{"id":230,"date":"1996-11-01T00:00:00","date_gmt":"1996-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-ponderation-coupable230\/"},"modified":"1996-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1996-10-31T23:00:00","slug":"la-ponderation-coupable230","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=230","title":{"rendered":"La pond\u00e9ration coupable"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Kaboul, l&#8217;ordre vert r\u00e8gne. Les femmes errent, d\u00e9guis\u00e9es en fant\u00f4mes. Que dites-vous ? Plus fort, on n&#8217;entend rien !  <\/p>\n<p>Voyez-vous ces images, entendez-vous ces sons d&#8217;une singuli\u00e8re ignominie venus de Ka-boul, au compte-gouttes ? Certes, des commentaires furtifs s&#8217;indignent; mais l&#8217;antenne s&#8217;ouvre peu ou pas du tout au d\u00e9bat ou aux interrogations, bref, elle ignore la diversit\u00e9 des approches. Le chemin d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;information, ce bien essentiel, est dans ce cas limit\u00e9 et m\u00eame entach\u00e9 de signes d&#8217;une pond\u00e9ration coupable qui menace de conduire au silence. En effet, la presse \u00e9crite et la t\u00e9l\u00e9vision propagent, avec un petit b\u00e9mol d&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 sur l&#8217;avenir (1), que les Talibans ne pillent pas, que les armes se sont tues et que, si l&#8217;on s&#8217;interroge, on se r\u00e9jouit de pouvoir circuler \u00e0 nouveau d&#8217;un bout \u00e0 l&#8217;autre de la ville d\u00e9vast\u00e9e; il se dit aussi que l&#8217;attitude des Talibans est distante, voire condescendante envers les infid\u00e8les, mais reste correcte (2). En fait, apr\u00e8s quelques pendaisons, un ordre vert r\u00e8gne \u00e0 Kaboul par lequel les femmes sont &#8221; correctement &#8221; \u00e9cart\u00e9es de l&#8217;humanit\u00e9. Plus d&#8217;\u00e9cole ni de bureau, elles circulent \u00e0 part, v\u00eatues d&#8217;un voile qui les recouvre des pieds \u00e0 la t\u00eate avec des sortes de trous au niveau des yeux; elles errent, r\u00e9duites \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de fant\u00f4mes.<\/p>\n<p> <strong> Des morts sur la route de la charia <\/strong><\/p>\n<p>Cette excroissance de la pax americana est le champ de jeu, en ruines, d&#8217;apprentis sorciers issus de camps d&#8217;entra\u00eenement d&#8217;o\u00f9 viennent aussi ces &#8221; moudjahiddin &#8221; qui saignent en Alg\u00e9rie, \u00e0 tour de bras, des hommes, des femmes et des enfants sur la route de la charia. Diffus\u00e9 sur Arte le mardi 8 octobre, hasard ou pertinence de la programmation, le document Alg\u00e9riennes, 30 ans apr\u00e8s, de Ahmed Lallem, rappelle que, \u00e0 Kaboul et \u00e0 Alger, c&#8217;est un m\u00eame combat; sans d\u00e9tour, le r\u00e9alisateur construit un montage altern\u00e9 strict, entre quelques \u00e9l\u00e9ments d&#8217;un reportage qu&#8217;il a fait en 1966 sur l&#8217;\u00e9lan de lyc\u00e9ennes alg\u00e9riennes, gourmandes d&#8217;une vie qui ne se refusait pas, et des entretiens actuels avec ces m\u00eames femmes. Du noir et blanc radieux \u00e0 la couleur cruelle, la lutte et les souffrances se r\u00e9v\u00e8lent dans une pulsation toujours dynamique d&#8217;o\u00f9 se d\u00e9gage le projet bien vivant d&#8217;une autre alliance avec les hommes.<\/p>\n<p> <strong> Le projet d&#8217;une autre alliance avec les hommes <\/strong><\/p>\n<p>La voix de ces femmes porte les plis d&#8217;\u00e9preuves singuli\u00e8res&#8230; D&#8217;abord ne plus aller au caf\u00e9&#8230; Ne plus prendre le bus&#8230; Le code de la famille qui l\u00e9galise le d\u00e9s\u00e9quilibre&#8230; Elles votent mais ne peuvent choisir leur mari. Cependant, le visage plein cadre d\u00e9voile une solidit\u00e9 int\u00e9rieure qui aimante; gr\u00e2ce au film on a affaire \u00e0 de v\u00e9ritables f\u00e9es, des f\u00e9es alg\u00e9riennes qui transforment un oubli en espoir. Il y a celle qui s&#8217;est mari\u00e9e aux Etats-Unis, elle voulait \u00eatre \u00e9mancip\u00e9e, elle l&#8217;est, &#8221; il n&#8217;y a plus personne pour me mettre les b\u00e2tons dans les roues &#8220;, mais qui avoue, avec superbe, ne pas avoir eu autant de courage que celles qui sont rest\u00e9es.<\/p>\n<p>Du courage, elles en ont pour rejeter toute all\u00e9geance f\u00e9odale et vivre en d\u00e9fiant tous les dangers; de l&#8217;\u00e9lan, elles en ont pour trouver dans la temp\u00eate les signes d&#8217;une avanc\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne. En faisant simple, ce qui est difficile, ce film a d\u00e9clench\u00e9 la vibration de choses universelles et rejoint pas l\u00e0 m\u00eame le petit bijou offert par &#8221; Thalassa &#8221; le vendredi 4 octobre \u00e0 propos de curieux p\u00eacheurs au sud de l&#8217;\u00eele de Sri-Lanka.<\/p>\n<p>Perch\u00e9s sur de dr\u00f4les de pilotis, au-dessus de leur carr\u00e9 de mer lib\u00e9r\u00e9, arm\u00e9s de lignes et d&#8217;hame\u00e7ons fabriqu\u00e9s par leur soin, ils font un ballet de gestes immuables, enracinement-connaissance, pour tirer des milliers de petites sardines de l&#8217;eau, les mettre dans un sac qui pend \u00e0 leur ceinture et alimenter de la sorte la cha\u00eene vitale d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 qui se d\u00e9fend contre le d\u00e9ferlement destructeur de ces industries hostiles \u00e0 l&#8217;Homme. On peut les voir dans ce film, comme les dignes messagers du matin d&#8217;un nouveau monde o\u00f9 nos soeurs de Kaboul ne vivraient plus engrillag\u00e9es.<\/p>\n<p>* Directeur de l&#8217;Ecole sup\u00e9rieure d&#8217;audiovisuel (ESAV) de l&#8217;Universit\u00e9 de Toulouse.<\/p>\n<p>1. Les journaux de 20 heures de TF1 et de F2 ont manifest\u00e9 une certaine humeur en diffusant chacun, le m\u00eame jour, un reportage dirig\u00e9 par une journaliste \u00e0 la voix ferme qu&#8217;un contrechamp, femme face \u00e0 la cam\u00e9ra, r\u00e9v\u00e9lait encapuchonn\u00e9e de la t\u00eate aux pieds; une terrifiante image de femme en noir qui porte le deuil de sa libert\u00e9.<\/p>\n<p>2. Cette analyse a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite d\u00e9but octobre, le traitement m\u00e9diatique des \u00e9v\u00e9nements afghans m\u00e9nage nettement moins les Talibans (NDLR).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Kaboul, l&#8217;ordre vert r\u00e8gne. 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