{"id":2319,"date":"2006-04-01T00:00:00","date_gmt":"2006-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/societes-cooperatives-de2319\/"},"modified":"2006-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-03-31T22:00:00","slug":"societes-cooperatives-de2319","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2319","title":{"rendered":"Soci\u00e9t\u00e9s coop\u00e9ratives de production, scoop antich\u00f4mage"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> En r\u00e9animant leurs entreprises en faillite sous forme de coop\u00e9ratives, des ouvriers d\u00e9montrent qu&#8217;ils sont capables de participer \u00e0 la gestion. De telles initiatives pourraient-elles sauver plus d&#8217;emplois et remettre au go\u00fbt du jour le statut de Scop ? <\/p>\n<p>Monsieur N&#8217;Guyen n&#8217;est pas un directeur comme les autres. A peine en finit-il avec le traitement des commandes qu&#8217;il d\u00e9gage son bureau pour trier les fermetures \u00e9clair n\u00e9cessaires \u00e0 la production : \u00ab D\u00e8s que possible, je file ce coup de main \u00e0 mon \u00e9quipe tout en restant disponible au t\u00e9l\u00e9phone pour nos clients ! \u00bb Avant 2003, M. N&#8217;Guyen \u00e9tait un cadre administratif et logistique dans la PME de fabrication de sacs et de portefeuilles en cuir, Le Vacher. Aujourd&#8217;hui, il occupe le poste de directeur, \u00e9lu pour trois ans par ses coll\u00e8gues et associ\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette entreprise familiale qui existe depuis les ann\u00e9es 1940 a chang\u00e9 plusieurs fois de propri\u00e9taires. Le dernier a d\u00e9pos\u00e9 le bilan suite \u00e0 des d&#8217;erreurs de gestion. En f\u00e9vrier 2003, sa liquidation semblait pourtant in\u00e9vitable et ses vingt-cinq salari\u00e9s \u00e9taient en sursis. La plupart avaient des d\u00e9cennies d&#8217;anciennet\u00e9. Pour sauver leurs emplois, seize d&#8217;entre eux ont cr\u00e9\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 coop\u00e9rative de production, Scop, (voir encadr\u00e9) reprenant ensemble les r\u00eanes de leur entreprise en crise.<\/p>\n<p>Le courage de ces ouvriers du cuir n&#8217;est pas si exceptionnel. La reprise ou \u00ab r\u00e9animation \u00bb d&#8217;entreprises en difficult\u00e9 par leurs salari\u00e9s est un combat historique du mouvement coop\u00e9ratif. \u00ab En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, quand l&#8217;\u00e9conomie va mal, les Scop se multiplient ! \u00bb, souligne Daniel Arnaudin, directeur de l&#8217;antenne Ile-de-France de la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale des Scop (CG Scop), dont la vocation est d&#8217;accompagner les coop\u00e9rateurs et d&#8217;encourager le d\u00e9veloppement des coop\u00e9ratives dans chaque r\u00e9gion gr\u00e2ce \u00e0 des unions r\u00e9gionales (UR Scop).<\/p>\n<p>En dix ans, cet organisme a comptabilis\u00e9 127 cas de r\u00e9animation soutenus par son r\u00e9seau. Ces statistiques, cependant, sous-estiment le ph\u00e9nom\u00e8ne. En effet, quand une entreprise en difficult\u00e9 interrompt son activit\u00e9, puis donne lieu \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;une nouvelle personne morale sous forme de Scop, elle est consid\u00e9r\u00e9e comme une cr\u00e9ation \u00ab ex-nihilo \u00bb. Ainsi, bon nombre de cr\u00e9ations de coop\u00e9ratives (1 368 entre 1995 et 2005) sont des formes de r\u00e9animation pour sauvegarder l&#8217;emploi. D&#8217;autre part, 117 \u00ab transformations \u00bb ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9pertori\u00e9es en dix ans. Ce sont des entreprises pass\u00e9es en Scop apr\u00e8s le d\u00e9part en retraite du patron. Certaines \u00e9taient aussi en difficult\u00e9. Le taux de survie de ces entreprises r\u00e9anim\u00e9es ou transform\u00e9es est de 80 % apr\u00e8s cinq ans. Un bon score.<\/p>\n<p><strong> Partenaires <\/strong><\/p>\n<p>A la base de toute r\u00e9animation, l&#8217;id\u00e9e doit germer au sein des travailleurs. D\u00e9but 2003, M. N&#8217;Guyen contacte l&#8217;UR Scop dont l&#8217;\u00e9quipe va animer une s\u00e9rie de r\u00e9unions avec les salari\u00e9s. \u00ab Ces intervenants ext\u00e9rieurs sont n\u00e9cessaires pour rassembler les individus \u00bb, confie-t-il, avouant qu&#8217;il aurait \u00e9t\u00e9 incapable, seul, de motiver le reste du personnel \u00e0 la reprise.<\/p>\n<p>Selon Daniel Arnaudin, un projet de r\u00e9animation a n\u00e9cessairement besoin d&#8217;\u00eatre port\u00e9 par des meneurs. Le profil type de l&#8217;entreprise en difficult\u00e9 susceptible d&#8217;\u00eatre reprise par ses travailleurs serait donc une PME de taille moyenne, organis\u00e9e socialement, avec un comit\u00e9 d&#8217;entreprise (CE) ou au moins des chefs d&#8217;\u00e9quipe. \u00ab Trop petite, le patron y a toujours \u00e9t\u00e9 omnipotent et les salari\u00e9s sont trop habitu\u00e9s \u00e0 lui ob\u00e9ir ! Trop grande, l&#8217;entreprise est difficile \u00e0 financer et p\u00e2tit de conflits syndicats-patronat, voire de batailles inter-syndicales qui transforment le projet de reprise en enjeu politique au d\u00e9triment de l&#8217;aspect \u00e9conomique. \u00bb Th\u00e9oriquement, les syndicats seraient donc les partenaires de premier plan de toute r\u00e9animation. Toutefois, les conf\u00e9d\u00e9rations n&#8217;ont pas toujours appuy\u00e9 cette solution et les syndicalistes envisageant la reprise en Scop re\u00e7oivent parfois plus de mises en garde que d&#8217;encouragements de la part de leur organisation. \u00ab La forme de coop\u00e9rative n&#8217;est pas bien conseill\u00e9e par les syndicats parce que le r\u00f4le du syndicat dans une Scop est ambigu \u00bb, rapporte Claude Doua. Ce c\u00e9g\u00e9tiste si\u00e8ge \u00e0 la fois au CE et au conseil d&#8217;administration (CA) de la Scop Precial Casting, une fonderie r\u00e9anim\u00e9e en r\u00e9gion lyonnaise \u00e0 Civrieux d&#8217;Azergues. \u00ab C&#8217;est vrai que l&#8217;on conteste plus souvent dans une entreprise traditionnelle. Dans une Scop, il faut juste repenser son r\u00f4le sans rabaisser les revendications. D&#8217;ailleurs, un syndicat n&#8217;est jamais contre l&#8217;entreprise, il est pour, si elle redistribue bien ! \u00bb Son usine a appartenu \u00e0 un groupe am\u00e9ricain qui l&#8217;a vendue \u00e0 un fonds de pension, qui l&#8217;a lui-m\u00eame c\u00e9d\u00e9e \u00e0 un groupe italien. Ce dernier a vid\u00e9 les caisses de la fonderie pour combler les trous financiers de ses autres entreprises, mena\u00e7ant soixante-seize personnes de licenciement sur ce site. C&#8217;est sous l&#8217;impulsion du CE que le red\u00e9marrage de l&#8217;activit\u00e9 en Scop a eu lieu d\u00e8s janvier 2005.<\/p>\n<p>Pour sauver cette fonderie, tous les ouvriers n&#8217;ont pas accept\u00e9 d&#8217;engager trois mois de salaire au capital de la coop\u00e9rative. Certains sont rest\u00e9s simples salari\u00e9s de la Scop. S&#8217;ils peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;un accord d&#8217;int\u00e9ressement aux r\u00e9sultats, ils ne seront pas associ\u00e9s aux d\u00e9cisions, ni au partage des dividendes. Certains h\u00e9sitent, en effet, \u00e0 miser sur un red\u00e9marrage. Comment seraient-ils plus dou\u00e9s que le patron pour la gestion ? Peuvent-ils croire au projet quand leur secteur para\u00eet en crise ? Des productions des pays du Sud n&#8217;arrivent-elles pas sur le march\u00e9 fran\u00e7ais \u00e0 bas prix ? <strong> Les reprises difficiles <\/strong><\/p>\n<p>Dans un projet de Scop, il ne s&#8217;agit pas d&#8217;envoyer les travailleurs au casse-pipe : toutes les entreprises menac\u00e9es de fermer ne sont pas r\u00e9cup\u00e9rables par leurs salari\u00e9s. Encore faut-il qu&#8217;un march\u00e9 local existe pour certaines de leurs productions et que des moyens financiers soient accessibles. Or, lorsqu&#8217;une entreprise ferme, ce n&#8217;est pas forc\u00e9ment \u00e0 cause d&#8217;une perte de march\u00e9. Cela peut \u00eatre d\u00fb \u00e0 une d\u00e9faillance du manager ou \u00e0 une strat\u00e9gie du groupe. Selon Patrick Lenancker, le vice-pr\u00e9sident de la CG Scop, les d\u00e9localisations industrielles proprement dites sont toutefois des exp\u00e9riences de reprise difficiles, voire impossibles. \u00ab Dans ces situations, explique-t-il, il y a de tr\u00e8s gros enjeux qui d\u00e9passent notre savoir-faire de base. Par contre, un groupe qui ferme un site, entra\u00eene une s\u00e9rie de sous-traitants. Ce sont des PME de moins de cent salari\u00e9s dot\u00e9es d&#8217;un savoir-faire sp\u00e9cifique. C&#8217;est l\u00e0 que nos outils <strong> en termes de conseils, de formations** **et de finances sont les plus appropri\u00e9s ! \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>La coop\u00e9rative Le Vacher a su valoriser son savoir-faire : une marque de luxe confiante en l&#8217;exp\u00e9rience des ouvriers s&#8217;est engag\u00e9e \u00e0 renouveler ses commandes.  A Precial Casting, c&#8217;est une grande enseigne informatique qui a recommand\u00e9 des pi\u00e8ces d&#8217;aluminum. A l&#8217;heure de la constitution du dossier de reprise, ces garanties de clients servent \u00e0 obtenir les cr\u00e9dits bancaires si ardus \u00e0 d\u00e9crocher. Plus sensibles \u00e0 l&#8217;esprit Scop, les banques coop\u00e9ratives ne pr\u00eatent pas par humanisme, mais sur la base d&#8217;un projet solide. Leur engagement rassure les repr\u00e9sentants des banques commerciales qui finissent, au mieux, par accorder d&#8217;autres pr\u00eats pour boucler le budget. Ainsi, les dossiers financiers des Scop se ficellent laborieusement, dans l&#8217;urgence. Patrick Lenancker regrette le manque de soutien politique et financier de l&#8217;Etat, persuad\u00e9 que des milliers d&#8217;emplois pourraient \u00eatre sauv\u00e9s : \u00ab Les aides aux ch\u00f4meurs \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;entreprise n&#8217;ont eu de cesse d&#8217;\u00eatre modifi\u00e9es par les gouvernements ! \u00bb regrette- <strong> t-il (voir encadr\u00e9 p. 46). <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Au nom de la sauvegarde de l&#8217;emploi, il faut une loi-cadre ! \u00bb mart\u00e8le le vice-pr\u00e9sident de la CG Scop. Son contenu r\u00eav\u00e9 : un apport, une avance ou la transformation de ce que les repreneurs toucheraient au ch\u00f4mage, sous forme de capital. Le tout assorti de diff\u00e9rentes formes d&#8217;abondement et d&#8217;un pr\u00eat bonifi\u00e9. Pourquoi pas une incitation \u00e0 l&#8217;\u00e9pargne salariale pouvant \u00eatre utilis\u00e9e au financement des r\u00e9animations ? La derni\u00e8re \u00e9tape avant la reprise se d\u00e9roule au tribunal de commerce. C&#8217;est l\u00e0 que se joue l&#8217;avenir de l&#8217;entreprise qui peut se solder par trois issues : la r\u00e9animation en Scop, le rachat par un repreneur ou la liquidation. Mais, selon les r\u00e9gions, ces entit\u00e9s juridiques sont constitu\u00e9es de dirigeants d&#8217;entreprise doutant fr\u00e9quemment de l&#8217;esprit coop\u00e9ratif et de la capacit\u00e9 de salari\u00e9s \u00e0 devenir patrons. Dans le Nord-Pas-de-Calais, le mouvement coop\u00e9ratif se heurte \u00e0 des rejets en s\u00e9rie. \u00ab Ici, des d\u00e9cideurs pensent que Scop veut dire : soci\u00e9t\u00e9 communiste de production ! \u00bb, ironise Jean-Marc Florin, le directeur de UR Scop lilloise.<\/p>\n<p>M. Florin sait que la p\u00e9dagogie peut venir \u00e0 bout des pr\u00e9jug\u00e9s sur l&#8217;autogestion, m\u00eame si cela doit prendre du temps. Ce qu&#8217;il incrimine avant tout est l&#8217;inad\u00e9quation des lois, en particulier d&#8217;un article du code du travail : le L.122-12. Il est cens\u00e9 prot\u00e9ger les droits des salari\u00e9s dans le cadre du rachat de leur entreprise ou d&#8217;une externalisation de certains services. Cependant, la jurisprudence a favoris\u00e9 des interpr\u00e9tations assimilant forc\u00e9ment la reprise d&#8217;une entreprise \u00e0 une continuation d&#8217;activit\u00e9. Avec deux inconv\u00e9nients possibles dans le cadre d&#8217;une r\u00e9animation en Scop : d&#8217;une part, l&#8217;obligation de r\u00e9embaucher les effectifs ; d&#8217;autre part, le non-droit aux indemnit\u00e9s et aux aides destin\u00e9es aux ch\u00f4meurs puisqu&#8217;il n&#8217;y a pas de cessation d&#8217;activit\u00e9. Or, aucun projet coop\u00e9ratif de r\u00e9animation n&#8217;est capable d&#8217;assumer la reconduction de tous les contrats de travail, qui plus est, sans indemnit\u00e9s ni aides comme moyens de financement. \u00ab On ne peut bl\u00e2mer des juges qui ne font qu&#8217;appliquer la loi \u00bb, consid\u00e8re M. Florin. Il sugg\u00e8re : \u00ab Il suffirait d&#8217;assortir cet article de l&#8217;exception : sauf dans le cadre de la reprise d&#8217;entreprises en Scop par leurs salari\u00e9s&#8230; \u00bb Autre frein l\u00e9gal : comme il n&#8217;existe pas de droit de pr\u00e9emption des salari\u00e9s, ils sont parfois en concurrence avec des repreneurs traditionnels. En th\u00e9orie, les tribunaux attribuent la reprise de l&#8217;entreprise en fonction de la pertinence \u00e9conomique du projet et du nombre d&#8217;emplois sauv\u00e9s. Mais l&#8217;argument social passe souvent \u00e0 la trappe et des tribunaux consid\u00e8rent qu&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 nouvellement cr\u00e9\u00e9e, la coop\u00e9rative, est moins viable qu&#8217;un repreneur capitaliste ayant de la bouteille&#8230; De plus, le Medef a attaqu\u00e9 l&#8217;id\u00e9e d&#8217;\u00e9conomie sociale, l&#8217;accusant de concurrencer les entreprises du secteur marchand en jouissant de privil\u00e8ges soi-disant exorbitants.<\/p>\n<p><strong> Medef et \u00e9conomie sociale <\/strong><\/p>\n<p>Pourtant, les avantages fiscaux dont b\u00e9n\u00e9ficient les Scop sont ouverts \u00e0 toutes les PME qui ont sign\u00e9 un accord de participation. \u00ab S&#8217;il trouve cela si avantageux, que le Medef fasse des Scop ! \u00bb, lance M. Florin. En fait, les aides publiques que les Scop re\u00e7oivent dans le cadre de r\u00e9animations sont plut\u00f4t indigentes en comparaison avec les avantages qu&#8217;elles repr\u00e9sentent en termes de sauvegarde de l&#8217;emploi direct et indirect ou de dynamique \u00e9conomique r\u00e9gionale. Soutien politique et aides \u00e0 la formation sont les seuls appuis re\u00e7us de la r\u00e9gion par la fonderie de Civrieux d&#8217;Azergues.<\/p>\n<p>Dans la fonderie, il y a d\u00e9sormais moins d&#8217;absent\u00e9isme et plus d&#8217;entrain : \u00ab On travaille pour nous ! C&#8217;est plus int\u00e9ressant. Les gens regardent moins la montre \u00bb, rapporte Denis Delorme, responsable usinage. C&#8217;est bien dans cet esprit que Jean-Pierre Figari, le directeur \u00e9lu, entend le sens de la participation, appelant \u00e0 plus : \u00ab Trouver comment dialoguer ensemble n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 simple. Au CA, j&#8217;ai tendance \u00e0 pr\u00e9senter les choses et les gens \u00e0 m&#8217;\u00e9couter. On a toujours dit aux salari\u00e9s : tu t&#8217;exprimeras quand on te le demandera, sans jamais le leur demander. \u00bb En d\u00e9pit des difficult\u00e9s, la Scop Precial Casting s&#8217;en sort bien apr\u00e8s un an de fonctionnement. Laurent Sanchez est confiant, lui qui assure les relations clients : \u00ab L&#8217;esprit Scop est un atout en termes de management. Les salari\u00e9s font les choses d&#8217;eux-m\u00eames. Cela nous a permis de r\u00e9-atteindre rapidement les niveaux de prestation que nos clients attendaient. Aujourd&#8217;hui, il faudrait montrer \u00e0 tous les costards-cravates du monde du travail qu&#8217;il n&#8217;y a pas que le portefeuille qui am\u00e8ne les r\u00e9sultats, il y a aussi la relation humaine. \u00bb A la maroquinerie, M. N&#8217;Guyen tient le m\u00eame discours. \u00ab Il y a moins de barri\u00e8res entre l&#8217;administration et la production. Les probl\u00e8mes peuvent \u00eatre r\u00e9solus plus vite. Le client appr\u00e9cie la r\u00e9activit\u00e9. \u00bb Comme son \u00e9quipe est plus petite, le CA r\u00e9unit tout le monde et l&#8217;information est continue. Une assembl\u00e9e mensuelle expose les r\u00e9sultats de l&#8217;entreprise. Puis, des discussions statuent sur la part des b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 r\u00e9investir et la part \u00e0 partager.<\/p>\n<p>Du coup, dans l&#8217;atelier, le moral est au beau fixe : \u00ab La Scop, c&#8217;est que du plaisir et du bonheur qu&#8217;avant on n&#8217;avait pas \u00bb, t\u00e9moigne Khider, en cousant des sacs en cuir avec le sourire. Avant, il travaillait dans son coin fabriquant un produit de A \u00e0 Z. Aujourd&#8217;hui, les ouvriers ont r\u00e9organis\u00e9 la r\u00e9partition du travail \u00e0 la cha\u00eene et discutent ensemble. Lorsqu&#8217;il le faut, ils travaillent plus, puis rattrapent leurs heures sup. Les mauvaises langues verront l\u00e0 une forme d&#8217;auto-exploitation. Ils r\u00e9pliquent : \u00ab En deux ans, nos salaires ont augment\u00e9 de 27 % ! Croyez-vous qu&#8217;un patron aurait accord\u00e9 \u00e7a ?<\/p>\n<p>\/Encadr\u00e9 1 :\/<\/p>\n<p>\/Scop et CGT : rabibochage\/<\/p>\n<p>\/Le secr\u00e9taire c\u00e9g\u00e9tiste \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie sociale, G\u00e9rard Quenel, reconna\u00eet une frilosit\u00e9 de sa conf\u00e9d\u00e9ration pour les Scop \u00e0 certaines \u00e9poques : \u00ab Ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat est li\u00e9 aux d\u00e9bats dans le mouvement ouvrier sur le r\u00f4le de l&#8217;Etat, incarn\u00e9 par la diff\u00e9rence de conception entre de deux penseurs : Proudhon et Marx, entre un socialisme autogestionnaire ou un socialisme \u00e9tatique. \u00bb Aujourd&#8217;hui, il tente de remettre la coop\u00e9ration au go\u00fbt du jour sans pour autant renier le combat pour la ma\u00eetrise publique des grands besoins de la population. En partenariat avec la CG Scop, G\u00e9rard Quenel travaille \u00e0 la mise en place de formations sur les coop\u00e9ratives, destin\u00e9es aux militants de terrain, premiers au fait des difficult\u00e9s de leurs entreprises. Une premi\u00e8re qui fait suite au colloque conf\u00e9d\u00e9ral in\u00e9dit sur l&#8217;\u00e9conomie sociale de novembre 2005 !\/<\/p>\n<p>\/Encadr\u00e9 2:\/<\/p>\n<p>\/Scop, comme Regards\/<\/p>\n<p>\/Notre journal est une Scop. Les soci\u00e9t\u00e9s coop\u00e9ratives de production sont des soci\u00e9t\u00e9s de personnes, non pas de capitaux. Elles appartiennent \u00e0 leurs salari\u00e9s : ils en sont les associ\u00e9s majoritaires. En assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, ce sont eux qui d\u00e9cident des strat\u00e9gies et \u00e9lisent leurs dirigeants. La participation aux d\u00e9cisions est garantie par le principe d\u00e9mocratique \u00ab un associ\u00e9 = une voix \u00bb, quel que soit le poste qu&#8217;il occupe ou la part de capital qu&#8217;il d\u00e9tient. Une part des b\u00e9n\u00e9fices est redistribu\u00e9e aux associ\u00e9s, voire aux salari\u00e9s. Une autre doit \u00eatre affect\u00e9e aux r\u00e9serves \u00ab impartageables \u00bb : elles appartiennent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 assurant son ind\u00e9pendance et sa p\u00e9rennit\u00e9.\/<\/p>\n<p>\/www.scop.coop\/<\/p>\n<p>\/Encadr\u00e9 3 :\/<\/p>\n<p>\/coop\u00e9rative version latino\/<\/p>\n<p>\/La Scop est une composante dynamique de l&#8217;autogestion sur le continent sud-am\u00e9ricain. Pratiques.\/<\/p>\n<p>\/En Argentine, la r\u00e9animation d&#8217;entreprises en faillite sous forme de coop\u00e9ratives a rev\u00eatu une sensibilit\u00e9 plus r\u00e9volutionnaire. Avec la crise, des travailleurs menac\u00e9s de ch\u00f4mage sans indemnit\u00e9s ont occup\u00e9 leurs entreprises ill\u00e9galement pour les remettre en route sans patron, en autogestion. Ces usines dites \u00ab r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es \u00bb sont au nombre de deux cents actuellement et ont sauv\u00e9 plus de 10 000 emplois. Des mouvements f\u00e9d\u00e8rent leurs travailleurs qui r\u00e9clament l&#8217;expropriation des patrons au nom du bien social, questionnant le sacro-saint droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Ces Argentins constituent l&#8217;une des composantes dynamiques des mouvements sociaux du pays, voire du continent. Lors de plusieurs rencontres \u00e0 Caracas, certains de leurs repr\u00e9sentants ont commenc\u00e9 \u00e0 travailler \u00e0 la conformation d&#8217;un mouvement sud-am\u00e9ricain d&#8217;entreprises autog\u00e9r\u00e9es incluant les exp\u00e9riences br\u00e9siliennes, uruguayennes, v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes&#8230; La politique de \u00ab d\u00e9veloppement endog\u00e8ne \u00bb d&#8217;Hugo Chavez a permis, en effet, de multiplier le nombre de coop\u00e9ratives par cent en six ans au Venezuela. Les Scop y occuperaient d\u00e9j\u00e0 600 000 personnes. Ce renouveau coop\u00e9ratif \u00e9tait d&#8217;ailleurs un th\u00e8me central du dernier Forum social \u00e0 Caracas. Mais cet essor pourrait cacher des abus. C&#8217;est pourquoi le minist\u00e8re de l&#8217;Economie populaire entend d\u00e9sormais renforcer les contr\u00f4les pour que le fonctionnement ne contredise pas la lettre et l&#8217;esprit coop\u00e9ratif. \u00ab L&#8217;Etat v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien a-t-il bien compris ce qu&#8217;est l&#8217;essence d&#8217;une Scop ? \u00bb, questionne Bruno Roelants, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Cicopa et de la Cecop, deux organismes regroupant respectivement les conf\u00e9d\u00e9rations de Scop au niveau mondial et au niveau europ\u00e9en. S&#8217;il observe avec int\u00e9r\u00eat l&#8217;effervescence latino, il pense qu&#8217;une Scop doit \u00eatre autonome, pas contr\u00f4l\u00e9e par l&#8217;Etat. Voil\u00e0 donc un vieux d\u00e9bat r\u00e9activ\u00e9.\/<\/p>\n<p>\/Encadr\u00e9 4 :\/<\/p>\n<p>\/Aides de l&#8217;Etat, c&#8217;est pas l&#8217;Eden&#8230;\/<\/p>\n<p>\/L&#8217;un des rares dispositifs fran\u00e7ais destin\u00e9 \u00e0 susciter des vocations d&#8217;entrepreneurs chez les ch\u00f4meurs a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9 en 1979 : l&#8217;Accre (l&#8217;aide aux ch\u00f4meurs cr\u00e9ateurs d&#8217;entreprises). Entre 1982 et 1989, son montant a augment\u00e9 et cette aide, \u00e9tendue aux personnes en difficult\u00e9, a accompagn\u00e9 bon nombre de r\u00e9animations. Sous la cohabitation Mitterand-Balladur, entre 1993 et 1995, les petits projets individuels ont \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9s, plut\u00f4t que les soci\u00e9t\u00e9s. Plus de 80 000 personnes b\u00e9n\u00e9ficiaient alors annuellement d&#8217;une Accre ouverte aux ch\u00f4meurs non indemnis\u00e9s et aux RMistes. Le taux de mortalit\u00e9 de ces entreprises \u00e9tait comparable \u00e0 la moyenne : 50 % apr\u00e8s cinq ans. Pourtant, le gouvernement Jupp\u00e9 r\u00e9vise le dispositif, le recentrant sur les ch\u00f4meurs de moyenne et longue dur\u00e9e. En 1996, c&#8217;est Jean-Pierre Raffarin, alors ministre du Commerce, qui attaque cette mesure phare. Le nombre d&#8217;entreprises cr\u00e9\u00e9es chute. Le gouvernement Jospin r\u00e9instaure une aide similaire en 1997 : l&#8217;Eden, un pr\u00eat sur cinq ans \u00e0 taux z\u00e9ro. En 2001, l&#8217;Eden redevient une prime jusqu&#8217;\u00e0 ce que Raffarin, premier ministre, la retransforme en avance remboursable. Entre temps, l&#8217;Accre a \u00e9t\u00e9 r\u00e9invent\u00e9e sous forme d&#8217;exon\u00e9ration de cotisations. Kafka\u00efen ! En 2003, seules 16 000 personnes ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l&#8217;Eden&#8230;\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> En r\u00e9animant leurs entreprises en faillite sous forme de coop\u00e9ratives, des ouvriers d\u00e9montrent qu&#8217;ils sont capables de participer \u00e0 la gestion. De telles initiatives pourraient-elles sauver plus d&#8217;emplois et remettre au go\u00fbt du jour le statut de Scop ? <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[302,324],"class_list":["post-2319","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-alternatives","tag-scop"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2319","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2319"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2319\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2319"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2319"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2319"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}