{"id":2316,"date":"2006-05-01T00:00:00","date_gmt":"2006-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/emploi-que-propose-t-on-aux-jeunes2316\/"},"modified":"2006-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-04-30T22:00:00","slug":"emploi-que-propose-t-on-aux-jeunes2316","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2316","title":{"rendered":"Emploi. Que propose-t-on aux jeunes ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Peut-on continuer \u00e0 faire appel \u00e0 des soins palliatifs dans la gestion sociale de la crise du CPE ? Si l&#8217;unit\u00e9 des revendications est bien pr\u00e9sente \u00e0 gauche, les propositions alternatives concr\u00e8tes en termes de ch\u00f4mage des jeunes ne sont pas encore formul\u00e9es. Analyse. <\/p>\n<p>La panne des politiques d&#8217;insertion dans l&#8217;emploi \u00e0 destination des jeunes depuis vingt ans est un des axes de lecture oblig\u00e9s de la crise du CPE. C&#8217;est en effet notamment au nom d&#8217;un \u00e9chec des politiques ant\u00e9rieurement men\u00e9es en la mati\u00e8re que le premier ministre s&#8217;est pr\u00e9valu d&#8217;un certain autoritarisme dans la m\u00e9thode utilis\u00e9e durant l&#8217;\u00e9pisode CPE, malgr\u00e9 les mises en garde des siens (cible sociale explosive, mauvaise mesure, mauvaise m\u00e9thode&#8230;). Un leitmotiv de Villepin durant toute cette p\u00e9riode r\u00e9cente, avanc\u00e9 en guise de justification de sa politique, fut : il faut tout tenter, qui ne risque rien n&#8217;a rien, puisque tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de a \u00e9chou\u00e9, moi je vais essayer autrement, essayer \u00e0 nouveau, plus \u00e9nergiquement, car c&#8217;est faute d&#8217;audace suffisante que nous n&#8217;avons pas encore r\u00e9ussi, etc. H\u00e9las, cette ligne d&#8217;attaque s&#8217;est rapidement transform\u00e9e en ligne de d\u00e9fense, d&#8217;autant plus malais\u00e9e que la mobilisation face \u00e0 lui \u00e9tait massive et unie, que la droite comme le Medef sont apparus \u00e0 l&#8217;inverse  rapidement divis\u00e9s sur la mesure propos\u00e9e, tant sur la forme que sur le fond ou le degr\u00e9 de lib\u00e9ralisme \u00e0 afficher&#8230; et l&#8217;ont murmur\u00e9 chaque jour un peu plus fort.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, les entrevues des syndicats avec la majorit\u00e9 UMP, gouvernementale ou parlementaire, ont montr\u00e9 un affichage d&#8217;unit\u00e9 syndicale remarquable&#8230; Ce qui a fortement contrast\u00e9 avec le mouvement des retraites de 2003 : ce fut une premi\u00e8re grande victoire des anti-CPE. \u00ab Il faut d&#8217;abord d\u00e9finir ce qu&#8217;il y a d&#8217;unique dans cette exp\u00e9rience \u00bb, s&#8217;enthousiasmait Maryse Dumas dans l&#8217;Humanit\u00e9 du 22 avril \u00e0 propos des mobilisations contre le CPE. \u00ab Le mouvement d\u00e9marre presque en m\u00eame temps pour les organisations \u00e9tudiantes et lyc\u00e9ennes et celles de salari\u00e9s. Bien s\u00fbr, des mouvements \u00e9tudiants avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 soutenus par les salari\u00e9s. Et r\u00e9ciproquement. Mais un mouvement qui d\u00e9marre \u00e0 \u00e9galit\u00e9 d&#8217;approche, c&#8217;est unique ! Unique aussi, la composition de l&#8217;intersyndicale avec toutes les organisations sans exception. On a quand m\u00eame tenu huit r\u00e9unions \u00e0 douze, et qui ont, toutes, d\u00e9bouch\u00e9 sur des propositions d&#8217;action et un communiqu\u00e9 commun. Quel que soit le dirigeant que les gens voyaient \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, ils entendaient le m\u00eame message. Du coup, le gouvernement a \u00e9t\u00e9 pris en porte-\u00e0-faux : il apparaissait divis\u00e9 de l&#8217;int\u00e9rieur sur des enjeux pr\u00e9sidentiels alors que nous \u00e9tions unis et calmes. \u00bb <\/p>\n<p><strong> BASE DU CONSENSUS <\/strong><\/p>\n<p>Oui, mais sur quelle base les syndicats \u00e9tudiants et de salari\u00e9s avaient-ils construit leur consensus ? Qu&#8217;ont-ils contre-propos\u00e9 ensemble ? La ligne commune fut en r\u00e9alit\u00e9 l&#8217;exigence, sans faille, d&#8217;un retrait non n\u00e9gociable du CPE. Cette ligne a minima est plus riche qu&#8217;il n&#8217;y para\u00eet&#8230; Car ce refus s&#8217;est appuy\u00e9 sur une analyse du contrat comme relevant d&#8217;une logique dangereuse de fragilisation et de pr\u00e9carisation, pour la jeunesse d&#8217;abord, pour l&#8217;ensemble du salariat ensuite. Il s&#8217;est b\u00e2ti plus globalement sur une analyse, partag\u00e9e dans le mouvement social descendu manifester, qui d\u00e9montre la coh\u00e9rence lib\u00e9rale des attaques contemporaines contre le Code du travail et les droits acquis des travailleurs, et leur convergence acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Or, ce faisant, cette position porte implicitement avec elle un second discours, plus ou moins fortement exprim\u00e9 mais audible en tout cas : sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette contestation de ces politiques lib\u00e9rales men\u00e9es, au nom d&#8217;une d\u00e9fense de ces m\u00eames acquis d&#8217;une part, et au nom, d&#8217;autre part &#8211; et peut-\u00eatre plus encore &#8211; d&#8217;une certaine vision active alternative de la soci\u00e9t\u00e9. En d&#8217;autres termes, la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1990, celle de l&#8217;apprentissage encore balbutiant de la lutte contre la \u00ab pens\u00e9e unique \u00bb, est r\u00e9volue : l&#8217;affrontement de deux modes de pens\u00e9e et d&#8217;analyse antagonistes, m\u00eame chacun lui-m\u00eame divers en soi, est acquis en principe. C&#8217;est un pas gigantesque ! Ainsi est bel et bien d\u00e9bout\u00e9e une certaine vision pass\u00e9iste voire r\u00e9actionnaire des forces de la gauche transformatrice dans laquelle la droite et une partie d&#8217;un certain establishment sont tent\u00e9es de l&#8217;enfermer sans nuance (voir la table ronde dans ce m\u00eame dossier sur le th\u00e8me : \u00ab La France est-elle r\u00e9formable ? \u00bb).<\/p>\n<p><strong> QuEL CONTENU ALTERNATIF? <\/strong><\/p>\n<p>Tout n&#8217;est pas id\u00e9al pour autant, et la question du contenu alternatif en r\u00e9alit\u00e9 en mati\u00e8re de politique de la jeunesse se pose avec acuit\u00e9, au terme d&#8217;un relatif \u00e9chec de quelque vingt-cinq ann\u00e9es de politiques d&#8217;insertion dans l&#8217;emploi pour les jeunes (puisque les v\u00e9ritables premiers conglom\u00e9rats de mesures et dispositifs datent du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 sous les gouvernements de gauche). Dans la crise du CPE, le silence \u00e0 ce sujet de la part des syndicats n&#8217;avait pas pour but d&#8217;occulter des divergences qui eussent \u00e9t\u00e9 sinon malais\u00e9es \u00e0 g\u00e9rer. Certes, ce silence \u00e9tait strat\u00e9gique : d\u00e9monter l&#8217;offensive lib\u00e9rale passe par une certaine p\u00e9dagogie du refus, surtout \u00e0 l&#8217;or\u00e9e d&#8217;une ann\u00e9e de campagne \u00e9lectorale o\u00f9 le camp de gauche reste encore difficile \u00e0 rassembler autour d&#8217;id\u00e9es programmatiques communes.<\/p>\n<p>Mais le probl\u00e8me tient bien aux politiques d&#8217;insertion des jeunes eux-m\u00eames. Ces politiques successives, qui ont multipli\u00e9 les types de contrats, les d\u00e9marches innovantes et les modalit\u00e9s d&#8217;intervention, et les types d&#8217;intervenants, depuis les ann\u00e9es 1980, relevaient grosso modo d&#8217;une logique commune par-del\u00e0 leur apparente disparit\u00e9, \u00e0 savoir \u00ab une approche radicalement diff\u00e9rente du social, compar\u00e9e \u00e0 la p\u00e9riode d&#8217;expansion : non plus simple gestion des cons\u00e9quences de situations sociales relativement durables, inh\u00e9rentes \u00e0 la logique de fonctionnement \u00e9conomique, mais point d&#8217;appui temporaire \u00e0 l&#8217;organisation d&#8217;un parcours inverse, du social vers la production, pour des cat\u00e9gories en difficult\u00e9 d&#8217;int\u00e9gration professionnelle, au gr\u00e9 des fluctuations de la conjoncture \u00bb (1).<\/p>\n<p>C&#8217;est cette perspective m\u00eame qui a chang\u00e9. A nouveau, devant leur incapacit\u00e9 \u00e0 tenir toutes leurs promesses, les contrats et dispositifs propos\u00e9s tendent \u00e0 ressembler \u00e0 des palliatifs dans le cadre d&#8217;une simple gestion sociale des cons\u00e9quences de la crise, ils \u00e9voquent un repl\u00e2trage d&#8217;urgence n\u00e9cessaire, sans doute, mais une d\u00e9mission aussi vis-\u00e0-vis de l&#8217;enjeu de v\u00e9ritables politiques \u00e9conomiques productrices d&#8217;emplois. Contre ce constat d\u00e9sabus\u00e9 montant parmi tout le mouvement social, y compris dans ses franges les plus convaincues initialement par ce type de politique d&#8217;insertion, l&#8217;urgence est bien \u00e0 la construction d&#8217;un projet \u00e0 nouveau globalisant, en guise d&#8217;alternative \u00e0 cet \u00e9parpillement des mesures qui fait, objectivement et activement, le jeu de la d\u00e9construction par les lib\u00e9raux du droit du travail ant\u00e9rieur&#8230;<\/p>\n<p><strong> REPONSE GLOBALE <\/strong><\/p>\n<p>La recherche d&#8217;une r\u00e9ponse \u00e9conomique globale et coh\u00e9rente est un des principaux d\u00e9fis de la p\u00e9riode actuelle pour la gauche, impliquant des objectifs de long et moyen termes, une perspective transformatrice globale et des propositions de r\u00e9formes concr\u00e8tes, enfin des principes m\u00e9thodologiques (d\u00e9mocratie, rythmes de transformation&#8230;). Dans ce cadre, deux \u00e9l\u00e9ments sont \u00e0 mettre ici en exergue comme des avanc\u00e9es, des relatives nouveaut\u00e9s. D&#8217;abord, l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une coh\u00e9rence de l&#8217;ensemble des parcours individuels de travail, de formation et de vie, telle que port\u00e9e, notamment, par la CGT avec son concept de s\u00e9curit\u00e9 sociale professionnelle (voir Regards de mars 2006), continue de faire son chemin, et elle est apparue formul\u00e9e de diverses mani\u00e8res par les anti-CPE. Elle a l&#8217;avantage, entre autres, de faire d&#8217;embl\u00e9e le lien entre les revendications \u00e9tudiantes et salari\u00e9es, mais aussi de d\u00e9passer enfin la question non r\u00e9solue des dipl\u00f4mes et de l&#8217;\u00e9l\u00e9vation g\u00e9n\u00e9rale des niveaux de qualification comme r\u00e9ponse r\u00e9elle ou non au ch\u00f4mage (cette strat\u00e9gie vaut individuellement. Mais vaut-elle collectivement comme r\u00e9ponse au non-emploi ?). Elle peut en outre servir \u00e0 surmonter partiellement les divergences de la gauche fran\u00e7aise dans l&#8217;analyse des raisons, structurelles ou bien seulement m\u00e9thodologiques, de l&#8217;\u00e9chec de \u00ab l&#8217;\u00e9conomie europ\u00e9enne de la connaissance \u00bb, dite aussi \u00ab strat\u00e9gie de Lisbonne \u00bb&#8230; Des divergences qui recoupent en grande partie celles entre partisans, l&#8217;an dernier, du \u00ab oui \u00bb et tenants du \u00ab non \u00bb au trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en ! Toutefois, la proposition de s\u00e9curisation des parcours professionnels reste insuffisante en l&#8217;\u00e9tat et ne peut occulter la difficult\u00e9 plus globale pour le camp transformateur de penser la question des jeunes \u00ab casseurs \u00bb, en articulation (complexe et partielle) aux \u00ab \u00e9meutes \u00bb d&#8217;octobre-novembre derniers dans les quartiers populaires  : question tout \u00e0 la fois de la d\u00e9sinsertion professionnelle, sociale et citoyenne ici pos\u00e9e, sur laquelle les commentaires et analyses tardent \u00e0 se formuler clairement.<\/p>\n<p><strong> DROITS INDIVIDUELS <\/strong><\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment nouveau port\u00e9 notamment dans la crise du CPE, l&#8217;id\u00e9e de droits individuels (\u00e0 la dignit\u00e9, \u00e0 la libert\u00e9, au travail, \u00e0 la formation, au respect&#8230;) continue de monter \u00e9galement. La naissance de cette derni\u00e8re est \u00e0 chercher ici plut\u00f4t dans la convergence des ONG au sein de la dynamique altermondialiste (droit \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 la participation citoyenne, \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation, \u00e0 un environnement propre, etc.). Ces droits sont de plus en plus pos\u00e9s en termes de principes inali\u00e9nables et pierres angulaires sur lesquels reb\u00e2tir politiquement tout projet, comme axe strat\u00e9gique de toute revendication, et r\u00e9pondent entre autres \u00e0 la mont\u00e9e des individualismes et \u00e0 un certain \u00e9clatement des strat\u00e9gies collectives au profit d&#8217;une multiplicit\u00e9 croissante des parcours, voire des identit\u00e9s. Cela fut particuli\u00e8rement visible dans le mouvement anti-CPE : exigence fortement exprim\u00e9e de reconnaissance de la dignit\u00e9 individuelle, jug\u00e9e bafou\u00e9e par les propositions Villepin. Bref, malgr\u00e9 son absence de propositions alternatives concr\u00e8tes imm\u00e9diates et visibles en termes de ch\u00f4mage des jeunes, le mouvement anti-CPE a port\u00e9 un contenu revendicatif fort et symptomatique d&#8217;\u00e9volutions nouvelles. Ce fut une autre de ses victoires.<\/p>\n<p><strong> K.G. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b029, mai 2006<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Peut-on continuer \u00e0 faire appel \u00e0 des soins palliatifs dans la gestion sociale de la crise du CPE ? Si l&#8217;unit\u00e9 des revendications est bien pr\u00e9sente \u00e0 gauche, les propositions alternatives concr\u00e8tes en termes de ch\u00f4mage des jeunes ne sont pas encore formul\u00e9es. Analyse. <\/p>\n","protected":false},"author":483,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[319],"class_list":["post-2316","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-emploi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2316","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/483"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2316"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2316\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2316"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2316"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2316"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}