{"id":2448,"date":"2006-11-01T00:00:00","date_gmt":"2006-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/une-lucarne-pour-les-ecrivains2448\/"},"modified":"2006-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-10-31T23:00:00","slug":"une-lucarne-pour-les-ecrivains2448","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2448","title":{"rendered":"Une lucarne pour les \u00e9crivains"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> En France, plus d&#8217;un livre sur cinq est d\u00e9truit faute d&#8217;avoir pu trouver des lecteurs. La Lucarne des \u00e9crivains est une librairie qui donne une visibilit\u00e9 \u00e0 ces auteurs et maisons d&#8217;\u00e9ditions qui ne font pas les t\u00eates de gondole. Les stars, au placard&#8230;  <\/p>\n<p>On ne peut pas le louper. Le Pilon tr\u00f4ne sur le comptoir, attendant sagement d&#8217;\u00eatre feuillet\u00e9 par les clients qui passent \u00e0 la caisse. Une place de choix pour un livre qui cumule pourtant les handicaps. Un auteur inconnu\u00a0qui publie l\u00e0 son premier roman. Un \u00e9diteur ind\u00e9pendant, Quidam, qui porte bien son nom. Un titre en forme de mauvais pr\u00e9sage&#8230; Mais La lucarne des \u00e9crivains semble bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 conjurer le sort. La pile ainsi dispos\u00e9e rappelle, \u00e0 qui l&#8217;ignorerait encore, l&#8217;ambition de cette nouvelle librairie parisienne : mettre en vedette des ouvrages qui partent g\u00e9n\u00e9ralement au pilon faute d&#8217;avoir trouv\u00e9 leur place dans les rayons. Des ouvrages d\u00e9truits pour n&#8217;avoir pas \u00e9t\u00e9 assez visibles. Ce d\u00e9sir, la plupart des libraires ind\u00e9pendants le partagent. Mais ils le payent au prix fort : \u00ab Les libraires travaillent six jours sur sept, ouvrent \u00e0 No\u00ebl et les jours f\u00e9ri\u00e9s, et mangent du caillou. Ils se paient le SMIC ! \u00bb, souligne le ma\u00eetre des lieux, Armel Louis. Et pour survivre, ils n&#8217;ont souvent d&#8217;autre choix que de mettre aussi en vitrine de purs produits marketing.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;union fait la force <\/strong><\/p>\n<p>Rue de l&#8217;Ourcq, on ne mange pas de ce pain-l\u00e0. Dans ce local de 85 m\u00e8tres carr\u00e9s lou\u00e9s 200 euros \u00e0 la Ville, on aura beau farfouiller, mettre son nez dans les recoins les moins accessibles, d\u00e9cid\u00e9ment non, on ne trouvera pas le dernier pav\u00e9 d&#8217;un certain ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur. Ni ceux d&#8217;un footballeur, d&#8217;une star \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ou d&#8217;un pr\u00e9sentateur du 20 heures. Tout est parti d&#8217;un pari entre amis. Il y a quelques mois, un \u00e9crivain (Claude Duneton) et son vieux copain libraire (Armel Louis) d\u00e9cident de collecter des fonds aupr\u00e8s des auteurs et des \u00e9diteurs pour monter un lieu capable de les d\u00e9fendre. A l&#8217;\u00e9poque, le second est au ch\u00f4mage. Il se lance vaillamment dans l&#8217;aventure, refermant la parenth\u00e8se sur vingt ans de salariat. \u00ab L&#8217;exemple de la librairie Equipage ouverte en 1999 gr\u00e2ce \u00e0 des dons m&#8217;a confort\u00e9 dans ce choix. \u00bb Il voit dans ce projet in\u00e9dit une r\u00e9ponse \u00e0 un probl\u00e8me \u00e9conomique qui affecte tous les acteurs du livre : \u00ab Le syst\u00e8me de distribution classique \u00e9trangle les auteurs, les \u00e9diteurs et les libraires. \u00bb Et il sait que seule l&#8217;union fait la force. Une cinquantaine d&#8217;auteurs contact\u00e9s par mail ont cass\u00e9 leur tirelire. \u00ab Leur participation s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 28 000 euros sur un budget total de 85 000 euros \u00bb, chiffre-t-il. Les deux tiers restants, il les a emprunt\u00e9s \u00e0 la banque et \u00e0 l&#8217;Etat. De leur c\u00f4t\u00e9, plusieurs petites maisons d&#8217;\u00e9dition ont mis la main \u00e0 la p\u00e2te, d\u00e9posant gratuitement chez lui non pas leurs derni\u00e8res parutions, mais l&#8217;ensemble de leur stock.<\/p>\n<p><strong> Intermittents de l&#8217;\u00e9dition <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Si mes livres ne sont pas vendus, ils ne seront pas pay\u00e9s \u00bb, explique Claire D&#8217;Aur\u00e9lie, responsable des \u00e9ditions \u00e9trangement baptis\u00e9es Paupi\u00e8res de terre. Mais cette ancienne libraire, enthousiasm\u00e9e par le projet, y trouve aussi son compte. \u00ab Nous, les petits, nous sommes les intermittents de l&#8217;\u00e9dition. Nous avons beaucoup de mal \u00e0 diffuser nos livres \u00bb, explique celle qui ne pourrait pas vivre si elle n&#8217;\u00e9tait aussi conteuse et animatrice d&#8217;ateliers. M\u00eame son de cloche du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9ditions Parc : \u00ab Les m\u00e9dias ne sont plus des relais pour les petits \u00e9diteurs. A part Ruquier, les \u00e9missions litt\u00e9raires ont disparu de l&#8217;\u00e9cran \u00bb, persifle John Gelder, mi-ironique mi-pessimiste.<\/p>\n<p>Dans un univers soumis \u00e0 une violente comp\u00e9tition, La lucarne des \u00e9crivains veut offrir aux victimes du syst\u00e8me l&#8217;occasion de sortir de leur isolement, de se rencontrer, de s&#8217;entraider. Une fois n&#8217;est pas coutume&#8230; \u00ab Par d\u00e9finition, les \u00e9crivains sont des solitaires qui sont, en plus, mis en concurrence par leurs \u00e9diteurs. Cette fois, on a r\u00e9ussi \u00e0 se regrouper. Ce projet est r\u00e9jouissant, il s&#8217;agit d&#8217;une r\u00e9action politique. Des lieux comme la Soci\u00e9t\u00e9 des gens de lettres (SGDL) ou la Maison des \u00e9crivains existent, mais dans une librairie, on est au contact des lecteurs ! \u00bb, jubile l&#8217;\u00e9crivain Elisabeth Motsch.<\/p>\n<p>\u00ab En France, plus d&#8217;un livre neuf sur cinq est d\u00e9truit faute d&#8217;avoir pu trouver des lecteurs \u00bb, avance Armel Louis. C&#8217;est vers ces auteurs-l\u00e0 que son c\u0153ur le porte. Au placard, les stars des m\u00e9dias ! Christine Angot et Am\u00e9lie Nothomb sont rang\u00e9es avec les autres, ni plus ni moins. Chlo\u00e9 Delaume et Gr\u00e9goire Hervier sont expos\u00e9s&#8230; sur l&#8217;\u00e9tag\u00e8re du bas. Et bien en vue, sur une table \u00e0 mi-chemin entre le coin des enfants et celui des adultes, \u00ab un classique \u00e0 lire absolument \u00bb, La Litt\u00e9rature sans estomac de Pierre Jourde. Pas \u00e9tonnant que la maison d\u00e9fende becs et ongles ce pamphlet qui tire \u00e0 boulets rouges sur la critique mondaine. On peut ainsi y lire : \u00ab On conna\u00eet cette sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise, ceux qui parlent des livres sont aussi ceux qui les \u00e9crivent et qui les publient. \u00bb Il est plus surprenant, en revanche, que ce livre d\u00e9j\u00e0 \u00e2g\u00e9 de quatre ans n&#8217;ait pas \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9 par une nouveaut\u00e9. \u00ab M\u00eame \u00e0 la Fnac, la rotation s&#8217;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Habituellement, les livres jeunesse ne restent que trois mois en rayon \u00bb, d\u00e9plore Elisabeth Motsch. Encore faut-il qu&#8217;ils aient fait leurs preuves. Un ouvrage qui ne se vend pas tout de suite a toutes les chances de dispara\u00eetre plus vite encore du paysage. \u00ab Les livres ont trois semaines ou un mois pour exister \u00bb, pr\u00e9cise Armel Louis. Le constat vaudrait aussi, selon lui, pour les biblioth\u00e8ques : \u00ab On est pass\u00e9 d&#8217;une biblioth\u00e8que de conservation \u00e0 une biblioth\u00e8que de pr\u00eat. Cette transformation a renforc\u00e9 le diktat de la demande et de la nouveaut\u00e9. Les syst\u00e8mes informatiques permettent de savoir \u00e0 quelle fr\u00e9quence un livre est emprunt\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Un nouveau label <\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s les poulets nourris au grain, on verra peut-\u00eatre surgir un jour sur les couvertures des ouvrages un petit macaron dot\u00e9 de l&#8217;inscription \u00ab \u00e9crit par l&#8217;auteur \u00bb. C&#8217;est en tout cas un label que Claude Duneton songe \u00e0 cr\u00e9er. \u00ab Au moins 50 % des livres expos\u00e9s sur les tables des librairies n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par les gens qui les ont sign\u00e9s \u00bb, s&#8217;emporte-t-il, soutenu par un confr\u00e8re qui en profite pour rench\u00e9rir : \u00ab On ne peut pas faire la diff\u00e9rence au premier coup d&#8217;\u0153il entre un vrai et un faux livre. Ils sont pr\u00e9sent\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on&#8230; \u00bb Armel Louis a beau s&#8217;en d\u00e9fendre, pr\u00e9tendant ne pas vouloir \u00ab faire la police des livres \u00bb, cette posture morale laisse certains libraires pantois. Xavier Capodano ne se voit pas, quant \u00e0 lui, \u00ab chasser le grand m\u00e9chant \u00bb. Critique, il \u00e9met m\u00eame des doutes sur l&#8217;ind\u00e9pendance revendiqu\u00e9e de La lucarne des \u00e9crivains : \u00ab En se liant avec des auteurs et des \u00e9diteurs, cette librairie se met un fil \u00e0 la patte. Elle se devra de poss\u00e9der tout le catalogue de telle maison d&#8217;\u00e9dition ou toute la bibliographie de tel auteur. Je pr\u00e9f\u00e8re que chacun garde son identit\u00e9. \u00bb Reste \u00e0 savoir quel r\u00f4le joueront ces actionnaires d&#8217;un nouveau genre&#8230;<\/p>\n<p>La Lucarne des \u00e9crivains, 115, rue de l&#8217;Ourcq, 75019 Paris<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> En France, plus d&#8217;un livre sur cinq est d\u00e9truit faute d&#8217;avoir pu trouver des lecteurs. La Lucarne des \u00e9crivains est une librairie qui donne une visibilit\u00e9 \u00e0 ces auteurs et maisons d&#8217;\u00e9ditions qui ne font pas les t\u00eates de gondole. 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