{"id":2447,"date":"2006-11-01T00:00:00","date_gmt":"2006-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-fabuloserie-ces-createurs-qui2447\/"},"modified":"2006-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-10-31T23:00:00","slug":"la-fabuloserie-ces-createurs-qui2447","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2447","title":{"rendered":"La Fabuloserie : \u00ab ces cr\u00e9ateurs qui transcendent les d\u00e9potoirs \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La Fabuloserie ressemble plus \u00e0 un cabinet de curiosit\u00e9s qu&#8217;\u00e0 un mus\u00e9e. C&#8217;est un lieu magique, o\u00f9 s&#8217;amoncellent d&#8217;\u00e9tonnantes constructions, install\u00e9 \u00e0 Dicy, un petit village de l&#8217;Yonne. Cette collection priv\u00e9e d&#8217;art hors-les-normes est g\u00e9r\u00e9e par Caroline Bourbonnais. Entretien. <\/p>\n<p><strong> Quel est le r\u00f4le d&#8217;un lieu comme la Fabuloserie ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Caroline Bourbonnais. <\/strong> Au d\u00e9but, nous ne nous \u00e9tions fix\u00e9 aucun but. Mais au fur et \u00e0 mesure, nous avons conserv\u00e9 des traces de cr\u00e9ateurs disparus qui ne sont nulle part ailleurs. Nous avons ainsi fait l&#8217;acquisition de La petite Afrique, des animaux en b\u00e9ton peint r\u00e9alis\u00e9s par un agriculteur du Loiret qui, en collectionnant les vignettes des chocolats, \u00e9tait tomb\u00e9 sur la s\u00e9rie des animaux d&#8217;Afrique. Nous avons aussi sauvegard\u00e9 des sites, parmi lesquels Le jardin d&#8217;Eden r\u00e9alis\u00e9 par un ancien ma\u00e7on, Camille Vidal. A la retraite, il s&#8217;est mis \u00e0 envahir son petit jardin d&#8217;Agde de sculptures de personnalit\u00e9s c\u00e9l\u00e8bres dans les ann\u00e9es 1950-1960 comme Churchill, Cl\u00e9menceau, Carmen, Danielle Gilbert ou Jacques Martin. La Fabuloserie est la gardienne d&#8217;une m\u00e9moire populaire qui attire un public diff\u00e9rent. Tout le monde y vient, y compris des gens qui sortent de la campagne profonde et qui n&#8217;\u00e9taient jamais entr\u00e9s dans aucun mus\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> Le Man\u00e8ge de Petit Pierre est devenu la pi\u00e8ce phare de la collection. Qui \u00e9tait l&#8217;auteur de cette \u00e9tonnante machine po\u00e9tique ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> C.B.  <\/strong>Pierre Avezard \u00e9tait n\u00e9 sourd, muet et le visage en forme de vip\u00e8re. Il fut la ris\u00e9e des enfants et des adultes de son village du Loiret et des alentours. On le consid\u00e9rait \u00e0 tort comme un innocent. Les gens n&#8217;\u00e9taient pas tendres, au d\u00e9but du si\u00e8cle, \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des diff\u00e9rences. Banni de la soci\u00e9t\u00e9, il fut gar\u00e7on vacher. Il \u00e9tait intelligent, bricoleur et observateur : trois qualit\u00e9s majeures qu&#8217;il a d\u00e9velopp\u00e9es dans la ferme pendant qu&#8217;il gardait les vaches. Il s&#8217;est int\u00e9ress\u00e9 aux machines agricoles qu&#8217;il a appris \u00e0 r\u00e9parer. Ce faisant, il a tout compris du mouvement. Son man\u00e8ge poss\u00e8de une superficie de 150 m\u00e8tres carr\u00e9s. Petit Pierre y a mis un Concorde et une Tour Eiffel parce qu&#8217;il les avait vus. Cette machine f\u00e9erique est fabriqu\u00e9e avec de la t\u00f4le de r\u00e9cup\u00e9ration, de vieux pneus, du fil de fer. Elle raconte le quotidien de la ferme.<\/p>\n<p><strong> Avec votre mari, Alain Bourbonnais, vous avez \u00e9t\u00e9 des d\u00e9fricheurs. Comment avez-vous proc\u00e9d\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> C.B. <\/strong>Oui, mine de rien, sans l&#8217;avoir pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9, nous avons d\u00e9frich\u00e9 un champ peu explor\u00e9. Nous avons fonctionn\u00e9 par coups de c\u0153ur. Des coups de c\u0153ur non seulement pour les \u0153uvres mais aussi pour les personnes qui \u00e9taient derri\u00e8re elles. Nous allions toujours chez elles, nous les fr\u00e9quentions. Mon mari \u00e9tait architecte et lui-m\u00eame cr\u00e9ateur d&#8217;art brut. Quand nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 la campagne, nous visitions les d\u00e9charges. Et c&#8217;est avec des d\u00e9chets qu&#8217;il s&#8217;est mis \u00e0 fabriquer des personnages. A l&#8217;occasion d&#8217;un rendez-vous de chantier en province, nous sommes tomb\u00e9s sur des animaux fantastiques r\u00e9alis\u00e9s avec des racines trouv\u00e9es dans les retenues d&#8217;eau du centre de la France au moment du vidage des barrages. Le vieux monsieur qui en \u00e9tait l&#8217;auteur, stup\u00e9fait de notre enthousiasme, nous a donn\u00e9 quelques objets. Son cas ne devait pas \u00eatre unique. Il existait forc\u00e9ment d&#8217;autres personnes comme lui. Nous avons cherch\u00e9. Nous allions dans les campagnes \u00e0 la rencontre de ces gens qui fabriquaient des choses avec rien du tout, de ces cr\u00e9ateurs qui transcendaient les d\u00e9potoirs. On fouinait. Cette qu\u00eate nous amusait. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 am\u00e9nager notre grange situ\u00e9e dans le village de Dicy, dans l&#8217;Yonne. Nous l&#8217;avons remplie de notre collection, avant d&#8217;ouvrir en 1983. Ces cr\u00e9ateurs travaillent dans l&#8217;accumulation. Nous aussi, nous aimions vivre dans l&#8217;accumulation. Cet endroit que nous avons fabriqu\u00e9 nous correspondait.<\/p>\n<p><strong> Comment avez-vous rencontr\u00e9 Dubuffet ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> C.B. <\/strong> Un jour de 1970, nous avons appris \u00e0 l&#8217;occasion du journal t\u00e9l\u00e9, qu&#8217;il poss\u00e9dait une collection d&#8217;art brut. Il voulait la donner au mus\u00e9e de Lausanne, la France n&#8217;en ayant pas voulu. A ce moment-l\u00e0 nous avons pris conscience que nous aussi, nous collectionnions de l&#8217;art brut. Nous habitions rue Jacob, dans le 6e arrondissement de Paris, lui rue de S\u00e8vres. Nous sommes all\u00e9s le rencontrer. Les deux hommes se sont plu, une connivence est n\u00e9e, \u00e0 tel point que Dubuffet nous a pr\u00eat\u00e9 des dessins d&#8217;Alo\u00efse pour l&#8217;ouverture en 1972 de notre premier lieu \u00e0 Paris, l&#8217;Atelier Jacob, alors qu&#8217;il ne pr\u00eatait jamais rien. Dubuffet avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pos\u00e9 l&#8217;appellation \u00ab Art brut \u00bb. Il a baptis\u00e9 la n\u00f4tre \u00ab Art hors-les-normes \u00bb parce que cette expression sonnait comme les basiliques hors-les-murs.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;adjectif \u00ab brut \u00bb est probl\u00e9matique. Il pourrait laisser penser qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un art sauvage, pur, indemne de toute culture&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> C.B. <\/strong>Les gens sans culture, cela n&#8217;existe pas. M\u00eame la folie, \u00e0 laquelle Dubuffet s&#8217;int\u00e9ressait sp\u00e9cifiquement, ne balaye pas tout. Encore r\u00e9cemment, les paysans avaient une culture non \u00e9crite, ils recevaient des fascicules, se r\u00e9unissaient pour des f\u00eates comme les vendanges ou les ch\u00e2taignes. Rien n&#8217;est litt\u00e9raire, tout est sensuel dans ce que font les cr\u00e9ateurs d&#8217;art brut. Ils sont impr\u00e9gn\u00e9s d&#8217;une culture populaire. Ils se racontent, ils se rebellent, ils s&#8217;amusent, ils se gu\u00e9rissent aussi en cr\u00e9ant. Nous jetons \u00e0 la figure de nos visiteurs ces \u0153uvres \u00e0 la fois fascinantes et \u00e9mouvantes. C&#8217;est vivifiant de voir un art qui exprime une telle libert\u00e9 cr\u00e9atrice.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La Fabuloserie ressemble plus \u00e0 un cabinet de curiosit\u00e9s qu&#8217;\u00e0 un mus\u00e9e. C&#8217;est un lieu magique, o\u00f9 s&#8217;amoncellent d&#8217;\u00e9tonnantes constructions, install\u00e9 \u00e0 Dicy, un petit village de l&#8217;Yonne. Cette collection priv\u00e9e d&#8217;art hors-les-normes est g\u00e9r\u00e9e par Caroline Bourbonnais. 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