{"id":2389,"date":"2006-12-01T00:00:00","date_gmt":"2006-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/au-programme-de-la-presidentielle2389\/"},"modified":"2006-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-11-30T23:00:00","slug":"au-programme-de-la-presidentielle2389","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2389","title":{"rendered":"Au programme de la pr\u00e9sidentielle"},"content":{"rendered":"<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, le corps social manifeste son rejet du n\u00e9olib\u00e9ralisme sous des formes vari\u00e9es, les trois derni\u00e8res en date \u00e9tant le \u00ab non \u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum, les \u00e9meutes en banlieue et le mouvement anti-CPE. Mais il para\u00eet que l&#8217;offre \u00e9lectorale disponible devrait nous conduire \u00e0 un face-\u00e0-face Sarkozy-Royal qui ne traduit pas, c&#8217;est le moins qu&#8217;on puisse dire, ce rejet massif. Expliquer ce grand \u00e9cart n&#8217;est \u00e9videmment pas facile. Mais cette question peut \u00eatre \u00e9clair\u00e9e par un rapide examen des d\u00e9marches programmatiques.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 lib\u00e9ral, la situation est ind\u00e9cise et ne devrait pas \u00eatre clarifi\u00e9e par la d\u00e9magogie \u00e9lectorale. Il y a en effet deux mani\u00e8res pour la droite de tirer les le\u00e7ons de l&#8217;\u00e9chec du CPE. L&#8217;une d&#8217;entre elles consiste \u00e0 sauter par-dessus l&#8217;obstacle et de se donner directement comme objectif une remise en cause frontale du droit du travail. La seconde serait d&#8217;explorer les voies d&#8217;un compromis entre la flexibilisation du march\u00e9 du travail et un renforcement formel des garanties sociales. Le d\u00e9bat qui parcourt actuellement les sph\u00e8res lib\u00e9rales sur le contrat de travail (unique ou pas ?) est un bon exemple de ces h\u00e9sitations. Il est frappant \u00e9galement de constater que certains lib\u00e9raux pensent, comme le soulignait d\u00e9j\u00e0 le rapport Camdessus, qu&#8217;on ne peut aller beaucoup plus loin sur la voie des all\u00e9gements de cotisations sociales. On tombe ici sur une autre contrainte de tout projet n\u00e9olib\u00e9ral : il doit baisser le co\u00fbt du travail tout en pr\u00e9voyant des filets de s\u00e9curit\u00e9 ; mais ceux-ci ne doivent pas \u00eatre trop co\u00fbteux pour un Etat que l&#8217;on veut \u00ab all\u00e9ger \u00bb. C&#8217;est pourquoi un tel projet combine forc\u00e9ment plusieurs points d&#8217;application : le co\u00fbt du travail, les d\u00e9penses publiques mais aussi le budget de la S\u00e9cu. Dans ce panorama, les propositions de Sarkozy et Fillon, centr\u00e9es sur l&#8217;id\u00e9e de \u00ab libre choix \u00bb, semblent privil\u00e9gier la piste d&#8217;une individualisation accrue du rapport salarial.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 social-lib\u00e9ral, le projet du PS part des m\u00eames consid\u00e9rants : il faut \u00eatre comp\u00e9titif et flexible. Il ne peut donc proposer autre chose qu&#8217;une combinaison diff\u00e9rente entre flexibilisation et s\u00e9curisation, avec une augmentation du Smic (qui ne s&#8217;\u00e9carte pas vraiment de son \u00e9volution pass\u00e9e), des mesures dites de s\u00e9curisation des parcours professionnels, et un vague projet de r\u00e9forme fiscale. Aucune le\u00e7on ne semble avoir \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e de la d\u00e9claration calamiteuse de Jospin expliquant que l&#8217;Etat ne peut rien. L&#8217;intervention gouvernementale se r\u00e9duirait \u00e0 l&#8217;organisation de \u00ab grandes conf\u00e9rences entre partenaires sociaux \u00bb sur tous les sujets \u00e0 propos desquels le PS se garde d&#8217;avancer un objectif pr\u00e9cis, qu&#8217;il s&#8217;agisse des salaires ou de la dur\u00e9e du travail. Force est de le constater : la pression du mouvement social sur le PS n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 suffisante pour qu&#8217;il se sente oblig\u00e9 de reprendre, au moins de mani\u00e8re rh\u00e9torique, un certain nombre de ses aspirations. La d\u00e9signation de S\u00e9gol\u00e8ne Royal marque de ce point de vue l&#8217;\u00e9chec durable des courants du PS qui avaient cru pouvoir jouer un r\u00f4le de relais interne.<\/p>\n<p>La gauche radicale propose de rompre avec le n\u00e9olib\u00e9ralisme et la coh\u00e9rence de ce projet repose sur une id\u00e9e simple : on ne peut rien changer \u00e0 la situation actuelle sans modifier profond\u00e9ment la r\u00e9partition des richesses. Pourquoi ce programme n&#8217;est-il pas aujourd&#8217;hui per\u00e7u largement comme le prolongement naturel des mobilisations et des r\u00e9voltes ? L&#8217;une des principales raisons est le fait que nous sommes face \u00e0 une droite particuli\u00e8rement dure et dangereuse. Comme aux derni\u00e8res \u00e9lections r\u00e9gionales, le PS peut sembler \u00eatre le meilleur outil pour battre cette droite, sans d&#8217;ailleurs que ce \u00ab vote utile \u00bb implique un soutien enthousiaste \u00e0 son action pass\u00e9e et \u00e0 son programme. Plus la droite est dure, plus la gauche peut se permettre d&#8217;\u00eatre molle, parce qu&#8217;elle peut se pr\u00e9senter, \u00e0 bas prix, comme un moindre mal. Telle est sans doute la cl\u00e9 du paradoxe. Mais l&#8217;exp\u00e9rience des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies devrait montrer que c&#8217;est un calcul \u00e0 courte vue : faute de v\u00e9ritable alternative, la gauche molle pr\u00e9pare l&#8217;alternance et le retour d&#8217;une droite encore plus remont\u00e9e. Pour reprendre le jargon des \u00e9conomistes, cette gauche est substituable \u00e0 la droite \u00e0 court terme, mais l&#8217;une et l&#8217;autre sont compl\u00e9mentaires \u00e0 moyen terme. Pour rompre ce cycle infernal, un bon programme ne suffit pas : la gauche radicale doit convaincre largement qu&#8217;elle est capable : et d\u00e9sireuse : de bousculer cette redoutable m\u00e9canique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, le corps social manifeste son rejet du n\u00e9olib\u00e9ralisme sous des formes vari\u00e9es, les trois derni\u00e8res en date \u00e9tant le \u00ab non \u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum, les \u00e9meutes en banlieue et le mouvement anti-CPE. 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