{"id":2306,"date":"2006-04-01T00:00:00","date_gmt":"2006-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/kids-braqueurs-et-mechants2306\/"},"modified":"2006-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-03-31T22:00:00","slug":"kids-braqueurs-et-mechants2306","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2306","title":{"rendered":"Kids, braqueurs et m\u00e9chants"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Plusieurs films ce mois-ci confrontent entre elles des communaut\u00e9s, adolescente, politique et sociale. Regards sur des tensions raciales et sociales contemporaines ou comment fictions et actualit\u00e9s se r\u00e9pondent \u00e0 la vitesse de l&#8217;image. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s Kids (1995), Another Day in Paradise (1998), Bully (2001), Ken Park (2002), le r\u00e9alisateur et photographe Larry Clark poursuit dans Wassup Rockers sa radiographie du monde adolescent. Les kids latino-am\u00e9ricains, rockers et skaters, qui donnent au film son \u00e9nergie, sa musicalit\u00e9 et sa vitesse si particuli\u00e8re, Larry Clark les a rencontr\u00e9s \u00e0 Venice, quartier de Los Angeles, alors qu&#8217;il faisait des rep\u00e9rages pour une s\u00e9ance photos. Mi-fiction, mi-documentaire, en grande partie improvis\u00e9 par sa communaut\u00e9 d&#8217;acteurs en herbe, Wassup Rockers traque les effets de la br\u00e8ve migration de ces jeunes vivant dans le ghetto de South Central vers le quartier chic de Beverly Hills o\u00f9 les attend un spot de skate hors pair &#8211; et des bourgeoises blanches, jeunes ou vieilles, \u00e0 la libido on ne peut plus \u00e9loquente. Bilan c\u00f4t\u00e9 kids dot\u00e9s d&#8217;un sex-appeal auquel personne ne r\u00e9siste : un mort, une arrestation. C\u00f4t\u00e9 haute soci\u00e9t\u00e9, concupiscente : un photographe \u00ab hype \u00bb homosexuel offrant chez lui une r\u00e9ception conceptuelle (rose) d\u00e9gringole de ses escaliers ; une ma\u00eetresse de maison alcoolique s&#8217;\u00e9lectrocute dans sa baignoire moussante o\u00f9 elle s&#8217;amusait avec sa poup\u00e9e vivante. Il y a une touche pasolinienne (celle de Th\u00e9or\u00e8me) relay\u00e9e par le premier Fran\u00e7ois Ozon dans la saisie de ces d\u00e9r\u00e8glements interclassistes et sexuels.<\/p>\n<p>\u00ab Ce qui est int\u00e9ressant, c&#8217;est que \u00e7a se passe \u00e0 Los Angeles. Parce qu&#8217;il y a toutes ces enclaves de gens \u00e0 South Central. C&#8217;est cette vaste \u00e9tendue qui est v\u00e9ritablement isol\u00e9e, en fait, parce qu&#8217;uniquement constitu\u00e9e de Latinos et de Noirs. Il n&#8217;y a aucun Blanc \u00e0 South Central, et les gamins n&#8217;en avaient jamais r\u00e9ellement connu \u00bb, dit le r\u00e9alisateur. \u00ab Wassup Rockers \u00bb, telle est en effet l&#8217;expression prononc\u00e9e par les Noirs du ghetto d\u00e8s qu&#8217;ils croisent ces Latinos que tout le monde prend pour des Mexicains mais qui aiment \u00e0 rappeler qu&#8217;ils sont Guat\u00e9malt\u00e8ques ou Salvadoriens. L&#8217;opposition entre les deux groupes transite ici par les codes vestimentaires, l&#8217;attitude des corps : style \u00ab baggy \u00bb, pantalons larges, cheveux courts, pour les Noirs-rappeurs ; style \u00ab pop-rock \u00bb, jeans serr\u00e9s, cheveux longs, pour les Latinos-Ramones. \u00ab Les pressions exerc\u00e9es par l&#8217;entourage sont probablement plus fortes au sein du ghetto qu&#8217;\u00e0 Beverly Hills ou dans la banlieue &#8211; la pression pour se conformer au style du ghetto, celui de la rue, \u00e0 savoir les v\u00eatements &#8220;baggy&#8221;. Ces gamins doivent se battre chaque jour pour ce qu&#8217;ils sont \u00bb, analyse Larry Clark. L&#8217;une des plus puissantes s\u00e9quences de Wassup Rockers traque au plus pr\u00e8s un rapprochement \u00e9rotique rendu possible par une circulation de la parole entre Kiko et Nikki, jeune fille friqu\u00e9e de Beverly Hills, qui ne sait pas ce que fait son p\u00e8re, \u00e0 part \u00eatre accroch\u00e9 \u00e0 son portable et jouer au golf. Elle lui demande si les autres skaters sont ses meilleurs amis : \u00ab Non, on est pareil, on est diff\u00e9rent mais on est pareil \u00bb, lui r\u00e9pond-il livrant spontan\u00e9ment sa vision de son appartenance \u00e0 une communaut\u00e9. La sc\u00e8ne hilarante avec le flic, arroseur-arros\u00e9 rendu fou par les kids, avait jalonn\u00e9 le terrain, tous s&#8217;amusant \u00e0 d\u00e9cliner leur identit\u00e9 en donnant la m\u00eame adresse. De m\u00eame la s\u00e9quence de skate sur les escaliers cr\u00e9ait, \u00e0 travers les chutes et les \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, un effet de brouillage entre les corps.<\/p>\n<p>La s\u00e9quence d&#8217;ouverture en split-screen (\u00e9cran partag\u00e9) qui pr\u00e9sente Jonathan dans sa chambre sous diff\u00e9rents angles sugg\u00e8re au seuil du film une simultan\u00e9it\u00e9 bien plus qu&#8217;une succession et une entr\u00e9e du hors-champ dans le cadre. Ce hors-champ incorpor\u00e9, c&#8217;est celui de l&#8217;enfance, du sexe m\u00e9diatis\u00e9, de l&#8217;\u00e9rotisme distanci\u00e9 &#8211; voir la sc\u00e8ne de partouze entre les figurines ; les grosses sucettes vertes et les chewing-gums. \u00ab Je voulais faire un film bas\u00e9 sur leur vie. Je voulais que les gens voient ces gamins. On ne les voit pas au cin\u00e9ma \u00e0 part s&#8217;ils vendent de la drogue ou commettent des crimes. Alors que ceux-l\u00e0, ce sont des gamins normaux. [&#8230;] Certains ont des membres de leur famille impliqu\u00e9s dans des gangs. Il y a des tas de gamins \u00e0 South Central qui ne veulent pas finir comme \u00e7a. \u00bb C&#8217;est une id\u00e9e assez similaire qui architecture Fr\u00e8res d&#8217;exil, troisi\u00e8me long-m\u00e9trage ultra-violent de Yilmaz Arslan (apr\u00e8s Langer Gang et Yara), r\u00e9alisateur n\u00e9 en Turquie en 1968, vivant en Allemagne depuis 1975. Azad, jeune Kurde, part rejoindre son fr\u00e8re (prox\u00e9n\u00e8te) en Allemagne. Le film cartographie les tensions entre les communaut\u00e9s turque et kurde et l&#8217;in\u00e9luctabilit\u00e9 de l&#8217;engrenage de la vengeance. Dans son foyer d&#8217;accueil, Azad fait la connaissance d&#8217;Ibo, un orphelin kurde de neuf ans, qui devient vite son petit fr\u00e8re d&#8217;\u00e9lection. A l&#8217;image de leurs lits superpos\u00e9s, leurs destins co\u00efncident. Ils font tout pour ne pas finir comme le fr\u00e8re d&#8217;Azad, travaillent d&#8217;arrache-pied en s&#8217;improvisant barbiers dans les toilettes glauques d&#8217;un restaurant. Bien plus que dans les sc\u00e8nes violentes assez putassi\u00e8res (voir le viol ou le pitbull), le meilleur du film r\u00e9side dans ses s\u00e9quences de travail et dans la m\u00e9taphore qui en d\u00e9coule autour de \u00ab l&#8217;odeur \u00bb de l&#8217;argent. Tout indique d&#8217;abord que les deux petits vont vendre de la drogue : Azad se bouche les narines avec un mouchoir : \u00ab Ici, \u00e7a sent la pisse et certains clients sentent l&#8217;alcool. \u00c7a me fait vomir. \u00bb \u00ab Tu saignes encore du nez ? \u00bb, demande un client venu se faire raser. Lorsqu&#8217;il atteint ces moments de distorsion (autre exemple : Azad fait tomber un billet par terre faisant croire \u00e0 Ibo qu&#8217;il l&#8217;a trouv\u00e9), Fr\u00e8res d&#8217;exil prend une r\u00e9elle ampleur.<\/p>\n<p>Autre film \u00e0 ne pas manquer : Inside Man. L&#8217;Homme de l&#8217;int\u00e9rieur, de Spike Lee, interpr\u00e9t\u00e9 par Denzel Washington, Clive Owen, Jodie Foster, Christopher Plummer et Chiwetel Ejiofor. Soit l&#8217;histoire d&#8217;un braquage hors du commun, m\u00ealant la m\u00e9moire de l&#8217;enrichissement d&#8217;un homme pendant le nazisme et les tensions raciales et sociales contemporaines. New York, Manhattan Trust Bank, 20 Exchange Place, quatre braqueurs d\u00e9guis\u00e9s en peintres prennent le personnel et les clients de la banque en otage. La gestion polici\u00e8re et m\u00e9diatique de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement se complique quand le patron de la banque mandate sur les lieux une \u00e9nigmatique n\u00e9gociatrice. La singularit\u00e9 de ce film, dont la construction temporelle (et spatiale) s&#8217;av\u00e8re vite g\u00e9niale, tient dans le face-\u00e0-face entre l&#8217;opposition sociale des personnages (le flic et la n\u00e9gociatrice notamment), la confrontation \u00e9lectrique des mondes auxquels ils appartiennent, et le brouillage des identit\u00e9s \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la banque. Otages et braqueurs, hommes et femmes, employ\u00e9s et clients, rev\u00eatent en effet la m\u00eame tenue. Les bad guys ne sont pas forc\u00e9ment ceux que l&#8217;on croit&#8230;<\/p>\n<p><strong> A voir : <\/strong><\/p>\n<p><strong> &#8220;Wassup Rockers&#8221; de Larry Clark,  sortie le 5 avril <\/strong><\/p>\n<p><strong> Fr\u00e8res d&#8217;exil de Yilmaz Arslan,  sortie le 12 avril <\/strong><\/p>\n<p>\/Juliette Cerf.\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Plusieurs films ce mois-ci confrontent entre elles des communaut\u00e9s, adolescente, politique et sociale. 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