e9pond \u00e0 l&#8217;animateur. Une page se tourne dans l&#8217;histoire de l&#8217;interview. En 2003, TF1 annonce une nouvelle \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 mettant en sc\u00e8ne des hommes politiques. L&#8217;auteur de Promis, j&#8217;arr\u00eate la langue de bois, le porte-parole du gouvernement Jean- Fran\u00e7ois Cop\u00e9 se porte candidat. L&#8217;id\u00e9e de cet abonn\u00e9 des plateaux t\u00e9l\u00e9 : parler \u00ab vrai \u00bb et ne pas rechigner \u00e0 communiquer sur l&#8217;intime. Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, lui demande de ne pas y participer mais le ton est donn\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Acteurs et sc\u00e9nographies <\/strong><\/p>\n<p>En novembre 2004, quand Nicolas Sarkozy prend la t\u00eate de l&#8217;UMP, le meeting du Bourget prend des allures de couronnement people et constitue un tournant. La sc\u00e9nographie \u00e9voque un concert de Johnny. Au-del\u00e0 du discours \u00ab pr\u00e9sidentiel \u00bb, c&#8217;est le film projet\u00e9 au public qui aura les faveurs du 20 heures. Sur l&#8217;\u00e9cran g\u00e9ant d\u00e9filent les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s soutenant le tout nouveau pr\u00e9sident de l&#8217;UMP. Le petit Louis S., dont on cache pudiquement les yeux dans les journaux, est utilis\u00e9 \u00e0 la fin du clip : \u00ab bonne chance mon papa \u00bb. Et hop, emballez c&#8217;est pes\u00e9, un type dont le fiston est aussi mignon ne peut pas \u00eatre un mauvais bougre. Chaque amiti\u00e9 doit montrer une facette du personnage Sarkozy et envoyer un message complice \u00e0 l&#8217;\u00e9lecteur, comme autant de passerelles : jovial (Mimie Mathy), mais bon p\u00e8re de famille (Christian Clavier), s\u00e9ducteur (Didier Barbelivien) mais rassurant (Jean Reno), sportif (Richard Virenque) mais lettr\u00e9 (Fabrice Lucchini). Bref, l&#8217;exercice prend l&#8217;allure d&#8217;un pl\u00e9biscite populaire par procuration.<\/p>\n<p>La courbe des ventes de Paris Match, bible du m\u00e9lange des genres, en dit long sur un changement de paradigme. L&#8217;hebdomadaire a fait sa deuxi\u00e8me meilleure vente de l&#8217;ann\u00e9e en faisant sa une sur les d\u00e9boires sentimentaux de C\u00e9cilia Sarkozy (508 000 exemplaires). A la quatri\u00e8me place, on trouve le mariage de la journaliste B\u00e9atrice Sch\u00f6nberg et du ministre Jean-Louis Borloo (437 000 exemplaires). A titre de comparaison, la tr\u00e8s populaire et victorieuse nageuse Laure Manaudou fait vendre presque deux fois moins de papier. L&#8217;essentiel n&#8217;est plus de participer.<\/p>\n<p>Les faits sont souvent contradictoires car si chacun en croque, la peopolisation \u00e9nerve tout le monde, politiques m\u00e9dias et citoyens.<\/p>\n<p><strong> Image et s\u00e9duction <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est le mauvais genre journalistique. Seulement, c&#8217;est \u00e0 peu pr\u00e8s le seul qui se vend. Le seul quotidien \u00e9conomiquement vaillant, Aujourd&#8217;hui le Parisien, a op\u00e9r\u00e9 un v\u00e9ritable virage \u00ab people \u00bb dans son traitement de la politique. Les grands hebdomadaires s&#8217;y sont mis depuis longtemps, en se pin\u00e7ant le nez, mais entre deux une sur l&#8217;immobilier et le classement des h\u00f4pitaux ou des lyc\u00e9es, \u00e7a requinque. Le Point, par exemple, titrait le 6 avril 2006 sur \u00ab Le myst\u00e8re Royal : Les secrets de son couple \u00bb, la m\u00eame semaine que Paris Match et VSD.<\/p>\n<p>L&#8217;engouement provoque l&#8217;\u00e9moi. Acrimed  (1), rel\u00e8ve les questions de PPDA \u00e0 S\u00e9gol\u00e8ne Royal : \u00ab Quand vous en parlez (de la pr\u00e9sidentielle, ndlr) avec Fran\u00e7ois Hollande le soir, vous vous dites : que le meilleur gagne. ou je te ferai la courte \u00e9chelle ou il me fera la courte \u00e9chelle ? \u00bb Et de s&#8217;inqui\u00e9ter de la disparition dans ce barnum m\u00e9diatique \u00ab des questions sociales, le fond du programme des partis politiques, ou le r\u00f4le de la France dans une \u00e9conomie mondialis\u00e9e \u00bb. Le triomphe de l&#8217;image et de l&#8217;\u00e9motion sur le fond ? L&#8217;av\u00e8nement de la s\u00e9duction comme seule arme politique ? Alain Duhamel, dans Lib\u00e9ration, en est s\u00fbr. \u00ab Lorsque Dominique de Villepin surgit de l&#8217;Atlantique tel un Pos\u00e9idon triomphant devant les cam\u00e9ras et les photographes d\u00fbment convoqu\u00e9s, il sait bien que l&#8217;on ne retiendra pas un mot de son allocution mais que l&#8217;impression de vitalit\u00e9 virile qu&#8217;il a su donner impr\u00e9gnera les esprits. \u00bb Les journalistes se retrouvent de fait dans une situation schizophr\u00e9nique. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) s&#8217;inqui\u00e9tait ainsi lors de son dernier congr\u00e8s de \u00ab la d\u00e9rive \u00abpeople\u00bb des m\u00e9dias fran\u00e7ais illustr\u00e9e par les p\u00e9rip\u00e9ties entourant la vie priv\u00e9e d&#8217;un ministre, (Nicolas Sarkozy, ndlr) qui menace de poursuites judiciaires plusieurs organes de presse \u00bb.<\/p>\n<p><strong> Pi\u00e8ges et m\u00e9fiance <\/strong><\/p>\n<p>Chez les politiques, on est \u00e0 peu pr\u00e8s aussi d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 que Rocard devant la douteuse question d&#8217;Ardisson. Beaucoup se posent la question. Faut-il aller chez Ruquier, Fogiel et Drucker, pr\u00eacher pour sa paroisse ? Arnaud Montebourg (PS) a fait savoir haut et fort qu&#8217;il ne mangerait plus jamais de ce pain-l\u00e0, exhortant m\u00eame les siens \u00e0 en faire autant dans un vibrant appel au boycott. Las, le d\u00e9put\u00e9 de Sa\u00f4ne-et-Loir a retrouv\u00e9 sa bobine dans Gala, pi\u00e9g\u00e9 par un journaliste de Marianne qui arrondit ses fins de mois \u00e0 l&#8217;hebdo des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s. On ne se tire pas comme \u00e7a du rouleau compresseur de la peopolisation. La lutte contre cette d\u00e9rive devient m\u00eame un th\u00e8me de campagne. Dans une interview au Figaro, Jean-Luc M\u00e9lenchon, s\u00e9nateur PS de l&#8217;Essonne, d\u00e9crivait r\u00e9cemment \u00ab une ambiance La Croisi\u00e8re s&#8217;amuse insupportable. La \u00abpipolisation\u00bbde la pr\u00e9sidentielle est criminelle. Elle masque la gravit\u00e9 des probl\u00e8mes qui montent \u00bb. M\u00eame d\u00e9marcation pour le d\u00e9put\u00e9 communiste Patrick Braouezec qui annon\u00e7ait se porter candidat (lire article p. 10) le 15 septembre dernier dans le Parisien. \u00ab Mon exp\u00e9rience peut \u00eatre utile pour mener cette campagne qui doit \u00e9viter le pi\u00e8ge de la personnalisation et de la peopolisation \u00bb, explique-t-il. Dans le m\u00eame esprit, Laurent Fabius lan\u00e7ait \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 d&#8217;\u00e9t\u00e9 du PS une belle formule : \u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re dire voici mon projet que mon projet c&#8217;est Voici. \u00bb Voici fut emball\u00e9 par le coup de pub et en fit une affiche publicitaire. Dans ce contexte de m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis du politique, Laurent Fabius n&#8217;est pas le seul \u00e0 patauger. Souvent la distance d&#8217;avec la vox populi et la r\u00e9alit\u00e9 du terrain reviennent violemment \u00e0 la face des experts en communication politique. Ceux de Nicolas Sarkozy, par exemple, semblent ignorer la totale ringardise du rappeur Doc Gyneco aupr\u00e8s des \u00ab djeuns \u00bb.<\/p>\n<p>1. Action critique media.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La peopolisation submerge la campagne pr\u00e9sidentielle dans une grande confusion sur les attentes des Fran\u00e7ais. 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