{"id":2328,"date":"2006-05-01T00:00:00","date_gmt":"2006-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/fausto-bertinotti-le-partage-du2328\/"},"modified":"2006-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-04-30T22:00:00","slug":"fausto-bertinotti-le-partage-du2328","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2328","title":{"rendered":"Fausto Bertinotti : \u00abLe partage du vote populaire ouvre une inqui\u00e9tante perspective\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Italie : victoire de l&#8217;Unione de Prodi, d\u00e9faite des droites, progression de la gauche radicale. Mais aussi, comme ailleurs en Europe, des fractures \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;un corps social difficile \u00e0 recomposer selon les grilles classiques. Fausto Bertinotti, leader de Rifondazione, s&#8217;explique. <\/p>\n<p>La vaste coalition men\u00e9e par Romano Prodi aux \u00e9lections italiennes d&#8217;avril est arriv\u00e9e gagnante, quoique de justesse, contre le camp : et le syst\u00e8me : Berlusconi. A l&#8217;int\u00e9rieur de cette coalition de l&#8217;Unione, qui allait de l&#8217;extr\u00eame gauche jusqu&#8217;au centre, les formations de la gauche radicale sont celles qui ont le plus progress\u00e9. Et parmi elles, Rifondazione comunista (Parti de la refondation communiste, PRC) arrive comme la deuxi\u00e8me liste de gauche \u00e0 la Chambre et le troisi\u00e8me parti au S\u00e9nat, obtenant 41 d\u00e9put\u00e9s et 27 s\u00e9nateurs, contre 12 et 4 lors de la pr\u00e9c\u00e9dente l\u00e9gislature. A la Chambre, Rifondazione passe ainsi de 5 % \u00e0 5,84 %, et au S\u00e9nat de 5,1 % \u00e0 7,32 %. Parall\u00e8lement, le Parti des communistes italiens, \u00e0 2,32 %, gagne 0,5 point, doublant de 8 \u00e0 16 son nombre de d\u00e9put\u00e9s. Et la F\u00e9d\u00e9ration des Verts maintient ses quelque 2 %&#8230; Mais la gauche radicale ne repr\u00e9sente \u00e9lectoralement au final toutefois qu&#8217;un cinqui\u00e8me d&#8217;une coalition qui ne dispose elle-m\u00eame \u00e0 ce jour que de deux si\u00e8ges d&#8217;avance au S\u00e9nat. D\u00e9j\u00e0, l&#8217;ancien pr\u00e9sident du Conseil, Massimo D&#8217;Alema (DS, Democratici di sinistra, d\u00e9mocrates de gauche), a-t-il r\u00e9clam\u00e9 de ses alli\u00e9s \u00ab un grand sens de la responsabilit\u00e9 \u00bb, bref, un certain sens de la discipline politique. Quant au leader centriste Francesco Rutelli, il en a appel\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;un Parti d\u00e9mocrate regroupant toutes les forces mod\u00e9r\u00e9es, pour marginaliser la gauche de la gauche.<\/p>\n<p>Fausto Bertinotti livre ci-dessous ses analyses sur le vote des Italiens et sur la nouvelle p\u00e9riode politique qui s&#8217;ouvre pour son pays&#8230; et son parti. Il est en effet depuis 1994 le charismatique secr\u00e9taire de Rifondazione comunista. Alors qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#8217;origine de la chute du gouvernement Prodi en 1998, il a pr\u00f4n\u00e9 d\u00e8s 2002 le rapprochement de la gauche radicale avec l&#8217;Olivier de Romano Prodi. Ancien syndicaliste, \u00e2g\u00e9 aujourd&#8217;hui de 66 ans, il fut auparavant militant du Parti socialiste italien, qu&#8217;il abandonne lorsque celui-ci d\u00e9cide sa participation au gouvernement en 1964, puis membre du Parti communiste italien, jusqu&#8217;\u00e0 ce que ce dernier se transforme en Parti des d\u00e9mocrates de gauche. Bertinotti a ralli\u00e9 alors Rifondazione et l&#8217;a rapidement rapproch\u00e9e des probl\u00e9matiques et de la dynamique altermondialistes. Fin avril, il esp\u00e9rait obtenir la pr\u00e9sidence de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s. <strong> K.G. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Quels sont les enseignements du vote ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Fausto Bertinotti. <\/strong> Il nous reste \u00e0 approfondir encore les analyses et les confrontations entre nous sur les votes exprim\u00e9s. Mais il ne fait gu\u00e8re de doute d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 que le vote des Italiens met \u00e0 son tour en lumi\u00e8re les contradictions politiques et sociales lourdes d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9es ailleurs en Europe : il a montr\u00e9 l&#8217;\u00e9mergence complexe et insistante de fractures \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;un corps social difficile \u00e0 recomposer selon nos grilles classiques. Il y a en effet une Europe sociale diff\u00e9rente de l&#8217;Europe politique, une fracture entre la soci\u00e9t\u00e9 du bas et celle du haut qui ne recoupe pas m\u00e9caniquement l&#8217;opposition droite-gauche. Autrement dit : de la crise socio-\u00e9conomique et de civilisation provoqu\u00e9e par les politiques n\u00e9olib\u00e9rales et de centre-gauche, on ne sort pas m\u00e9caniquement par un vote populaire \u00e0 gauche. Le risque est qu&#8217;au conflit vertical de classes se substitue aujourd&#8217;hui un conflit horizontal \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la soci\u00e9t\u00e9 du bas et que se profile \u00e0 travers ce ph\u00e9nom\u00e8ne un choc des civilisations bien r\u00e9el, cristallisant par exemple les tensions autour de l&#8217;immigration et du travail ou de la s\u00e9curit\u00e9 dans toutes ses d\u00e9clinaisons. Le partage, lors de cette \u00e9lection, du vote populaire entre l&#8217;Unione de Prodi et les droites, montre que nous nous confrontons bien aujourd&#8217;hui \u00e0 cette inqui\u00e9tante perspective d&#8217;\u00e9volution.<\/p>\n<p>Nos possibilit\u00e9s de relever ce d\u00e9fi pos\u00e9, de contrer cette d\u00e9rive antipolitique, sont essentiellement li\u00e9es \u00e0 notre propre capacit\u00e9 collective au sein de l&#8217;Unione \u00e0 redonner un sens concret \u00e0 l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une politique du changement. A l&#8217;inverse, une politique de compromission et de glissades vers le social-lib\u00e9ralisme et le centre repr\u00e9senterait une voie dangereuse dans laquelle les droites pourraient sans difficult\u00e9 se faufiler pour prendre leur revanche.<\/p>\n<p><strong> N&#8217;est-ce pas perdu d&#8217;avance ? Ou bien, une vraie politique de gauche sera-t-elle possible ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Fausto Bertinotti. <\/strong> En nombre absolu de voix, en progression relative, comme en nombre de si\u00e8ges (consolidation \u00e0 la chambre basse, bond important au S\u00e9nat), Rifondazione affiche la progression \u00e9lectorale la plus significative de toutes les forces de l&#8217;Union. Voil\u00e0 qui ent\u00e9rine le succ\u00e8s de la ligne politique sur laquelle le parti a investi la campagne. Jamais auparavant il n&#8217;avait dispos\u00e9 d&#8217;autant de si\u00e8ges dans les deux chambres ! Voil\u00e0 qui devrait donner vie aussi \u00e0 nos groupes parlementaires dans les deux chambres ! Dans ce qui nous para\u00eet cardinal \u00e0 Rifondazione dans la nouvelle p\u00e9riode : un choix gouvernemental clair en faveur de la paix et du retrait de nos troupes en Irak, et la mise en \u0153uvre d&#8217;une ligne \u00e9conomique, sociale et des droits nettement r\u00e9formatrice.<\/p>\n<p>Bien \u00e9videmment, la proposition de grande coalition sugg\u00e9r\u00e9e \u00e0 Prodi par un Berlusconi refusant de s&#8217;avouer vaincu au sortir des \u00e9lections, est exclue par tous dans l&#8217;Unione. Mais il reste \u00e0 savoir refuser aussi un compromis plus insidieux avec les droites, sous forme d&#8217;une concertation avec elles pour la r\u00e9alisation des r\u00e9formes pr\u00e9vues ! J&#8217;insiste : la ligne politique que nous avons affich\u00e9e, tous ensemble, pendant la p\u00e9riode \u00e9lectorale, doit \u00eatre r\u00e9affirm\u00e9e \u00e0 nouveau\u00a0comme \u00e9tant celle de la construction d&#8217;une alternative v\u00e9ritable au pouvoir pr\u00e9c\u00e9dent, et il nous faut chercher \u00e0 tenir point par point la r\u00e9alisation du programme annonc\u00e9&#8230; Enfin, quand bien m\u00eame l&#8217;issue \u00e9troite du vote a montr\u00e9 une Italie tr\u00e8s partag\u00e9e politiquement, il faut que nous nous r\u00e9affirmions en rupture avec nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs pour tenir dans la dur\u00e9e : cela passe par la transparence du gouvernement futur dans sa composition et ses choix politiques, bref par un vrai changement de la m\u00e9thode politique utilis\u00e9e, en plus de la rupture programmatique annonc\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> Le camp Berlusconi sort vaincu des \u00e9lections. Mais l&#8217;\u00e9troitesse de la victoire remport\u00e9e par l&#8217;Unione de Prodi  et le caract\u00e8re politiquement h\u00e9t\u00e9roclite de sa coalition inqui\u00e8tent d\u00e9j\u00e0 sur la capacit\u00e9 du futur gouvernement \u00e0 mener effectivement une politique. Comment aborder la p\u00e9riode nouvelle ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Fausto Bertinotti. <\/strong> L&#8217;Unione est appel\u00e9e \u00e0 assurer la responsabilit\u00e9 du pouvoir sur la base d&#8217;abord du programme sur lequel elle s&#8217;est pr\u00e9sent\u00e9e aux \u00e9lections. Sur le plan de l&#8217;action gouvernementale, la nettet\u00e9 d&#8217;un choix en faveur de la cr\u00e9ation d&#8217;une alternative aux droites doit demeurer en cons\u00e9quence le phare de toutes nos initiatives politiques \u00e0 venir. Et ce sera \u00e0 mon sens le seul moyen d&#8217;\u00e9largir les bases du consensus politique dans la soci\u00e9t\u00e9 en faveur de la nouvelle majorit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais l&#8217;Unione devra savoir s&#8217;appuyer aussi sur sa base \u00e9lectorale et cr\u00e9er les conditions d&#8217;une vraie alliance avec elle, car on peut consid\u00e9rer celle-ci comme le v\u00e9ritable substrat du camp qui a port\u00e9 Romano Prodi au pouvoir : \u00e0 savoir, les associations et toute la constellation des mouvements militants italiens de gauche qui se sont unis pour rejeter Berlusconi, j&#8217;y inclus tout le peuple pacifiste descendu \u00e0 maintes reprises de fa\u00e7on si massive contre la guerre dans les rues italiennes, et l&#8217;ensemble du tissu d\u00e9mocratique qui, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, a innerv\u00e9 dans le pays l&#8217;opposition collective aux choix de la droite. Nous devrons nous appuyer sur ces mouvements, associations, grandes organisations syndicales et de la soci\u00e9t\u00e9 civile, tout en respectant leur autonomie&#8230;.<\/p>\n<p><strong> Propos recueillis par K.G. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b029, mai 2006<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Italie : victoire de l&#8217;Unione de Prodi, d\u00e9faite des droites, progression de la gauche radicale. Mais aussi, comme ailleurs en Europe, des fractures \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;un corps social difficile \u00e0 recomposer selon les grilles classiques. 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