{"id":2330,"date":"2006-05-01T00:00:00","date_gmt":"2006-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-france-est-elle-reformable2330\/"},"modified":"2006-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-04-30T22:00:00","slug":"la-france-est-elle-reformable2330","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2330","title":{"rendered":"La France est-elle r\u00e9formable ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Raymond Aron, penseur de droite, disait au G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle :<em> \u00ab Les Fran\u00e7ais font de temps en temps une r\u00e9volution mais jamais de r\u00e9formes \u00bb <\/em>. Irr\u00e9formable, la France? Table ronde autour d&#8217;une id\u00e9e tr\u00e8s en vogue avec Annick Coup\u00e9, Claude Mazauric, Yves Salesse. <\/p>\n<p>Le pays de la R\u00e9volution fran\u00e7aise serait, dit-on, ingouvernable, arc-bout\u00e9  toujours entre des conservatismes de tous poils, au point de ne pouvoir avancer que sous forme d&#8217;explosions de col\u00e8re qui elles-m\u00eames n&#8217;aboutissent, chaque fois, qu&#8217;\u00e0 des compromis douteux, conclus dans la pr\u00e9cipitation et la confusion&#8230; Voil\u00e0 bien une id\u00e9e re\u00e7ue souvent port\u00e9e sur notre pays, y compris par nombre d&#8217;observateurs \u00e9trangers. Or, cette pol\u00e9mique a \u00e9t\u00e9 relanc\u00e9e une fois de plus \u00e0 l&#8217;occasion du mouvement anti-CPE par ses d\u00e9tracteurs et une partie d&#8217;une certaine \u00ab intelligentsia \u00bb dominant les m\u00e9dias. Querelle de bien-pensants qu&#8217;une gauche autrement plus engag\u00e9e est invit\u00e9e \u00e0 balayer d&#8217;un revers de main ? Fond de v\u00e9rit\u00e9 historique qu&#8217;il conviendrait d&#8217;arpenter de plus pr\u00e8s ? Conjoncture particuli\u00e8re d&#8217;un Villepin prenant la posture d&#8217;un pr\u00e9sidentiable, dans un \u00e9talage de force in\u00e9dit fait de surench\u00e8re avec son ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur ? Et si&#8230; on se la posait r\u00e9ellement, cette question de la gouvernabilit\u00e9 fran\u00e7aise ? <strong> K.G. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Claude Mazauric. <\/strong> La France n&#8217;est pas plus r\u00e9volutionnaire qu&#8217;un autre pays ! Ce n&#8217;est pas parce que nous avons r\u00e9ussi une r\u00e9volution&#8230; Le clich\u00e9 d&#8217;une France ingouvernable a en r\u00e9alit\u00e9 une fonction politique pr\u00e9cise, contre laquelle il faut s&#8217;inscrire en faux, et travailler pour cela \u00e0 en invalider le contenu m\u00eame. Je veux partir d&#8217;un constat simple : la France est la nation d&#8217;Europe qui a connu le plus intense mouvement de r\u00e9formes \u00e9tatiques depuis les d\u00e9buts de l&#8217;Etat moderne. D\u00e8s la monarchie des Valois, constamment, en effet, on r\u00e9forme, sans abolir ce qui pr\u00e9c\u00e8de, en concourant ainsi \u00e9tape par \u00e9tape au renforcement de l&#8217;Etat d&#8217;Ancien R\u00e9gime&#8230; au point d&#8217;ailleurs de le rendre confus et d&#8217;amener \u00e0 une crise de celui-ci ! Cette tendance constamment r\u00e9formatrice de l&#8217;Histoire fran\u00e7aise, marqu\u00e9e par de nombreux personnages d&#8217;Etat demeur\u00e9s c\u00e9l\u00e8bres comme Colbert ou Sully, se manifeste en m\u00eame temps par une recherche syst\u00e9matique du compromis, en contradiction l\u00e0 encore avec le poncif d&#8217;une nation qui en serait incapable, justement, de compromis&#8230; Au fil de l&#8217;histoire, en effet, pas de r\u00e9forme sans marchandage ! Au XIXe si\u00e8cle, on peut renouveler encore le constat : la France, tout au long de ce si\u00e8cle, n&#8217;en finit pas de se r\u00e9former. Et sous la IIIe R\u00e9publique aussi, si je caract\u00e9rise l\u00e0 encore la r\u00e9forme comme une tentative de transformation ample et g\u00e9n\u00e9rale des conditions de vie collectives qui serait r\u00e9alis\u00e9e depuis l&#8217;Etat, la liste est impressionnante de celles qui modifient effectivement les conditions de vie politique de la nation fran\u00e7aise ! Sous la Ve R\u00e9publique, enfin, il en va de m\u00eame, l\u00e0 encore&#8230; Oui, nous sommes une des nations qui conna\u00eet le plus de r\u00e9formes ! Yves Salesse. Dans  la seule p\u00e9riode contemporaine, les r\u00e9formes ont \u00e9t\u00e9 nombreuses, en effet : dans l&#8217;Education nationale, notamment, qu&#8217;on qualifie pourtant de mammouth non r\u00e9formable&#8230; et o\u00f9, tout de m\u00eame, le syst\u00e8me dual \u00e9litaire de l&#8217;apr\u00e8s-Seconde Guerre mondiale a \u00e9t\u00e9 rendu totalement obsol\u00e8te par voie de r\u00e9forme ! Voil\u00e0 bien un exemple de changement consid\u00e9rable. Du reste, qu&#8217;entend-on par \u00ab non r\u00e9formable \u00bb ? Au contraire, ce qui frappe aujourd&#8217;hui, ce sont bien les mouvements d&#8217;ampleur entrepris par les gouvernements sociaux-lib\u00e9raux et lib\u00e9raux successifs, privatisations, transformations du march\u00e9 du travail, etc., des mouvements dits eux-m\u00eames \u00ab de r\u00e9forme \u00bb, et si amples qu&#8217;ils ont provoqu\u00e9 en vingt ans seulement un d\u00e9placement fantastique de 10 % de la valeur ajout\u00e9e du salariat au profit des d\u00e9tenteurs du capital ! De m\u00eame, la construction europ\u00e9enne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e sous l&#8217;angle d&#8217;une r\u00e9forme de grande ampleur pour la France, puisque notre Etat dit jacobin et centralisateur accepte ainsi de d\u00e9l\u00e9guer une partie de son pouvoir au niveau europ\u00e9en, principalement intergouvernemental. Voil\u00e0 bien une autre transformation politique nationale gigantesque! <\/p>\n<p><strong> Annick Coup\u00e9. <\/strong> La bataille de mots n&#8217;est pas anodine&#8230; Cette pol\u00e9mique autour d&#8217;une France qui ne serait pas r\u00e9formable, nous y avons droit \u00e0 chaque nouvel \u00e9pisode\u00a0de conflit social. Le mot \u00ab progr\u00e8s \u00bb lui-m\u00eame, dans notre camp, globalement, a disparu, c&#8217;est un constat, pour c\u00e9der la place notamment au terme de \u00ab r\u00e9forme \u00bb, qui n&#8217;implique par lui-m\u00eame aucun contenu a priori. Et pendant ce temps, le lib\u00e9ralisme s&#8217;est appropri\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9 le mot \u00ab r\u00e9forme \u00bb \u00e0 son tour, lui collant les mots de \u00ab modernit\u00e9 \u00bb et de \u00ab souplesse \u00bb, contre \u00ab l&#8217;archa\u00efsme \u00bb et le \u00ab conservatisme \u00bb des forces historiquement dites progressistes. Concernant le CPE, par exemple : le march\u00e9 du travail pr\u00e9cis\u00e9ment, avec une d\u00e9multiplication des contrats de travail, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 au contraire de fa\u00e7on acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e en une g\u00e9n\u00e9ration ! La lutte elle-m\u00eame contre le CPE a pos\u00e9 une question politique de fond sur le r\u00eave d&#8217;une vie normale et la question m\u00eame de ce qu&#8217;est la norme. C&#8217;est une question de politique et de soci\u00e9t\u00e9. Or, une question ici pour nous est : comment se m\u00e8nent ces d\u00e9bats ? Nous avons en France la mauvaise habitude de renvoyer nos grands choix de soci\u00e9t\u00e9 aux partis politiques, avec une m\u00e9fiance des partis qui s&#8217;est accrue face \u00e0 l&#8217;absence d&#8217;une r\u00e9elle politique antilib\u00e9rale pendant la p\u00e9riode de la gauche au pouvoir. Mais les questions de fond, les questions politiques et d&#8217;alternatives reviennent fortement dans les mouvements sociaux r\u00e9cents. Contrairement \u00e0 1995, qui \u00e9tait d&#8217;abord l&#8217;expression d&#8217;un refus, nous sommes dans le mouvement social fran\u00e7ais aujourd&#8217;hui davantage inscrits dans un contenu politique \u00ab positif \u00bb des mobilisations en cours, avec un d\u00e9but d&#8217;appropriation collective de propositions alternatives qui se discutent dans des espaces pluriels, comme la Fondation Copernic par exemple. A supposer qu&#8217;il ait r\u00e9ellement exist\u00e9, le temps est r\u00e9volu o\u00f9 il \u00e9tait possible d&#8217;avoir des mobilisations sociales inscrites uniquement dans le refus. Y a-t-il aujourd&#8217;hui r\u00e9ellement de vrais espaces pour le dialogue social par-del\u00e0 les attaques n\u00e9olib\u00e9rales ? Pour \u00e7a, il faut des espaces de compromis possibles. Or, l&#8217;existence m\u00eame de ces espaces semble faire contradiction avec les politiques lib\u00e9rales men\u00e9es. Voil\u00e0 qui produit une \u00e9volution du mouvement syndical, ainsi contraint de s&#8217;adapter et de d\u00e9finir une strat\u00e9gie coh\u00e9rente devant l&#8217;effacement de ces espaces de compromis. Le probl\u00e8me d&#8217;un certain mod\u00e8le autoritaire et patriarcal dans la politique fran\u00e7aise se pose certainement aussi enfin.<\/p>\n<p><strong> Claude Mazauric. <\/strong> Effectivement, une caract\u00e9ristique fran\u00e7aise tient au fait que les r\u00e9formes dans ce pays passent toujours par une impulsion initiale du politique, et par l&#8217;exigence largement partag\u00e9e que l&#8217;Etat mette son grain de sel dedans : la d\u00e9cision est r\u00e9galienne, il faut que l&#8217;Etat intervienne&#8230; et sa responsabilit\u00e9 d\u00e8s lors est donc engag\u00e9e : toujours, la responsabilit\u00e9 civile des acteurs sociaux concern\u00e9s doit c\u00e9der \u00e0 un moment donn\u00e9 devant la responsabilit\u00e9 de l&#8217;Etat. Le Medef, les syndicats eux-m\u00eames c\u00e8dent \u00e0 un moment donn\u00e9 leur place dans la conduite de la r\u00e9forme \u00e0 l&#8217;Etat, qu&#8217;ils admettent comme l&#8217;instance ultime de cette r\u00e9forme. C&#8217;est l\u00e0 en France un processus invariable, celui de l&#8217;Etat interventionniste. Une autre caract\u00e9ristique nationale : inlassablement, \u00e0 chaque mouvement de r\u00e9forme, est pos\u00e9e la question de \u00ab qui en paiera le prix \u00bb, financi\u00e8rement et symboliquement, ce qui conditionne en bonne partie de la recherche de compromis. Par ailleurs, en simplifiant beaucoup, je dirais que les r\u00e9formes soci\u00e9tales en France passent \u00ab assez bien \u00bb, quand bien m\u00eame dans la pol\u00e9mique et l&#8217;affrontement de circonstance, je pense ici au droit \u00e0 l&#8217;IVG&#8230; Ce sont les r\u00e9formes sociales proprement dites qui donnent en g\u00e9n\u00e9ral naissance aux conflits durs, car elles touchent aux statuts, aux rapports de force ant\u00e9rieurement stabilis\u00e9s, au rapport \u00e9tabli entre salaires, profits et investissements. Or, celui-ci n&#8217;en finit pas depuis vingt ans de se d\u00e9grader, au d\u00e9triment des classes populaires, mais aussi des classes moyennes, qui subissent une d\u00e9valorisation forte de leur place initiale dans les rapports de domination existants. Ce n&#8217;est ainsi pas un hasard si la place des \u00e9tudiants a \u00e9t\u00e9 aussi forte dans le mouvement CPE : l&#8217;ensemble de leurs conditions de vie, d&#8217;emploi et d&#8217;\u00e9volution sociale est conditionn\u00e9 par une telle mesure, dans un sens n\u00e9gatif.<\/p>\n<p><strong> Yves Salesse. <\/strong> Une certaine sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise r\u00e9side effectivement dans le r\u00f4le de l&#8217;Etat. Elle rejaillit sur les partenaires sociaux  et sur le comportement du mouvement ouvrier en termes de revendication et d&#8217;organisation du conflit.  J&#8217;aimerais reparler aussi par ailleurs de la possible conception double de l&#8217;id\u00e9e \u00ab d&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00bb, selon qu&#8217;elle est con\u00e7ue suivant un mod\u00e8le d\u00e9mocratique, ou bien qu&#8217;on l&#8217;imagine pilot\u00e9e plut\u00f4t par une poign\u00e9e \u00ab d&#8217;hommes \u00e9clair\u00e9s \u00bb&#8230; Mais il ne faut pas s&#8217;enferrer dans une pol\u00e9mique sur les caract\u00e9ristiques fran\u00e7aises, et consid\u00e9rer plut\u00f4t que la d\u00e9ferlante lib\u00e9rale sur l&#8217;Europe depuis une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es tend \u00e0 uniformiser en r\u00e9alit\u00e9 les situations : m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 r\u00e8gne traditionnellement une culture de cogestion et de r\u00e9forme reconnue, la rupture est brutale, on est sorti du dialogue. Le cas le plus symptomatique est ici celui r\u00e9cent de l&#8217;Allemagne sociale-d\u00e9mocrate de Schr\u00f6der, confront\u00e9e \u00e0 un vaste mouvement social d&#8217;opposition aux r\u00e9formes du march\u00e9 du travail avec les lois dites \u00ab Hartz \u00bb et notamment la loi Hartz IV. De m\u00eame, la r\u00e9forme du Code du travail sous Berlusconi en Italie. La strat\u00e9gie de la droite et du patronat chez nous n&#8217;est donc pas une sp\u00e9cialit\u00e9 fran\u00e7aise ! Il y a une strat\u00e9gie plus g\u00e9n\u00e9rale de confrontation avec les acquis de l&#8217;Etat social construits un peu partout en Europe apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p><strong> Annick Coup\u00e9. <\/strong> Je ne pense pas non plus que nous sommes si isol\u00e9s qu&#8217;on le pr\u00e9tend ici et l\u00e0 : la lutte anti-CPE a re\u00e7u des soutiens d&#8217;autres pays ; le secr\u00e9taire de la Conf\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne des syndicats, John Monks, dont la r\u00e9putation n&#8217;est pas celle d&#8217;un radical, est venu soutenir le mouvement fran\u00e7ais ; dans la pr\u00e9paration du Forum social europ\u00e9en d&#8217;Ath\u00e8nes, ce mois de mai, nous nous sommes confront\u00e9s \u00e0 plusieurs demandes de s\u00e9minaires sur le conflit anti-CPE de la part de nos camarades europ\u00e9ens, qui y voient une lutte int\u00e9ressante qu&#8217;ils mettent en relation \u00e0 leurs propres pr\u00e9occupations politiques et militantes nationales. Je crois que ce d\u00e9but de dynamique europ\u00e9enne de solidarit\u00e9 est li\u00e9 au processus altermondialiste et \u00e0 l&#8217;\u00e9cho fait dans toute l&#8217;Europe aux d\u00e9bats sur le trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en en 2005 et, bien s\u00fbr, \u00e0 la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire en France qui l&#8217;a accompagn\u00e9. Cette dynamique est \u00e0 renforcer, aux niveaux europ\u00e9en et mondial, m\u00eame s&#8217;il ne s&#8217;agit encore en r\u00e9alit\u00e9 que d&#8217;une amorce.<\/p>\n<p><strong> Claude Mazauric. <\/strong> Par ailleurs, nous devons insister sur une id\u00e9e qui aujourd&#8217;hui fait consensus dans le camp transformateur : r\u00e9forme et r\u00e9volution ne sont pas des concepts antagonistes mais se r\u00e9pondent au contraire de mani\u00e8re dialectique comme des exigences \u00e0 articuler l&#8217;une \u00e0 l&#8217;autre. Le contraire de r\u00e9forme n&#8217;est pas r\u00e9volution, c&#8217;est contre-r\u00e9forme. Et celui de r\u00e9volution, c&#8217;est contre-r\u00e9volution&#8230; <\/p>\n<p><strong> Yves Salesse. <\/strong> Dans R\u00e9formes et r\u00e9volution (1), j&#8217;essaie de montrer que la transformation sociale n\u00e9cessite un corps de r\u00e9formes fondamentales, qui constituent une r\u00e9volution&#8230; J&#8217;insiste sur un point important : ce corps de r\u00e9formes que nous pr\u00f4nons est \u00e0 mettre en \u0153uvre globalement, faute de quoi ces r\u00e9formes, trop \u00e9tal\u00e9es dans le temps, seront d\u00e9natur\u00e9es l&#8217;une apr\u00e8s l&#8217;autre par la force digestive du capitalisme. Cela suppose une d\u00e9termination politique fondamentale de notre part. Bien que la l\u00e9gitimit\u00e9 de Chirac et de son gouvernement Villepin soit discutable, ils  font preuve d&#8217;une opini\u00e2tret\u00e9 qu&#8217;un gouvernement v\u00e9ritablement de gauche doit \u00eatre capable de reproduire, cette fois au service des int\u00e9r\u00eats populaires ! Et il faut \u00eatre capable de distinguer entre la d\u00e9fense de l&#8217;int\u00e9r\u00eat d&#8217;une minorit\u00e9 sociale et un sujet politique plus ample : comment traduire le corps social pris de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale ? Cette question est essentielle pour tout mouvement de contestation ambitieux&#8230; Car nous ne voulons pas revenir \u00e0 la r\u00e9publique parlementaire de la IVe R\u00e9publique. Ici, la question de la d\u00e9mocratie est essentielle et doit nous guider comme principe renouvel\u00e9 \u00e0 la base de toute volont\u00e9 r\u00e9formatrice : c&#8217;est bien la premi\u00e8re fois que la question des politiques alternatives est men\u00e9e de fa\u00e7on aussi large ! Les collectifs du 29 mai, par exemple, peuvent rassembler ponctuellement jusqu&#8217;\u00e0 600 personnes \u00e0 Paris ! Ce n&#8217;est pas, ou plus, simplement l&#8217;affaire des \u00e9tats-majors politiques&#8230; On pourrait ainsi pousser deux propositions de r\u00e9formes&#8230; Celle de \u00ab d\u00e9mocratie continue \u00bb, avanc\u00e9e par Dominique Rousseau de la Fondation Copernic : la loi n&#8217;est pas seulement l&#8217;affaire du Parlement et la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative doit se m\u00e2tiner de d\u00e9mocratie participative. Cette id\u00e9e&#8230; \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans la Constitution de 1793, avanc\u00e9e par Condorcet et les Girondins ! D&#8217;autre part, pourquoi ne pas retenir l&#8217;id\u00e9e de pouvoir appeler \u00e0 de nouvelles \u00e9lections sur la base d&#8217;une revendication de 50 % des \u00e9lecteurs  inscrits ? <\/p>\n<p><strong> Claude Mazauric. <\/strong> Je suis d&#8217;accord avec l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un corps de r\u00e9formes qui doit \u00eatre soigneusement mod\u00e9lis\u00e9 : autrement, toute tentative de r\u00e9forme est toujours potentiellement r\u00e9cup\u00e9rable par le syst\u00e8me. La question des rythmes de mise en \u0153uvre des r\u00e9formes con\u00e7ues est donc ici essentielle. Il se pose \u00e9galement la question de la r\u00e9forme institutionnelle de la R\u00e9publique : je constate que le quinquennat a renforc\u00e9 la nervosit\u00e9 de l&#8217;Etat, notamment dans le cas de la crise du CPE, comme l&#8217;a montr\u00e9 l&#8217;usage du 49.3 \u00e0 l&#8217;esbroufe par le premier ministre, pendant les vacances de f\u00e9vrier qui plus est ! Ne perdons pas de vue que la d\u00e9mocratie elle-m\u00eame est appel\u00e9e \u00e0 se r\u00e9former et transformer, constamment.<\/p>\n<p><strong> Annick Coup\u00e9. <\/strong> R\u00e9forme, r\u00e9volution, transformation sociale : par-del\u00e0 ces mots, dans toutes les luttes, se trouve pos\u00e9e une triple question articulant les droits, la r\u00e9partition des richesses et la d\u00e9mocratie. Certes, \u00e7a ne fait pas un programme. Il reste ensuite tout l&#8217;enjeu de la construction du compromis proprement dit, avec l&#8217;organisation des mandats, des syst\u00e8mes de contr\u00f4le et des contre-pouvoirs. Mais je crois que, parmi les id\u00e9es neuves, celle des \u00ab droits \u00bb en tant que telle est en train de monter et ne peut plus \u00eatre \u00e9cart\u00e9e. Elle r\u00e9pond au plus pr\u00e8s des gens \u00e0 l&#8217;\u00e9volution des rapports de domination que nous subissons. Dans les luttes autour du CPE, l&#8217;enjeu de la dignit\u00e9 individuelle, jug\u00e9e malmen\u00e9e, fut ainsi au c\u0153ur des mobilisations : le mouvement portait bien une exigence de droits au respect, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 la reconnaissance, pour chacun&#8230; Yves Salesse. Les \u00e9lections de 2007 seront certainement une \u00e9tape cruciale pour le camp transformateur apr\u00e8s les campagnes du trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en et du CPE : nous ne pouvons rater ce coche, qu&#8217;il nous faut aborder ensemble quoique dans notre diversit\u00e9, \u00e0 l&#8217;instar de ce que nous avions fait dans la campagne du \u00ab non \u00bb en 2005. Et devons affirmer haut et fort que la capacit\u00e9 de r\u00e9forme est bien dans notre camp.<\/p>\n<p><strong> Claude Mazauric. <\/strong> Mais si nous \u00e9chouons \u00e0 porter les espoirs d\u00e9gag\u00e9s par la jeune g\u00e9n\u00e9ration qui est descendue manifester, et qui a fait \u00e9voquer Mai-68 \u00e0 quelques-uns, alors nous nous pr\u00e9parons \u00e0 de fort mauvaises aventures politiques pour l&#8217;avenir. Rien n&#8217;est pire qu&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9\u00e7ue.<\/p>\n<p><strong> K.G. <\/strong><\/p>\n<p>1. Yves Salesse,<em> R\u00e9formes et r\u00e9volution : propositions pour une gauche de gauche <\/em>, \u00e9d. Agone, 2001.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b029, mai 2006<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Raymond Aron, penseur de droite, disait au G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle :<em> \u00ab Les Fran\u00e7ais font de temps en temps une r\u00e9volution mais jamais de r\u00e9formes \u00bb <\/em>. Irr\u00e9formable, la France? Table ronde autour d&#8217;une id\u00e9e tr\u00e8s en vogue avec Annick Coup\u00e9, Claude Mazauric, Yves Salesse. <\/p>\n","protected":false},"author":483,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2330","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2330","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/483"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2330"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2330\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2330"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2330"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2330"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}