{"id":2449,"date":"2006-11-01T00:00:00","date_gmt":"2006-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/aki-kaurismaki-un-coeur-tendre2449\/"},"modified":"2006-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-10-31T23:00:00","slug":"aki-kaurismaki-un-coeur-tendre2449","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2449","title":{"rendered":"Aki Kaurism\u00e4ki, un coeur tendre venu du froid"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le cin\u00e9aste finlandais Aki Kaurism\u00e4ki \u00e9tait f\u00eat\u00e9 cet \u00e9t\u00e9 au festival de Locarno. Son film Les Lumi\u00e8res du faubourg est en salles. L&#8217;occasion de (re) conna\u00eetre le langage cin\u00e9matographique unique et le point de vue sur le monde de ce cin\u00e9aste de l&#8217;\u00e9conomie du geste et des moyens. <\/p>\n<p>Pour sa premi\u00e8re \u00e9dition du festival de Locarno en tant que directeur, Fr\u00e9d\u00e9ric Maire a r\u00e9serv\u00e9 une surprise : une r\u00e9trospective des films du cin\u00e9aste finlandais Aki Kaurism\u00e4ki, \u00e0 qui il avait aussi offert une carte blanche. Le r\u00e9alisateur \u00e9tait manifestement heureux, \u00e0 sa fa\u00e7on bourrue, retenue, un brin provocatrice et chaleureuse&#8230;<\/p>\n<p>Aki Kaurism\u00e4ki poss\u00e8de une vraie connaissance de la vie ouvri\u00e8re acquise pour avoir multipli\u00e9 les petits boulots, et une \u00e9rudition litt\u00e9raire, musicale et cin\u00e9matographique \u00e0 vous faire ressentir votre ignorance lorsque vous bavardez, assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te lors d&#8217;un repas, sans pour autant qu&#8217;il essaie de vous pi\u00e9ger ou de vous faire sentir sa sup\u00e9riorit\u00e9. Il est bien trop sensible et sentimental pour cela, ce qu&#8217;il tente de cacher derri\u00e8re un humour noir ravageur. Pourtant, dans sa note d&#8217;intention \u00e9crite pour le dossier de presse de son dernier film, Les Lumi\u00e8res du faubourg, il parle de lui comme d&#8217;un \u00ab vieil homme au c\u0153ur tendre \u00bb. Ce vieil homme n&#8217;a pas encore cinquante ans !<\/p>\n<p>Tout ce v\u00e9cu et cette culture se retrouvent \u00e0 l&#8217;\u00e9cran, aussi bien dans les adaptations tr\u00e8s personnelles de grandes \u0153uvres classiques, comme Crime et Ch\u00e2timent (1983), Hamlet Goes Business (1997) ou encore La Vie de boh\u00eame (1991), que dans ses \u0153uvres dont il a jet\u00e9 sur un bout de papier un semblant de sc\u00e9nario. Films encore plus finlandais, nostalgiques, pleins de tendresse pour les victimes de la soci\u00e9t\u00e9. Aki Kaurism\u00e4ki a un point de vue sur le monde et l&#8217;exprime sans d\u00e9tours, dans un langage cin\u00e9matographique qui lui est propre.<\/p>\n<p>Critique de cin\u00e9ma, il a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire des sc\u00e9narios et \u00e0 faire l&#8217;acteur pour son fr\u00e8re Mika, imitant notamment Jean-Pierre L\u00e9aud dans The Liar (1981), ce m\u00eame Jean-Pierre L\u00e9aud qu&#8217;il fera jouer dans J&#8217;ai engag\u00e9 un tueur (1990) et dans La Vie de boh\u00eame (1992). Mais c&#8217;est sans doute La Fille aux allumettes (1989) qui l&#8217;a fait vraiment conna\u00eetre en France, dans lequel jouent ses plus fid\u00e8les acteurs : Matti Pellonp\u00e4\u00e4 (pr\u00e9sent dans les premiers films d&#8217;Aki Kaurism\u00e4ki, jusqu&#8217;\u00e0 sa mort en 1995) et Kati Outinen. Car Aki Kaurism\u00e4ki a un style et des exigences de cin\u00e9aste qui place tr\u00e8s haut l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il a de son art. Cela passe par le jeu des acteurs mais d&#8217;abord par le choix des lieux, qui lui demande parfois jusqu&#8217;\u00e0 un an de rep\u00e9rages.<\/p>\n<p>La plupart des d\u00e9cors dans lesquels vivent ou se figent les personnages en attente d&#8217;un bonheur plus que probl\u00e9matique et t\u00e9nu : un boulot, un amour, une identit\u00e9 retrouv\u00e9e : sont ceux des quartiers, plus urbains que ruraux, p\u00e9riph\u00e9riques d&#8217;Helsinski, ou des chantiers navals. On peut lire, dans le livre de Peter von Bagh (voir encadr\u00e9) consacr\u00e9 \u00e0 Aki Kaurism\u00e4ki, ceci : \u00ab Le principal paysage d&#8217;Aki Kaurism\u00e4ki est \u00abla zone\u00bb, entre la campagne et la ville. M\u00eame dans ses images urbaines, nous sommes presque toujours \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, ailleurs que dans le centre ; ce dernier se caract\u00e9rise par des espaces devenus impersonnels, des non-lieux. Le quartier populaire de Kallio, \u00e0 Helsinki, figure en bonne place dans Shadows in paradise et dans La Fille aux allumettes. \u00bb Lorsqu&#8217;il a tourn\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, \u00e0 Londres ou \u00e0 Paris, Aki Kaurism\u00e4ki a, de la m\u00eame fa\u00e7on rendu la ville intemporelle et sans r\u00e9els rep\u00e8res. Dans son dernier film, Les Lumi\u00e8res du faubourg : pr\u00e9sent\u00e9 en comp\u00e9tition \u00e0 Cannes et, en ao\u00fbt, sur la Piazza Grande de Locarno devant environ huit mille spectateurs : il ne reste rien d&#8217;humain dans le paysage glacial qui est le quotidien du veilleur de nuit Kolstinen, sauf une vendeuse de hot-dogs, fid\u00e8le et secr\u00e8te amoureuse, un jeune gar\u00e7on et un chien. Cette glaciation brechtienne est comme un nouvel adieu provisoire d&#8217;Aki Kaurism\u00e4ki \u00e0 la Finlande. D\u00e9j\u00e0 il avait ses distances avec le pays de son enfance en filmant Tiens ton foulard, Tatiana : \u00ab Le film est mon adieu \u00e0 la Finlande, dans le sens o\u00f9 le pays que j&#8217;aimais a disparu. La vie moderne a amen\u00e9 le progr\u00e8s mais au d\u00e9triment de la culture et des sentiments : et personne n&#8217;a l&#8217;air de s&#8217;en soucier. \u00bb Le cin\u00e9aste partage d\u00e9j\u00e0 sa vie entre le Portugal et son pays de naissance. Mais ce serait donner une fausse id\u00e9e du cin\u00e9ma d&#8217;Aki Kaurismaki, que de le r\u00e9duire \u00e0 des d\u00e9cors totalement d\u00e9shumanis\u00e9s. Le travail de son chef op\u00e9rateur Timo Salminem et de son d\u00e9corateur, Markku P\u00e4til\u00e4, et les choix propres du cin\u00e9aste qui a toujours en poche son nuancier, leur donnent vie, comme dans l&#8217;avant-dernier film de Kaurism\u00e4ki, L&#8217;Homme sans pass\u00e9 : \u00ab (&#8230;) gr\u00e2ce aux couleurs, on peut commenter un personnage, d\u00e9finir une sc\u00e8ne, et par ce biais l&#8217;\u00e9tat d&#8217;esprit des protagonistes. D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, ce n&#8217;est que la lumi\u00e8re qui montre les couleurs et fait les ombres&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Le jeu des protagonistes de son monde a sans doute surpris les publics non finlandais, plus expansifs. Dire que la r\u00e9putation d&#8217;Aki Kaurism\u00e4ki est d&#8217;\u00eatre un cin\u00e9aste de l&#8217;\u00e9conomie parce qu&#8217;il produit lui-m\u00eame ses films est une explication un peu courte ; il s&#8217;agit d&#8217;une conception r\u00e9fl\u00e9chie sur ce que le film, son action, sa gestuelle peuvent dire aux spectateurs. Car le cin\u00e9aste ne manque pas d&#8217;humour et se sert autant de musiques classiques et populaires que des mots laconiques de ses personnages pour exprimer des \u00e9motions et les faire ressentir. Le nouveau film d&#8217;Aki Kaurism\u00e4ki est, en cela, exemplaire de la conception qu&#8217;il a de son cin\u00e9ma (1). Cette conception correspond \u00e0 l&#8217;\u00e9thique de l&#8217;homme comme \u00e0 celle du cin\u00e9aste.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le cin\u00e9aste finlandais Aki Kaurism\u00e4ki \u00e9tait f\u00eat\u00e9 cet \u00e9t\u00e9 au festival de Locarno. 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