{"id":2325,"date":"2006-04-01T00:00:00","date_gmt":"2006-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/banlieue-lendemains-de-revolte2325\/"},"modified":"2006-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-03-31T22:00:00","slug":"banlieue-lendemains-de-revolte2325","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2325","title":{"rendered":"Banlieue, lendemains de r\u00e9volte"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Des auteurs du livre<em> Banlieue, lendemains de r\u00e9volte <\/em>, (1) co\u00e9dit\u00e9 par Regards et la Dispute, succ\u00e8s de librairie, puisqu&#8217;une deuxi\u00e8me \u00e9dition est sous presse, ont rencontr\u00e9 des lecteurs ce 22 mars. Le d\u00e9bat \u00e9claire leurs motivations et s&#8217;enrichit d&#8217;une r\u00e9flexion commune autour de la r\u00e9volte des jeunes des banlieues au mois de novembre. <\/p>\n<p><strong> Cl\u00e9mentine Autain. <\/strong> Je voudrais dire en guise d&#8217;introduction quelques mots sur le pourquoi de ce livre. Lorsque sont survenues ces r\u00e9voltes en banlieue, au comit\u00e9 de r\u00e9daction de Regards nous nous sommes fait deux r\u00e9flexions. Tout d&#8217;abord que la gauche alternative n&#8217;avait pas tous les outils pour comprendre ce qui se produisait et y r\u00e9agir. Nous percevions bien que c&#8217;\u00e9tait l\u00e0 l&#8217;expression de difficult\u00e9s sociales dans les banlieues qui participaient d&#8217;une remise en cause du lib\u00e9ralisme, mais nous voyions aussi qu&#8217;il se jouait autre chose dans ces r\u00e9voltes, qu&#8217;elles posaient des questions plus profondes touchant aux discriminations ou \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Notre second constat \u00e9tait la relative absence de prise de parole d&#8217;intellectuels sur ces \u00e9v\u00e9nements. C&#8217;est ce que nous avons voulu pallier en demandant \u00e0 des intellectuels mais \u00e9galement \u00e0 des acteurs sociaux de livrer leur point de vue.<\/p>\n<p>St\u00e9phane Beaud. Quand on est sociologue, que surviennent des \u00e9v\u00e9nements de ce type et qu&#8217;on est sursollicit\u00e9 pour livrer une analyse, le premier r\u00e9flexe est la prudence. Michel Pialoux et moi-m\u00eame, nous entrevoyions le risque d&#8217;intervenir \u00e0 chaud sur des \u00e9v\u00e9nements aussi importants. Ce qui nous a finalement d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 r\u00e9agir, ce sont les interpellations de Nicolas Sarkozy dans les d\u00e9bats t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, o\u00f9 il opposait par exemple la \u00abracaille\u00bb\u00a0aux \u00abvrais jeunes\u00bb. C&#8217;est pourquoi le titre de notre texte dans le livre est \u00abLa \u00abracaille\u00bb et les \u00abvrais jeunes\u00bb\u00bb : critique d&#8217;une vision binaire du monde des cit\u00e9s. Nous sommes partis de la sociologie de bazar du ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur pour faire, justement, la critique de cette vision simpliste, erron\u00e9e et manipulatrice de la r\u00e9alit\u00e9, opposant les bons et les mauvais. Nous avons voulu rappeler que le monde des banlieues, et notamment sa jeunesse, est h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Elle est compos\u00e9e de ch\u00f4meurs, de dipl\u00f4m\u00e9s, de travailleurs pr\u00e9caires ou non, de cadres, etc. Cela semble \u00e9vident, mais cette \u00e9vidence sociologique est toujours masqu\u00e9e quand on regarde la t\u00e9l\u00e9vision. Nous avons aussi voulu montrer que la nouveaut\u00e9 de 2005, c&#8217;est la propagation de ces \u00e9meutes dans toute la France. Et le fait que plus de 80 % de ces jeunes n&#8217;\u00e9taient pas connus des services de police et de justice, ce qui signifie qu&#8217;une partie de ces r\u00e9volt\u00e9s \u00e9taient des jeunes de banlieue ordinaires. Alors pourquoi cette explosion ? Pourquoi ceux qui n&#8217;auraient pas d\u00fb a priori \u00eatre l\u00e0 se sont laiss\u00e9 emporter par l&#8217;effervescence collective et trouvaient l\u00e0 l&#8217;occasion de se manifester ? Dans les ann\u00e9es r\u00e9centes, ces jeunes ont connu une d\u00e9gradation objective de leurs conditions d&#8217;existence. Les exemples sont nombreux, comme la disparition des emplois- jeunes qui avaient jou\u00e9 un r\u00f4le d&#8217;amortisseur social, ou le licenciement de nombreux jeunes qui, apr\u00e8s avoir boss\u00e9 pendant six mois ou un an, ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 la porte comme des ouvriers kleenex alors qu&#8217;ils esp\u00e9raient acc\u00e9der \u00e0 ce s\u00e9same qu&#8217;est le CDI. Ajoutons encore que pour ces enfants d&#8217;immigr\u00e9s d&#8217;origine alg\u00e9rienne ou marocaine dont la condition n&#8217;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pas facile, le 11 septembre 2001 est venu d\u00e9grader leurs rapports avec la police ainsi que leur quotidien dans les usines. Je pense par exemple \u00e0 Karim surnomm\u00e9 Al Qaida \u00e0 son travail&#8230; Michel Pialoux. Nous avons voulu comprendre ce qui structure la vie des gens, notamment leur rapport au travail et \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, mais il fallait aussi recourir \u00e0 l&#8217;histoire. Si on ne fait pas l&#8217;histoire de ces cit\u00e9s, celle des logiques de la construction r\u00e9sidentielle, par exemple, on loupe tout. C&#8217;est souvent ce retour en arri\u00e8re indispensable \u00e0 l&#8217;analyse qui manquait dans le traitement journalistique de ces \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Alain Bertho. C&#8217;est avec beaucoup de col\u00e8re que j&#8217;ai \u00e9crit mon texte pour ce livre. Une col\u00e8re d&#8217;autant plus forte que je l&#8217;\u00e9prouvais contre nous, contre moi-m\u00eame. Apr\u00e8s des ann\u00e9es de militantisme sur le terrain, nous savions que cette r\u00e9volte \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9voir et \u00e7a nous a quand m\u00eame \u00e9chapp\u00e9. Cela en dit long sur la gauche et sur une bonne partie de la science sociale, sur une n\u00e9cessaire remise en questions de notre mani\u00e8re de voir les choses. Durant la p\u00e9riode des r\u00e9voltes, j&#8217;ai pass\u00e9 quelques nuits dehors. Mais je n&#8217;ai pas vu grand-chose et cela me rend encore plus modeste sur la compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne. Des adultes \u00e9taient aux fen\u00eatres. On sentait une ambiance de proximit\u00e9 entre les adultes et les jeunes qu&#8217;on ne voyait pas. Les forces de l&#8217;ordre couraient dans tous les sens apr\u00e8s des jeunes qu&#8217;on ne voyait pas. Des acteurs invisibles donc, \u00e0 part ceux qui se sont fait condamner. Des acteurs qui sont retourn\u00e9s \u00e0 l&#8217;anonymat et sont rest\u00e9s sans mots. Ce qui a cr\u00e9\u00e9 un manque chez nous chercheurs. Ils ont fait, mais ils n&#8217;ont pas dit. Ce qui s&#8217;est pass\u00e9 durant cette semaine-l\u00e0 est de l&#8217;ordre du symbolique : d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 les mots du ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur et du gouvernement, que personne n&#8217;a contest\u00e9s, le silence et les rassemblements r\u00e9publicains contre la violence de l&#8217;autre. Les jeunes n&#8217;avaient personne de leur c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Jean-Pierre Dubois. <\/strong> On sait comment les \u00e9v\u00e9nements de ce type se d\u00e9clenchent : toujours avec une histoire polici\u00e8re. Et puis on avait le combustible, c&#8217;est le m\u00eame depuis longtemps : mis\u00e8re, ch\u00f4mage, pr\u00e9carit\u00e9, contr\u00f4le policier sous forme de contr\u00f4le au faci\u00e8s, etc. On conna\u00eet aussi le d\u00e9tonateur : un \u00e9v\u00e9nement particuli\u00e8rement injuste et dramatique qui met le feu. La diff\u00e9rence, cette fois, c&#8217;est que chacun n&#8217;est pas retourn\u00e9 \u00e0 son quotidien. Il faut dire que, depuis quelques ann\u00e9es, les jeunes de ces quartiers sont une cible politique. Depuis quatre ans sp\u00e9cialement, on vise \u00e0 la fois les gens qui sont dans une situation pr\u00e9caire, ceux qui ont une certaine origine et la jeunesse en g\u00e9n\u00e9ral. Un traitement qui pr\u00e9dispose \u00e0 une certaine exasp\u00e9ration. Nous avons \u00e9t\u00e9 quelques-uns \u00e0 dire du discours de Sarkozy qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une strat\u00e9gie de provocation, que ce que l&#8217;on nous pr\u00e9parait, c&#8217;\u00e9tait un remake de 2002, mais avec un petit plus : cette fois le probl\u00e8me ne serait pas seulement l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 mais l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l&#8217;immigration. Que reste-t-il de ces \u00e9v\u00e9nements dans le d\u00e9bat politique actuel ? Rien. Je ne vois ni dans les actions des forces politiques, ni dans le positionnement des acteurs sociaux, des cons\u00e9quences tir\u00e9es de ces \u00e9v\u00e9nements. Pas plus que du 21 avril 2002 ou du r\u00e9f\u00e9rendum du 29 mai 2005. Nous voyons se succ\u00e9der une s\u00e9rie d&#8217;alertes qui ont de quoi surprendre la pens\u00e9e dominante, mais nous restons dans l&#8217;impasse. Et le gouvernement se sert de ce contexte pour, sous couvert d&#8217;\u00e9galit\u00e9 des chances, faire passer des lois qui accentuent les discriminations. Face \u00e0 cet \u00e9chec du politique, une question : comment faire en sorte que d&#8217;autres moyens de se faire entendre existent ? Si cette question reste sans r\u00e9ponse, il ne s&#8217;agira plus de savoir si cela se reproduira, mais quand cela se reproduira.<\/p>\n<p><strong> Sylvie Vassalo. <\/strong> On sait, bien s\u00fbr, ce qui se passe dans les banlieues, mais on ne mesure pas ce que cela repr\u00e9sente au quotidien. Ce sont les m\u00eames jeunes qui br\u00fblent des voitures et qui participent \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements culturels comme le Salon du livre. Les m\u00eames jeunes qui, selon ce qu&#8217;on leur propose, r\u00e9agissent diff\u00e9remment. Ce qui m&#8217;a marqu\u00e9e, c&#8217;est qu&#8217;on a tr\u00e8s peu parl\u00e9 de culture alors que le domaine culturel a beaucoup \u00e0 voir avec tout \u00e7a. Notamment au niveau des mots et de la langue. Tout \u00e7a a d\u00e9marr\u00e9 avec des mots r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u00e0 longueur d&#8217;antenne : \u00ab racaille \u00bb, \u00ab voyous \u00bb, \u00ab k\u00e4rcher \u00bb, etc. Il y a les mots qui ont manqu\u00e9 puisqu&#8217;il n&#8217;y a eu aucune excuse pour la mort des deux jeunes, comme si, finalement, ils \u00e9taient quand m\u00eame un petit peu coupables. Il y a eu le silence de la droite et de la gauche qui ne sait pas trop quoi faire de tout \u00e7a. Et puis, en commen\u00e7ant \u00e0 \u00e9crire mon texte, je ne savais plus si je devais parler d&#8217;\u00e9meutes, de r\u00e9voltes ou d&#8217;\u00e9v\u00e9nements. Je constatais un d\u00e9ficit de mots pour nommer la r\u00e9alit\u00e9, un d\u00e9ficit de d\u00e9bats en commun pour la d\u00e9crire. C&#8217;est pourquoi je pense que la solution n&#8217;est pas seulement \u00e0 trouver du c\u00f4t\u00e9 de la politique. Elle est aussi du c\u00f4t\u00e9 de la culture, notamment des \u00e9crivains, parce que la mise en relation avec ce r\u00e9el passe par un travail avec la langue. Il y a l\u00e0 une r\u00e9flexion \u00e0 mener : il faut consid\u00e9rer qu&#8217;il y a de la culture en banlieue.<\/p>\n<p><strong> Christiane Taubira. <\/strong> Je ne sais pas \u00e0 quel point la solution est politique, mais je suis persuad\u00e9e que la responsabilit\u00e9, elle, l&#8217;est enti\u00e8rement. Chez nous, en Guyane, le ras-le-bol s&#8217;exprime comme \u00e7a aussi, c&#8217;est presque un moment de liesse populaire. Cette dimension festive et ludique est rassurante, m\u00eame si la rage des jeunes est angoissante parce qu&#8217;on en conna\u00eet les causes. Ce qui me d\u00e9sesp\u00e8re beaucoup est de constater \u00e0 quel point les hommes politiques sont devenus tristement raisonnables et raisonnent d\u00e9sormais sur la base de l&#8217;impossible. Leur int\u00e9riorisation de l&#8217;impuissance va encore au-del\u00e0 du discours, quand il est d\u00e9sormais admis qu&#8217;\u00eatre en politique, c&#8217;est \u00eatre inutile. Cette posture est insupportable quand on a conscience des in\u00e9galit\u00e9s de cette soci\u00e9t\u00e9. Pourtant, les gens que je rencontre sont \u00e0 la fois lucides et joyeux, ce qui est tr\u00e8s pr\u00e9cieux pour notre soci\u00e9t\u00e9. Mais ce n&#8217;est pas per\u00e7u par la classe politique. Pendant que la droite cultive le m\u00e9pris, la gauche se croit dans l&#8217;antichambre du pouvoir, ce qui est tr\u00e8s inhibiteur. Attention, se dit-on, il ne faut pas faire de d\u00e9magogie parce que, quand on sera au pouvoir&#8230; Quel que soit le sujet, on se censure en anticipant qu&#8217;on ne sera pas fid\u00e8le \u00e0 ses valeurs, qu&#8217;on ne tentera pas de faire un pas de plus vers l&#8217;utopie et de r\u00e9duire les injustices.<\/p>\n<p><strong> Ouria. <\/strong> Il y a aujourd&#8217;hui un consensus large sur le fait que les personnes qui ont particip\u00e9 \u00e0 ces \u00e9meutes urbaines \u00e9taient des voyous. Comment briser ce consensus qui repose sur l&#8217;id\u00e9e que ces \u00e9v\u00e9nements \u00e9taient apolitiques\u00a0? Ommeyya. Il a \u00e9t\u00e9 question d&#8217;alerte, de danger que \u00e7a puisse recommencer parce que c&#8217;\u00e9tait une explosion explicable, l\u00e9gitime&#8230; mais quoi qu&#8217;il en soit, n\u00e9gative, puisqu&#8217;il serait d\u00e9plorable qu&#8217;elle se reproduise. Mais il y a au contraire de quoi \u00eatre heureux de ce qui s&#8217;est pass\u00e9 ! Concernant la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette r\u00e9volte, j&#8217;irais plus loin qu&#8217;Alain Bertho : non seulement les adultes n&#8217;y \u00e9taient pas hostiles, mais je pense m\u00eame qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 le fruit d&#8217;un consensus large dans les populations des quartiers populaires. Quand les gamins rentraient chez eux, ils percevaient bien dans le regard de leurs parents que leurs actions \u00e9taient l\u00e9gitimes. Cette r\u00e9volte n&#8217;\u00e9tait pas uniquement celle des jeunes de banlieue, elle \u00e9tait celle des quartiers populaires. Quant \u00e0 leur absence de communication, c&#8217;est un choix politique fort. Il y a dans ces espaces une conscience forte que parler aux m\u00e9dias ou aux pouvoirs politiques, c&#8217;est le d\u00e9but de la r\u00e9cup\u00e9ration. Ces gens savent que, dans un rapport de forces, aller convertir sa col\u00e8re dans SOS Racisme ou la d\u00e9signation de repr\u00e9sentants \u00e9lectoraux est un \u00e9chec, et celui qui va travailler avec le pouvoir est celui qui trahit. Les remises en cause \u00e0 op\u00e9rer sont donc beaucoup plus profondes que ce que j&#8217;ai entendu jusqu&#8217;ici. Il faudrait par exemple se d\u00e9faire de cette mani\u00e8re de comprendre les choses avec l&#8217;\u0153il du sociologue qui traite de son objet par de belles monographies mais nie la subjectivit\u00e9 politique de cet objet.<\/p>\n<p><strong> Alain Bertho. <\/strong> Je continue \u00e0 avoir peur que \u00e7a recommence. De quoi ai-je peur en fait ? Qu&#8217;on les laisse encore tout seuls. Une situation est en train de s&#8217;installer o\u00f9 les institutions ne sont pas pour tout le monde : il y a les voyous et les braves gens. Quand un syndicaliste se fait tabasser presque \u00e0 mort par la police lors d&#8217;une manifestation, la premi\u00e8re chose que l&#8217;on dit c&#8217;est qu&#8217;il a 2,7 grammes d&#8217;alcool dans le sang. Il ne fait donc pas partie des braves gens. Et toutes les lois qui passent en ce moment vont dans le sens de la structuration en profondeur de l&#8217;activit\u00e9 \u00e9tatique dans ce sens-l\u00e0. Or, il n&#8217;y a pas de prise de conscience massive de cela. Parce qu&#8217;il est entr\u00e9 dans les esprits qu&#8217;il ne faut pas laisser polluer les bonnes luttes par les voyous.<\/p>\n<p><strong> St\u00e9phane Beaud. <\/strong> A propos du rapport entre le sociologue et son objet, il me semble n\u00e9cessaire de r\u00e9inscrire ce qui se passe dans les quartiers populaires dans le cadre plus large des rapports de force entre classes sociales. Il y a bien s\u00fbr une force politique particuli\u00e8re de ces jeunes, mais il faut savoir comment lui r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Michel Pialoux. Ce qui nous importe, c&#8217;est un effort de solidarit\u00e9, parce qu&#8217;il reste tr\u00e8s peu de choses des formes anciennes de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Agn\u00e8s. <\/strong> Quand j&#8217;ai entendu parler de ces \u00e9meutes, j&#8217;ai eu le sentiment d&#8217;avoir affaire \u00e0 des gens qui \u00e9taient en bien meilleure sant\u00e9 mentale que nous tous puisque devant la r\u00e9signation politique de la gauche et le manque d&#8217;\u00e9coute syst\u00e9matique des manifestations de m\u00e9contentement lors des conflits sociaux, la seule sortie \u00e9tait finalement dans la r\u00e9volte. Ils sont lucides sur l&#8217;impossibilit\u00e9 de dialogue avec les institutions telles qu&#8217;elles fonctionnent actuellement. C&#8217;est \u00e9vident pour eux parce qu&#8217;ils ont fait uniquement l&#8217;exp\u00e9rience de ces \u00e9checs. Je ne vois pas ce que les organisations politiques partisanes ou la gauche institutionnelle ont \u00e0 offrir \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong> Cl\u00e9mentine Autain. <\/strong> Je n&#8217;ai jamais eu pour ma part l&#8217;impression de ne pas comprendre ce que disaient ces jeunes. Leurs messages \u00e9taient clairs : \u00abArr\u00eatez de nous m\u00e9priser\u00bb et \u00abIl y a un probl\u00e8me de s\u00e9gr\u00e9gations sociales et territoriales\u00bb. En tant qu&#8217;\u00e9lue, j&#8217;ai particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction de textes collectifs de r\u00e9action \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements. Il fut impossible de r\u00e9unir assez de signatures \u00e0 gauche au bas d&#8217;un texte qui n&#8217;aurait pas us\u00e9 du terme \u00abcondamnation\u00bb. Tr\u00e8s vite, on a gliss\u00e9 sur le registre s\u00e9curitaire. Le PS avait d\u00e9j\u00e0 rejoint la droite sur ce terrain lors de la campagne pr\u00e9sidentielle de 2002. Aussi, au moment de ces \u00e9meutes, le PS n&#8217;est pas en \u00e9tat d&#8217;avoir une r\u00e9ponse structur\u00e9e. Et plus \u00e0 gauche, nous n&#8217;\u00e9tions pas outill\u00e9s sur le plan du contenu pour faire face \u00e0 ces enjeux-l\u00e0. Lors du r\u00e9f\u00e9rendum du 29 mai nous \u00e9tions li\u00e9s par l&#8217;enjeu \u00e9conomique. Cette fois, il s&#8217;av\u00e8re que sur de nombreuses questions telles que celle de la R\u00e9publique, ou comment faire soci\u00e9t\u00e9, il nous faut refonder un projet politique coh\u00e9rent articulant les diff\u00e9rents enjeux sociaux.<\/p>\n<p><strong> Christiane Taubira. <\/strong> Ces r\u00e9voltes sont un acte politique, qu&#8217;il soit pens\u00e9 comme tel ou non. Notre devoir est de prendre nos responsabilit\u00e9s pour qu&#8217;il obtienne des r\u00e9ponses. Il y a tout de m\u00eame eu plus de 700 emprisonnements, autant de jeunes qui ont donc \u00e0 pr\u00e9sent un casier judiciaire, ce qui est absolument r\u00e9dhibitoire dans cette soci\u00e9t\u00e9. Nous ne pouvons pas laisser leurs actes sans suite.<\/p>\n<p>\/(1) Auteurs du livre pr\u00e9sents :\/<\/p>\n<p>\/Cl\u00e9mentine Autain : directrice de Regards\/<\/p>\n<p>\/St\u00e9phane Beaud : professeur de sociologie \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Nantes\/<\/p>\n<p>\/Alain Bertho : professeur d&#8217;anthropologie, universit\u00e9 de Paris VIII\/<\/p>\n<p>\/Jean-Pierre Dubois : pr\u00e9sident de la Ligue des droits de l&#8217;Homme\/<\/p>\n<p>\/Michel Pialoux : chercheur au Centre de sociologie europ\u00e9enne\/<\/p>\n<p>\/Christiane Taubira : d\u00e9put\u00e9e PRG de Guyane\/<\/p>\n<p>\/Sylvie Vassalo : directrice du Salon du livre de jeunesse en Seine-Saint-Denis\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Des auteurs du livre<em> Banlieue, lendemains de r\u00e9volte <\/em>, (1) co\u00e9dit\u00e9 par Regards et la Dispute, succ\u00e8s de librairie, puisqu&#8217;une deuxi\u00e8me \u00e9dition est sous presse, ont rencontr\u00e9 des lecteurs ce 22 mars. Le d\u00e9bat \u00e9claire leurs motivations et s&#8217;enrichit d&#8217;une r\u00e9flexion commune autour de la r\u00e9volte des jeunes des banlieues au mois de novembre. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[295],"class_list":["post-2325","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-nupes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2325","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2325"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2325\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2325"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2325"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2325"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}