{"id":24,"date":"1995-07-01T00:00:00","date_gmt":"1995-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/emploi-et-salaire-a-reconcilier024\/"},"modified":"1995-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-06-30T22:00:00","slug":"emploi-et-salaire-a-reconcilier024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=24","title":{"rendered":"Emploi et salaire \u00e0 r\u00e9concilier"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  Le couple salaire-emploi a tenu la vedette dans les r\u00e9cents d\u00e9bats \u00e9lectoraux et luttes sociales. Sa r\u00e9habilitation vient \u00e0 l&#8217;ordre du jour. <\/p>\n<p>Il convient de reconna\u00eetre que l&#8217;opposition salaire-emploi a longtemps pes\u00e9 sur le d\u00e9veloppement du mouvement social. Pourtant, l&#8217;attaque contre le pouvoir d&#8217;achat des salaires a port\u00e9 des coups s\u00e9v\u00e8res \u00e0 l&#8217;emploi. Ce n&#8217;est pas autre chose qu&#8217;affirmait le quotidien \u00e9conomique la Tribune, le 29 d\u00e9cembre 1994, lorsqu&#8217;il commentait les lettres de cadrage gouvernementales sur la politique salariale pour 1995 dans les entreprises publiques: &#8221; Les lettres du premier ministre s&#8217;accrochent \u00e0 l&#8217;id\u00e9e que la sagesse salariale est propice \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;emplois. Le fait est que trois bienfaits sont en principe attendus d&#8217;une hausse des salaires r\u00e9els inf\u00e9rieure \u00e0 la productivit\u00e9 du travail. Cela accro\u00eet les profits, et donc l&#8217;investissement. Cela rlentit l&#8217;inflation, gage de comp\u00e9titivit\u00e9. Cela ralentit le co\u00fbt du travail, ce qui est &#8221; forc\u00e9ment &#8221; favorable \u00e0 l&#8217;emploi. Il faut malheureusement se rendre \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence: aucun de ces trois beaux principes ne fonctionne plus. Les profits ne font pas l&#8217;investissement, mais un taux d&#8217;autofinancement insolent. Le ralentissement de l&#8217;inflation n&#8217;\u00e9tant plus \u00e0 faire, la sagesse salariale fait des marges plut\u00f4t que de la comp\u00e9titivit\u00e9. Enfin, le ralentissement du co\u00fbt du travail, au profit des entreprises, a accompagn\u00e9 de-puis dix ans la plus forte augmentation du ch\u00f4mage que ce pays a connue.&#8221;Au travers de cette critique, ce sont bien les &#8221; cercles vicieux &#8221; de la reprise actuelle qui sont mis \u00e0 nu: l&#8217;abaissement des co\u00fbts salariaux ne sert pas au d\u00e9veloppement de l&#8217;emploi mais a pour objectif principal le rel\u00e8vement du taux de profit des entreprises, d&#8217;achever le d\u00e9sendettement, de d\u00e9gager des tr\u00e9soreries impressionnantes qui alimentent la sp\u00e9culation financi\u00e8re.<\/p>\n<p> <strong>  Le gain de productivit\u00e9, un crit\u00e8re insuffisant pour la comp\u00e9titivit\u00e9  <\/strong><\/p>\n<p>Dans cette logique, l&#8217;abaissement des co\u00fbts salariaux conduit tout \u00e0 la fois \u00e0 exercer une pression sur les salaires et sur l&#8217;emploi stable et qualifi\u00e9. Cette volont\u00e9 patronale est au centre des crit\u00e8res de productivit\u00e9 apparente du travail (quantit\u00e9 produite par salari\u00e9 sur une unit\u00e9 de temps donn\u00e9e), utilis\u00e9s dans la plupart des entreprises. L&#8217;industrie automobile est, de ce point de vue, un exemple caricatural: chez Renault, par exemple, les gains de productivit\u00e9 (nombre de v\u00e9hicules produits par an et par salari\u00e9) sont de l&#8217;ordre de 70% sur la derni\u00e8re d\u00e9cennie. Sur la m\u00eame p\u00e9riode, les effectifs de la R\u00e9gie Renault (maison m\u00e8re du groupe) sont pass\u00e9s de 100 000 \u00e0 58 000 et les salaires accusent une perte de pouvoir d&#8217;achat de plus de 20%. Dans le m\u00eame temps, Renault d\u00e9gage, sur l&#8217;exercice 1994, 33,6 milliards de francs de b\u00e9n\u00e9fices nets et r\u00e9alise un actif financier de 1,5 milliard de francs uniquement par la gestion de tr\u00e9sorerie sur les march\u00e9s financiers. Sur le m\u00eame exercice, l&#8217;endettement du groupe aura \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 z\u00e9ro. Ce choix de gestion contre les salaires et l&#8217;emploi sont g\u00e9n\u00e9rateurs d&#8217;inefficacit\u00e9 \u00e9conomique et sociale pour les entreprises. En effet, la productivit\u00e9 apparente du travail tue l&#8217;efficacit\u00e9 de l&#8217;entreprise. Elle conduit \u00e0 l&#8217;externalisation des productions au d\u00e9triment des richesses cr\u00e9\u00e9es dans l&#8217;entreprise: pour reprendre l&#8217;exemple de la R\u00e9gie Renault, l&#8217;analyse du compte de r\u00e9sultat sur plusieurs exercices nous r\u00e9v\u00e8le ainsi que, de 1992 \u00e0 1994, les achats consomm\u00e9s pour produire sont pass\u00e9s de 80,94% de la production en 1992 \u00e0 84,98% en 1994. La valeur ajout\u00e9e chez Renault ne repr\u00e9sente plus, quant \u00e0 elle, que 15,02% de la production contre 19,06% en 1992, ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 particuli\u00e8rement bas ! Quant aux frais de personnel, c&#8217;est-\u00e0-dire un indicateur fiable d&#8217;\u00e9volution des salaires et de l&#8217;emploi, ils ne repr\u00e9sentent plus que 12,02% de la valeur de la production. Ces donn\u00e9es chiffr\u00e9es mettent en \u00e9vidence qu&#8217;il est pour le moins excessif de mettre syst\u00e9matiquement en cause les co\u00fbts salariaux dans les probl\u00e8mes de comp\u00e9titivit\u00e9 de notre industrie. Les probl\u00e8mes et les g\u00e2chis se situent bien ailleurs: g\u00e2chis en capital fixe, g\u00e2chis de la sous-traitance, gestion de la production, organisation du travail, insuffisance de la formation et des investissements immat\u00e9riels.<\/p>\n<p> <strong>  Aggravation sans pr\u00e9c\u00e9dent des conditions de travail pour les salari\u00e9s  <\/strong><\/p>\n<p>Les incidences sur le contenu m\u00eame de l&#8217;emploi sont fortes. Elles nourrissent l&#8217;inefficacit\u00e9 sociale et g\u00e9n\u00e8rent un co\u00fbt social \u00e9lev\u00e9 pour la collectivit\u00e9. En effet, la double pression sur l&#8217;emploi stable et les salaires se traduit par une explosion de la pr\u00e9carit\u00e9 qui frappe particuli\u00e8re- ment les jeunes, qu&#8217;ils soient ou non dipl\u00f4m\u00e9s. L&#8217;ensemble des dispositifs emplois mis en oeuvre par les gouvernements successifs s&#8217;inscrit pleinement dans cette logique: Renault a supprim\u00e9 2 400 emplois stables et qualifi\u00e9s en 1994 alors que l&#8217;entreprise a eu recours jusqu&#8217;\u00e0 6 000 int\u00e9rimaires et que, dans le m\u00eame temps, 1 000 jeunes ont \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9s dans le cadre des emplois dits &#8221; aid\u00e9s &#8220;, avec un statut pr\u00e9caire pour la majorit\u00e9 d&#8217;entre eux. Tout cela pour faire face au regain d&#8217;activit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la prime Balladur (prime de 5 000 F \u00e0 la casse pour les v\u00e9hicules de dix ans). Dans le m\u00eame temps, ces choix \u00e9conomiques entra\u00eenent une aggravation sans pr\u00e9c\u00e9dent des conditions de travail et des souffrances au travail pour les salari\u00e9s. La traduction la plus &#8221; spectaculaire &#8220;, si l&#8217;on peut dire, ce sont les centaines de morts par \u00e9puisement au travail recens\u00e9es dans les entreprises sous le vocable japonais de Karoshi: 68 \u00e0 Flins en trois ans, 260 \u00e0 Sandouville de 1984 \u00e0 1994. Les maladies professionnelles li\u00e9es au travail r\u00e9p\u00e9titif et sous contraintes fortes (\u00e9quipes de nuit, \u00e9quipes vendredi\/same-di\/dimanche&#8230;) se multiplient avec un co\u00fbt humain et social tr\u00e8s lourd pour la collectivit\u00e9. On est loin, tr\u00e8s loin m\u00eame de l&#8217;\u00e8re post-taylorienne pr\u00f4n\u00e9e par certains \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80. M\u00eame avec le robot ou l&#8217;ordinateur et le travail en groupe, l&#8217;\u00e9miettement des t\u00e2ches reste une r\u00e9alit\u00e9 forte, productivit\u00e9 apparente oblige&#8230; Les exp\u00e9riences douloureuses faites par les salari\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es confront\u00e9es \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation des profits (r\u00e9els ou apparents) enregistr\u00e9s sur 1994 ont, sans aucun doute, eu un effet &#8221; d\u00e9tonateur &#8221; dans le d\u00e9veloppement sans pr\u00e9c\u00e9dent des luttes sociales depuis plusieurs mois. Ces luttes tenaces, unitaires, sans rel\u00e2che pendant la p\u00e9riode \u00e9lectorale se construisent autour du couple emploi-salaire. Les salari\u00e9s chiffrent leurs besoins, \u00e9laborent d\u00e9mocratiquement leurs revendications et posent la question des moyens pour y r\u00e9pondre. Fondamentalement, c&#8217;est bien la finalit\u00e9 de l&#8217;entreprise et du travail qui est pos\u00e9e dans ces luttes.<\/p>\n<p>* Pascal Nonat est \u00e9conomiste \u00e0 la FTM-CGT.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  Le couple salaire-emploi a tenu la vedette dans les r\u00e9cents d\u00e9bats \u00e9lectoraux et luttes sociales. 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