{"id":2451,"date":"2006-11-01T00:00:00","date_gmt":"2006-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/banlieues-la-necessaire-secousse2451\/"},"modified":"2006-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-10-31T23:00:00","slug":"banlieues-la-necessaire-secousse2451","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2451","title":{"rendered":"Banlieues, la n\u00e9cessaire secousse politique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La r\u00e9volte des banlieues doit provoquer un \u00e9branlement de la fa\u00e7on de penser les in\u00e9galit\u00e9s et le changement social. <\/p>\n<p>La France a \u00e9t\u00e9 sid\u00e9r\u00e9e par l&#8217;embrasement. Trois semaines durant les jeunes ont exprim\u00e9 leur souffrances, leur d\u00e9sespoir. Leur r\u00e9volte \u00e9tait tellement globale qu&#8217;elle n&#8217;avait pas encore ses mots. Les formes de la contestation forg\u00e9e par l&#8217;histoire n&#8217;\u00e9taient pas au rendez-vous : ni mot d&#8217;ordre, ni manif, ni d\u00e9l\u00e9gation. Un cri, une violence, avec comme finalit\u00e9 celle d&#8217;exister, d&#8217;expirer. Ils vivent ! D&#8217;un coup a \u00e9clat\u00e9 au grand jour une r\u00e9alit\u00e9 insupportable et invisible aux m\u00e9dias, aux bourgeois, aux politiques. C&#8217;est ce r\u00e9veil brutal qui fait mal, provoquant un \u00e9branlement aussi profond que celui qui suivit mai 1968. Ainsi donc, ici, l&#8217;exclusion territoriale, le racisme, le m\u00e9pris, la pauvret\u00e9, la violence ill\u00e9gitime de l&#8217;Etat, la mis\u00e8re des services publics sont en France m\u00eame le lot de v\u00e9ritables \u00ab parias urbains \u00bb (1).<\/p>\n<p>L&#8217;absence de perspective est autant sociale, culturelle que politique. Les interpellations, les \u00e9lus, les associations, les rapports de police, tous disent que ces jeunes ne sont pas, loin s&#8217;en faut, tous des ch\u00f4meurs, de petits d\u00e9linquants, des exclus du syst\u00e8me scolaire. Tous pourtant \u00e9touffent. Ce faisant, la r\u00e9volte des jeunes des cit\u00e9s populaires rel\u00e8ve moins que jamais de l&#8217;anecdote, du fait divers ou du traitement policier : elle oblige \u00e0 penser de fa\u00e7on radicalement neuve l&#8217;avenir de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>La domination et l&#8217;exploitation dont les jeunes sont l&#8217;objet d\u00e9bordent celles dont \u00e9tait victime la classe ouvri\u00e8re du XXe si\u00e8cle. L&#8217;enjeu de la r\u00e9partition des richesses et celui de la possible \u00e9mancipation se jouent d\u00e9sormais aussi dans la diff\u00e9rentiation des territoires. Le d\u00e9nigrement de la culture, de l&#8217;histoire, des habitants et des b\u00e2timents fait syst\u00e8me. La langue, l&#8217;architecture, la musique, les croyances sont syst\u00e9matiquement moqu\u00e9s, montr\u00e9s du doigt. A Neuilly, il est question d&#8217;investir 800 millions d&#8217;euros avec l&#8217;aide de l&#8217;Etat pour couvrir la route nationale 13, quand dans le m\u00eame temps des millions de banlieusards souffrent du bruit dans leur logement. Dans les villes populaires, les investissements de transports, l&#8217;entretien des b\u00e2timents, les am\u00e9nagements et les \u00e9quipements publics attendent faute d&#8217;argent.<\/p>\n<p>Le racisme quotidien devient lui aussi chaque jour plus \u00e9vident. La domination de classe a ses couleurs : du brun au noir. La condition d&#8217;immigr\u00e9 se transmet de p\u00e8re en fils, de m\u00e8re en fille, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. On ne sait plus les compter. S&#8217;il fallait un t\u00e9moignage du besoin de reconnaissance et de respect, de la recherche d&#8217;un avenir, on le trouverait dans l&#8217;incroyable succ\u00e8s du film Indig\u00e8nes. Plus de deux millions de spectateurs ont d\u00e9couvert ces moments qui redonnent leur place aux immigr\u00e9s dans l&#8217;histoire nationale. Le tr\u00e8s populaire com\u00e9dien Djamel Debouze disait r\u00e9cemment \u00e0 ce propos : \u00ab Nos arri\u00e8re-grands-p\u00e8res ont lib\u00e9r\u00e9 la France, nos grands p\u00e8res l&#8217;ont construite, nos p\u00e8res l?ont balay\u00e9. Nous allons la raconter. \u00bb C&#8217;est d\u00e9sormais une imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 pour cesser d&#8217;\u00eatre ali\u00e9n\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame, \u00e0 son histoire. Pour cesser d&#8217;\u00eatre de nulle part, une jeunesse des cit\u00e9s est en train de prendre en charge cette inscription dans le temps et l&#8217;espace.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est certainement pas un hasard si Nicolas Sarkozy, pr\u00e9sident du conseil g\u00e9n\u00e9ral des Hauts-de-Seine, d\u00e9partement de fort contraste social, est en pointe dans la strat\u00e9gie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la tension et de la provocation. C&#8217;est par exp\u00e9rience et par fonction qu&#8217;il est devenu le tr\u00e8s embl\u00e9matique chef de guerre des classes dominantes contre les quartiers populaires et leurs habitants. Et il n&#8217;est pas vrai de dire qu&#8217;il a \u00e9chou\u00e9. Car le candidat-pr\u00e9sident de l&#8217;UMP, ministre d&#8217;Etat et ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur, ne vise pas le retour au calme. Il vise l&#8217;exacerbation des diff\u00e9rences, l&#8217;incompr\u00e9hension, la division entre les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories du peuple et entre les territoires. Si on voulait avoir une id\u00e9e de son mod\u00e8le, il faudrait se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la gestion sociale et urbaine des Etats-Unis o\u00f9 l&#8217;ordre s\u00e9curitaire maintient s\u00e9par\u00e9s les banlieues abandonn\u00e9es et les \u00eelots de richesse prot\u00e9g\u00e9s par la police et l&#8217;argent.<\/p>\n<p><strong> Qu\u00eate d&#8217;un langage commun <\/strong><\/p>\n<p>Or, si Nicolas Sarkozy ne manque pas de coh\u00e9rence en menant son combat, il n&#8217;est pas s\u00fbr qu&#8217;une m\u00eame coh\u00e9rence guide ceux qui entendent le combattre. Ce ne sont pas seulement les jeunes qui manquent de mots pour dire leur exclusion du projet collectif et du territoire national. Les mots manquent singuli\u00e8rement \u00e0 la gauche dans toutes ses composantes, sociales et politiques. Les luttes antilib\u00e9rales elles-m\u00eames : du rejet de projet de constitution europ\u00e9enne aux luttes contre la privatisation de GDF ou contre le CPE : ont du mal \u00e0 int\u00e9grer la r\u00e9volte des banlieues. Significativement, la solidarit\u00e9 qui a accompagn\u00e9 les jeunes \u00e9tudiants arr\u00eat\u00e9s a \u00e9t\u00e9 plus bruyante que celle qui a d\u00e9nonc\u00e9 la r\u00e9pression des jeunes des cit\u00e9s. Malgr\u00e9 des \u00e9bauches de convergence entre les luttes de jeunes : cf Regards avril 2006 : la col\u00e8re des \u00ab quartiers \u00bb reste dans l&#8217;isolement, peinant \u00e0 raccorder son combat \u00e0 tous les autres, \u00e0 trouver un langage commun, des revendications et des lieux partag\u00e9s. Corrigeons en fait le propos&#8230; Ce ne sont pas les r\u00e9volt\u00e9s des banlieues qui n&#8217;y parviennent pas : nous tous n&#8217;y parvenons pas. Et cela ne peut laisser indiff\u00e9rents les militants de la transformation sociale.<\/p>\n<p>Nous ne pouvons plus repousser l&#8217;examen de nos difficult\u00e9s \u00e0 saisir les enjeux des quartiers populaires, \u00e0 partager les r\u00e9voltes de ses habitants : jeunes et moins jeunes. De ce travail qui remet en question concepts et hi\u00e9rarchies d\u00e9pendra l&#8217;ad\u00e9quation de notre projet \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9. Ainsi, cela fait des ann\u00e9es que nous voulons nous opposer \u00e0 l&#8217;exploitation et \u00e0 la domination, \u00e0 l&#8217;ali\u00e9nation et aux discriminations. Mais, dans les faits, nous avons du mal \u00e0 comprendre dans toute leur ampleur nouvelle les modalit\u00e9s contemporaines de la question sociale. Nous d\u00e9non\u00e7ons l&#8217;in\u00e9gale r\u00e9partition des richesses, mais nous ne prenons pas assez la mesure de ce qu&#8217;elle passe aujourd&#8217;hui par l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 des territoires. Nous luttons contre l&#8217;\u00e9clatement du salariat, mais nous ne savons pas comment organiser les nouveaux prol\u00e9taires. Nous voyons monter les discriminations, mais nous avons du mal \u00e0 repenser sereinement notre R\u00e9publique, son \u00e9cole et sa la\u00efcit\u00e9.<\/p>\n<p>Un an a pass\u00e9. Peu a \u00e9t\u00e9 dit et moins encore a \u00e9t\u00e9 fait. Sans forfanterie, il est notoire qu&#8217;en dehors du livre co\u00e9dit\u00e9 par Regards et La Dispute en f\u00e9vrier 2006 et qui m\u00ealait les r\u00e9flexions de responsables politiques et de sociologues, il ne s&#8217;est publi\u00e9 aucun livre d&#8217;hommes politiques sur la r\u00e9volte des banlieue. Il est prioritaire que les mois qui seront ceux du d\u00e9bat politique pr\u00e9sidentiel et l\u00e9gislatif nous permettent enfin d&#8217;articuler notre discours, nos pratiques \u00e0 nos ambitions : penser, dans la France d&#8217;aujourd&#8217;hui et dans toutes leurs facettes, l&#8217;oppression et l&#8217;\u00e9mancipation<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La r\u00e9volte des banlieues doit provoquer un \u00e9branlement de la fa\u00e7on de penser les in\u00e9galit\u00e9s et le changement social. <\/p>\n","protected":false},"author":570,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[326],"class_list":["post-2451","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-quartiers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2451","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/570"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2451"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2451\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2451"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2451"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2451"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}