{"id":2320,"date":"2006-04-01T00:00:00","date_gmt":"2006-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/italie-clignotants-au-rouge2320\/"},"modified":"2006-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-03-31T22:00:00","slug":"italie-clignotants-au-rouge2320","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2320","title":{"rendered":"Italie. Clignotants au rouge"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Catastrophique, c&#8217;est le terme qui caract\u00e9rise le mieux la situation d&#8217;une Italie en d\u00e9route. Intellectuels et artistes sortent du silence. Panorama social \u00e0 la veille du rendez-vous \u00e9lectoral des 9-10 avril qui oppose l&#8217;Unione, de Romano Prodi, \u00e0 Forza Italia, de Silvio Berlusconi. <\/p>\n<p>En Italie plane une atmosph\u00e8re de fin de r\u00e8gne. Reste \u00e0 savoir de quel r\u00e8gne on parle. Celui d&#8217;un pays protagoniste d&#8217;une des ascensions socio-\u00e9conomiques les plus fulgurantes que l&#8217;Europe ait connue dans l&#8217;apr\u00e8s-guerre et confront\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990 \u00e0 un d\u00e9clin inexorable ? Ou bien celui d&#8217;un homme, Silvio Berlusconi, qui dans les dix derni\u00e8res ann\u00e9es a litt\u00e9ralement boulevers\u00e9 le paysage politique italien au travers de promesses \u00e9conomiques miraculeuses jamais tenues ? A l&#8217;approche des \u00e9lections l\u00e9gislatives des 9 et 10 avril prochains, bon nombre d&#8217;observateurs n&#8217;h\u00e9sitent plus \u00e0 parler d&#8217;une Italie en d\u00e9route, fermement d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 tourner la page d&#8217;une \u00e8re berlusconienne catastrophique. Du reste, il n&#8217;y a qu&#8217;\u00e0 voir les chiffres. Selon les derniers sondages, cinq points s\u00e9parent le leader de la coalition de centre-gauche Romani Prodi de l&#8217;actuel pr\u00e9sident du Conseil. Avec seulement 46 % des intentions de vote, Berlusconi donne des signes de nervosit\u00e9 jusque-l\u00e0 inhabituels pour ses talents reconnus de grand communicateur. Sa campagne \u00e9lectorale a tourn\u00e9 au cauchemar. On connaissait l&#8217;homme capable d&#8217;haranguer les foules avec des promesses mirobolantes, mais les b\u00e9vues qu&#8217;il a r\u00e9cemment accumul\u00e9es en ont surpris plus d&#8217;un. A commencer pas son face-\u00e0-face tant attendu avec Prodi, le 14 mars dernier, sur la cha\u00eene publique Rai Uno. Au terme d&#8217;un d\u00e9bat aussi ennuyeux que fig\u00e9, les 16 millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs ont pu observer un leader politique peu s\u00fbr de lui, tout juste bon \u00e0 expliquer que si les femmes ne sont pas plus nombreuses en politique, c&#8217;est parce qu&#8217;elles ne sont pas dispos\u00e9es \u00e0 laisser leur mari \u00e0 la maison pour se rendre \u00e0 Rome. Or, le corps \u00e9lectoral f\u00e9minin s&#8217;\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d\u00e9terminant pour son triomphe en 2001. Encore plus surprenant, dans son allocution finale, il a pass\u00e9 l&#8217;essentiel de son temps \u00e0 d\u00e9noncer une forme de d\u00e9bat qui l&#8217;aurait emp\u00each\u00e9 d&#8217;expliquer son programme. \u00ab Tout le contraire d&#8217;un d\u00e9bat d\u00e9mocratique \u00bb, a- t-il assur\u00e9 face \u00e0 un Prodi d\u00e9cidemment plus serein.<\/p>\n<p><strong> Les patrons m\u00e9contents <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est l\u00e0 toute la diff\u00e9rence actuelle entre les deux leaders \u00bb explique Gianni Barbacietto, journaliste de l&#8217;hebdomadaire Diario. \u00ab Les coups de gueule de Berlusconi, sa capacit\u00e9 \u00e0 s\u00e9duire les gens avec des blagues saugrenues et des pr\u00e9visions radieuses sur l&#8217;avenir de l&#8217;Italie ne convainquent plus. En m\u00eame temps, Prodi impressionne par son calme et sa sobri\u00e9t\u00e9. On pensait que cela aurait pu nuire \u00e0 sa campagne, en r\u00e9alit\u00e9, c&#8217;est bien le contraire qui s&#8217;est produit. \u00bb La preuve, la confrontation \u00e0 distance qui a oppos\u00e9 \u00e0 la mi-mars les deux hommes \u00e0 Vicence (nord-est de la p\u00e9ninsule) aux assises de la Confindustria, le Medef italien. De son c\u00f4t\u00e9, Prodi a r\u00e9ussi \u00e0 s&#8217;attirer les applaudissements, certes contenus, des cinq mille industriels pr\u00e9sents gr\u00e2ce \u00e0 un discours franc au cours duquel il n&#8217;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 affirmer son intention de ne pas c\u00e9der sur l&#8217;Irap, la taxe d&#8217;imp\u00f4t r\u00e9gional sur les activit\u00e9s productives, tr\u00e8s contest\u00e9e par la Confindustria (\u00ab je peux la revoir, mais pas question de la baisser car elle permet \u00e0 l&#8217;Etat d&#8217;encaisser 35 millions d&#8217;euros \u00bb, a-t-il clairement fait savoir). Le lendemain, alors qu&#8217;il avait annonc\u00e9 un d\u00e9sistement de derni\u00e8re minute pour une sciatique, le pr\u00e9sident du Conseil s&#8217;est pr\u00e9sent\u00e9 contre toute attente \u00e0 Vicence en compagnie de 250 hommes d&#8217;affaires enr\u00f4l\u00e9s pour la bonne cause. Dans un show sans pr\u00e9c\u00e9dent, Berlusconi a accus\u00e9 l&#8217;\u00e9tat-major patronal de collusion avec la gauche tout en invitant les industriels \u00ab \u00e0 se rendre moins \u00e0 la Confindustria et davantage dans leurs usines \u00bb. Si les responsables des PME voient en lui un porte-drapeau du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique et continuent \u00e0 le soutenir, l&#8217;establishment de la Confindustria dirig\u00e9 par Luca Cordero di Montezemolo (groupe Fiat), qui r\u00e9unit les poids lourds de l&#8217;\u00e9conomie italienne, n&#8217;exprime plus qu&#8217;un seul d\u00e9sir : \u00ab changer de voiture \u00bb pour \u00ab relancer le pays dans le droit chemin \u00bb (dixit Montezemolo).<\/p>\n<p><strong> Croissance z\u00e9ro <\/strong><\/p>\n<p>Mais le moteur est en panne s\u00e8che et tous les clignotants sont au rouge. Le dernier bulletin de la Banque d&#8217;Italie rendu public le 16 mars a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la dette publique avait atteint le chiffre record de 1 507,6 milliards d&#8217;euros, c&#8217;est-\u00e0-dire 106 % du PIB contre 104 % en 2004. \u00ab Il s&#8217;agit de la premi\u00e8re hausse depuis 1994 \u00bb, a soulign\u00e9 le nouveau gouverneur de Bankitalia, Mario Draghi. En r\u00e9alit\u00e9, ces chiffres ne sont que la pointe d&#8217;un iceberg \u00e0 la d\u00e9rive. \u00ab Voici ce que nous a co\u00fbt\u00e9 Berlusconi \u00bb est le titre d&#8217;un article r\u00e9cent publi\u00e9 par le journal L&#8217;Espresso dont le propri\u00e9taire est Carlo De Benedetti, ennemi jur\u00e9 de Berlusconi et proche du centre-gauche. Dans sa m\u00e9ticuleuse enqu\u00eate, le journaliste Stefano Livadiotti s&#8217;est appuy\u00e9 sur 34 indicateurs socio-\u00e9conomiques fournis par plus d&#8217;une vingtaine d&#8217;instituts de recherche nationaux et internationaux pour dresser un bilan dramatique de la politique \u00e9conomique soutenue par les gouvernements de centre-droite (2001-2006).<\/p>\n<p>Entre 2001 et 2005, le produit int\u00e9rieur brut est tomb\u00e9 de 1,7 % \u00e0 0,2 %, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 une \u00ab croissance z\u00e9ro \u00bb. Du point de vue fiscal, les imp\u00f4ts directs et indirects sont pass\u00e9s de 359 milliards d&#8217;euros en 2001 \u00e0 399 milliards d&#8217;euros en 2005, tout en avantageant les revenus les plus \u00e9lev\u00e9s. Dans le m\u00eame temps, malgr\u00e9 l&#8217;augmentation vertigineuse des d\u00e9penses publiques, des secteurs d&#8217;investissements cruciaux comme la recherche et d\u00e9veloppement ont \u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement ignor\u00e9s (en 2001, les investissements augmentaient de 5,6 % contre 1,6 % en 2005). Pour ne pas parler de l&#8217;\u00e9cole et de l&#8217;universit\u00e9, abandonn\u00e9es \u00e0 leur sort par Berlusconi. Fleuron du fameux \u00ab Contrat avec les Italiens \u00bb pr\u00e9sent\u00e9 le 8 mai 2001 par le magnat italien dans l&#8217;\u00e9mission (pseudo) politique \u00ab Porta a porta \u00bb, les promesses d&#8217;investissements dans les infrastructures ont accouch\u00e9 d&#8217;une souris. En quatre ans de dur labeur, le taux de r\u00e9alisation des grandes \u0153uvres infrastructurelles indiqu\u00e9es dans la loi objectif de 2002 (du pont sur le d\u00e9troit de Messine \u00e0 l&#8217;autoroute reliant Salerne \u00e0 Reggio de Calabre) ne d\u00e9passait pas 0,01 % ! Dans le m\u00eame temps, les investissements directs \u00e9trangers (IDE) ont d\u00e9gringol\u00e9 de 17,787 millions d&#8217;euros en 2001 \u00e0 13,542 millions d&#8217;euros en 2005, soit une chute de 29 %. Les touristes ont embo\u00eet\u00e9 le pas en ignorant un patrimoine culturel parmi les plus riches au monde (un million en moins en quatre ans).<\/p>\n<p><strong> La d\u00e9prime de Berlusconi <\/strong><\/p>\n<p>Sur le plan social, le tableau est on ne peut plus sombre. La pr\u00e9carisation touche d\u00e9sormais 4 millions de personnes. Et alors que le taux de ch\u00f4mage pointe en moyenne \u00e0 7,7 % au niveau national, dans le Sud il d\u00e9passe ais\u00e9ment les 20 % chez les jeunes de moins de 35 ans. Passage \u00e0 l&#8217;euro mis \u00e0 part, les miracles de Berlusconi ont augment\u00e9 le taux de pauvret\u00e9 chez les familles m\u00e9ridionales de 3,4 % pour plafonner \u00e0 25 %.<\/p>\n<p>Entre temps, au nez et \u00e0 la barbe d&#8217;une masse de citoyens d\u00e9prim\u00e9s par un pouvoir d&#8217;achat constamment menac\u00e9, le pr\u00e9sident du Conseil n&#8217;a pas oubli\u00e9 d&#8217;enrichir ses comptes bancaires. Avec 11 milliards de dollars, il pointe \u00e0 la 36e place dans le top 100 des personnes les plus riches au monde. Gr\u00e2ce \u00e0 des lois faites sur mesure (comme la r\u00e9forme Gasparri sur le panorama audiovisuel), le groupe Mediaset dont il est propri\u00e9taire affiche des b\u00e9n\u00e9fices nets de 400 millions d&#8217;euros en 2004 et de 600 millions d&#8217;euros en 2005. Mais rien n&#8217;y fait. L&#8217;homme est d\u00e9prim\u00e9. \u00ab D\u00e9sormais, contre moi il existe une sorte de Sainte-Alliance qui r\u00e9unit les D\u00e9mocrates de gauche soutenus par une magistrature rouge (communiste, ndlr), les hommes forts du syst\u00e8me bancaire et du patronat \u00bb. Constern\u00e9s par ses d\u00e9clarations fracassantes, ses alli\u00e9s d&#8217;autrefois disent d\u00e9sormais tout haut ce qu&#8217;ils pensaient tout bas. Le leader du parti post-fasciste Giancarlo Fini d\u00e9clare ouvertement que \u00ab Berlusconi est un monarque et le pays se porte mal au niveau \u00e9conomique \u00bb. Pier Ferdinando Casini, de l&#8217;UDC (Union des d\u00e9mocrates chr\u00e9tiens), d\u00e9finit comme \u00ab pass\u00e9iste \u00bb la campagne du pr\u00e9sident du Conseil, alors que le maladif Umberto Bossi assure qu&#8217;en cas de d\u00e9faite, \u00ab la Ligue lombarde quittera la Maison des Libert\u00e9s \u00bb. De quoi r\u00e9jouir Romano Prodi, toujours plus s\u00fbr de sa victoire.<\/p>\n<p>\/Enacdr\u00e9 :\/<\/p>\n<p>\/Romano Prodi\/<\/p>\n<p>\/Ancien pr\u00e9sident de la Commission europ\u00e9enne, Romano Prodi est n\u00e9 en 1939 \u00e0 Scandiano (Reggio Emilia). Apr\u00e8s des \u00e9tudes de droit et d&#8217;\u00e9conomie, il enseigne en Italie et aux Etats-Unis, puis sera ministre de l&#8217;Industrie. Il pr\u00e9sidera l&#8217;Institut pour la reconstruction industrielle, dont il assurera la privatisation. En 1996, il m\u00e8ne une alliance de centre-gauche (l&#8217;Olivier), qui bat la droite (P\u00f4le des libert\u00e9s). Devenu pr\u00e9sident du Conseil italien, il r\u00e9forme l&#8217;\u00e9conomie et fait entrer l&#8217;Italie dans l&#8217;euro. Mis en minorit\u00e9 au Parlement en 1998, il d\u00e9missionne et est remplac\u00e9 par Massimo D&#8217;Alema. En 1999, il succ\u00e8de \u00e0 Jacques Santer \u00e0 Bruxelles. En 2004, il a pour successeur Jos\u00e9 Manuel Durao Barroso \u00e0 la t\u00eate de la Commission europ\u00e9enne. Rentr\u00e9 en Italie, il est le leader de l&#8217;Unione, rassemblement de gauche et du centre, qui vise \u00e0 renverser la majorit\u00e9 de droite dirig\u00e9e par Silvio Berlusconi. L&#8217;Unione a gagn\u00e9 les \u00e9lections r\u00e9gionales partielles des 3 et 4 avril 2005, remportant onze r\u00e9gions sur treize o\u00f9 l&#8217;on votait.\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Catastrophique, c&#8217;est le terme qui caract\u00e9rise le mieux la situation d&#8217;une Italie en d\u00e9route. Intellectuels et artistes sortent du silence. Panorama social \u00e0 la veille du rendez-vous \u00e9lectoral des 9-10 avril qui oppose l&#8217;Unione, de Romano Prodi, \u00e0 Forza Italia, de Silvio Berlusconi. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2320","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2320","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2320"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2320\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2320"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2320"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2320"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}