{"id":2391,"date":"2006-11-01T00:00:00","date_gmt":"2006-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/postulats-alternatifs2391\/"},"modified":"2006-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-10-31T23:00:00","slug":"postulats-alternatifs2391","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2391","title":{"rendered":"Postulats alternatifs"},"content":{"rendered":"<p>Dans le d\u00e9bat programmatique qui se d\u00e9roule actuellement, on a besoin de rep\u00e8res permettant de bien distinguer les diff\u00e9rents projets. Il faut en effet se d\u00e9marquer clairement, d&#8217;une part du lib\u00e9ralisme pur sucre et, d&#8217;autre part, du social-lib\u00e9ralisme. De claires lignes de partage sont d&#8217;autant plus n\u00e9cessaires que les lib\u00e9raux cherchent \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer les th\u00e8mes de la transformation sociale, tandis que les sociaux-lib\u00e9raux pr\u00e9tendent offrir une alternative au n\u00e9olib\u00e9ralisme sans s&#8217;en donner les moyens.<\/p>\n<p>La question de la r\u00e9partition des revenus permet de faire le tri. Pour les lib\u00e9raux, c&#8217;est clair : ils entendent conserver le partage des richesses actuel, voire l&#8217;infl\u00e9chir encore au d\u00e9triment des salari\u00e9s. Leur postulat est que la minimisation du co\u00fbt du travail devrait conduire \u00e0 une sorte d&#8217;optimum social. Ils expliquent que l&#8217;on ne doit pas descendre en dessous d&#8217;un \u00ab ch\u00f4mage d&#8217;\u00e9quilibre \u00bb d\u00e9fini comme celui qui n&#8217;acc\u00e9l\u00e8re pas l&#8217;inflation, mais qui est en fait celui qui ne modifie pas la r\u00e9partition des revenus. En mati\u00e8re de protection sociale, par exemple, le principe absolu est le refus de toute augmentation des taux de cotisation.<\/p>\n<p>La position sociale-lib\u00e9rale repose sur un autre postulat en forme de pari. Il serait possible de concilier le maintien de la r\u00e9partition des revenus avec la poursuite d&#8217;objectifs sociaux. Mais il s&#8217;agit d&#8217;un pari impossible qui rend bien compte des errements et des d\u00e9boires pass\u00e9s. Pour ne prendre qu&#8217;un exemple, les 35 heures ont conduit \u00e0 une intensification du travail, d\u00e8s lors que toute exigence de cr\u00e9ation d&#8217;emplois avait \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e afin de ne pas grever les co\u00fbts salariaux. Ce programme n&#8217;est m\u00eame pas un moindre mal, car il conforte les pr\u00e9ceptes lib\u00e9raux et introduit des effets pervers. L&#8217;exemple type est ici celui de la prime pour l&#8217;emploi qui ent\u00e9rine le discours patronal et institue une zone de bas salaires compens\u00e9s par l&#8217;Etat : il n&#8217;est donc pas \u00e9tonnant que la droite ait conserv\u00e9 ce dispositif.<\/p>\n<p>Le postulat de la transformation sociale pourrait \u00eatre formul\u00e9 ainsi : on ne peut obtenir de r\u00e9sultats durables sur le front de l&#8217;emploi sans remettre en cause radicalement la r\u00e9partition des revenus. Radicalement n&#8217;est pas ici une clause de style : la mont\u00e9e du ch\u00f4mage est en effet la contrepartie exacte d&#8217;une baisse drastique de la part salariale. Changer la r\u00e9partition : que ce soit sous forme d&#8217;augmentation de salaires, de RTT avec embauches proportionnelles, ou de financement d&#8217;emplois publics : est donc une condition n\u00e9cessaire, mais la question qui se pose est de savoir si elle est suffisante. Ne faut-il pas, de toute mani\u00e8re, impulser une croissance plus rapide comme seul moyen de cr\u00e9er des emplois ? La r\u00e9ponse doit ici \u00eatre n\u00e9gative : un retour de la r\u00e9partition des revenus \u00e0 ce qu&#8217;elle \u00e9tait avant le tournant lib\u00e9ral du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 d\u00e9gagerait des ressources ad\u00e9quates aux objectifs de la transformation sociale, sans besoin de compter sur une hypercroissance productiviste. Un tel sc\u00e9nario permettrait en outre de poser en termes concrets la question du contenu de la croissance.<\/p>\n<p>Mais m\u00eame les projets alternatifs ne sont pas totalement imperm\u00e9ables \u00e0 l&#8217;id\u00e9ologie lib\u00e9rale, comme en t\u00e9moigne le d\u00e9bat sur le financement de la protection sociale. Comment interpr\u00e9ter autrement les propositions visant \u00e0 modifier l&#8217;assiette des cotisations plut\u00f4t que d&#8217;en augmenter le taux ? Il n&#8217;y a en effet aucun argument \u00e9conomique \u00e0 une telle mesure. En changeant d&#8217;assiette, on ne mordra pas plus sur les profits qu&#8217;en augmentant le taux de cotisation, et cela ne favorisera pas plus l&#8217;emploi dans les branches de main-d&#8217;\u0153uvre que ne l&#8217;ont fait les baisses g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es de cotisations sociales. Les ressources d\u00e9gag\u00e9es pour la S\u00e9curit\u00e9 sociale n&#8217;augmenteront que si le taux de cotisation augmente, quelle que soit son assiette. Ce type de proposition n&#8217;a de sens que si l&#8217;on pr\u00e9voit que la part salariale continuera \u00e0 baisser, mais c&#8217;est parfaitement contradictoire avec un sc\u00e9nario qui pr\u00e9voit de l&#8217;augmenter. Et cette augmentation procurerait, \u00e0 taux de cotisation constant, les ressources n\u00e9cessaires pour couvrir la progression des d\u00e9penses de S\u00e9curit\u00e9 sociale sur cinq ans. Si on n&#8217;y croit pas, autant le dire. Ou bien on pense qu&#8217;un changement d&#8217;assiette pourra passer plus facilement qu&#8217;une augmentation de taux. Mais cette volont\u00e9 de contourner l&#8217;intransigeance patronale repose sur une autre illusion : aucune astuce technique ne peut dispenser des affrontements entre int\u00e9r\u00eats sociaux oppos\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le d\u00e9bat programmatique qui se d\u00e9roule actuellement, on a besoin de rep\u00e8res permettant de bien distinguer les diff\u00e9rents projets. Il faut en effet se d\u00e9marquer clairement, d&#8217;une part du lib\u00e9ralisme pur sucre et, d&#8217;autre part, du social-lib\u00e9ralisme. 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