{"id":2341,"date":"2006-04-01T00:00:00","date_gmt":"2006-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/lola-lafon-si-la-politique-n-est2341\/"},"modified":"2006-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-03-31T22:00:00","slug":"lola-lafon-si-la-politique-n-est2341","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2341","title":{"rendered":"Lola Lafon : \u00ab Si la politique n&#8217;est pas v\u00e9cue dans l&#8217;intime, elle n&#8217;a aucun sens \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entre un roman culte publi\u00e9 en 1993 et un album teint\u00e9 musiques des Balkans qui sort maintenant, Lola Lafon fait grandir un style gorg\u00e9 d&#8217;\u00e9nergie et de contestation. Entretien. <\/p>\n<p>Lola Lafon (1), 32 ans. C&#8217;est d&#8217;abord une grande natte blonde et une \u00e9tiquette d&#8217;\u00e9g\u00e9rie radicale dont elle ne sait plus trop comment s&#8217;en d\u00e9patouiller. Et surtout un livre culte, Un fi\u00e8vre impossible \u00e0 n\u00e9gocier, sorti en 2003 sous le parrainage de Begbeider. Un road-movie de la contestation anticapitaliste d&#8217;apr\u00e8s la chute du mur, entre squat et manifestations altermondialistes. Justement, aujourd&#8217;hui elle revient avec son groupe Leva et leur album, Grandir \u00e0 l&#8217;envers de rien (Bleu \u00e9lectric), qui fait la part belle aux musiques de l&#8217;Est qui ont berc\u00e9 son enfance (elle a grandi en Bulgarie et en Roumanie dans une famille de militants communistes fran\u00e7ais travaillant l\u00e0-bas), m\u00eame si elle reprend, en grande fan des Stones, \u00ab Paint it black \u00bb. Un tel CV m\u00e9ritait bien une rencontre.<\/p>\n<p><strong> Tu as grandi dans les anciens \u00ab pays socialistes \u00bb, n&#8217;as-tu pas parfois l&#8217;impression de participer \u00e0 une esp\u00e8ce de nostalgie ambigu\u00eb ? <\/strong> <\/p>\n<p><strong> Lola Lafon. <\/strong> Je garde d&#8217;abord un regard d&#8217;enfant sur ma vie dans l\u00e0-bas. Au d\u00e9but, quand je suis arriv\u00e9e en France \u00e0 12 ans, ce que l&#8217;on me renvoyait d&#8217;o\u00f9 je venais me semblait tellement clich\u00e9. Je n&#8217;ai naturellement pas v\u00e9cu ce qu&#8217;ont travers\u00e9 mes parents ou leurs amis sur place. La queue devant les magasins, l&#8217;existence d&#8217;un seul journal, etc., il s&#8217;agissait pour moi de la norme. Je ne pouvais pas d\u00e9velopper alors une attitude critique. Maintenant, je trouve qu&#8217;on est loin de ce d\u00e9bat. L&#8217;id\u00e9ologie dominante et \u00e9crasante, c&#8217;est le lib\u00e9ralisme, pas la nostalgie du communisme. Je suis gav\u00e9 d&#8217;entendre toujours des cris horrifi\u00e9s sur ces pays, car il y avait quand m\u00eame une scolarit\u00e9 gratuite, des logements pour tous, etc. C&#8217;est peut-\u00eatre une forme de nationalisme mal dig\u00e9r\u00e9 sans doute (rire). Moi, je me suis attach\u00e9e \u00e0 la musique, par exemple. Celle que j&#8217;aime, l&#8217;h\u00e9ritage rrom, n&#8217;\u00e9tait pas vraiment en odeur de saintet\u00e9 sous Ceausescu. Et je n&#8217;ai jamais expliqu\u00e9 que sous le Conducator, la vie \u00e9tait g\u00e9niale. Ce qui m&#8217;\u00e9nerve, c&#8217;est l&#8217;amalgame fascisme et communisme. Et je ne suis pas communiste du tout. Je me consid\u00e8re comme libertaire. A priori, nous ne sommes pas vraiment copains, il y a eu suffisamment de morts pour creuser le foss\u00e9. Seulement, cette vision \u00ab Tintin au pays des soviets \u00bb m&#8217;agace. Ce qui m&#8217;\u00e9nerve au fond, c&#8217;est la certitude qu&#8217;ont les gens \u00e0 l&#8217;Ouest d&#8217;\u00eatre dans le moins pire des meilleurs r\u00e9gimes. On peut au moins en discuter. Or, ce n&#8217;est pas possible aujourd&#8217;hui. Je pense que ces millions de personnes en dessous du seuil de pauvret\u00e9 en France, avec toutes les richesses qui existent ici, c&#8217;est aussi l&#8217;horreur.<\/p>\n<p><strong> Tu te r\u00e9clames libertaire. Justement, que retiens-tu de l&#8217;h\u00e9ritage communiste de tes parents ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Lola Lafon. <\/strong> D&#8217;abord, d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 dans une famille de militants et de r\u00e9sistants. C&#8217;est un quelque chose que j&#8217;ai r\u00e9alis\u00e9 tr\u00e8s tard, car c&#8217;\u00e9tait aussi un aspect qui m&#8217;a longtemps ennuy\u00e9, tellement il \u00e9tait omnipr\u00e9sent. Maintenant, depuis dix ans que je pratique mon propre militantisme, je suis terriblement contente d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 entour\u00e9e de gens qui s&#8217;engueulaient sur la politique, qui m&#8217;ont appris qu&#8217;on peut descendre dans la rue avec des tracts, aller au porte-\u00e0-porte chez ses voisins. Que tu n&#8217;as pas \u00e0 prendre dans la figure tout ce qui se passe, en regardant b\u00eatement le journal t\u00e9l\u00e9, qu&#8217;on peut influer le cours de l&#8217;histoire.<\/p>\n<p><strong> Quelle est la mouvance dont tu te sens le plus proche actuellement ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Lola Lafon. <\/strong>  Libertaire, sans affiliation directe. Je ne suis pas \u00e0 la FA. Je ne suis pas non plus \u00e0 la CNT, m\u00eame si pendant les manifs mes pas me portent plut\u00f4t vers eux. En fait, je me sens plus proche de certaines mouvances autonomes italiennes, pour leur c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la fois libertaire mais ouvert sur leur environnement, \u00e0 travers notamment  l&#8217;exp\u00e9rience des centres sociaux. Par ailleurs, il existe des aspects contestataires que je trouve un peu d\u00e9rangeants en France. Par exemple, cette idol\u00e2trie autour de Che Guevara me semble presque morbide. Le culte de l&#8217;\u00e9chec et de la mort, cet imaginaire romantique, cet appel du combat solitaire et perdu d&#8217;avance dans l&#8217;extr\u00eame gauche. C&#8217;est pour cela que je trouve int\u00e9ressant ce qui se passe autour du sous-commandant Marcos. Plus personne ne parle de lui parce que le pauvre a commis l&#8217;erreur de survivre. Il a de l&#8217;humour, il se bat avec son lot d&#8217;erreurs, etc. Il ne peut pas devenir une ic\u00f4ne, il est trop vivant. D&#8217;o\u00f9 ma sympathie pour le mouvement zapatiste, toujours l\u00e0, int\u00e9ressant intellectuellement et pratiquement.<\/p>\n<p><strong> Tu as pas mal fr\u00e9quent\u00e9 la sc\u00e8ne punk et alterno, pourtant ton groupe Leva se retrouve autour des musiques des Balkans&#8230; <\/strong> <\/p>\n<p><strong> Lola Lafon. <\/strong> J&#8217;ai toujours \u00e9t\u00e9 passionn\u00e9e par le chant. J&#8217;aime les histoires d&#8217;harmonie, les voix bulgares, etc. Pendant longtemps, j&#8217;ai chant\u00e9 pour des films ou des t\u00e9l\u00e9films pour faire les voix \u00ab exotiques \u00bb. J&#8217;ai absorb\u00e9 cette musique quand j&#8217;\u00e9tais petite, avec une utilisation de la voix un peu orientale, avec une grosse influence de la Turquie. En comparaison des disques de mes parents (Les Stones, etc.), elle me donnait l&#8217;impression d&#8217;incarner une sorte de blues local. Je ne me suis jamais demand\u00e9 ce que j&#8217;allais faire sur sc\u00e8ne ou sur disque. Pour moi, ce m\u00e9lange \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans ma t\u00eate. Il n&#8217;y a pas que l&#8217;\u00e9nergie rock qui compte.<\/p>\n<p><strong> Est-ce qu&#8217;il existe aujourd&#8217;hui d&#8217;autres courants musicaux auxquels tu aurais envie de te frotter ? <\/strong> <\/p>\n<p><strong> Lola Lafon. <\/strong>  Le rap, le hip-hop. Je suis une tr\u00e8s grande fan des Beastie Boys, de leur attitude entre punk et rap. J&#8217;appr\u00e9ciais aussi Rage against the machine, dans le c\u00f4t\u00e9 fusion rap\/rock. Et aussi des artistes comme Kelis, Missy Elliot, notamment au niveau de la prod. En France, j&#8217;adore la rappeuse Bam&#8217;s avec qui nous allons jouer en concert. J&#8217;aime bien \u00e9galement, dans un autre registre, Gonzales ou les T\u00eates raides. En fait, j&#8217;\u00e9coute peu de trucs fran\u00e7ais, plut\u00f4t les vieux albums des Stones, Jeff Buckley ou bien Bartok. Apr\u00e8s, j&#8217;en ai un peu marre de cette h\u00e9g\u00e9monie de la musique anglo-saxonne. La \u00ab musique du monde \u00bb, qu&#8217;est-ce que cela veut dire ? Le monde par rapport \u00e0 la norme de ce que sortent les Etats-Unis ou la France ? Il est rare que les groupes engag\u00e9s parlent de leur \u00e2me ou d&#8217;amour dans leurs chansons. On a l&#8217;impression que toi, tu cherches dans tes textes \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler une forme d&#8217;intimit\u00e9 radicale ? Lola Lafon.  J&#8217;ai un peu peur du c\u00f4t\u00e9 s\u00e9paration entre politique et intime. Si la politique n&#8217;est pas v\u00e9cue dans l&#8217;intime, elle n&#8217;a aucun sens. Et je trouve que le chant rel\u00e8ve pr\u00e9cis\u00e9ment de cette probl\u00e9matique. Pour moi, je n&#8217;ai pas \u00ab une opinion politique \u00bb, je d\u00e9teste cette expression. J&#8217;ai une mani\u00e8re d&#8217;envisager la vie, l&#8217;amour, etc., qui me rend heureuse. Je n&#8217;ai pas l&#8217;impression de faire des chansons engag\u00e9es. C&#8217;est un tout. Est-ce qu&#8217;on peut porter un morceau comme \u00ab Compl\u00e8tement \u00e0 l&#8217;Ouest \u00bb sur les sans-papiers et ne pas se retrouver dans des concerts de soutien ? Et, d&#8217;autre part, je pourrais \u00e9crire un texte sur une nuit de sexe avec un mec, ou sur le skate (sourire), qui forc\u00e9ment sonnerait radicalement diff\u00e9rente de ce que l&#8217;on peut entendre. Je n&#8217;aime pas trop cette posture de groupe \u00ab engag\u00e9 \u00bb, o\u00f9 tu te places \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur, tu n&#8217;as plus d&#8217;intime, tu deviens une sorte de militante professionnelle. Ce n&#8217;est pas tr\u00e8s bon signe.<\/p>\n<p><strong> Comment per\u00e7ois-tu le d\u00e9bat autour du t\u00e9l\u00e9chargement ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Lola Lafon. <\/strong> J&#8217;ai un double point de vue sur la question. Je pense vraiment, contrairement \u00e0 certains anars, que le droit d&#8217;auteur est important. Je trouve hallucinant que beaucoup de petits-bourgeois soient d&#8217;accord pour payer leur abonnement SFR mais trouvent naturel que la musique soit gratuite. Et en m\u00eame temps, je trouve naze de filer de l&#8217;argent \u00e0 une major. Moi, je suis pour la gratuit\u00e9, mais de tout. Que la musique soit gratuite, cela me va, mais alors mon t\u00e9l\u00e9phone aussi, mon cin\u00e9ma aussi, ou les transports en commun. Il y a un r\u00e9flexe assez puritain l\u00e0-dessous, l&#8217;id\u00e9e que les artistes ne doivent pas gagner d&#8217;argent. Je n&#8217;ai pas de probl\u00e8me avec le fait, dans l&#8217;absolu, que ce soit gratuit, que l&#8217;on fasse payer les serveurs Internet ou les fabriquants de graveurs. J&#8217;ai jou\u00e9 gratos pendant des ann\u00e9es et nous continuons. Mais il faut arr\u00eater, les revenus des artistes ne repr\u00e9sentent pas les grandes fortunes du monde, c&#8217;est davantage madame B\u00e9tancourt. J&#8217;ai donc le cul entre deux chaises. En plus, le c\u00f4t\u00e9 boulimique du t\u00e9l\u00e9chargement\u00a0me d\u00e9passe. Il me faut des mois pour rentrer dans un disque.<\/p>\n<p>\/Lola Lafon (1) est \u00e9crivaine, auteure du livre Une fi\u00e8vre impossible \u00e0 n\u00e9gocier, flammarion, 2003. Musicienne, elle vient de sortir son premier cd, Lola Lafon et Leva, Label Bleu.\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entre un roman culte publi\u00e9 en 1993 et un album teint\u00e9 musiques des Balkans qui sort maintenant, Lola Lafon fait grandir un style gorg\u00e9 d&#8217;\u00e9nergie et de contestation. 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