{"id":2304,"date":"2006-03-01T00:00:00","date_gmt":"2006-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/marion-mazauric-la-violence-des2304\/"},"modified":"2006-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-02-28T23:00:00","slug":"marion-mazauric-la-violence-des2304","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2304","title":{"rendered":"Marion Mazauric : \u00ab La violence des films gore est salvatrice \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Sheitan, c&#8217;est un film fait par des jeunes qui m\u00eale les ingr\u00e9dients de la culture hip-hop et du film d&#8217;horreur. Ce m\u00e9lange des genres caract\u00e9ristique des cultures populaires est un moteur de renouvellement. De nombreux films grand public ont recours au m\u00e9lange des genres. Est-ce caract\u00e9ristique ? <\/p>\n<p><strong> Marion Mazauric (1) <\/strong>. Oui, cette fusion des r\u00e9f\u00e9rences est symptomatique des cultures populaires. C&#8217;est un moteur de renouvellement. Elle s&#8217;est enracin\u00e9e plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s le d\u00e9veloppement des contre-cultures et s&#8217;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e8re d&#8217;Internet et de la communication. Il existe une grande perm\u00e9abilit\u00e9 des \u0153uvres n\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation \u00e0 des cultures voisines qui sont des s\u0153urs esth\u00e9tiques. Pulp Fiction de Quentin Tarentino, sorti en 1994, marque une \u00e9tape importante de cette r\u00e9volution. C&#8217;est un hommage tous azimuts \u00e0 la pop culture marchande qui d\u00e9bute dans les ann\u00e9es 1950, o\u00f9 sont cr\u00e9\u00e9s les premiers \u00ab pulps \u00bb. Ces petits fascicules \u00e0 bas prix dont s&#8217;empare tout l&#8217;underground am\u00e9ricain vont devenir des espaces de cr\u00e9ation formidables pour des dessinateurs comme Crumb. C&#8217;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que naissent les comics. Tarentino a d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9aliser un film archi-r\u00e9f\u00e9rentiel, qui emprunte \u00e0 la bande dessin\u00e9e comme au roman sentimental, sur ce qui l&#8217;a nourri. C&#8217;est lui qui a donn\u00e9 ses lettres de noblesses \u00e0 la \u00ab pulp culture \u00bb. En France, Jean-Jacques Beineix est le premier \u00e0 introduire la BD au cin\u00e9ma lorsqu&#8217;il r\u00e9alise Diva, en 1980. Depuis, plusieurs films embl\u00e9matiques de ce basculement ont vu le jour. Parmi eux, Le Pacte des loups de Christoph Gans, qui emprunte au fantastique, \u00e0 l&#8217;historique, au film de cape et d&#8217;\u00e9p\u00e9e ; ou encore Le Cinqui\u00e8me \u00e9l\u00e9ment, de Luc Besson, qui n&#8217;existe pas sans la bande dessin\u00e9e. Aujourd&#8217;hui, les jeunes de vingt ans ne se posent m\u00eame plus la question des genres parce que les formes populaires consid\u00e9r\u00e9es comme des sous-genres montent en termes de march\u00e9 comme d&#8217;influence. Aucun enfant n&#8217;aurait l&#8217;id\u00e9e de d\u00e9finir Le Seigneur des anneaux et Harry Potter comme des \u0153uvres fantastiques. Le tournant date de la sortie simultan\u00e9e de Matrix, Existenz et The Cube que personne n&#8217;a rang\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9poque dans la cat\u00e9gorie \u00ab films de science-fiction \u00bb. La fusion est naturelle pour les jeunes cr\u00e9ateurs issus de la g\u00e9n\u00e9ration de la mondialisation. Ce n&#8217;est m\u00eame plus un choix esth\u00e9tique.<\/p>\n<p><strong> Des films comme Sheitan, Le Cinqui\u00e8me El\u00e9ment ou Kill Bill s&#8217;inscrivent-ils dans une mouvance commune ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Marion Mazauric. <\/strong> Ils participent d&#8217;une kyrielle de contre-cultures issues de l&#8217;univers marchand. Les premi\u00e8res \u0153uvres populaires qui en sont sorties sont n\u00e9es dans les ann\u00e9es 1970. Le mouvement a commenc\u00e9 en musique et au cin\u00e9ma, avec le premier Vendredi 13, puis il s&#8217;est prolong\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision o\u00f9 des s\u00e9ries innovantes ont vu le jour. Il n&#8217;a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 la litt\u00e9rature, qui s&#8217;est mise \u00e0 se nourrir de tout ce qui se passait hors d&#8217;elle-m\u00eame, que bien apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9 dans les autres supports. Malheureusement, nous vivons depuis trente ans dans une p\u00e9riode de conservatisme culturel. Jamais ces cultures n&#8217;ont \u00e9t\u00e9 reconnues par les institutions. Les \u00e9lites fran\u00e7aises de gauche et de droite ont pris le pouvoir et ne veulent pas le l\u00e2cher. C&#8217;\u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rent \u00e0 la grande \u00e9poque du film ouvrier, dans les ann\u00e9es 1960. Personne ne disait que Gabin \u00e9tait nul ! L&#8217;incarnation du prolo fran\u00e7ais avec son m\u00e9got et sa casquette \u00e9tait une star. Il a fallu du temps pour que soient \u00e0 nouveau accept\u00e9s des films populaires qui parlent de la banlieue et du monde ouvrier. Ces \u0153uvres rel\u00e8vent d&#8217;une culture jeune qui a d\u00e9but\u00e9 sous les yeux des enfants de l&#8217;industrialisation des objets culturels. Mais le basculement qui s&#8217;est op\u00e9r\u00e9 est d\u00e9finitif.<\/p>\n<p><strong> La r\u00e9f\u00e9rence au film d&#8217;horreur est tr\u00e8s pr\u00e9sente dans Sheitan. Que dit-elle du monde contemporain ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Marion Mazauric <\/strong>. C&#8217;est la meilleure fa\u00e7on de parler d&#8217;aujourd&#8217;hui. Nous vivons une \u00e9poque horrible, qui massacre des individus, des pays, voire la plan\u00e8te, \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle industrielle. Quand les premiers films d&#8217;horreur sont sortis, on a expliqu\u00e9 &#8211; et on continue de le faire &#8211; qu&#8217;ils repr\u00e9sentaient un danger pour les jeunes qui allaient tous devenir des \u00ab serial killers \u00bb. Pour preuve, disait-on, les massacres \u00e0 Columbine. C&#8217;est tout le contraire ! De Massacre \u00e0 la tron\u00e7onneuse \u00e0 Scream, en passant par Vendredi 13, la violence des films gore et des films de s\u00e9ries B d&#8217;\u00e9pouvante est salvatrice. Les autres influences que l&#8217;on retrouve diss\u00e9min\u00e9es dans les films populaires, comme le kung-fu, le hip- hop, le jeu vid\u00e9o ou le manga, redoublent elles aussi l&#8217;\u00e9tat du monde contemporain. Le manga a r\u00e9volutionn\u00e9 les r\u00e8gles narratives de la bande dessin\u00e9e. C&#8217;est une forme de narration dont la vitesse est en accord avec la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;aujourd&#8217;hui. L&#8217;image-r\u00e9cit, qui peut quasiment se passer de paroles, est en train d&#8217;influencer tous les champs artistiques. Par ailleurs, les esth\u00e9tiques urbaines t\u00e9moignent d&#8217;un basculement de civilisation. En 2010, 60 % de l&#8217;humanit\u00e9 vivra en zone urbaine. De fa\u00e7on plus anecdotique, le roller, la capoeira et les arts martiaux disent la d\u00e9brouille des rues. La tendance actuelle est au r\u00e9alisme : les cin\u00e9astes et les romanciers sont nombreux \u00e0 porter un regard sur la violence, les injustices et les angoisses de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. L&#8217;exemple de Brice de Nice, qui a r\u00e9alis\u00e9 deux millions d&#8217;entr\u00e9es, est tr\u00e8s int\u00e9ressant. Son succ\u00e8s a gagn\u00e9 toutes les cours d&#8217;\u00e9cole de Neuilly \u00e0 Sarcelles, jusqu&#8217;aux plus petits villages. Le film joue sur la glisse et la fringue qui d\u00e9finissent non seulement un march\u00e9 mais aussi une culture. Il nous pr\u00e9sente avec beaucoup d&#8217;humour un monde stupide, habit\u00e9s par des gens stupides. L&#8217;ironie, le cynisme, la distanciation, sont des proc\u00e9d\u00e9s culturels critiques.<\/p>\n<p><strong> Ces proc\u00e9d\u00e9s sont-ils couramment utilis\u00e9s ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Marion Mazauric. <\/strong>  Oui, les jeunes cr\u00e9ateurs y ont beaucoup recours pour parler du monde contemporain. Mais pour comprendre leur humour, il faut avoir les r\u00e9f\u00e9rences. Dans Pulp Fiction, certaines sc\u00e8nes gore sont \u00e0 mourir de rire. C&#8217;est un film tr\u00e8s dr\u00f4le avec de l&#8217;h\u00e9moglobine partout. De m\u00eame, les ados se roulent par terre devant Vendredi 13 ou Scream, tandis que les spectateurs de 40 ou 50 ans font des cauchemars. Le proc\u00e9d\u00e9 consiste \u00e0 prendre pour personnage principal un individu qui n&#8217;est cynique que parce qu&#8217;il \u00e9volue dans un monde cynique. C&#8217;est le cas dans le livre de Gr\u00e9goire Hervier \u00e0 para\u00eetre en septembre, intitul\u00e9 Scream test : le protagoniste est un assassin qui tue les membres du Loft lorsqu&#8217;ils en sortent. Le fait de choisir un h\u00e9ros d\u00e9truit de l&#8217;int\u00e9rieur, qui peut m\u00eame \u00e9ventuellement \u00eatre un sale type, permet de mieux encore parler du cynisme de la soci\u00e9t\u00e9. Cela ne justifie pas l&#8217;absence de moralit\u00e9 du monde mais la r\u00e9v\u00e8le. Comme le dit Martin Winckler, les produits le plus populaires sont souvent ceux qui sont \u00e0 la fois le plus lucides, le plus critiques, voire le plus politiques dans leur fa\u00e7on de repr\u00e9senter la soci\u00e9t\u00e9 qui les a fabriqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Marion Mazauric est directrice des \u00e9ditions Au Diable Vauvert qui publient de nombreux ouvrages sortis de la contre-culture<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Sheitan, c&#8217;est un film fait par des jeunes qui m\u00eale les ingr\u00e9dients de la culture hip-hop et du film d&#8217;horreur. Ce m\u00e9lange des genres caract\u00e9ristique des cultures populaires est un moteur de renouvellement. De nombreux films grand public ont recours au m\u00e9lange des genres. 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