{"id":2363,"date":"2006-03-01T00:00:00","date_gmt":"2006-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-medef-style-parisot2363\/"},"modified":"2023-06-23T23:05:43","modified_gmt":"2023-06-23T21:05:43","slug":"le-medef-style-parisot2363","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2363","title":{"rendered":"Quand Parisot tentait de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la langue du Medef"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em>Le nouveau patron du Medef, Pierre Gattaz, est entr\u00e9 en fonction mercredi 3 juillet. Huit ans pile, \u00e0 deux jours pr\u00e8s, apr\u00e8s l&#8217;av\u00e8nement de Laurence Parisot \u00e0 la t\u00eate de l&#8217;organisation patronale. Va-t-il faire regretter celle qui l&#8217;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9? Pas s\u00fbr. Quelques mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e<\/em>, Regards <em>s&#8217;\u00e9tait int\u00e9ress\u00e9 au nouveau Medef \u00abstyl\u00e9 Parisot\u00bb (c&#8217;\u00e9tait le titre de cet article). Gageons que si le nouvel \u00e9lu des patrons n&#8217;utilise pas les m\u00eames formules choc, il dira exactement les m\u00eames choses&#8230; En attendant, petit retour, pour m\u00e9moire, sur les mots d&#8217;une femme qui fut capable de cette inoubliable sentence<\/em>: \u00abLa vie, la sant\u00e9, l&#8217;amour sont pr\u00e9caires, pourquoi le travail \u00e9chapperait-il \u00e0 cette loi ?\u00bb<\/p>\n<p>La pr\u00e9sidente du Medef, Laurence Parisot, a un challenge d&#8217;envergure \u00e0 relever. Donner une image positive du Medef tout en \u0153uvrant \u00e0 la casse du droit du travail. Portrait. <\/p>\n<p>On s&#8217;attendait presque \u00e0 la voir d\u00e9bouler dans une voiture de sport italienne, sa marque de fabrique m\u00e9diatique. Signe de sa ma\u00eetrise du contre-pied, Laurence Parisot arrive \u00e0 bord d&#8217;une sombre berline \u00e0 papa. La nouvelle pr\u00e9sidente du Medef a rendez-vous avec une brochette de journalistes sous des lambris parisiens. Petite, sobrement \u00e9l\u00e9gante et \u00e9nergique, elle se montre \u00e0 l&#8217;aise et pleine d&#8217;humour&#8230; \u00ab <em>Vous remarquez que je ne me d\u00e9robe pas, malgr\u00e9 l&#8217;actualit\u00e9<\/em> \u00bb, plaisante-t-elle. L&#8217;actualit\u00e9 ? Nous sommes un 7 f\u00e9vrier, premier jour de mobilisation nationale contre le contrat nouvelles embauches (CNE) et le contrat premi\u00e8re embauche (CPE). Le CNE, soit la possibilit\u00e9 de licencier tout salari\u00e9 du jour au lendemain et sans motif pendant deux ans, l&#8217;emballe : \u00ab <em>Il est bon que le contrat de travail ne soit plus un tabou<\/em> \u00bb, euph\u00e9mise- t-elle. Sa joie serait totale si le gouvernement voulait bien l&#8217;\u00e9tendre aux entreprises de plus de vingt salari\u00e9s. C&#8217;est d\u00e9j\u00e0 le cas du CPE, qui pr\u00e9voit la m\u00eame \u00ab <em>souplesse<\/em> \u00bb de licenciement pour les moins de 26 ans. La mesure provoque sa m\u00e9fiance : \u00ab <em>Il ne faut pas faire de cat\u00e9gories<\/em> \u00bb, justifie-t-elle. Une conviction qui ne l&#8217;emp\u00eachera pas de dire, peu apr\u00e8s, qu&#8217;elle est \u00ab <em>plut\u00f4t pour les quotas<\/em> \u00bb de Nicolas Sarkozy. Un point pour Sarko et une tape sur les doigts pour Villepin, trop timide avec les salari\u00e9s jetables.<\/p>\n<h2>Rompre avec le pass\u00e9<\/h2>\n<p>Le ton est donn\u00e9. En cette p\u00e9riode pr\u00e9-pr\u00e9sidentielle, les ench\u00e8res montent. Le Medef a annonc\u00e9 la sortie d&#8217;un livre blanc, cahier de dol\u00e9ances du patronat. En avant-premi\u00e8re : \u00ab <em>Toute r\u00e9glementation nouvelle doit s&#8217;accompagner de la disparition d&#8217;une r\u00e9glementation plus ancienne.<\/em> \u00bb Traduire : si l&#8217;on cr\u00e9e le CNE, c&#8217;est bien pour renoncer au CDI.<\/p>\n<p>\u00ab <em>A c\u00f4t\u00e9 d&#8217;elle, Ernest-Antoine Seilli\u00e8re \u00e9tait un dangereux gauchiste !<\/em> \u00bb, analysait le syndicaliste CFDT Didier Delanis [[D\u00e9claration de Didier Delanis, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CFDT du Lot- et-Garonne au journal <em>Le Monde<\/em>.]]. \u00ab<em>En un sens, mon lib\u00e9ralisme est en effet plus fort que celui du pr\u00e9sident Seilli\u00e8re<\/em> \u00bb, confirme l&#8217;int\u00e9ress\u00e9e. Adoub\u00e9e par le gauchiste en question et confortablement \u00e9lue \u00e0 la t\u00eate du Medef en juillet dernier, elle a la mission de rompre avec le pass\u00e9. En aiguillon lib\u00e9ral du gouvernement fa\u00e7on le ma\u00eetre et son valet, Ernest-Antoine Seilli\u00e8re avait un style \u00ab \u00e0 la cravache \u00bb. Raffarin, le dos rond, obtemp\u00e9rait. La m\u00e9thode Parisot est autre. Son \u00e9loquence constitue une arme aff\u00fbt\u00e9e, plus subtile que l&#8217;arrogance assum\u00e9e de son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Si le verbe est aimable, voire un peu mi\u00e8vre &#8211; elle intitulait sa premi\u00e8re universit\u00e9 d&#8217;\u00e9t\u00e9 \u00ab r\u00e9enchanter le monde \u00bb &#8211; la f\u00e9e clochette des patrons montre une v\u00e9ritable d\u00e9termination au service d&#8217;un lib\u00e9ralisme dur. Elle a le sens de la formule. Il faut \u00ab <em>remettre la France en mouvement<\/em> \u00bb et favoriser \u00ab<em> l&#8217;esprit d&#8217;entreprise, le travail, le pragmatisme (&#8230;). Parce qu&#8217;il privil\u00e9gie ce qui marche sur ce qui ne marche pa<\/em>s \u00bb. Son vocabulaire est concis, ses phrases volontiers lapidaires. Elle n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 renvoyer les journalistes dans leur cordes : Concertation ? \u00ab <em>C&#8217;est un mot valise qui ne veut rien dire<\/em>.\u00bb Dialogue social ? \u00ab <em>\u00c7a n&#8217;a pas de sens non plus.<\/em>\u00bb Elle revendique en revanche certains mots, souhaitant leur rendre un peu de lustre : \u00ab <em>lib\u00e9ralisme<\/em> \u00bb, \u00ab <em>m\u00e9chamment caricatur\u00e9<\/em> \u00bb ou \u00ab <em>fluidit\u00e9<\/em> \u00bb, qu&#8217;elle pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 \u00ab <em>flexibilit\u00e9<\/em> \u00bb. Rompre avec le Medef \u00e0 l&#8217;ancienne, donc, et son image aussi d\u00e9plorable que le baron fut caricatural, pour vaincre cette \u00ab<em>peur bien fran\u00e7aise de l&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e lors du r\u00e9f\u00e9rendum sur la Constitution europ\u00e9enne<\/em> \u00bb.<\/p>\n<h2>B\u00eate noire : le code du travail <\/h2>\n<p>Pas de rupture en revanche sur le Code du travail, \u00e9ternelle b\u00eate noire du CNPF puis du Medef. Sur ce chantier, Laurence Parisot est particuli\u00e8rement en pointe. Ce fut la ligne directrice de sa campagne mais aussi sa pratique quotidienne de l&#8217;entreprise. En patronne d&#8217;un institut de sondage, l&#8217;Ifop, elle a pu exp\u00e9rimenter le recours massif \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 : 90 % de son effectif est en CDD reconductible \u00e0 l&#8217;envi, comme le pr\u00e9voit le statut de sondeur, d\u00e9rogatoire au droit fran\u00e7ais. Elle veut en finir \u00ab <em>des flous, des complexit\u00e9s (dans la l\u00e9gislation du travail) qui emp\u00eachent d&#8217;avancer<\/em> \u00bb. \u00ab <em>Nous prendrons les initiatives pour permettre l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un droit du travail modernis\u00e9, ajoute-t-elle au lendemain de son \u00e9lection, qui concilie la prise de risque \u00e9conomique et la protection des individus.<\/em> \u00bb On notera que la protection du collectif, pi\u00e8ce ma\u00eetresse du droit du travail, dispara\u00eet au b\u00e9n\u00e9fice de la protection de l&#8217;individu. <\/p>\n<p>Autre envol\u00e9e m\u00e9morable : \u00ab<em> La vie, la sant\u00e9, l&#8217;amour sont pr\u00e9caires, pourquoi le travail \u00e9chapperait-il \u00e0 cette loi ? <\/em> \u00bb [[<em>Le Figaro<\/em> 30 ao\u00fbt 2005.]] Elle remet \u00e7a quelques jours plus tard sur France-Inter : \u00ab <em>La pr\u00e9carit\u00e9 est une loi de la condition humaine.<\/em> \u00bb Laurence Parisot, dot\u00e9e d&#8217;un bas de laine personnel d&#8217;une centaine de millions d&#8217;euros (et d&#8217;une belle voiture italienne) [[Sa fortune personnelle serait la 233e de France, selon le classement de <em>Challenges<\/em>.]] \u00e9chappe \u00e0 cette loi humaine.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-2363 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/par-d6d.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/par-d6d-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"par.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>Le nouveau patron du Medef, Pierre Gattaz, est entr\u00e9 en fonction mercredi 3 juillet. Huit ans pile, \u00e0 deux jours pr\u00e8s, apr\u00e8s l&#8217;av\u00e8nement de Laurence Parisot \u00e0 la t\u00eate de l&#8217;organisation patronale. Va-t-il faire regretter celle qui l&#8217;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9? Pas s\u00fbr. Quelques mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e<\/em>, Regards <em>s&#8217;\u00e9tait int\u00e9ress\u00e9 au nouveau Medef \u00abstyl\u00e9 Parisot\u00bb (c&#8217;\u00e9tait le titre de cet article). Gageons que si le nouvel \u00e9lu des patrons n&#8217;utilise pas les m\u00eames formules choc, il dira exactement les m\u00eames choses&#8230; En attendant, petit retour, pour m\u00e9moire, sur les mots d&#8217;une femme qui fut capable de cette inoubliable sentence<\/em>: \u00abLa vie, la sant\u00e9, l&#8217;amour sont pr\u00e9caires, pourquoi le travail \u00e9chapperait-il \u00e0 cette loi ?\u00bb<\/p>\n<p>La pr\u00e9sidente du Medef, Laurence Parisot, a un challenge d&#8217;envergure \u00e0 relever. Donner une image positive du Medef tout en \u0153uvrant \u00e0 la casse du droit du travail. Portrait. <\/p>\n","protected":false},"author":569,"featured_media":14273,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[315],"class_list":["post-2363","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives-web","tag-syndicats"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2363","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/569"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2363"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2363\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/14273"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2363"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2363"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2363"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}